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Numéro 6 : hiver 2013 > Revue des revues

Article

REVUE des REVUES : Second semestre 2013

Passage en revues : Christian Beuvain, Jean-Guillaume Lanuque, Jean-Paul Salles, Nedjib Sidi Moussa, Frédéric Thomas, Georges Ubbiali.


Christian Beuvain

Date de publication : 30 décembre 2013


Table des matières

Texte intégral

Amnis. Revue de civilisation contemporaine Europes/Amériques, n° 4, 2004, n° 7, 2007, n° 9, 2010, n° 10, 2011.

Amnis, diffusée sur le web, date de 2000. Tous les articles sont en consultation libre, intégralement, d'un accès aisé. C' est une « revue française à comité de lecture international. Son objectif est de mettre à la disposition des chercheurs un outil qui contribue à une réflexion approfondie et diversifiée sur le passé récent, le présent et l'avenir des sociétés européennes et américaines ». Ses axes de recherche « s’articulent autour de la notion de civilisation, envisagée tant comme concept que discipline universitaire [et] débarrassée de toutes les connotations ethnocentriques des 18e et 19e siècles ». Chaque numéro (13 jusqu'à présent, soit 1 par an) regroupe des contributions, en français, espagnols (majoritairement), anglais, autour d'un thème : La violence d'État, Médias et pouvoirs, Le populisme, Femmes et militantisme, Cultures de guerre etc. Au fil des numéros, remarquons les articles de fond d'historiens tels François-Xavier Nérard, « Révéler et démasquer. Médias et dénonciation dans l’URSS de Staline (1928-1941) » (n° 4, 2004), Astrig Atamian, « Les Arméniens communistes en France, une histoire oubliée » (n° 7, 2007), d'Annick Madec, « Afficher la couleur : le rouge » (n° 9, 2010), ou David Maurice, « Les représentations de l’ennemi et du combat dans les dessins animés soviétiques de 1941  » (n° 10, 2011). D'autres articles concernent l'anarchisme, le féminisme, les mouvements anti-guerre, etc. Les actes de colloques sont aussi en ligne.

[Amnis. Revue de civilisation contemporaine Europes/Amériques, Severiano Rojo Hernandez, Aix Marseille Université, Centre des Lettres et Sciences Humaines, Département d’Etudes Hispaniques et Latino-Américaines, 29 Avenue Robert Schuman 13621 Aix-en-Provence Cedex, http://amnis.revues.org/ ]

Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, n° 34, automne 2011, 184 p.

L'Institut Pierre Renouvin fédère des centres de recherches de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, en collaboration avec l'UMR Irice (Identités, relations internationales et civilisations de l'Europe). L'objectif du Bulletin est d'offrir une « meilleure tribune à certains résultats scientifiques, en particuliers ceux des jeunes chercheurs, et de donner une idée concrète du contenu de la recherche qui se fait à l'Institut ». Il permet à ces chercheurs de publier les résumés de leurs travaux. Pour ce numéro, deux contributions. Celle de Benoit Cailmail (p. 67-79), « Le maoïsme népalais entre le Mouvement international révolutionnaire et jeu démocratique », met en lumière la multiplication des relations entre les révolutionnaires népalais et les autres organisations maoïstes à travers le monde, en particulier celle des États-Unis. Ce chercheur travaille à une thèse sur La construction du maoïsme au Népal : de l'anonymat aux avant-postes de la révolution internationale, sous la direction de Hugues Tertrais et Marie Lecomte-Tilouine). La seconde (p. 81-90) résulte des travaux de Jérémie Tamiatto sur « La naissance du Parti communiste chinois : le début de la « Grande renaissance ? ». Il montre que la commémoration de la fondation du PCC par le pouvoir chinois actuel est un enjeu de mémoire nationale pour exalter la fierté retrouvée du pays. Dans cet enjeu, le rôle de l'URSS et de ses envoyés est fortement sous-estimé. Ce chercheur travaille à sa thèse sur Les envoyés du Comintern en Chine de 1920 à 1927, sous la direction de Marie-Pierre Rey.

[Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, 2 n° l'an, sur http://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin-2011-2.htm ]

Les Cahiers du C.E.R.M.T.R.I., n° 148, mars 2013, « Les oppositions dans le PCF (1925-1929) ».

Cette nouvelle livraison s’inscrit dans le prolongement de plusieurs numéros antérieurs consacrés au PCF, sur les modalités de sa fondation (le n° 137) puis sur celles de sa « bolchevisation » (les n° 141 et 145). Cette fois, ce sont les oppositions internes au cours impulsé par la direction de Moscou qui sont privilégiées, d’abord les diverses tentatives d’opposition qui peinent à s’unifier, puis l’opposition trotskyste, qui apparaît ici comme la tendance majeure. La séquence chronologique arrêtée se clôt d’ailleurs par la parution du journal trotskyste La Vérité. Pour la première partie, qui s’étend de 1925 à 1926, des articles sont repris du Bulletin communiste de Boris Souvarine (qui dans « Quelques fortes paroles de Staline » concentre le feu de ses critiques sur Zinoviev), et de La Révolution prolétarienne au sein de laquelle émerge une ligne privilégiant le travail syndical et que ne partage pas un Alfred Rosmer (« La Renaissance du syndicalisme »). Tous ont néanmoins en commun une même inquiétude quant aux risques de trahison de la révolution russe et de retour vers le capitalisme. La seconde partie du Cahier est dédiée à « l’opposition communiste » de 1927 à 1929, avec des extraits de numéros de Contre le courant, un choix que l’on peut trouver trop restrictif. Quelques notices biographiques de militants oppositionnels complètent la sélection. Une série de documents intéressants, donc, mais trop partiels sur ce thème des oppositions internes au PCF (la liste des groupes destinataires de la « Lettre ouverte aux communistes d’opposition » de juin 1928, page 62, suffit à l’illustrer).

[Cahiers du C.E.R.M.T.R.I., 28 rue des petites écuries, 75010 Paris, 5 € le numéro, 20 € pour 4 numéros, 25 € avec droit de consultation des archives et de la bibliothèque]

Cultures & Conflits, n° 89, printemps 2013, « Militantisme et répression », 16,50 €

Dans ce numéro, un article de Vanessa Codaccioni, « Expériences répressives et (dé)radicalisation militante. La variation des effets de la répression sur les jeunes membres du Parti communiste français (1947-1962) », qui développe une question évoquée dans son livre Punir les opposants. PCF et procès politiques 1947-1962 (Paris, CNRS éditions, 2013), dont Dissidences a assuré un compte rendu (http://dissidences.hypotheses.org/3305 ).

[Cultures & Conflits, abonnement pour un an (4 n°), 54,90 €, L'Harmattan, 5-7, rue de l'École Polytechnique, 75005 Paris ou http://conflits.revues.org/17925?file=1 ]

Journal for the Study of Radicalism.

Cette revue étatsunienne (Université du Michigan) se consacre à l'exploration des formes, représentations, significations et influences historiques des mouvements sociaux radicaux (au sens américain du terme, i.e. Révolutionnaires ). Le numéro 1 date de 2007, et il y a deux publications par an. L'accès en ligne n'est pas libre, excepté pour les éditoriaux, et le lecteur lambda doit se contenter de résumés ou parfois du début des articles. Dans le volume 6, n° 2 (2012), deux articles passionnants. Le premier est celui de Jacob U. Zumoff, l'auteur d'une thèse en 2003, The Communist Party of the United States and the Communist International, 1919-1929, qui présente ici, dans son article (« The American Communist Party and the « Negro Question » from the Founding of the Party to the Fourth Congress of the Communist International ») les relations complexes entre le PC des Etats-Unis et les Afro-Américains  au début des années vingt. Le second, de LaShawn Harris, « Marvel Cook : Investigate Journalist, Communist and Black Radical Subject », analyse le rôle de passeur de cette militante noire, à la fois journaliste et communiste. Convoquée, en 1953, comme des milliers d'autres devant la commission McCarthy, elle refuse de parler en invoquant le 5e amendement. Selon l'auteur, elle sut, comme d'autres militantes que l'historiographie redécouvre actuellement, faire passer l'héritage communiste américain au sein des organisations de droits civiques des années 60 et des mouvements contestataires la décennie suivante. Même s'il n'était guère visible, le communisme américain est donc demeuré déterminant dans certaines formes prises par la Nouvelle gauche des sixties.

