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Numéro 2 - Automne 2011 > Comptes rendus : le mouvement trotskyste

compte rendu

Sur le pont - Souvenirs d'un ouvrier trotskiste breton, collection " Utopie Critique ", Syllepse, Paris, 2003, 248 pages, 20 euros

par Jean-Guillaume Lanuque


André FICHAUT

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André FICHAUT, Sur le pont - Souvenirs d'un ouvrier trotskiste breton

André Fichaut poursuit la série de témoignages émanant de militants trotskystes qui paraissent relativement régulièrement depuis environ cinq ans. Mais alors que la génération de 68 avait jusqu'ici tendance à être la plus bavarde, Fichaut représente celle des inscrits de la difficile et ingrate période de 45 aux années 60, puisqu'il est rentré au PCI à la fin des années 40, en passant d'abord par ses éphémères organisations de jeunesse, la JCI et le MRJ. Le récit qu'il nous fait de son itinéraire militant, du rappel de sa jeunesse entre études dans des écoles bourgeoises et vie ancrée dans le terroir breton, avec l'importance de la socialisation due aux auberges de la jeunesse, s'avère tout à fait passionnant, tout comme ses divers emplois avant son entrée à la centrale thermique EDF de Brest, mécanicien auto, chauffeur de médecin ou ajusteur mécanicien sur les chantiers navals de l'Atlantique. Cette dernière place est d'ailleurs l'occasion pour nous de découvrir l'investissement syndical conséquent d'André Fichaut dans le cadre de la CGT. Cette activité ininterrompue occupe en effet une place importante de l'ouvrage, avec comme point d'orgue le récit de la grande grève de 1972 à la centrale afin d'imposer des embauches supplémentaires, une grève victorieuse et qui constitue un exemple des efforts d'André Fichaut pour introduire davantage de démocratie au sein de la CGT, au risque de se marginaliser, comme lorsqu'il s'oppose à la reprise du travail en juin 1968 ou au programme commun dans les années 70, perçu comme un carcan pour les luttes ouvrières. Parallèlement à cet engagement syndical André Fichaut fut également de ces militants qui pratiquèrent l'entrisme prôné par la direction de la IVème Internationale au début des années 50. Ayant choisi de rester fidèle à cette dernière (et donc à la minorité de la section française) par peur de s'enfoncer dans un isolement sectaire, il fut en effet membre du PCF de 1956 à 1969. Son expérience est d'autant plus précieuse que le bilan historique de ce travail reste à faire ; ainsi, sur son groupe de trois militants entristes, lui seul réintégra durablement le mouvement trotskyste… On a également droit au passage à des anecdotes croustillantes, comme lorsque André Fichaut faillit devenir le candidat de la LC aux présidentielles de 1969, le récit des congrès de la CGT ou les relations étroites tissées avec Solidarnosc. Une autobiographie sans complaisance, sincère et pleine d'humour, qui se lit avec beaucoup d'intérêt. Signalons enfin qu'Alain Krivine est l'auteur de la préface, dans laquelle il insiste sur le travers de la secte qu'aurait donc évité le PCI minoritaire et la Ligue communiste, et rend un hommage appuyé aux anciens…

Jean-Guillaume Lanuque.


Pour citer cet article


FICHAUT André. Sur le pont - Souvenirs d'un ouvrier trotskiste breton, collection " Utopie Critique ", Syllepse, Paris, 2003, 248 pages, 20 euros : par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 2 - Automne 2011, 12 avril 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=519




 
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