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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Nos archives du mois : mémoires ouvrières, témoignages

compte rendu

L'usine à vingt ans, Paris, Les petits matins, 2005.

Par Georges Ubbiali


Naïri NAHAPETIAN

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Le fait que l'auteure soit journaliste au magazine Alternatives économiques permet de mieux appréhender la nature de ce livre : une série de reportages autour de la jeunesse ouvrière. C'est en effet ainsi que le livre se présente. D'où son grand intérêt en même temps que sa limite. Grand intérêt car Nahapétian est allée sur le terrain pour rencontrer des jeunes ouvriers, pas vraiment, comme le titre le laisse entendre de 20 ans, mais plutôt autour de la trentaine et au-delà en règle générale. Ses investigations lui permettent de dresser un portrait vif et coloré de cette jeunesse ouvrière. Elle la rencontre dans de grandes entreprises, la DCN, la SNCF, Toyota, mais aussi dans ses lieux de formation, le lycée professionnel. Il s'agit d'un univers essentiellement masculin, à l'image de la sociologie ouvrière. L'école joue un rôle décisif dans la constitution de ce groupe ouvrier puisque n'y aboutissent que ceux qui échouent à l'école. Comme le dit l'un d'entre eux, «  j'ai été orienté  ». Pourtant cet échec est tout relatif si l'on songe que les niveaux de formation des ouvriers ne cesses d'augmenter. Désormais le bac (professionnel) ou le BTS sont les sésames de la condition ouvrière. On comprend pourquoi ils ne deviennent ouvriers forcés et contraints quand le travail et surtout les conditions dans lesquels ils l'effectuent est décrit. Bas salaire, déqualification, intérim, taylorisation, horaires décalés etc. Face à cette violence quotidienne, le « virilisme » constitue le moyen de faire face. Cet aspect, développé dans le dernier chapitre du livre, est un des plus intéressants de l'ouvrage, intégrant les connaissances les plus novatrices des sciences sociales. En revanche, le livre pèche fortement quand il prétend illustrer une thèse, celle du déclin ou de la disparition de la classe ouvrière. de la classe ouvrière. Thèse d'autant plus discutable que ce recul de l'identité ouvrière résulterait, selon l'auteure, de l'intégration sociale de ses membres. A défaut d'une classe sociale, Nahapétian prétend avoir rencontré une mémoire. Elle en conclut qu'il n'y a plus de classes au sens marxiste du terme (p. 153). Il est difficile dans le cadre de ce compte rendu de discuter cette thèse qui renvoie à des débats complexes et anciens On se contentera ici de rappeler les tenants de cette découverte que dès les années 60, Serge Mallet prétendait identifier la disparition de la classe ouvrière. Constater le recul politique de la classe ouvrière, analyser les formes changeantes de ses composantes sociologiques, prendre en compte les modifications de ses représentations sont des entreprises qui évidemment dépassaient l'enjeu de cet ouvrage. Retenons enfin qu'un CD de reportages audio est inclus dans le livre.


Pour citer cet article


NAHAPETIAN Naïri. L'usine à vingt ans, Paris, Les petits matins, 2005. : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 11 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=918




 
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