[Journal for the Study of Radicalism, Michigan State University Press, Suite 25, Manly Miles Building, 1405 South Harrison Road, East Lansing, MI 48823-5245, abonnement, 2 n° l'an, 62 $,  http://msupress.org/journals/jsr/ ]

Politix, n° 104, vol. 26, 2013.

Dans ce numéro, un article de Florence Joshua, « Nous vengerons nos pères.. ». De l’usage politique de la colère dans les organisations politiques d’extrême gauche dans les années 68 ».

A partir du matériau recueilli pour sa thèse sur la LCR (qui doit paraître en 2014 aux éditions de la Découverte, sous le titre Anticapitalistes. Une sociologie historique de l’engagement), F. Joshua s’intéresse à la manière dont une génération de jeunes juifs, le noyau politique qui forme la JCR, puis la LC-LCR, s’appuie sur les ressources que constitue la colère contre le  génocide commis contre le peuple juif durant la Seconde Guerre mondiale pour s’engager dans l’action révolutionnaire. Si le matériau est très intéressant (un recueil de discours inédit à ce jour sur la judéité de ce groupe), en revanche, le traitement extensif (témoignage d’un individu à une génération) semble plus problématique pour comprendre l’apparition et la naissance ne serait-ce que de ce courant estampillé LCR. Il n’en reste pas moins que cet article se lit avec un grand intérêt et offre un point de vue peu mobilisé à ce jour pour comprendre la place prépondérante des jeunes juifs dont la famille a échappé à l’extermination et leur engagement dans le mouvement révolutionnaire. F. Joshua annonce également un article sur le même thème à paraître dans le dernier numéro de la Revue française de science politique de 2013 (vol. 63, n°5-6).

[Politix, abonnement, 4 n° l'an, 65 €, De Boeck Services, Fond Jean Pâques, 4, 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique,

http://superieur.deboeck.com/resource/dbu/revues/politix/POX_bdc%202013.pdf ]  

Twentieth Century Communism. A Journal of International History, n° 5, « Local communisms ».

Ce cinquième numéro étudie la relation entre les conditions universalistes des objectifs bolcheviques et la focale locale d'éventuelles applications. A lire entre autres les articles sur le Parti communiste allemand (KPD), sur les cheminots unitaires en France, sur le rôle du régionalisme dans le Parti communiste espagnol entre 1920 et 1941 ou sur les discussions à propos de l'alliance entre bolcheviques et musulmans au début du régime soviétique.

[Twentieth Century Communism. A Journal of International History, abonnement en ligne sur http://www.lwbooks.co.uk/journals/twentiethcenturycommunism/orders.html ]

Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier, 2010 (n° 26, 160 pages), « Justice sociale, justice de classe ? » ; 2011 (n° 27, 144 pages), « Syndicats et politique sociale » ; 2012 (n° 28, 190 pages), « Des grèves au pays de la paix du travail », 25 FS (17 €)

L’Association pour l’étude de l’histoire du mouvement ouvrier (AEHMO) poursuit vaille que vaille la publication de sa revue annuelle, qui permet de suivre les travaux et recherches réalisés dans la Confédération helvétique (tout au moins sa partie romande). Sa revue est d’une qualité équivalente au Mouvement social en France. En sus de dossiers (les thèmes des derniers sont exposés ci-dessous), on trouve une chronique de la recherche, des hommages aux disparus et des comptes rendus de lecture, très précieux, car cette littérature ne circule que trop peu hors de la Suisse. Dans le numéro 27, on retiendra plusieurs articles portant sur la question des assurances sociales, dont la fédération jurassienne avait été à l’avant-garde (un document est reproduit). Leur lecture (sur la défense des droits des chômeurs et chômeuses) fournit un utile contrepoint à la situation en France (P. Auderset, L. Pizzolato, « Défendre les droits des chômeuses et des chômeurs : l’exemple de l’ADC Lausanne (1992-2010) » ou C. Togni, J.-P. Tabin, « Syndicats et assurance chômage, une politique à double tranchant »). Dans ce même numéro le lecteur pourra découvrir le chantier en cours sur le site biographique des anarchistes en Suisse (www.anarca-bolo.ch/cbach/). Le dernier numéro (28, avec une maquette renouvelée) propose un dossier sur les grèves dans un pays qui a mis la paix du travail au fronton des relations professionnelles. Et pourtant, les grèves existent, même si elles sont nettement plus rares que dans d’autres pays du continent. C. Koller s’intéresse au lien fait dans les discours anti-grève avec la xénophobie, la grève étant considérée comme un phénomène anti-suisse. La place des immigrés est traitée dans l’article de M. Pelli, rapportant l’incroyable audace des travailleurs italiens durant les grèves à la Monterforno de Bodio en 1970-72, écho du mai rampant se déroulant outre-Alpes. J. Varonne, auteur d’un ouvrage sur le sujet, revient sur les trois jours de grève de 1954 aux usines d’aluminium de Chippis. On retiendra également, pour finir, la contribution de Stéphane Sirot essayant de proposer des jalons pour une histoire sociale comparée de la grève sur le temps long des 19 e et 20 e siècles.

[Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier, AEHMO, CP 5278, 1002 Lausanne, www.aehmo.org]

Le Drapeau rouge. Revue d’histoire des révolutions, des grèves et de la lutte des classes, n° 3, avril 2013.

Pour cette troisième livraison, on retrouve le principe des deux précédents numéros, la réédition d’articles plus ou moins anciens, mais sans appareil critique suffisamment conséquent. Il n’y a que pour l’article d’André Calvès de 1950 consacré à la mort de l’ouvrier Edouard Mazé qu’une courte bibliographie est proposée… C’est d’autant plus dommageable pour un texte inédit aussi bref que celui sur la revue Quatrième Internationale dans sa première incarnation, celle de la seconde moitié des années 1930 (p. 18) : il aurait en effet été appréciable, au-delà de la reproduction de deux couvertures, de bénéficier d’un aperçu thématique des articles publiés, par exemple, ou un recensement des auteurs les plus présents. Il n’empêche, bon nombre de documents comportent un intérêt certain. Si « La Révolte des calicots », témoignage publié initialement dans Critique communiste en 1982, est un complément utile mais pas indispensable aux articles antérieurs consacrés aux grèves de juin 1936, et si « Naissance de la JCR » d’Antoine Artous peut donner l’impression de privilégier un éclairage engagé sur la filiation dont se réclame RaDAR – celle de la JCR, de la LCR et du NPA, donc –, le dossier central est plus original. Il est en effet tout entier dédié à la grève des cheminots de 1910, moins connue que celle de 1919, mais qui fut un mouvement massif et trop tôt interrompu. Les éclairages contemporains qui nous sont proposés sont d’ailleurs critiques, tous issus de La Vie ouvrière, Pierre Monatte ou Léon Jouhaux stigmatisant les manipulations et la répression gouvernementales, et reprochant aux directions syndicales et/ou politiques de n’avoir pas su mener à bien cette lutte (non sans illusions compréhensibles, lorsque Jouhaux estime qu’en cas de guerre, « (…) l’on verra si la mobilisation des grévistes cheminots n’a pas donné (…) sur la grève générale en cas de guerre, une force capable d’entraîner tout le prolétariat français. », p.41). « Être militant du parti ouvrier internationaliste » est quant à elle une savoureuse mise en bouche, puisqu’il s’agit de la présentation par Frédéric Dabouis d’un numéro des Cahiers du Cercle d’études sociales angevin intitulé « Le Parti ouvrier internationaliste en Anjou. Fragments de l’histoire du mouvement trotskyste en Maine-et-Loire (1936-1939) », publication qui semble avoir mis à profit les archives locales, policières en particulier, ainsi qu’en témoignent les quelques passages sur les difficultés rencontrées par le militantisme trotskyste d’alors.

