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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Nos archives du mois : mémoires ouvrières, témoignages

compte rendu

Une année ordinaire. Journal d'un prolo, Les éditions libertaires, 2005

Par Georges Ubbiali


Jean-Pierre LEVARAY

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Rappelons, pour ceux qui l'ignorent encore, que Levaray est un authentique ouvrier de l'industrie chimique de la région rouennaise, militant à la Fédération anarchiste. Après plusieurs ouvrages nourris de son expérience directe de la condition ouvrière, il prolonge ce thème avec une forme nouvelle, celle du journal. Celui-ci porte sur l'année 2003. Il s'articule autour de deux moments forts. Marié à une institutrice, notre auteur participe activement au mouvement du printemps 2003 contre le plan Fillon, conduit essentiellement dans l'Education nationale. Sans être lui-même gréviste, hormis durant les journées d'action syndicale, il suit de très près les différentes actions conduites dans le cadre du mouvement : occupation de la mairie, blocage de ponts, participation aux AG interprofessionnelles, manifestations directes, etc. Ces moments d'incandescence sociale alternent avec la morosité de la vie d'usine, de la peine et de la fatigue du travail. Levaray est un travailleur posté. Les années de travail de nuit pèsent de plus en plus lourd sur ses épaules au fur et mesure des années. Il paie physiquement l'absence répétée de sommeil.  C'est d'ailleurs cette pénibilité qui domine la seconde partie de son récit, centrée sur le plan social qui affecte son usine. Délégué syndical, il participe aux différentes réunions parisienne avec la direction. Par de brèves notes, il parvient à rendre compte de l'état d'esprit de ses camarades de travail et de lutte. D'une lutte désespérée à force de plans sociaux qui se sont multipliés au fil des années. Il y a comme un ressort de cassé chez ces ouvriers. Les plus anciens espèrent pouvoir bénéficier du plan et partir en pré-retraite, tandis que les autres attendent avec hantise leur départ de l'entreprise. L'atmosphère n'est pas des plus réjouissantes, et l'on comprend mieux pourquoi, dans ce milieu ouvrier, aucune occasion n'est perdue pour boire un coup, ultime refuge d'une solidarité qui ne parvient pas à s'imposer dans les mobilisations. Un récit dur, sans concession, qui laisse transpirer un découragement certain.


Pour citer cet article


LEVARAY Jean-Pierre. Une année ordinaire. Journal d'un prolo, Les éditions libertaires, 2005 : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 14 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=995




 
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