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Bibliothèque de comptes rendus : août 2011 > Nos archives du mois : le mouvement anarchiste

compte rendu

Ma morale anarchiste, Toulouse, Les éditions libertaires-Los Solidarios, 2005.

Par Georges Ubbiali


Lucio TURBIA

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Cet ouvrage a été couronné du prix « Ni Dieu ni maître » 2005. Mi-mémoire, mi texte politique, ce livre mérite de trouver un large public. En effet, le destin de son auteur est assez peu commun. Lucio, d’origine espagnole, déserte au milieu des années 50 et se réfugie en France. Il adhère à la CNT, dont il est toujours membre. Mais son militantisme se révèle d’un « style » assez particulier. Loin de l’action de masse, syndicale ou politique, il s’engage dans la « récupération » au profit du mouvement. Cette récupération prend des formes très différentes, depuis le braquage, le vol de matériel (en particulier de matériel d’imprimerie, matériaux de chantiers divers) ou encore, ce qui lui vaudra quelques déboires avec la justice, les faux. Faux papiers, fausse monnaie qui serviront à alimenter les caisses de groupes évoluant dans les eaux de l’action armée (Action directe, Gari, Mil). Cette conception de l’engagement l’amènera d’ailleurs à figurer dans la liste du grand banditisme et dans quelques livres, dont il reproduit des extraits avec une délectation savoureuse. Au-delà de ses aventures, trois aspects retiennent le lecteur. L’admiration pour la connaissance dont fait montre cet autodidacte, exprimant un rapport dominé à la culture. Ensuite, l’étrange détestation qu’il manifeste à l’égard du Che. Etrange en effet, car ses critiques contre le régime cubain sont nettement plus marquées contre le Che, qu’il a eu l’occasion de rencontrer, alors que Fidel est à peine égratigné. Enfin, la conception politique que développe Lucio mériterait une longue analyse tant y transparaît une vision passéiste du travail. Patron artisan lui-même, pour accomplir son désir de liberté et d’autonomie, il en vient à avancer des conceptions tout à fait méprisantes à l’égard du salariat contemporain : « Accepter le chômage et les allocations chômage, c’est cautionner le pillage du monde par le capitalisme (…) De ce point de vue, les libertaires sont complices de non-assistance à peuple exploité (…) Le chômage est une mauvaise chose car il habitue les gens à ne rien faire » p. 116-118. Cette morale là fleure bon la suffisance des sublimes d’ancien régime à l’égard du menu fretin du travail, et imprègne hélas une partie du texte. Il n’est pas sûr que cette vision permette une action des libertaires pour l’avenir tant elle semble ancrée dans une conception artisanale du métier. En attendant, le lecteur n’est heureusement pas tenu d’y adhérer pour lire ce témoignage qui jette une lumière crue sur les « grands hommes » du monde anarchiste.


Pour citer cet article


TURBIA Lucio. Ma morale anarchiste, Toulouse, Les éditions libertaires-Los Solidarios, 2005. : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : août 2011, 9 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=865




 
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