[Le Drapeau rouge, RaDAR, BP 8, 93100 Montreuil, 10 € le numéro]

Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, n° 35, printemps 2012, 176 pages.

Notons un article de Maria Elvira Alvarez, d'après son Master, sur « Mouvement féministe et droit de vote en Bolivie. 1920-1952 », ou elle indique que si le droit de vote des femmes est obtenu lors de la révolution du 19 avril 1952 conduite par le MNR (Mouvement national révolutionnaire), il s'enracine dans les luttes du passé.

[Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, 2 n° l'an, sur http://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin-2011-2.htm ]

Esprit, n° 398, octobre 2013, « Les controverses du féminisme ».

Désormais les études féministes associent le genre, la classe, la « race », en une logique « intersectionnelle ». Ce numéro pointe les controverses en cours. Faut-il, au nom de la dignité de la femme, interdire la prostitution que certaines revendiquent comme une libre utilisation de leur corps ? (Sarah-Marie Maffesoli). De même, la pornographie représente-t-elle une atteinte à cette même dignité ou relève-t-elle de la liberté d’expression ? (Matthieu Lahure). Une interdiction de la pornographie à l’époque d’Internet ne risquerait-elle pas de mener à « un contrôle de nature potentiellement totalitaire ? ». Matthieu Lahure reconnaît pourtant que « le modèle de sexualité que sa forme dominante véhicule peut être contesté ». Diane Roman, elle, s'interroge sur les nouvelles évolutions scientifiques dans le domaine de la reproduction (PMA, GPA). Enfin, comment analyser les lois de 2004 et de 2010, dites « du voile » et « de la burqa » ? Certains les voient comme un progrès, d’autres comme une stigmatisation des populations musulmanes vivant en France (Nadia Marzouki).

[Esprit, abonnement, 113 € pour 1 an, 212, rue Saint-Martin 75003 Paris]

Sociétés contemporaines, n° 85, 2012,  « Les femmes contestent. Genre, féminisme et mobilisations collectives », 172 pages, 16 €.

Bel ensemble de cinq articles sur le thème du féminisme. L’article sans doute le plus inattendu est celui de Alban Jacquemart (auteur d’une récente thèse, Les hommes dans les mouvements féministes français (1870-2010)), « Le militantisme féministe masculin dans les années 1970 », montrant à partir d’exemples concrets comment le féminisme estampillé MLF a progressivement évincé les quelques hommes qui s’étaient engagés dans le mouvement. Un registre identitaire a triomphé, délégitimant l’action des hommes féministes et fermant ce champ d’activité aux seules femmes. La contribution de L. Bereni et A. Revillard, « Mouvement de femmes et sociologie des mouvements sociaux », constitue également un solide apport sur la manière dont le mouvement social des femmes amène à interroger les frontières trop étroites de la sociologie des mobilisations. Les auteures montrent en particulier comment le féminisme invite à repenser l’activité contestataire, qui ne se limite pas aux actions dûment estampillées et encadrées par les organisations. Ce faisant, elles dressent un portrait tout à fait intéressant des recherches en cours dans ce champ. C’est dans le même sens qu’il faut lire l’article (traduit) de Mary F. Katzenstein, « Quand la contestation se déploie dans les institutions ». Cette dernière avance qu’il n’y a pas étanchéité entre mouvement social contestataire et institutions et que même les institutions les plus rigides (ici, l'Église et l’armée) ne sont pas insensibles aux protestations qui agissent en leur sein. D’autres articles (sur la méthode Karman, mise en œuvre par le MLAC pour pratiquer des avortements) ou l’intégration de Sohane Benziane dans les mémoires féministes en France complètent ce riche numéro. Hors dossier, un article de Stanislas Morel sur les usages sociaux de la psychologie par les professeurs des écoles.

[Sociétés contemporaines, abonnement, 4 n° l'an, 52 €, Presses de Sciences Po, 117, boulevard Saint-Germain, 75005 Paris, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/revues/societescontemporaines/ ]

Actes de la recherche en sciences sociales, n° 196-197, mars 2013, « Usines, ouvriers, militants, intellectuels », 158 pages.

Numéro double pour envisager les rapports entre les intellectuels face à l’ordre usinier, avec de savants articles, démontrant l’intérêt  des sciences sociales pour la compréhension des phénomènes militants. Il est impossible ici de rentrer dans le détail de chacune de ces passionnantes contributions, précédées par une longue introduction de Cédric Lomba et Julian Mischi, les coordonnateurs du numéro. Huit articles, complétés par la lecture critique du livre de Christian Chevandier consacré à Georges Valéro (La fabrique d’une génération), offrent une multitude de points de vue sur le thème retenu pour ce très riche numéro. Sont ainsi abordés l’expérience de Radio Lorraine Cœur d’Acier, à Longwy, durant le conflit des sidérurgistes en 1979-1980 (Ingrid Hayes, dont c’est le sujet de thèse) ; les rapports à l’usine des cadres ouvriers communistes (Paul Boulland, auteur d’une thèse sur les communistes à Paris) ; un long entretien entre l’OS Christian Corouge  à Peugeot Sochaux durant les années 1980-90 et le sociologue Michel Pialoux . Kimi Tomazaki, pour sa part, détaille les liens entre les pratiques militantes et la formation politique comparée de deux générations de syndicalistes au Brésil. Sophie Pochic met en lumière l’apport du féminisme, à travers le cas du livre de Miriam Glucksmann, Women on the line, livre classique de l’ethnographie ouvrière, produit d’un engagement féministe. Notons aussi l’article croisé de Laure Pitti et Pascal Marichalar, sur les mouvements médicaux alternatifs durant la période post-68. Pour finir, on mentionnera encore les contributions de Cédric Lomba (« Restructurations industrielles : appropriations et expropriations des savoirs ouvriers ») et Julian Mischi (« Savoirs militants et rapport aux intellectuels dans un syndicat de cheminots »), donnant un aperçu des très stimulantes contributions de ce numéro d’exception.

[Actes de la recherche en sciences sociales, abonnement, 4 n° l'an, 49 €, éditions du Seuil, 12 rue du cap Vert, 21 800 Quetigny, www.arss.fr]

Le Débat, n° 175, mai-août 2013 « Enseigner l’histoire de France ».

Dans l’introduction, Pierre Nora se demande pourquoi on assiste à la dévalorisation de l’histoire nationale, « modèle dans lequel ont été élevés les adultes les plus âgés d’entre nous ». Le « roman national est mort ». Doit-on récuser le bien-fondé de toute forme d’histoire nationale au prétexte du nationalisme abhorré qui lui serait inhérent ? La réécriture d’une histoire « du point de vue des minorités opprimées, des oubliés et des victimes de l’histoire » est-elle préférable ? Récuser l’histoire nationale, « comme toute entière coupable et criminelle » ne risque-t-il pas d’aboutir à un militantisme idéologique pendant du militantisme national(iste) ? Au cours des années 1970-80, l’histoire nationale est devenue moins un combat qu’un patrimoine, le passé devenant « un immense et inépuisable réservoir de références avec lequel les générations nouvelles entretiennent un rapport elliptique, allusif, ludique, utilitaire ». Nous ne sommes plus en présence « d’une histoire rassembleuse et orientée, mais d’une histoire individualisée, sur mesure, émotionnelle, affective, moralisatrice, où s’engouffrent les jugements et les passions du moment ».

