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Numéro 1- Printemps 2011 > Comptes rendus

compte rendu

Catalogue de l’Exposition « Le Groupe de Bloomsbury », Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie dit La Piscine (21 novembre 2009-28 février 2010), Paris, Gallimard, 2009, 255 p., nombreuses illustrations, 39 €

par Jean-Paul Salles



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Catalogue de l’Exposition « Le Groupe de Bloomsbury », Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie dit La Piscine (21 novembre 2009-28 février 2010), Paris, Gallimard, 2009, 255 p., nombreuses illustrations, 39 €

Formé autour d’une fratrie, le frère Thoby Stephen et ses deux soeurs Vanessa et Virginia, et d’une confrérie universitaire issue de Cambridge – parmi eux Clive Bell et Leonard Woolf devenus époux de Vanessa et de Virginia – le groupe dit de Bloomsbury est un groupe à la fois littéraire, artistique et politique. Dans l’immeuble du quartier londonien de Bloomsbury puis dans la maison de campagne de Charleston (Sussex) où ils se réfugièrent pendant la guerre de 1914, plusieurs des garçons étant objecteurs de conscience, ils étaient unis par leur fort rejet de la morale victorienne, très attachés à la liberté d’expression et à celle des moeurs, militants pour le droit à la désinvolture et à l’impertinence. A leur groupe initial s’agrégeront l’essayiste Lytton Strachey (sa célèbre biographie de la reine Victoria est toujours rééditée), le peintre Duncan Grant, le peintre et critique d’art Roger Fry et le célèbre économiste Maynard Keynes. C’est à Charleston que ce dernier rédigea sa célèbre mise en garde adressée aux vainqueurs arrogants de la Première Guerre mondiale : Les Conséquences économiques de la Paix (1919).C’était un groupe désinvolte et drôle mais radical et rebelle. Le fils de Vanessa, Julian Bell, engagé aux côtés des républicains espagnols, fut tué lors de la bataille de Brunete le 18 juillet 1937. Virginia Woolf mena à bien non seulement son oeuvre d’écrivain, mais elle tint à bout de bras, avec son mari, The Hogarth Press, une maison d’édition qui édita leurs propres ouvrages – dont les livres anti-colonialistes de Leonard Woolf – mais aussi ceux de Freud, de T.S. Eliot, de Gertrude Stein ainsi que le Cézanne de Roger Fry (1927). Ce dernier eut une importance capitale en Grande-Bretagne pour la diffusion de l’art moderne dans un pays resté très longtemps imperméable à l’art de son temps. Ses expositions aux Grafton Galleries (Londres) en 1910 et 1911 firent date, permettant aux Anglais de voir les oeuvres de Cézanne, Gauguin, Van Gogh mais aussi Matisse, Picasso etc…Il créa aussi les Ateliers Omega dans le but de renouveler les tissus d’ameublement, les tapis et les objets du quotidien de façon à en finir avec la tristesse des intérieurs victoriens.L’exposition de Roubaix permet de découvrir les oeuvres des peintres du groupe, Vanessa Bell, Duncan Grant, Dora Carrington…soucieux d’exalter le quotidien en déployant un chromatisme raffiné, à la manière de Vuillard et de Bonnard. Parmi les nombreuses contributions, celle de Robert Upstone, qui clôt le recueil, est une excellente synthèse sur les principaux courants de l’avant-garde picturale britannique très méconnue ici. Au groupe de Bloomsbury, il faut ajouter le groupe de Camden Town aux préoccupations plus ouvriéristes mais à la manière tout aussi novatrice et les Vorticistes (notamment Wyndham Lewis) qui s’inspiraient plutôt du cubisme et du futurisme pour montrer le dynamisme de la vie moderne. Ces derniers firent paraître deux numéros d’une revue, Blast, où ils dénonçaient le conformisme de l’art et de la culture britannique dominante.Comme dans d’autres pays, la guerre mit fin à cette effervescence, les années 20 étant des années de deuil et de retour à la normalité.

Salles Jean-Paul


Pour citer cet article


Catalogue de l’Exposition « Le Groupe de Bloomsbury », Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie dit La Piscine (21 novembre 2009-28 février 2010), Paris, Gallimard, 2009, 255 p., nombreuses illustrations, 39 € : par Jean-Paul Salles.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 1- Printemps 2011, 28 mars 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=329




 
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