Précédent   Bas de page   Suivant   Signaler cette page   Version imprimable

Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Nos archives du mois : mémoires ouvrières, témoignages

Note de lecture

Voyage au bout de la révolution. De Pékin à Sochaux , Paris, Fayard, 2009, 286 p

par Georges Ubbiali


Claire BRIERE-BLANCHET

Date de publication : 12 avril 2011

Image1

Claire BRIERE-BLANCHET, Voyage au bout de la révolution. De Pékin à Sochaux

Plusieurs anciens responsables de la Gauche Prolétarienne ont évoqués l'expérience de leur engagement sous forme romanesque (Jean Rolin, L'organisation  ; Olivier Rolin, Tigre en papier , Daniel Rondeau, L'enthousiasme , J.-Pierre Martin, Le laminoir, J.-Pierre Le Dantec, Etourdissements, notamment), plus rares apparaissent des récits sous forme de souvenirs (voir par ex. J.-Pierre Le Dantec, Les dangers du soleil ). L'ouvrage de Claire Bière-Blanchot s'inscrit dans cette veine. A la lire, on comprend pourquoi il lui a fallu plus de quarante années pour réussir à écrire ce chapitre de sa vie. Le livre commence à l'été 1967, en Chine. Jeune militante pro-chinoise, elle fait partie d'une délégation envoyée par les amitiés franco-chinoises pour découvrir la révolution culturelle. Elle passe quelques semaines dans une commune populaire, sans trouver vraiment à redire au déchaînement de violence dont elle constate plus ou moins les dégâts. Il faut dire que ce voyage au pays de la révolution en acte constitue en quelque sorte l'acmé d'une prise de conscience qui s'était éveillée lors de la guerre d'Algérie et qui s'était affirmée à l'occasion des différentes guerres de libération nationale. Tout son témoignage sur les années qui suivent, qui la voient partir avec celui qui deviendra son mari à Grenoble fonder un groupe de la GP constitue en quelque sorte un retour effaré sur sa jeunesse. Ce qui domine dans ses pages, c'est l'effroi, la stupeur, la honte même de ce qu'elle fut, de ce que fut cet engagement. Elle analyse son engagement sous l'angle d'un manque psychologique, d'un moyen pour fuir la folie familiale. Comme elle l'écrit « Nous n'étions pas des jeunes heureux », p. 89. Si l'on n'apprend pas grand-chose sur mai 68, moment qui échappa largement au courant représenté par l'UJCML, en revanche, elle est beaucoup plus disserte sur les années qui suivent et qui voient son couple s'enfoncer dans une folie autodestructrice de Grenoble à Sochaux. Il n'y a guère de chaleur dans ce récit, dans ce qui fut son parcours, mais une lente descente dans la noirceur de l'âme humaine. Noirceur qui l'amènera à perdre sa petite fille, à sombrer ensuite dans l'alcoolisme et la dépression pour de nombreuses années. Les portraits de ses camarades sont tout sauf empreint d'humanité. On lira ainsi la description qu'elle propose de Bény Levy, le « gourou » d'une secte en perdition, comme elle le décrit. Ses camarades sont des brutes, machistes, inconscients et manipulateurs. Il n'y a guère d'héroïsme qui se manifeste au fil de ces pages, même quand elle évoque, assez longuement, le soutien aux luttes des travailleurs immigrés. Seule surnage la noirceur de l'humanité. Après Lip 73, la GP explose. Il lui faudra plus de 20 ans d'analyse pour rompre avec l'alcool, faire la paix avec elle-même. Gageons que son récit s'inscrit dans cet éloignement avec « ce groupuscule de dangereux malfrats », p. 236 qu'était la Gauche Prolétarienne. Si Brière-Blanchot nous fait profiter du plus intime de son âme dans ces pages hallucinées et pitoyables, il n'est pas sûr en revanche qu'elle parvienne à entraîner la conviction de son lecteur sur la vérité de son engagement. En tous les cas, à coup sûr, ce récit rompt radicalement avec toute exaltation d'un engagement héroïsé de jeunesse. Avec ce livre, on dispose d'une version vécue de la thèse du caractère criminogène du communisme, illustré jadis par le «  Livre noir  » de Courtois and co.

Georges Ubbiali


Pour citer cet article


BRIERE-BLANCHET Claire. Voyage au bout de la révolution. De Pékin à Sochaux , Paris, Fayard, 2009, 286 p : par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 12 avril 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=486




 
Revue électronique Dissidences...-