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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Le communisme : idéologie et le parti français

compte rendu

L’extraordinaire histoire de ma vie ordinaire, Paris, Seuil, 2006, 210 p., 14 €

Par Georges Ubbiali


Joseph MINC

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C’est l’annonce de sa mort (nécrologie du Monde du 16 janvier 2011) qui nous a incité à lire (avec retard) les mémoires de Joseph Minc, par ailleurs père d’Alain Minc. Au départ, le manuscrit n’était pas destiné à publication. Il s’agissait pour ses enfants de recueillir, à l’aide d’un écrivain, la mémoire de leur père, afin de pouvoir la diffuser au sein du cercle familial. Puis, le temps passant, le manuscrit est devenu livre. Le lecteur n’aura pas à s’en plaindre, car en effet, la vie de Joseph Minc ressemble à un roman feuilleton tant elle couvre l’histoire du XXe siècle de ses principaux épisodes. Né dans une famille juive en Russie, à la frontière polonaise, à Brest-Litovsk précisément, Joseph Minc est un homme, partie intégrante du yiddisland. Destiné à devenir lui-même rabbin, il s’éloigne pourtant de la religion à l’adolescence. Il s’engage dans le mouvement communiste en Pologne, ce qui le contraindra à l’exil. Il arrive à Bordeaux, à la fin des années 20 et poursuit des études de dentiste qu’il avait commencé dans son pays d’origine. Il connaît les affres de l’émigration, tandis que sa compagne demeure emprisonnée en Pologne. Elle sera finalement libérée et le rejoindra en France, sans papiers de l’époque. C’est seulement sous Vichy que sa situation sera légalisée. Au moment où la Seconde Guerre mondiale, Joseph Minc, communiste convaincu, s’engage dans l’armée polonaise en France afin de combattre le nazisme. Par une série de coïncidences, prisonnier, il est libéré, bien que repéré comme juif, car en fait sa nationalité russe le protège du fait du pacte germano-soviétique. Puis, c’est l’engagement dans la résistance, dans les rangs de la MOI. Si une bonne partie de ses amis et connaissances sont soit déportés soit exécutés, il parvient pour sa part à échapper aux filets nazis. Après la guerre, il sera responsable de structures communautaires juives d’aide à l’enfance, tout en poursuivant des activités militantes. Il sera en particulier un émissaire du Parti communiste dans les associations d’anciens combattants et résistants d’origine étrangère. Il raconte d’ailleurs avec un certain humour le contrôle étroit que le PCF exerçait sur lui et ses congénères. Il se rend à plusieurs reprises en Israël, tout en critiquant fortement le projet sioniste, bien que la création de cet Etat ait permis à une partie de sa famille d’échapper au judéocide. Très sensibilisé aux campagnes antisémites qui se déroulent en Urss et surtout en Pologne, c’est cet aspect qui le fera rompre après 1968 avec le PCF. S’il ne transmet pas sa culture juive à ses enfants (il ne leur apprend pas le yiddish, langue qu’il parle pourtant), il ne les force pas plus à adhérer au communisme. Cette mémoire exceptionnelle sur le siècle nous est livrée de manière chronologique au fil des chapitres. C’est un pan de l’histoire du siècle écoulé, de ses aspirations aussi bien que de sa barbarie qui nous est restitué à travers cet émouvant récit à la première personne. Joseph Minc avait 103 ans lors de sa disparition.


Pour citer cet article


MINC Joseph. L’extraordinaire histoire de ma vie ordinaire, Paris, Seuil, 2006, 210 p., 14 € : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 8 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=839




 
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