Pour Dominique Borne, « l’histoire de France ne peut être qu’une histoire délibérément critique et nécessairement mise en relation avec d’autres histoires », au premier chef avec celle de l’Europe. De même, « l’enseignement de l’histoire devrait aider tous ceux qui vivent le territoire, et le font vivre, à s’y sentir reconnus et accueillis afin d’y agir en acteurs solidaires ». Avec cette question : « Peut-on se sentir citoyen d’un pays dont l’histoire vous ignore ? ». Quant à Christophe Charle, il note « les profondes divisions qui traversent les historiens eux-mêmes. Les difficultés de l’histoire globale autant que celles de l’histoire nationale rendent problématiques les messages que les Lavisse ou les Braudel d’aujourd’hui pourraient (ou devraient) adresser à leurs collègues des collèges et lycées ».

La réflexion des historiens est complétée par les points de vue de divers enseignants du secondaire sur l’exercice de leur métier, un article de Valérie Hannin, sa directrice, sur la revue L’Histoire et un bilan d'Étienne François sur « Feue la Maison de l’histoire de France ».

Le Débat, n° 176, septembre-octobre 2013.

Non sans lien avec la problématique du numéro précédent, celui-ci comporte un fort dossier sur « Comment commémorer la Grande Guerre ? ». Au cours d’un entretien, Joseph Zimet, directeur de la Mission du Centenaire, expose les lignes directrices retenues par les pouvoirs publics, qui souhaitent une commémoration aussi « grandiose » que celle de 1989 pour le Bicentenaire de la Révolution française. Antoine Prost, président de la Commission scientifique, n’envisage pas une commémoration purement française. Des étrangers viendront des quatre coins du monde, les Canadiens à Vimy par exemple, ou les Australiens à Fromelles (Nord) et Villers-Bretonneux (Somme), la participation à la guerre ayant valeur fondatrice pour ces deux nations.

Quant à Jean-Pierre Azéma, il appelle à commémorer la Libération (1944-2014), mais avec rigueur, en évitant de reprendre « les poncifs d’usage ». Il conseille de s’inspirer de la remarque de François Mitterrand qui, le 17 juin 1993, rendant hommage au Panthéon à Jean Moulin, soulignait qu’un véritable travail de mémoire consistait à rendre un sens à une histoire dont on n’était pas quitte en l’honorant « soigneusement roulée dans le linceul de pourpre où dorment les dieux morts ».

Enfin, figure dans ce numéro un étonnant article de Jean-Pierre Le Goff, « Du gauchisme culturel et de ses avatars » (p. 39-55), empreint de fureur et de partialité. Ce « gauchisme culturel » et la gauche qu’il influence, en provoquant le débat et le vote de la loi sur le mariage homosexuel sont accusés d’avoir provoqué une fracture dans la société française. Pire… le gauchisme culturel n’entend pas changer la société par la violence et la contrainte, mais « changer les mentalités » par l’éducation, la communication moderne et la loi. Il peut se montrer inquisiteur et justicier, ainsi il retrouve les catégories de faute ou de péché … qui faisaient les beaux jours des confessionnaux ! Il est la synthèse monstrueuse du « modernisme affiché » et du « moralisme masqué ». Et l’auteur d’accuser ce « gauchisme culturel » d’être le principal responsable de la montée de l’extrême droite : « une telle posture a pu, par réaction, renforcer l’influence de l’extrême droite auprès des couches populaires qui n’apprécient pas qu’on les traite de « beaufs », de « racistes ». On croyait être préservé, en lisant Le Débat, d’une prose aussi indigente que haineuse.

[Le Débat, abonnement, 68 €, Sodis Revues BP 149, 128, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny 77403 Lagny Cedex, www.le-debat.gallimard.fr]

Europe, n° 1008, avril 2013, « Walter Benjamin », 230 pages.

Un numéro entièrement consacré à Walter Benjamin, « une voix et une oeuvre irriguées par la théorie matérialiste et le messianisme ». Des contributions de Michael Löwy, D. Cohen-Levinas, Stéphane Moses, etc.

[Europe, abonnement, 8 n° l'an, 75 €, 4, rue Marie-Rose, 75014 Paris, http://www.europe-revue.net/ ]

Histoire@politique, n° 20, mai-août 2013, « 68/86 : Un grand retournement ? Cerisy dans la vie intellectuelle française ».

Dans ce numéro coordonné par Laurent Jeanpierre et Laurent Martin, les contributions s'efforcent de savoir si la thèse d’une restauration intellectuelle de la pensée française après 1968, qui domine l’historiographie contemporaine, est pertinente ou non. S'agit-il d'un « glissement idéologique des intellectuels des idées « révolutionnaires » vers les idées « réformistes »  ou de « transferts de positions à l’intérieur de la « gauche » socialiste, en particulier de la « deuxième gauche », qui apparaît comme une plaque tournante idéologique de la période » ? Un excellent numéro, qui ouvre de nombreuses pistes de réflexions.

[Histoire@politique, Politique, culture, sociétéhttp://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=15&rub=revue ]

Esprit, n° 393, mars-avril 2013.

Ce numéro s’interroge sur l’importance du vote Front national, notamment dans les quartiers péri-urbains, terreau du populisme. Une étude de cas consacrée à Toulouse par Marie-Christine Jaillet appelle, impérativement, à l’aménagement de l’étalement urbain. « La ville est sortie de ses murs », il faut l’admettre, et « plutôt que de stigmatiser tel ou tel comportement », il faut réapprendre l’aménagement du territoire. Ainsi aux États-Unis, étudiés par Cynthia Ghorra-Gobin, on voit émerger au sein du péri-urbain, des « lieux d’urbanité », des espaces piétons qui dessinent un effacement croissant de la distinction ville/banlieue, qui semble en France si exacerbé.

Esprit, n° 397, août-septembre 2013, « A quoi servent les partis politiques ? »

Notons tout d’abord le remarquable billet de Michaël Foessel, du Comité éditorial, à propos des réactions à la mort de Clément Méric (jeune militant antifasciste tué par un skinhead d'extrême droite) qu’il conclut ainsi : « En France, l’ancienne colère consensuelle établissait une hiérarchie des mots où le national-socialisme et ses avatars occupaient la position du pire. Les réactions à la mort de Clément Méric nous apprennent que cette colère doit désormais se justifier et éviter de se traduire par des gestes disproportionnés. On réclame un peu de tolérance  même pour la droite de l’extrême droite. Cette victoire de la démocratie a un goût amer ».

Que sont devenus les partis politiques se demande Erwann Lecoeur, sociologue, en pensant surtout aux deux grands partis de gouvernement, le PS et l’UMP ? Les clivages politiques n’en sont plus vraiment, quelle différence entre « une gauche gestionnaire » et une droite « dépensière » ? A droite, le pouvoir semble résider dans le personnage plus que dans le parti. Quant au PS, il souffre de n’être pas associé aux décisions, mais  il subit les effets de la déception à l’égard du gouvernement. Le parti s’est effacé au profit des élus, une caste impose sa loi, au prix de guerres intestines et de sabotages volontaires (« contre la détestée Royal »). Bien évidemment la règle du scrutin majoritaire à deux tours est grandement responsable de cette situation. Désormais tournés vers la conquête et la conservation du pouvoir, les partis peinent à avoir des idées nouvelles, à être des « caisses de résonance ».

Cependant, pour Nadia Urbinati, les nouvelles technologies donnent l’espoir d’une démocratie plus directe, mais offrent aussi un espace à la défiance à l’égard des partis et du pouvoir à l’ancienne (comme l'exemple de Beppe Grillo en Italie tend à le montrer). Pour Isabelle Sommier, la mobilisation de mouvements sociaux ne va pas contre la démocratie, elle en constitue plutôt une autre face : « derrière la perte des fidélités partisanes, on a pu déceler l’éclosion d’une démocratie du public » qui voit se développer des attitudes d’investissement de la sphère publique sans parti ni appartenance.

