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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Le communisme : idéologie et le parti français

compte rendu

Le nouvel impérialisme, Paris, Les Prairies ordinaires, collection « Penser / Croiser », 2010, 256 pages, 20 euros.

Par Jean-Guillaume Lanuque


David Harvey

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David Harvey est un intellectuel marxiste, dont les travaux portent surtout sur des problématiques géographiques, et qui demeure pour le moment extrêmement peu traduit en France. Le nouvel impérialisme date d’ailleurs de 2003 dans sa version originale. S’il porte initialement sur l’impérialisme étatsunien et son nouveau cours, au début des années 2000, vers un empire plus ferme, son ouvrage aborde des questions nettement plus vastes, touchant au fonctionnement du capitalisme contemporain. Ecartant les raisons invoquées pour l’invasion de l’Irak (cette défense de la démocratie à géométrie variable), il insiste sur le rôle crucial des réserves pétrolières du Moyen Orient comme garant d’une hégémonie mondiale et sur l’idée de diversion face aux difficultés intérieures, visant à un retour à l’ordre d’une société chroniquement instable du fait d’un individualisme érigé en principe fondamental. Selon lui, il s’agit même d’une base de la stratégie des Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale : s’abstenir de perturber l’ordre social interne afin d’assurer l’expansion continue du capital à l’extérieur. David Harvey n’évite cependant pas totalement la tendance à surévaluer le tournant néo-conservateur et l’émergence associée d’un nouvel impérialisme…

De manière plus générale, sa définition de l’impérialisme combine une dimension politique (la recherche de l’hégémonie d’un Etat, mêlant consentement et coercition) et une dimension économique (la nécessaire accumulation du capital), unies par une relation dialectique. Sa synthèse historique depuis le milieu du XIXème siècle est d’ailleurs fort intéressante, recoupant bien des analyses concomitantes, en particulier sur le succès du néolibéralisme à compter de 1970 et la domination du capital financier sur le capital productif étatsunien, la recherche d’avantages technologiques sous la forme de brevets étant l’autre moyen de garder la main sur le système mondial. David Harvey soulignait également dès 2003 la fragilité financière extrême des Etats-Unis et l’émergence de formes de résistance internationale -l’altermondialisme- ou nationales -en Amérique latine-.

Ses réflexions l’amènent à exposer sa théorie de l’aménagement spatial des contradictions internes de l’accumulation du capital, lié à la tendance chronique aux crises de suraccumulation, et qui aboutit à l’absorption du surplus de capital par des aménagements spatio-temporels, avec comme conséquences la dévalorisation et la destruction d’autres espaces. De cette partie plus aride et austère, on retiendra surtout le rôle essentiel joué par l’Etat dans l’accumulation du capital, l’apparition de monopoles capitalistes comme résultante inévitable de la recherche du profit, et le cas emblématique de la Chine, qui absorbe depuis les années 90 le surplus de capital, stimulant d’autant sa marche à l’hégémonie (au risque d’une future crise fiscale de l’Etat). Plus accessible, la thèse d’une poursuite de l’accumulation primitive du capital, renommée ici accumulation par dépossession ; elle expliquerait en particulier la marchandisation généralisée que nous vivons surtout depuis 1973. Seules quelques fautes résultant d’une relecture négligente font un peu d’ombre à un livre par ailleurs stimulant.


Pour citer cet article


Harvey David. Le nouvel impérialisme, Paris, Les Prairies ordinaires, collection « Penser / Croiser », 2010, 256 pages, 20 euros. : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 9 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=850




 
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