Numéro 3 (2009) : "La caricature au féminin"


Articles


La caricature au féminin

Véronique Liard, PR, Centre Interlangues « Texte Image Langage » (EA 4182), Université de Bourgogne, UFR Langues & Communication, 2 boulevard Gabriel, F-21000 Dijon, veronique.liard [at] u-bourgogne.fr

La vision de la femme dans le Corbacho d’Alfonso Martínez de Toledo

Gilles Del Vecchio, Maître de conférences, CELEC, Centre d’Etude sur les Littératures Etrangères et Comparées (EA 3069), Université Jean Monnet, Saint-Étienne / Faculté Arts Lettres Langues, 33 rue du 11 Novembre 42023 Saint-Étienne, gilles.del.vecchio [at] univ-st-etienne.fr

Résumé

La femme n’inspire pas de vision nuancée chez les auteurs médiévaux. Elle est admirée à l’extrême ou critiquée sans modération. Le texte biblique suggérait déjà ce type de vision binaire en opposant Ève à la Vierge. L’amour courtois poussera l’admiration vouée à la femme jusqu’à la diviniser. Par réaction, un mouvement misogyne se mettra en place, récupérant tous les clichés véhiculés par une longue tradition. Ces lieux communs sont tellement admis de tous que la démonstration n’est plus à effectuer. C’est bien ce que suggère la structure des chapitres de la deuxième partie du Corbacho. Martínez de Toledo s’emploie à dresser un portrait moral type qui laisse supposer que la femme est un être synthétique sans nuances. La caricature consiste à considérer que les défauts recensés chez l’une d’elles sont applicables à l’ensemble des femmes sans exception.


Jane Austen ou la caricature littéraire domestique

Marianne Camus, PR, Centre Interlangues « Texte Image Langage » (EA 4182), Université de Bourgogne, UFR Langues & Communication, 2 boulevard Gabriel, F-21000 Dijon, marianne.camus [at] u-bourgogne.fr

Résumé

Loin de la caricature politique courante dans l’Angleterre du dix-huitième siècle, loin de celle, tout aussi courante pratiquée entre eux par les frères ennemis de la littérature, Jane Austen élabora ce qu’on pourrait appeler une caricature domestique. Elle vise les donneurs de leçons et les pédants mais aussi les têtes creuses et les bavards impénitents qu’il est traditionnellement du devoir d’une femme bien élevée de supporter, un sourire figé accroché aux lèvres. Cet article s’attachera à dégager la spécificité du travail de caricaturiste de l’auteur, fondé sur les mots, la parole et le (non)discours dans leur construction comme dans leur rythme. Travail qu’on peut qualifier, jusqu’à un certain point de féministe, même s’il s’attaque de manière sinon indifférente, du moins de façon équitable aux ennuyeux et prétentieux des deux sexes.

Far from the political or literary caricature in vogue in eighteenth-century England, Jane Austen created what could be called domestic caricature. Its targets are all those who feel that they possess superior wisdom or know-how, but also all the empty-headed and long-winded bores who it was a well-brought-up woman’s duty to listen to patiently. This article will try to uncover what is specific in Jane Austen’s caricature. Basing her work on ordinary social interaction and conversation, she exposes the shape(lessness) of speech and (mis) construction of discourses that characterise this would-be superiority. The article will also try to see how far Austen’s work on caricature can be called feminist.


De l’art de caricaturer la femme : la campagne anti-symboliste de la revue Jugend

Laurence Danguy, Docteur en histoire et sciences de l’art, Chargée de cours à l’Université de Constance, Kunstwissenschaft, Fach D 152, Universität Konstanz, D-78457 Konstanz, laurence.danguy [at] uni-konstanz.de, laurence.danguy [at] gmail.com

Résumé

Dans le domaine artistique, l’activité caricaturale de la revue munichoise Jugend, fleuron de la presse wilhelmienne, se concentre longtemps sur la cible symboliste. Il s’agit entre 1896 et 1905 de valoriser, grâce à une contre-référence, l’esthétique jugendstil, aux fondements de l’existence de la revue. Centrale dans les deux esthétiques rivales du symbolisme et du Jugendstil, la femme sert fréquemment de pivot à la rhétorique dépréciative. Après une mise en contexte, l’analyse exemplaire de deux pastiches symbolistes face à leurs modèles d’origine, tous deux redevables à Carlos Schwabe, ainsi qu’à une tradition interne à la revue, met en évidence que la femme est l’objet même de la calomnie. Sous couvert d’humanisme et d’un nationalisme sain, elle véhicule et incorpore un discours profondément misogyne, sans relation avec le propos avoué anti-symboliste. Le constat est à porter au crédit d’une histoire des femmes doublement dévaluée, sur les plans iconique comme représentationnel.