Très pessimiste, Serge Berstein (de même que Frédéric Sawicki) regrette l’inexistence de partis mondiaux, ou même européens, seuls capables d’équilibrer les forces qui modifient la physionomie du monde (marchés, fonds de pension, agences de notation …).

[Esprit, abonnement pour un an, 113 €,  212, rue Saint-Martin  75003  Paris, www.esprit.presse.fr]

Lignes, n° 41, mai 2013, « Ce qu'il reste de la politique. Enquête, mai 2012-mai 2013 », 167 pages, 20 €.

Il s'agit ici de faire « un premier bilan du « changement » promis après une année d'exercice du pouvoir » (p. 6), en interrogeant largement les mêmes personnes que lors de l'enquête précédente : « Non pas : voter pour qui ? Mais : pourquoi voter ? ».

Jean-Loup Anselme récuse la notion de « trahison », car « François Hollande n'a été élu « que » contre Sarkozy et non pour sa personne ou ce qu'il représente » (p. 7). Ce à quoi font écho Philippe Hauser – qui écrit : « ils voulaient tout sauf Sarkozy. Exit Sarkozy, mais le tout de sa politique est là » (p. 67) – et Francis Marmande affirmant que « ce gouvernement dont on n'attendait rien, mais alors rien de rien, réussit pourtant la prouesse de décevoir » (p. 98). Un texte analyse la première année de gouvernement au regard de la poursuite des réformes de l'université tandis que René Schérer évoque la question du vote en faveur du mariage homosexuel qui, pour isolé qu'il soit, a tout de même permis de révéler « la hargne homophobe d'une droite radicalisée et celle d'une Église fondamentalement réactionnaire » (p. 132). L'auteur se distingue par ailleurs en mettant en avant la nécessité « de choisir celui [le mouvement] qui implique le plus de résistance ou le moins de servitude à la dictature de la spéculation financière et des lois du marché. À quoi les représentants de la gauche me paraissent plus engagés, tout simplement. C'est peu, sans doute, insuffisant pour définir une politique, mais préliminaire à toute parole qui ne soit que bavardage » (p. 135).

Plusieurs auteurs se centrent sur les transformations du « paysage » : paysage politique « se déportant sans cesse vers la droite » (p. 53) pour Éric Fassin ; paysage langagier et conceptuel où « équité » tend à remplacer « égalité », « sociétal » « social »... pour Pierre-Damien Huyghe (p. 75) ; paysage imaginaire de l'alternative de plus en plus abîmé pour Philippe Corcuff (p. 38). D'autres, comme Christiane Vollaire, insistent sur une critique de la représentation. Ainsi, Jean-Paul Curnier écrit qu'« à droite comme à gauche, on clame en toutes circonstances que l'électeur est roi, comme il l'est aussi au supermarché et que le travail des politiques est d'entendre ce qu'il dit quand il ne parle pas. Il faudrait ajouter : surtout lorsqu'il ne parle pas ; car c'est exactement l'encouragement qui est donné à tous, quotidiennement : inutile de penser, nous sommes là pour comprendre à votre place » (p. 44). Dans le prolongement de cette critique, Anselm Jappe note que « l'industrie et la politique se passent maintenant très bien de la confiance de leurs assistés. Elles ne prétendent plus être aimées ou crues ; il leur suffit de pouvoir se présenter sans alternatives » (p. 82-83). Et d'ajouter que les électeurs sont certes plus méfiants, mais cette méfiance ne porte pas à conséquence.

Peut-être la question centrale est-elle la mieux posée par Fassin qui interroge : « la gauche critique est-elle vouée à vivre désabusée ? Et faut-il se résigner à ne penser le politique qu'en dehors de la politique – de l'État, des partis et des élections ? » (p. 54). À cette double question, Gérard Briche, péremptoire, répond : « inutile de chercher une solution politique, car il n'y en a pas » (p. 21). Mais alors de quelle type serait la solution – philosophique, métaphysique ? D'autres, au contraire, cherchent à se dégager de ce qui est présenté comme un faux dilemme, en avançant quelques pistes. Étienne Balibar en appelle à « un complexe de « réformes de structure » » où la révolution ne serait pas le « fantasme d'un grand soir » et le réformisme « l'autre nom du compromis avec le statu quo » (p. 13-14). Pierre Sauvêtre, s'appuyant sur Foucault, critique « les oppositions entre « police » et « politique » ou entre « État » et « politique », comme chez Rancière et Badiou », qui ont, selon lui, tendance à rejouer de manière manichéenne le couple antagoniste État/société civile. Cela ne permet guère d'affronter les « problèmes liés à l'organisation et à l'affirmation d'un projet alternatif » (p. 129). Dès lors, peut servir de conclusion (provisoire) l'analyse de Jean-Luc Nancy selon laquelle « la politique subsiste au moins comme révolte – fût-ce, lorsqu'il le faut, comme révolte contre la politique » (p. 113).

Le numéro contient en outre un intéressant texte de Mario Tronti autour des concepts liés de peuple et de politique, et l'excellente préface de Michel Surya à la publication des textes de Georges Bataille et André Breton pour Contre-Attaque (1935-1936).

[Lignes, Nouvelles Éditions Lignes, 90 quai Maupassant, F-76400 Fécamp – http://editions-lignes.com]

Aden. Paul Nizan et les années trente, n° 12, octobre 2013, « La plume contre le fascisme (1930-1935) », 297 pages, 25 €.

La lutte antifasciste ne débute pas dans la seconde partie de la décennie des années trente. Des prises de position qui avertissent du danger se font entendre avant. C'est cette période, 1930-1935, qu'a choisie la revue Aden pour ce volume, le douzième, édité par les éditions Encrage depuis le précédent numéro. Est-ce le peu de recherches et/ou d'intérêt pour cette période qui réduisent les articles de fond à cinq ? Les contributeurs présents se sont intéressés à trois pays, l'Allemagne, le Portugal (la plupart du temps oublié lorsqu'on traite des menaces puis des dictatures fascistes dans l'entre-deux-guerres) et la France. Mathilde Lévêque, dans sa contribution (« La plume contre le nazisme dans l'écriture des romans pour la jeunesse en Allemagne (1930-1935) ») remarque la rareté et l'isolement de ces écrits, que ce soit les romans – un seul dénonce expressément la montée du nazisme, celui d'Adrienne Thomas, Katrin, die Welt brennt ! – les histoires illustrées ou les textes radiophoniques, exception faite pour la presse communiste qui tente de contrer l'investissement massif de la littérature enfantine par les nazis. Georges Da Costa (« L'écrivain-journaliste portugais José Rodrigues Miguéis face à l'installation de la dictature de Salazar ») retrace le parcours de cet opposant au salazarisme, de l'opposition républicaine au communisme. Il introduit le marxisme « sur la scène intellectuelle portugaise (...) en 1930 » ainsi que le néo-réalisme, « traduction portugaise du réalisme socialiste » soviétique. Exilé aux États-Unis, il s'éloigne ensuite du communisme. Une contribution précieuse sur un écrivain dont l'œuvre fictionnelle (romans, théâtre, contes, nouvelles etc.) demeure non traduite en France. Pour l'hexagone, Sophie Kurkdjian donne un aperçu des enquêtes du magazine Vu de Lucien Vogel sur l'Allemagne et l'Italie, Alexis Buffet analyse un roman historique antifasciste de Jean Cassou, Les Massacres de Paris (1935) et Anne Mathieu, la directrice d'Aden, examine les 33 articles de Paul Nizan sur le conflit italo-éthiopien, dans L'Humanité. Dans la seconde partie de cette revue, constituée comme à l'habitude de documents, saluons la mise à disposition du public de textes issus de deux numéros d'une feuille de propagande de l'AEAR (Association des écrivains et artistes révolutionnaires), Feuille rouge, en janvier 1933, avec une présentation de Patrice Allain. Les couvertures de ces deux feuilles sont reproduites en fac-similé. Presque 80 pages de comptes rendus d'ouvrages liés de près ou de loin aux thèmes de la revue (sur la Guerre d'Espagne, des intellectuels comme Breton, des militantes comme Tina Modotti, des romans historiques, etc.) terminent ce volume, avec les illustrations de Jean-René Kerézéon et des photographies provenant du Centre d'histoire du travail de Nantes. Le prochain numéro, dont la sortie est prévue pour octobre 2014, sera consacrée à « Faire la révolution ».

