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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Le communisme : idéologie et le parti français

compte rendu

L’empreinte communiste. PCF et société française, 1920-2010, Paris, Ed. Sociales, 2010, 260 p., 12€

Par Georges Ubbiali


Roger MARTELLI

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Dans le prolongement de son précédent essai (L’archipel communiste, 2010, centré sur l’implantation électorale. Compte rendu sur ce site), l’historien du PCF propose une brillante synthèse de l’influence du PCF en France, de sa naissance à son déclin. L’ouvrage est nourri par une connaissance extensive de la littérature sur le PCF et sous tendu par une thèse qui en fait tout l’intérêt politique. En effet, à l’encontre de tous ceux qui prédisent la mort du communisme, l’auteur avance que le communisme, comme culture politique, excède le PCF. Ce dernier, n’en est que le copropriétaire ou le dépositaire. Un avenir communiste, au-delà du PCF est donc imaginable. Mais avant de revenir sur la réponse qu’il présente en conclusion, il propose de démontrer en quoi cette culture communiste, pour s’incarner dans le PCF, répond à une triple fonction. Une fonction sociale tout d’abord, permettant par la structuration du mouvement ouvrier (syndicat, association, mairie) d’exprimer les aspirations du monde ouvrier. La seconde fonction est dite projective ou utopique. Autour de la défense du mythe soviétique, il s’est agi d’incarner une vieille espérance populaire du dépassement de la société actuelle. Enfin, le PCF a rempli une dernière fonction, plus directement politique, à travers les stratégies mises en œuvre (antifascisme, résistance, union de la gauche…). Fort de cette grille de lecture multipolaire, Martelli se livre à une savante analyse de l’implantation du PCF dans l’Hexagone. Le prologue se joue à Tours, au congrès de fondation, lorsque le choix majoritaire est fait de prendre Moscou contre Londres comme point de repère politique (magnifique citation de Marcel Sembat, p. 25). Il faudra plusieurs décennies pour que ce choix s’incarne dans une implantation sociale, puisqu’il faut attendre 1946, soit après la Seconde Guerre mondiale pour que le PCF connaisse une implantation pérenne dans l’espace politique français. Implantation dont la liste des adhérents à l’UNI, Union nationale des intellectuels (reproduite p. 48-49), donne un aperçu, avec des publications destinées à des catégories professionnelles réputées hors du champ d’influence du PCF. Le PCF éditait ainsi un journal, Le Médecin français, un autre à destination des chirurgiens dentistes et même, La libre pharmacie,organe du Comité national des pharmaciens. Pourtant, à l’apogée de sa gloire, le PCF va connaître un lent décrochage face à une société française en mouvement (1947-1969), dont le symbole s’incarne dans « le choc de 68 ». De 1969 à 1978, le PCF est confronté au choix que fait le PS privilégier l’alliance à gauche, qui s’incarnera dans l’Union de la gauche. Si le PC apparaît à son nadir, en fait, une série d’évolutions lourdes minent sa cohérence : la crise du soviétisme, accentuée après 68 par l’intervention en Tchécoslovaquie, le modèle frontiste du Front populaire qui s’épuise, l’apparition d’une concurrence politique à sa gauche (le PS ou les gauchistes). L’épisode eurocommuniste constituera l’ultime tentative pour essayer de renouveler un modèle politique qui commence à se craqueler de toutes parts. Le chapitre consacré à la longue période qui va de la rupture de l’Union de la gauche à aujourd’hui est symptomatiquement intitulé L’impossible sursaut. En effet, depuis cette date, le PCF ne fait que s’enfoncer, échéance après échéance (on regrettera d’ailleurs que Martelli concentre son attention de manière quasi unique sur les moments électoraux), dans une spirale du déclin, aboutissant à un retour à une implantation en archipel, telle qu’elle s’était manifestée au début des années 20. Martelli apporte de nombreuses illustrations de ce parti rétracté, aussi bien électoralement que dans son organisation militante. Rien n’indique que ce lent déclin ne s’interrompe, d’autant qu’il s’inscrit dans un contexte marqué par trois évolutions décisives : la rétractation du monde ouvrier, la fin d’un cycle pour le mouvement ouvrier et enfin, une « gauche incertaine », manière habile de caractériser le tournant néo-libéral du PS. Au final, Martelli pronostique un difficile avenir au communisme, même s’il estime que rien n’est encore perdu. L’erreur, répétée selon lui, qui présiderait à l’impasse stratégique dans laquelle est enfermé le courant communiste, c’est le maintien de la forme bolchevique (« En définitive, la forme bolchevique ne s’est pas métamorphosée », p. 220). Confondant un peu vite bolchevisme et stalinisme, Martelli en vient à rejeter la perspective révolutionnaire (« Là encore, il sera désormais difficile de penser la révolution dans son expression paroxystique, insurrectionnelle ou quasi insurrectionnelle », p. 228), tout en pariant (Martelli a lu Bensaïd, à qui plusieurs discrets clins d’œil sont lancés) sur le fait que la prévalence des contradictions du capitalisme amènera à de sévères confrontations. Tout laisse à penser alors que l’empreinte communiste « s’insérera dans les constructions à venir », p. 235. L’analyse est enrichie par une riche documentation fournie dans des annexes abondantes, parmi lesquelles le lecteur attentif piochera de nombreuses  informations.


Pour citer cet article


MARTELLI Roger. L’empreinte communiste. PCF et société française, 1920-2010, Paris, Ed. Sociales, 2010, 260 p., 12€ : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 8 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=835




 
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