« La Femme dans la caricature française » de Gustave Kahn (1907). De la contradiction du féminisme et de la caricature

Solange Vernois, Maître de conférences HDR d’histoire de l’art contemporain à l’Université de Poitiers, Laboratoire Gerhico-Cerhilim n°4270, Université de Poitiers, UFR des Sciences humaines et arts – 8, Rue René Descartes – 86022 POITIERS CEDEX, solange.vernois [at] univ-poitiers.fr

Résumé

En 1907, parut aux Éditions Méricant l’ouvrage de l’écrivain et critique d’art Gustave Kahn consacré à La Femme dans la caricature française. Cette étude, ambitieuse et éclectique, est révélatrice des prises de positions souvent ambiguës du critique, pourtant enthousiasmé par son sujet : dénonciateur de la misogynie de nombre de caricaturistes et partisan du mouvement féministe, Gustave Kahn n’est cependant pas insensible à l’humour peu charitable de certains de ses contemporains. Reconnaissant aux caractéristes d’avoir rendu hommage à la femme moderne, il conclut néanmoins que la caricature est impuissante à traduire les revendications littéraires, philosophiques et scientifiques du féminisme.


Rire de la condition féminine : les Mujeres alteradas de Maitena

Isabelle Mornat, PRAG, LLA EA 4152, LISAA EA 4120, Université Paris Est Marne-La-Vallée, 38 rue du Limon 77260 La Ferté-sous-Jouarre, isabellemornat [at] free.fr

Résumé

Après diverses explorations de la sexualité masculine et féminine en bande dessinée, Maitena a connu un succès mondial avec ses Mujeres alteradas, qui relèvent de la caricature de mœurs. Maitena est souvent considérée comme un chantre de la condition féminine actuelle. Après de multiples changements de statut, les femmes de Maitena sont toujours les reines mères de la sphère privée dominées par la vulnérabilité et la dépendance émotionnelle. La distorsion caricaturale est portée par un double mouvement de grossissement de l'éternel féminin et de dénonciation des préjugés sur les femmes. Maitena met en scène de fébriles consommatrices de féminité, avatars d'un monde féminin à travers le prisme de la presse féminine.


Recensions


Charlot, Patrick / Gasparini, Eric, Eds. (2008). La femme dans l’histoire du droit et des idées politiques. Dijon : Editions Universitaires de Dijon.

Marianne Camus, Professeur de littérature anglaise, Centre Interlangues Texte, Image, Langage (EA 4182), Université de Bourgogne, UFR Langues et Communication, 2 bd Gabriel, F-21000 Dijon, marianne.camus [at] u-bourgogne.fr

Harms, Erik (2008). Der kommunikative Stil der Grünen im historischen Wandel. (= Arbeiten zu Diskurs und Stil ; 9), Frankfurt am Main : Peter Lang.

Lionel Picard, ATER, Centre Interlangues Texte, Image, Langage (EA 4182), Université de Bourgogne, UFR Langues et Communication, 2 bd Gabriel, F-21000 Dijon, lionel.picard [at] u-bourgogne.fr

Poirrier, Philippe, Ed. (2008). L’histoire culturelle : un « tournant mondial » dans l’historiographie ?. (= Sociétés), Dijon : Editions Universitaires de Dijon.

François Vergniolle de Chantal, Maître de conférences en civilisation américaine, Centre Interlangues Texte, Image, Langage (EA 4182), Université de Bourgogne, UFR Langues et Communication, 2 bd Gabriel, F-21000 Dijon, francois.de-chantal [at] u-bourgogne.fr

Alexandre-Collier, Agnès / d’Hellencourt, Bernard / Schnapper, Pauline, Eds. (2007). Le Royaume-Uni et l’Union Européenne depuis 1997. (= Sociétés), Dijon : Editions Universitaires de Dijon.

François Vergniolle de Chantal, Maître de conférences en civilisation américaine, Centre Interlangues Texte, Image, Langage (EA 4182), Université de Bourgogne, UFR Langues et Communication, 2 bd Gabriel, F-21000 Dijon, francois.de-chantal [at] u-bourgogne.fr







 
Revue électronique publiée par la Maison des Sciences de l'Homme de Dijon, en partenariat avec l'EA 4182 centre interlangue -
ISSN 1961-991X