[Aden. Paul Nizan et les années trente c/o Anne Mathieu, 11, rue des Trois Rois, 44000 Nantes, 25 € ce n°, abonnement pour 4 n°, 84 € (+ 6 € de port), les anciens n° sont toujours disponibles, sauf les 1, 2 et 5, épuisés, http://www.paul-nizan.fr ]

Cahiers Jaurès, octobre-décembre 2013, « Lectures », 232 pages.

Ce fort épais numéro est tout entier consacré à des comptes rendus de lecture, parfois très courts, le plus souvent assez substantiels. Pas moins de 98 ouvrages de toute nature (thèse, livres individuels ou collectifs..) sont disséqués en neuf rubriques (depuis « Actualités jaurésiennes », jusqu’à « Prélude au centenaire de la Première Guerre mondiale » en passant par « Patrons, ouvriers et ouvrières », « Questions politiques », « Rééditions de classiques » etc.). Dans son introduction, Christophe Prochasson pointe trois caractéristiques dominantes de l’état de l’historiographie contemporaine : la place des biographies (lesquelles ?), le renouveau de l’histoire politique et enfin la place de l’épistémologie (en particulier dans deux directions : les frontières de l’histoire et la place du constructivisme). Un fort roboratif numéro, on en conviendra où l’on retrouve quelques-uns des livres chroniqués également par Dissidences .

[Cahiers Jaurès, 4 rue Toussaint-Féron, 75013 Paris, www.jaures.info]

Esprit, n° 396, juillet 2013, « Contre les maîtres à penser ».

Retenons de ce dossier l’article de Raphaêl Lauro (ancien secrétaire d’Edouard Glissant) sur cet auteur, poète et philosophe, « déchiré entre sa formation française et son être antillais » (Alice Béja dans l’introduction). Il prit partie « contre la vision d’une mondialisation exclusivement économique, avançant une pensée du « tout monde », de la « mondialité » qui préserve la diversité des peuples et leurs identités ». Tout en préférant les relations plutôt que les « identités enracinées », il trouvait que la pensée occidentale excluait trop « le particulier ».

[Esprit, abonnement, 113 € pour 1 an, 212, rue Saint-Martin 75003 Paris]

Etudes photographiques, n° 27, mai 2011, « Images de guerre, photographies mises en page », 250 pages.

Cette revue de la Société française de photographie, créée en 1996 par André Gunthert, est bilingue depuis mai 2009. Ce numéro offre une passionnante étude de Valérie Vignaux sur les usages communistes du cinéma : « Léon Moussinac et L'Humanité du cinéma. Cinéma militant et militantisme culturel dans l'entre-deux-guerres ». Elle montre que pour les communistes, le cinéma est pensé comme un média susceptible d'usages militants affiliés aux idéaux humanistes. Le cinéma militant communiste « s'apparente à du militantisme culturel ».

Etudes photographiques, n° 29, 2012, « La photographie allemande ».

Notons un article excellent de Fedora Parkmann, « Un avatar tchécoslovaque de 
la “Fifo”. L’“Exposition internationale de photographie” à Prague en 1936 ». Cet article novateur retrace l'importance de cette exposition, entre expérimentation moderniste et photographies sociales et militantes, où sur les murs se succèdent les plus grands noms de l'époque :

Hans Bellmer, Raoul Hausmann, Man Ray, László Moholy-Nagy, Alexandre Rodchenko, etc. Les reportages de propagande, comme ceux du groupe Film-foto du Front de Gauche – une formation réunissant des sympathisants socialistes et communistes – et les photomontages politiques (comme ceux de John Heartfield) côtoient des images issues du surréalisme.

[Études photographiques, abonnement pour 2 n° l'an, 40 €, http://etudesphotographiques.revues.org/2972 ]

Images re-vues. Histoire, anthropologie et théorie de l'art, n° 1, 2005 au n° 10, 2012.

Images re-vues, fondée en 2005, est « une publication en ligne qui émane de quatre centres de recherche de l’EHESS et du CNRS installés à l’Institut National d’Histoire de l’Art ». Animée par des doctorants, des post-doctorants et des chercheurs en poste, Images re-vues « entend se positionner comme un espace rigoureux de recherche et de réflexion autour de l’image et de l’art, toutes périodes et approches confondues. Plus précisément, la revue privilégie les recherches transversales qui croisent des problématiques historiques, anthropologiques et théoriques ». Chaque numéro (un par an, avec quelques hors-série) est construit autour d'un thème : L'image animée, L'image-événement, Les paysages sonores, etc. On lira avec attention un article de Thomas Schlesser sur « Le réalisme de Courbet. De la démocratie dans l’art à l’anarchie » (n° 1, 2005) ainsi que le hors-série n° 2 (2010) consacré à Walter Benjamin.Un blog est accessible à partir de la page d'accueil de la revue.

[Images re-vues. Histoire, anthropologie et théorie de l'art, CEHTA, 2 rue Vivienne, 75002 Paris, http://imagesrevues.revues.org/, et le blog, http://culturevisuelle.org/imagesrevues/ ]

Lignes, n° 40, février 2013, « Le manifeste entre littérature, art et politique », 167 pages, 20 €.

Ce numéro de Lignes explore le genre littéraire que constitue le manifeste, étant entendu que celui-ci « se confronte à la montée des avant-gardes, mais ne s'y réduit pas » (p. 6). Christophe Kihm fait un parallèle entre les manifestes futuristes et Dada autour de « la mise en relation de l'art et de la vie » (p. 13). Bastien Gallet s'intéresse au « rapport entre un dire et un faire » au cœur du manifeste, qui est toujours à la fois « un fait et une promesse » (p. 21), en évoquant Freedom Now Suite. Serge Margel, quant à lui, met en évidence le manifeste comme « lieu de crise », comme rupture avec son contexte culturel, faisant « de cette rupture elle-même son nouveau contexte de production » (p. 30-31). Sont ensuite étudiés plusieurs manifestes – cyborg, anthropophage, numériques, celui lié à la révolution tunisienne... – sous divers angles. Le texte éclairant d'Éric Chauvier sur les transformations urbaines demeure cependant quelque peu périphérique à l'objet d'étude. Il est pourtant étonnant que la dimension historique ne soit même pas évoquée alors que la Révolution russe participa largement de la définition de ce monde en crise et des contours et enjeux des manifestes Dada, surréaliste et situationniste.

[Lignes, Nouvelles Éditions Lignes, 90 quai Maupassant, F-76400 Fécamp – http://editions-lignes.com]

La répétition générale, revue littéraire et poétique, n° 2, 2011, 96 p., 7,50 €

Cette revue, lancée par une association du pays de Montbéliard, qui se veut une revue de poésie (devenant, avec le n° 3, 2012, en sous-titre, Revue de littérature érotico-politique), consacre un dossier sur le voyage en Tunisie de son principal rédacteur, Pierre-Olivier Poyard. C’est une version assez iconoclaste de la poésie qui est délivrée au fil des pages, puisque l’essentiel est un récit de voyage, en prose, en révolution tunisienne, entrecoupé d’un communiqué du PCOT (Parti communiste des ouvriers de Tunisie) ou encore d’une délicate ode à la dénonciation de l’impérialisme (Nicolas Bourgoin). Restent à lire des poèmes de Georges Gastaud, secrétaire général du PRCF (Pôle de renaissance du communisme en France), dénonçant le mésusage de la langue française.

