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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Nos archives du mois : mémoires ouvrières, témoignages

compte rendu

La Faucille, le Marteau, le Divan , Paris, Ed. Rocher, 2008, 379 p.

Par Georges Ubbiali


Gérard BELLOIN

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La belle autobiographie Mémoires d'un fils de paysans tourangeaux entrée en communisme , publié à l'Atelier en 2000, cet ancien militant communiste poursuit son travail de compréhension de son engagement dans le Parti communiste, dont il fut un cadre intermédiaire. Simplement, entre temps, Belloin a entamé une psychanalyse, pour essayer de comprendre son engagement. Le pari était audacieux et à dire vrai plutôt prometteur tant l'espace de l'inconscient est peu investigué en matière de compréhension d'engagement ou de rupture. La déception est à la hauteur des attentes suscitées. Ce livre se révèle tout simplement inconsistant. En béotien fasciné par son objet (en même temps que par sa pratique), l'auteur en vient à aligner les poncifs les plus éculés sur l'apport de la psychanalyse, propre à conforter les a priori les plus ancrés à l'égard de celle-ci. Le Parti n'était rien d'autre qu'un substitut de mère (une société maternante) : «  Le PCF a été (...) une secte de masse. Il ouvrait un large champ pou les manifestations du fantasme inconscient de l'unité fusionnelle (…) L'avenir promis par le communisme était un retour fantasmatique au grand tout indifférencié des origines  », p. 148-149. On l'aura compris, avec de tels poncifs, la compréhension de ce que fut l'investissement de millions d'individus à travers le monde ne risque guère de franchir un nouveau cap en matière de compréhension. Si l'on y ajoute que le PCF fut, en sus d'être un substitut maternel, un modèle réduit de la société sans contradiction du communisme soviétique (une sorte d'état premier) on comprend que le lecteur se trouve plus dans une phase de régression de la compréhension des phénomènes sociaux que dans une phase d'avancée. Au fur et à mesure de la lecture de ce pénible pensum, Belloin en arrive à ses conclusions politiques. La révolte constitue une perspective inane. La vraie sagesse, c'est de savoir « gérer » l'insatisfaction foncière de notre « être au monde », en pratiquant la psychanalyse, au lieu d'envisager la lutte collective, car « Il n'y a pas d'avenir radieux », p.339. C'est à cette condition que l'on peut rompre avec la perspective totalitaire inscrite dans toute lutte émancipatrice. Amen. Position allongée, sortez vos chéquiers et faîtes causer votre inconscient. A défaut de changer le monde, ça vous soulagera. Et vive la démocratie («  système inabouti (…) qui n'invalide pas la parole où affleure l'imprévisible et l'immaîtrisable et qui laisse ouverte la question du devenir des collectivités humaines  », p. 379). Voilà la morale pratique à laquelle aboutit Gérard Belloin, après presque 400 pages.


Pour citer cet article


BELLOIN Gérard. La Faucille, le Marteau, le Divan , Paris, Ed. Rocher, 2008, 379 p. : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 26 mai 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=805




 
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