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Bibliothèque de comptes rendus : novembre 2011 > Nos archives du mois : l'anticléricalisme

compte rendu

L'opium du peuple. Anthologie de l'Antiquité à nos jours pour une lecture matérialiste du fait religieux, Pantin, Le temps des cerises, 2008, 324 p., 22 €.

Par Jean-Guillaume Lanuque


ATHEISME INTERNATIONAL

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Sans aucune mention d'auteur, l'association loi 1901 Athéisme international propose cette somme de textes via les éditions du temps des cerises comme un rappel des fondamentaux. De cette association, on ne saura d'ailleurs que peu de choses, en dehors d'une défense rigoureuse de la loi de séparation de 1905 (d'ailleurs publiée in extenso !) et d'une opposition farouche aux offensives actuelles des obscurantismes religieux, jusqu'à critiquer l'introduction de l'enseignement du fait religieux à l'école. Quant à l'anthologie elle-même, elle s'apparente en réalité à un vaste patchwork pour le moins déroutant : se côtoient textes d'auteurs athées ou simplement anticléricaux, extraits de documents religieux (visant à démontrer leur intolérance et leur rigorisme), mais aussi passages plus littéraires, chansons, poèmes, gravures ou tableaux (celui de Courbet, «l'Origine du monde»), enquêtes de journalistes (sur les télévangélistes, par exemple) ou œuvre d'humoriste, tels Bedos ou Cavanna. La chronologie n'est d'ailleurs pas toujours respectée, puisqu'on trouve des études historiques placées en regard d'auteurs de l'époque considérée, ou, plus gênant, un discours de Charles Martel écrit… au XVIIème siècle, qui fait suite au décret de François II interdisant les réunions protestantes ! La cohérence de l'ensemble en souffre donc quelque peu, tant certains personnages apparaissent bien trop timides sur la question religieuse ; Xénophane de Colophon met seulement en doute l'anthropomorphisme des dieux, Foucher de Chartres semble affecté d'un second degré ironique particulièrement forcé, et Machiavel, bien que critique de l'Eglise catholique, défend toutefois la nécessité d'une religion pour soutenir le pouvoir politique. On retrouve néanmoins un certain nombre de figures incontournables, Lucrèce, Spinoza, Bayle, les philosophes des Lumières (mais pas le curé Meslier, étonnamment), Darwin, Marx, Engels, Bakounine, Freud ou Nietzsche. Quelques auteurs moins connus font également preuve d'une pertinence salutaire, comme Sextus Empiricus ou Lucien de Samosate, et la redécouverte de la déclaration des « Premiers Etats généraux de la France laïque, réunis à Paris, le 18 juillet 1948 » est stimulante. Néanmoins, du fait de son caractère composite, de ses tendances ponctuelles au hors sujet, L'opium du peuple se révèle moins indispensable que La gloire des athées (chroniqué sur ce site).


Pour citer cet article


ATHEISME INTERNATIONAL . L'opium du peuple. Anthologie de l'Antiquité à nos jours pour une lecture matérialiste du fait religieux, Pantin, Le temps des cerises, 2008, 324 p., 22 €. : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : novembre 2011, 13 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=980




 
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