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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Nos archives du mois : mémoires ouvrières, témoignages

compte rendu

La nuque raide, Paris, Philippe Rey, 2006, 228 pages, 17 euros, préface de Gilles Perrault.

Par Jean-Guillaume Lanuque


Gabriel MOUESCA

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Gabriel Mouesca, né en 1961, est un basque français qui a vécu pas moins de dix-sept années d'incarcération en raison de son militantisme au sein du groupe Iparretarrak (voir l'article sur ETA dans le volume 1 de Dissidences). Dans ce livre d'entretiens, élaboré en collaboration avec Diane Carron, et préfacé de manière plutôt admirative par Gilles Perrault, il revient d'abord sur ses origines : issu de St Etienne de Baïgory, en Basse Navarre, d'une famille parlant basque, et d'un père gendarme qui fut brièvement moine, il suivit des études dans l'enseignement catholique ; avec l'influence de sa marraine, très pratiquante, et celle de son oncle missionnaire, on a certainement là la source de sa foi chrétienne chevillée au corps, et dans laquelle sa famille baignait jusqu'au cou. Toutefois, ayant échoué au concours de l'école des enfants de troupes, et sans résultats scolaires brillants, il se retrouve mal orienté et se réfugie dans la pratique de la pelote basque. Participant aux activités de l'association culturelle Mende Berri, celle-ci lui sert de sas d'entrée vers Ezker Berri, organisation politique basque influencée par l'extrême gauche. Parallèlement, il devient ouvrier dans une entreprise de fabrication de jokaris, et participe à un vaste mouvement de grève en 1981 face à la vente masquée de la boîte par son patron, effrayé de la possible victoire socialiste aux élections. Conflit dur, il se termine par l'intervention d'Iparretarrak, qui plastique le domicile du patron. Nulle surprise, donc, à ce que Gabriel Mouesca se retrouve dans les rangs de l'organisation de « propagande armée » (dixit lui-même), en désaccord avec ETA quant à la priorité de l'action au Pays basque nord. Sans s'appesantir sur l'histoire de cette organisation sœur d'ETA, il évoque les actions à cibles matérielles et les morts dus aux contacts avec la police ou aux accidents d'explosifs. Lui-même se retrouve impliqué dans une fusillade de ce type, et devenu clandestin, il est finalement arrêté une première fois. Après plus de deux ans de détention, il est libéré fin 1986 grâce à un faux transfert mené par les militants d'Iparretarrak, mais repris six mois plus tard, il restera quatorze ans de plus en prison.

Son récit sur ces années confirme l'analyse de la prison comme machine à broyer les hommes, pouvoir arbitraire et non-école de la citoyenneté, voire même de la simple humanité pour les prisonniers et indirectement pour leurs proches. Sans parler des séquelles et des retombées de la peine une fois sorti de prison. Plus original, Gabriel Mouesca considère que tous les prisonniers sont des prisonniers politiques, soit directement (les militants basques), soit indirectement (les droits communs, victimes des inégalités sociales et de l'injustice de la société). Ce qui lui permet alors de tenir, c'est la rigueur d'un emploi du temps quotidien, la reprise d'études, l'art, le courrier avec l'extérieur et la solidarité entre détenus, ainsi que deux modèles : le Che et… Jésus ! Se servant de la prison comme d'un nouveau champ militant, avec l'idéal de la faire disparaître dans une société juste digne de ce nom, il y fait également muter son patriotisme en internationalisme au contact de détenus venant des quatre coins du monde. Il garde toujours le lien avec la prison une fois sorti, puisqu'il devient chargé de mission pour le milieu carcéral au sein de la Croix Rouge, et s'investit également dans l'Observatoire international des prisons, dont il devient président de la section française en 2004. Parmi les problèmes d'actualité, notons la part croissante du privé dans la gestion des établissements pénitentiaires, avec la recherche de profit subséquente, et la promotion de « peines alternatives » à une incarcération qui de toute façon ne résout rien.


Pour citer cet article


MOUESCA Gabriel. La nuque raide, Paris, Philippe Rey, 2006, 228 pages, 17 euros, préface de Gilles Perrault. : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 11 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=909




 
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