[LRG, BP 1, rue du Val, 25510 Pierrefontaine les Varans, Pierre-olivier.poyard@wanadoo.fr]

Revue d’histoire des chemins de fer, n° 44, 2011, « Parler de soi, écrire sa vie au travail », 214 p., 18 €

Ce numéro constitue les Actes d’une journée d’études scientifiques organisée par l’AHCF et par l’Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, le 17 juin 2011. Trois grandes parties structurent les différentes communications. La première porte sur les récits de cheminots européens, avec des contributions sur l’art d’écrire comparé des cheminots français, anglais et italiens. Le deuxième ensemble regroupe des textes sur les moments et pratiques (la grève en particulier). Enfin, la dernière partie permet d’appréhender le passage du récit personnel au récit collectif. Plusieurs articles hors dossier complètent ce roboratif numéro, susceptible d’intéresser au-delà du cercle des « aficionados » de la cause cheminote !

[Revue d’histoire des chemins de fer, Association pour l’histoire des chemins de fer, 9 rue du Château-Landon, 75010 Paris]

Revue Lisa/Lisa e-journal, Littératures, histoires des idées, images, sociétés du monde anglophone, n° 1/2013, volume XI, « Censorship in Action, Reactions to Censorship ».

Dans ce numéro, une réflexion croisée sur la censure et la liberté d'expression, qui privilégie une approche pluridisciplinaire, croise les perspectives pour « mettre à jour les nouveaux fondements théoriques du concept de censure ». Les contributions sont issues du colloque international Censorship and Discourse in English-Speaking Countries (16th-21st Centuries), à l'université Rennes-2, les 27-28 mai 2010. Dans cette revue en ligne, il y a également des dossiers thématiques, dont celui de Stephen J. Whitfield, une critique politique du roman (1939) et du film (1940) Les Raisins de la colère, ainsi que celui de Olivier Coquelin sur trois grandes figures du mouvement révolutionnaire irlandais, Lalor, Davitt et Connolly, de 1846 à 1916. Ceux-ci voulaient conjuguer révolution sociale et révolution nationale. Représentant l'aile gauche, ils sont toujours restés nettement minoritaires.

[Revue Lisa/Lisa e-journal, Littératures, histoires des idées, images, sociétés du monde anglophone, sur http://lisa.revues.org ]

Bulletin de Promemo (Provence, mémoire et monde ouvrier), adhésion à l'association, 20 € par an, à Rémy Nace, 2, avenue des Mûriers, 13790 Peynier, contact à PROMEMO, UMR TELEMME, Maison méditerranéenne des sciences de l'homme (MMSH), 5, rue du Château de l'Horloge, 13100 Aix-en-Provence, http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_83-Promemo.html

Les Cahiers du C.E.R.M.T.R.I., n° 149, juin 2013, « De l’effondrement du régime nazi à la division de l’Allemagne. L’action de la classe ouvrière allemande et la reconstruction du mouvement ouvrier (1944-1949) ».

C’est un sujet original qui a été retenue pour ce Cahier, qui va à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle le peuple allemand, écrasé par la guerre, était devenu totalement atone. La première partie, la moins inédite, reprend des manifestes établis par des détenus de Buchenwald, parmi lesquels celui des trotskystes, que complètent d’ailleurs quelques extraits de Arbeiter und Soldat, l’organe de ce courant politique qui était au cœur du travail de fraternisation à destination des soldats allemands. La seconde série de documents illustre les actions d’auto-organisation, tel le Comité populaire antifasciste de Dresde ou le « syndicat-parti » d’Hambourg, toutes structures qui présentent la particularité d’être unitaires. Un article d’Ernest Mandel paru dans Quatrième Internationale en 1946 et un autre de François Forgue (François de Massot) dans La Vérité en 1975 reviennent de manière plus large sur le contexte de ce réveil des consciences. La partie suivante se penche plus en détail sur la reconstitution du SPD, d’abord sur une ligne d’unité de l’Allemagne, avant un basculement en 1948, tandis qu’à l’Est, les militants subissent des pressions de plus en plus fortes afin d’aboutir à l’unification forcée au sein du SED. Une dernière partie s’intéresse plus précisément à la reconstruction du syndicalisme actif, la cogestion y étant vue comme un moyen pour satisfaire les revendications de la base au détriment d’une possible radicalisation. Bien que souvent les documents soient partiels et qu’un tel sujet aurait mérité davantage de sources, ce Cahier, constitué pour beaucoup de documents inédits tirés de recueils ou de témoignages allemands, est une précieuse anthologie.

Les Cahiers du C.E.R.M.T.R.I., n° 150, septembre 2013, « Prélude à la « grande guerre » impérialiste : Les guerres balkaniques (1912-1913) ».

Voilà un Cahier qui paraît pratiquement au moment où vont débuter les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale. Sur ce sujet des guerres balkaniques, plusieurs sous-ensembles ont été retenus. Le premier fait la part belle au contexte général, avec la publication d’extraits des livres de Georges Castellan (Histoire des Balkans, Paris, Fayard, 1991) et de Trotsky (l’introduction de 1926 pour Les Guerres balkaniques, réédité par Science marxiste en 20021). Le plus intéressant réside sans nul doute dans la partie suivante, qui compile plusieurs articles de Jean Jaurès parus dans La Dépêche de Toulouse et L’Humanité, parallèlement mis en valeur dans les Cahiers du mouvement ouvrier : cette lutte contre la guerre est également illustrée par les manifestes respectifs publiés par la SFIO et la CGT en octobre 1912. La dernière partie documentaire nous fait même pénétrer au cœur des instances de la IIe Internationale, avec le compte rendu de la réunion du Bureau socialiste international du 28 octobre 1912, dont transparaît clairement l’unanimité d’une action collective visant à empêcher toute conflagration européenne. D’autres déclarations des partis russe et de Turquie associés à ceux des Balkans manifestent la même volonté, insistant en outre sur la nécessaire fédération balkanique à construire. Quelques caricatures ou photographies d’époque (présentées sans date et origine) ponctuent cet ensemble de documents.

[Cahiers du C.E.R.M.T.R.I., 28 rue des petites écuries, 75010 Paris, 5 € le numéro, 20 € pour 4 numéros, 25 € avec droit de consultation des archives et de la bibliothèque]

Cahiers du mouvement ouvrier, n° 57, premier trimestre 2013.

Après plusieurs duos de numéros consacrés à des révolutions particulières – française, russe et espagnole –, la revue dirigée par Jean-Jacques Marie revient à un ensemble plus composite. Parmi les articles les plus intéressants de cette livraison, il convient de citer la copieuse étude de Rémy Janneau consacrée à « La Révolution française. Les métamorphoses d’une légende noire », qui fait un point assez précis sur les différents courants historiographiques et leur évolution, en développant plus particulièrement celui des adversaires de la Révolution, de Rivarol et Burke à Furet et Sécher ; il y reprend d’ailleurs certaines des critiques précédemment diffusées dans la revue, sur les analyses d’Esther Benbassa concernant les Jacobins ou sur le téléfilm consacré à la fuite du roi Louis XVI. Nicole Perron, pour sa part, confronte des « Itinéraires croisés », ceux de Romain Rolland et de Marcel Martinet, en s’appuyant sur la thèse de référence de Vincent Chambarlhac, opposant la figure distante et servile du premier à celle, résolument engagée et courageuse, du second. Charles Allain, pour sa part, propose une synthèse des événements de la bataille de Stalingrad, à l’occasion de son 70e anniversaire. Enfin, Jean-Guillaume Lanuque livre avec « L’Histoire éclatée » une critique des nouveaux programmes d’histoire de collège, coupables de véhiculer « (…) l’image d’une histoire discontinue, excessivement politique, insuffisamment mondialisée, parfois historiographiquement partiale, et réductrice dans son approche méthodologique » (p. 113). Parmi les documents, le témoignage de Fiodor N. Dingelstedt sur les premiers temps du pouvoir bolchevique permet de découvrir l’action et la vision d’un dirigeant de base du parti, confronté à l’empirisme de la situation et aux divergences entre les bolcheviques eux-mêmes. Enfin, en dehors des deux recensions parallèles de la biographie de Fernand Loriot par Julien Chuzeville (signées Jean-Jacques Marie et François Ferrette), une des notes de lecture les plus développées est celle que Jean-Marc Schiappa consacre au livre d’Antonin Cohen, De Vichy à la Communauté européenne, dans lequel il trouve bien des justifications aux analyses critiques de son courant politique sur l’Union européenne corporatiste et anti-démocratique. Nicole Perron livre également un compte rendu d’un colloque tenu en 2008 par la Libre Pensée de l’Oise consacré à la jacquerie de 1358, sur laquelle Maurice Dommanget avait livré une étude voilà une cinquantaine d’années ; dommage toutefois que d’autres articles et documents n’approfondissent pas ce sujet des révoltes paysannes dans la société féodale.

