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Bibliothèque de comptes rendus : juin 2011 > Varia

compte rendu

La prostitution à Paris au XIXe siècle , Paris, Seuil, Points-Histoire, 2008 (réédition d'un texte de 1836, republié en 1981), 238 p. dont 50 pages de Présentation et Bibliographie d'Alain Corbin, 9 €

par Jean-Paul Salles


Alexandre PARENT-DUCHÂTELET

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Alexandre PARENT-DUCHÂTELET, La prostitution à Paris au XIXe siècle

L'auteur, « petit homme rabougri, au visage chafouin derrière son binocle » (Corbin), fut tout d'abord un médecin hygiéniste, soucieux de rendre la ville propre. Il était responsable du Conseil de salubrité de la ville de Paris, parfait connaisseur de ses égouts. Mais au même titre que ceux-ci, pense-t-il, dans une agglomération d'hommes, les prostituées sont tout aussi inévitables. Pensant que les lois interdisant la prostitution sont inutiles, il propose donc de la surveiller, « d'atténuer par tous les moyens possibles les inconvénients qui [lui] sont inhérents ». Et ceci nous vaut une enquête de terrain de 8 années qui fait de lui, écrit Corbin, « un des pionniers de la sociologie empirique ». « A toutes les heures du jour et de la nuit, écrit-il, j'ai pu visiter les maisons dont il est question ici » (p.70). Sur la même page, il dit qu'il lui a fallu plus de courage pour visiter « ces repaires abjects de la prostitution » que pour « visiter les égouts remplis de fange et d'air infect ».

Ainsi ce texte est le premier ouvrage consacré, en France, à un groupe de femmes. On est renseigné sur leur origine géographique, leur origine sociale, leur degré d'instruction. Souvent enfants abandonnées – une sur 4 est une enfant naturelle – beaucoup ne savent pas signer, ou fort mal. Cependant, quelques ouvrières, du linge notamment, se livrent à la prostitution pour compléter des salaires de misère. Au total « les Messalines (1) sont rares », écrit-il, très peu d'entre elles se livrant à la prostitution pour dévergondage. Insistant sur l'esprit de solidarité qui règne entre elles, sur le souci que beaucoup d'entre elles ont de leurs enfants, il les réintègre en quelque sorte dans la société. Même si elles ont une voix particulière, rauque – à cause de l'abus d'alcool –, elles ont la taille, les couleurs de cheveux de tout un chacun. Et ce n'est pas la taille de leur clitoris ou des caractéristiques particulières de leur organe sexuel qui explique la prostitution, mais « l'excès de misère ».

Il propose donc de tolérer « des maisons de débauche » : « les prostituées s'y contiennent et ne se disséminent plus ». Voilà l'avantage, ainsi on pourra éviter qu'elles jouxtent les écoles ou les églises. De plus, les prostituées étant « inscrites », surveillées par « la dame de maison », elles seront plus facilement visitées par le médecin, jusqu'à une fois par semaine au moment de l'enquête. En ce deuxième quart du XIXe siècle, la syphilis est répandue déjà, menaçant la « race » de dégénérescence, pensent de nombreux médecins. Il faut donc tolérer un mal (la prostitution réglementée) pour en éviter un plus grand (p.184). Si Parent-Duchâtelet donne des précisions sur les prisons dans lesquelles séjournaient les prostituées, il est moins loquace sur les hôpitaux – souvent mouroirs – où les malades étaient enfermées. C'est après des campagnes menées par les abolitionnistes, scandalisés par la quasi réduction de ces femmes en esclavage afin que leurs clients soient rendus « intacts » à leur famille, que les prostituées purent retrouver le trottoir. Mais une nouvelle attaque de la syphilis, avant la guerre de 14, amena un nouvel enfermement.

Salles Jean-Paul.

(1) Messaline, femme de l'Empereur romain Claude, était célèbre par ses débauches. Elle se livra même à la prostitution. Son mari finit par la faire assassiner.


Pour citer cet article


PARENT-DUCHÂTELET Alexandre. La prostitution à Paris au XIXe siècle , Paris, Seuil, Points-Histoire, 2008 (réédition d'un texte de 1836, republié en 1981), 238 p. dont 50 pages de Présentation et Bibliographie d'Alain Corbin, 9 € : par Jean-Paul Salles.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juin 2011, 7 avril 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=459




 
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