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Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011 > Nos archives du mois : le mouvement féministe

compte rendu

Pour l'abolition de l'enfance, Lyon, Editions Tahin Party, 2007, 78 p., 3 €.

Par Jean-Paul Salles


Shumalith FIRESTONE

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Cet ouvrage est la réédition du quatrième chapitre d'un livre paru aux Etats-Unis en 1970, traduit en français par les éditions Stock en 1972 sous le titre La dialectique du sexe . La thèse défendue par l'auteur(e), appuyée sur une lecture hâtive de Philippe Ariès ( L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime publié en 1960 chez Plon et repris par Le Seuil en 1973, aujourd'hui disponible dans la collection Points Histoire), est que la conception de l'enfance qui est la nôtre est une construction sociale historiquement récente.

Certes, Simone de Beauvoir l'avait déjà montré pour la femme, beaucoup de faits sociaux sont construits et non pas « naturels ». Mais même si les Jésuites et autres Oratoriens ont eu un rôle essentiel dans la mise au point d'un système d'éducation qui « discipline » plutôt qu'il n'enseigne, comment l'auteur(e) peut-elle idéaliser la situation des jeunes déscolarisés américains des années 60 jusqu'à écrire : « les gangs sont actuellement les seuls groupes d'enfants dirigés par eux-mêmes » (p.59) ? L'école, toute forme d'école, ne trouve aucune grâce à ses yeux : « S'il existe des prisons libérales et d'autres qui le sont moins, par définition ce sont toutes des prisons ». Et de regretter l'époque – le Moyen Age – au cours de laquelle, dans de grandes maisonnées, on transmettait en douceur (ah bon ! l'auteur(e) connaît manifestement mal ce qu'on appelle l'apprentissage !) l'expérience d'une génération à l'autre. A propos de l'école, elle n'a pas de mots assez durs : « lavage de cerveau », « ségrégation », et même « séquestration des enfants loin du monde adulte » (p.34).

Même simplisme et virulence à propos de la sexualité des enfants. La répression commencerait dès la naissance, par le sevrage de l'enfant et l'inculcation de la propreté, toutes deux expériences traumatisantes. Toujours cette idée que les enfants ne sont pas des êtres particuliers, différents des adultes. Mais n'est-ce pas à partir de telles affirmations que les pédophiles justifient les relations sexuelles enfants-adultes ? Une question que ne se posait pas l'auteur(e), ni les préfaciers quelques 40 ans plus tard. Une préface qui va loin dans l'outrance, affirmant que « le contrôle des enfants, généralement explicite, est véritablement totalitaire » (p.7).

Si le but des éditeurs, croyons-nous comprendre, est d'aider les enfants en souffrance, fugueurs et fugueuses en rébellion contre la domination des adultes, ce n'est pas par l'exagération ou la simplification qu'ils y parviendront. Dans quelle institution scolaire aujourd'hui, comme l'affirme l'auteur(e), les enfants subissent-ils « des heures de prières à contrecoeur » (p.57) ? Pour le moins une actualisation aurait été nécessaire, de même qu'une contextualisation du texte de Shumalith Firestone.


Pour citer cet article


FIRESTONE Shumalith. Pour l'abolition de l'enfance, Lyon, Editions Tahin Party, 2007, 78 p., 3 €. : Par Jean-Paul Salles.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011, 11 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=883




 
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