Précédent   Bas de page   Suivant   Signaler cette page   Version imprimable

Numéro 2 - Automne 2011 > Comptes rendus : le mouvement trotskyste

compte rendu

L'extrême gauche, moribonde ou renaissante ? , Quadrige / PUF, 2007, 240 pages, 15 euros

Par Jean-Guillaume Lanuque


Dominique REYNIE (dir.)

Image1

Cet ouvrage collectif rassemble neuf contributions qui ont en commun, outre leur sujet, d'être écrites par des chercheurs orbitant essentiellement (et d'une manière sans doute trop peu ouverte) autour du CEVIPOF et de l'Institut d'études politiques de Paris, à commencer par son coordinateur, souvent sollicité par les médias. Au-delà d'un titre pour le moins discutable, et qui n'est d'ailleurs jamais discuté de manière synthétique dans l'ouvrage, on peut s'interroger sur la pertinence de certaines analyses.

Ainsi, Dominique Reynié, dans « La gauche pure », écrit-il que l'extrême gauche « est une gauche figée dans un monde en plein mouvement » (p.14), une formule d'ailleurs réversible qu'il faut impérativement nuancer, au risque de tomber dans les ornières de certaines idées reçues. Outre ces conclusions discutables (« Signe majeur de son décrochage historique, elle ne parvient plus à comprendre les mutations de l'économie globalisée », p.27), qui relativisent à notre sens bien trop à la baisse la capacité d'influence des trotskystes, on notera une prédominance un peu trop exclusive des résultats électoraux pour aborder l'extrême gauche (en l'occurrence essentiellement trotskyste). Cela nous vaut toutefois une bonne étude de Christine Pina sur « L'extrême gauche dans les élections présidentielles », qui peut servir de base à un bilan sur celles qui viennent de se terminer (avril/mai 2007), et une autre de Christophe Broquet sur « L'extrême gauche aux élections législatives, européennes et locales », moins concluante toutefois en raison d'un déficit occasionnel d'explications. Enfin, Vincent Tiberj (lui aussi sollicité par les médias) se penche sur « l'électorat trotskyste » au travers de données chiffrées trop partielles (autour d'intentions de vote pour les présidentielles de 1988, 1995 et 2002), et de calculs parfois un peu abscons ; il conclut néanmoins de façon intéressante à la constitution d'une base électorale solide mais réduite pour l'extrême gauche trotskyste, tandis que le gros des voix qui se portent sur elle sert plus souvent à influencer le reste de la gauche.

Les idées de cette « gauche de la gauche » sont analysées par Marc Lazar et Guy Groux. Le premier, historien bien connu du communisme, y voit un ensemble composite, sans toujours faire preuve de pertinence (opposition inappropriée entre la défense des acquis, et une attitude plus offensive vue comme essentiellement mythique), et en penchant implicitement plutôt pour une social-démocratisation nette du Parti socialiste. Le second s'intéresse surtout à l'analyse du monde du travail, pour constater que contrairement aux années 1970, l'extrême gauche est restée attachée à des schémas anciens sans tenir vraiment compte de l'institutionnalisation et de l'individualisation croissantes des conflits sociaux.

La troisième partie de l'ouvrage porte plus spécifiquement sur le mouvement altermondialiste. Corinne Deloy nous propose une petite synthèse utile sur l'altermondialisme, ses origines, sa structure et son fonctionnement, mais en y incorporant malheureusement des jugements de valeur éminemment subjectifs et peu argumentés, comme lorsqu'elle estime que la désobéissance civile contredit la démocratie (mais quelle démocratie ?), qu'elle dénonce une certaine dérive vers le populisme ou que, diagnostiquant une reprise de thématiques anciennes dans l'extrême gauche, elle qualifie les altermondialistes de « derniers soldats d'une utopie défunte » (p. 182). L'étude d'Achim Peuty sur les rapports entre ATTAC et le reste de l'extrême gauche, plus neutre mais non dénuée de quelques rares confusions (sur la définition de l'entrisme trotskyste, par exemple), montre surtout que si les militants politiques sont minoritaires au sein des adhérents d'ATTAC comparativement à ceux des ONG, des syndicats ou des associations, ils y exercent une influence inversement proportionnelle ; ATTAC se situe ainsi pour l'auteur dans une tradition ancienne, privilégiant le politique mais dans des cadres organisationnels nouveaux. Quant à Eddy Fougier (voir son Dictionnaire analytique de l'altermondialisme , chroniqué sur notre site www.dissidences.net ), il propose un descriptif synthétique et honnête des relations entre extrême gauche et altermondialisme, soulignant la différence d'approche entre Lutte ouvrière (LO) et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), et pointant les sujets de différenciations entre les deux mouvements (taxe Tobin, intégration au jeu politique, relations avec les militants d'organisations musulmanes), en concluant à l'impossibilité actuelle d'un rapprochement durable et profond.

Donc, un ensemble plutôt intéressant mais pour le moins inégal.


Pour citer cet article


(dir.) Dominique REYNIE. L'extrême gauche, moribonde ou renaissante ? , Quadrige / PUF, 2007, 240 pages, 15 euros : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 2 - Automne 2011, 6 novembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=548




 
Revue électronique Dissidences...-