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Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011 > Nos archives du mois : le mouvement féministe

compte rendu

Politique des sexes, Paris, Seuil, « Points Essais », 1998, rééd. 2009, 221 p., 6,50 €.

par Jean-Paul Salles


Sylviane AGACINSKI

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Dans ce livre l'auteure nous dit son désir de rompre avec la logique du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Elle mène l'offensive contre la volonté de S. de Beauvoir, affirme-t-elle, de reléguer l'identité sexuelle « dans l'ordre de la contingence » (p.79). Elle refuse que l'affirmation de l'identité de tous les êtres humains passe par « l'effacement des différences de nature ». Pour elle, « la honte du féminin a hanté le féminisme » (p.80). On l'aura compris, la charge est violente contre la grande philosophe. Elle leur reproche, à elle et à celles qu'elle a influencées, de professer « un féminisme androcentrique », esclaves d'un « universalisme abstrait » qui leur fait substituer aux êtres humains différenciés un « concept d'homme universel indifférencié ». Elle affirme que cette volonté de voir disparaître les genres, en visant à l'uniformisation des individus, relève d'un fantasme totalitaire. Sans entreprendre ici de défendre une pensée beauvoirienne pour le moins schématisée – S. de Beauvoir n'écrit-elle pas dans le Deuxième Sexe que les données biologiques ne constituent pas pour la femme un destin figé -, voyons plutôt l'alternative, différencialiste, proposée par l'auteure.

« La nature donne le deux », affirme-t-elle (p.57), laissons donc l'humanité à sa mixité et à son altérité interne (p.61). Elle oppose à la logique beauvoirienne du manque (la virilité phallique et la féminité châtrée) une logique de la différence, du mixte. Ne pourrait-on opposer au phallocratisme la valeur absolue de la fécondité féminine ? Dans une interview récente, une autre « différencialiste », Julia Kristeva, qualifie la philosophie de Simone de Beauvoir « d'idéologie anti-familiale et anti-maternelle » (in Sud-Ouest édition Charente-Maritime, 7 août 2009). Et S. Agacinski d'insister, à propos des idées qu'elle schématise, de S. de Beauvoir : « la maternité ne méritait pas ce dénigrement brutal » (p.94), avec une attaque ad hominem (si on peut dire !) : « Il faut n'avoir aucune expérience de la maternité, et aucune imagination, pour réduire l'enfantement à ses aspects les plus biologiques ». Elle va jusqu'à accuser la grande aînée et ses pareilles d'avoir eu « l'ambition d'entrer dans le monde des hommes, quitte à laisser leurs semblables à leur condition traditionnelle » (p.107), oubliant plusieurs décennies d'engagement pour la cause des femmes. A vouloir aller trop loin dans cette voie – ah, les qualités particulières des femmes !-, ne risque-t-on pas de les enfermer, en politique, dans certaines fonctions, les affaires familiales ou sociales ?

On sera davantage d'accord avec le dernier paragraphe consacré à un point d'actualité, la parité en politique. Dans ce cas en effet – mais n'est-ce pas la conséquence du différentialisme : aux femmes l' oikos , aux hommes la polis -, la difficile conquête des droits civiques par les femmes n'avait pas permis de mettre un terme au monopole masculin du pouvoir. D'où l'idée de parité pour obliger les partis à donner une place équitable aux femmes, pour en finir avec ces assemblées à 95% masculines. On peut en effet souhaiter avec l'auteure que la représentation populaire reflète mieux la mixité du peuple.


Pour citer cet article


AGACINSKI Sylviane. Politique des sexes, Paris, Seuil, « Points Essais », 1998, rééd. 2009, 221 p., 6,50 €. : par Jean-Paul Salles.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011, 10 mai 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=725




 
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