Cahiers du mouvement ouvrier, n° 58, deuxième trimestre 2013.

Ce cinquante-huitième numéro, plus court que les autres, est le dernier constitué uniquement de varia avant une série de livraisons consacrées à l’anniversaire du premier conflit mondial. On y retrouve un certain nombre de thèmes récurrents, en particulier la Révolution française  - Nicole Perron, dans « La Révolution française et le fédéralisme », défend les Montagnards face aux Girondins, en réponse à l’ouvrage collectif Pour quoi faire la révolution – et  l’histoire de l’URSS – un article de Jean-Jacques Marie, « La seconde mort de Staline », s’intéresse aux coulisses du rapport Khrouchtchev et à sa réception. Plus décevant, « Le dernier article de Jean Jaurès », de Ryszard Rauba, est une explication de texte assez plate, dont la conclusion est pleine de bons sentiments. Une des contributions les plus intéressantes de ce numéro est la réédition de l’analyse de Roman Rosdolsky, « La situation révolutionnaire en Autriche en 1918 et la politique des sociaux-démocrates », parue pour la dernière fois dans Critique communiste à la charnière des années 70 et 80 : cette première partie rappelle à juste titre la pertinence d’une possible extension révolutionnaire en Europe suite à la révolution d’Octobre, et la politique médiane de la social-démocratie autrichienne, désireuse de concilier à la fois les dirigeants austro-hongrois et les masses favorables aux révolutionnaires russes. Radu Paraschiva revient également sur « La grande grève des cheminots roumains » en 1933, dont un des participants ne fut autre que Barta (pseudonyme de David Korner, fondateur du courant dont est issue Lutte Ouvrière). Parmi les rubriques habituelles, on relève la présence d’une « Défense du livre » (livre papier) plutôt surprenante, et dans la « Chronique des falsifications », cette affirmation pour le moins discutable au sujet de Guy Debord : « (…) ce personnage n’a rien à voir avec le mouvement ouvrier et il n’a jamais lui-même affirmé avoir avec lui le moindre rapport » (p. 91).

Cahiers du mouvement ouvrier, n° 59, troisième trimestre 2013.

Comme annoncé dans le précédent numéro, cette cinquante-neuvième livraison (qui reprend par erreur la titulature du n° 58) inaugure la publication d’une série de documents tournant autour de la Première Guerre mondiale, à l’aube d’une commémoration qui sera sans doute une véritable déferlante. Jean Jaurès est à l’honneur, lui qui tenta jusqu’à son assassinat d’éviter l’embrasement généralisé. Maurice Martin nous présente ainsi « Jean Jaurès et la IIe Internationale », qui est surtout un aperçu biographique sans doute trop peu critique (et qui surévalue probablement le rôle du leader socialiste en ouverture de son article, capable de « faire basculer l’histoire mondiale », p. 19) ; un autre texte de Nicole Perron se penche sur l’analyse des causes de la guerre par le même Jaurès, complété par des extraits du discours prononcé le 25 juillet 1914 sur ce thème. Le plus intéressant, toutefois, est ailleurs : le sous-ensemble titré « Les socialistes et la guerre » propose en effet une reproduction partielle de la brochure publiée par Rakovsky en 1915, qui confronte deux visions antagoniques du socialisme, à travers un échange de lettres entre Charles Dumas, directeur de cabinet de Jules Guesde devenu ministre, et Rakovsky lui-même. Autre analyse précieuse, celle de Roman Rosdolsky, dont la deuxième partie de l’étude consacrée à « La situation révolutionnaire en Autriche en 1918 et la politique des sociaux-démocrates » s’intéresse cette fois plus particulièrement au renoncement de la gauche d’Otto Bauer à mener la lutte révolutionnaire jusqu’au bout. Un article d’autant plus notable qu’il se base sur une vaste documentation, issue entre autres des archives de l’empire austro-hongrois. Parmi les autres éléments au sommaire d’un numéro plutôt court, on retiendra également l’hommage à Maurice Nadeau, qui se décline en une discussion entre lui et Jean-Pierre Plisson autour du surréalisme, datant de 2005, avec cette formule singulière de Maurice Nadeau au sujet de la théorie de la révolution permanente : « c’est une création poétique déguisée sur un plan politique » (p. 80). L'accompagne une sélection d’extraits de son livre autobiographiques, Grâces leur soient rendues, qui reviennent sur son militantisme trotskyste dans les années 1930 et son admiration pour Pierre Naville.

[Cahiers du mouvement ouvrier, 28, rue des petites écuries, 75010 Paris, 9 € le numéro (+ 1,50 € de frais de port), 32 € l’abonnement annuel pour quatre numéros (35 € pour l’Europe, 40  € pour les autres continents)]

Les Cahiers du travail social, n° 69, « Engagement et désengagement », 148 pages, 9 €.

Consacré essentiellement à l’engagement des travailleurs sociaux dans leur profession, ce numéro de l’IRTS (Institut de travail social de Franche-Comté) comporte quelques contributions susceptibles d’intéresser au-delà du cercle des professionnels. On retiendra une contribution de Xavier Dunezat sur le parcours qui va de l’engagement au désengagement militant, un texte de Georges Ubbiali (par ailleurs collaborateur de Dissidences) intitulé « Ce que s’engager syndicalement veut dire ? », un article de Mathieu Le Tallec sur le Parti des Travailleurs (courant Lambert), issu d’un mémoire de science politique, ou encore celui de Mathieu Bensoussan, sur les jeunes cadres qui s’engagent dans la sphère associative ou syndicale. Tout un ensemble qui ravira les amateurs de recherches sur le travail social

[Les Cahiers du travail social, IRTS de Franche Comté, 1 rue Alfred de Vigny, BP 2107, 25051 Besançon Cedex]

Contre-attaques, n° 1, 2010 ; n° 2, 2011, 23 €, respectivement 392 et 502 pages.

Édité par les éditions marseillaises Al dante, Contre- attaques défie l’édition classique en proposant d’épais exemplaires. Chacun des volumes est organisé en trois parties, « Premier venu » (n° 1, autour de Michel Surya, Pascal, Kafka, Beckett, n° 2, Jan-Marc Rouillan, Bensaïd, Lefebvre, Goldman), avec de multiples contributions. Retenons notamment (n° 2), « Daniel Bensaïd ou l’esprit de résistance » (M. Löwy), « Quand la peur change de camp : violences insurgées et violences étatiques en mai 68 » (Lilian Mathieu), « Henri Lefebvre et la méthode » (Rémi Hess) ou encore, « Wasteland », ensemble de photos couleur sur l’occupation de friches urbaines en Seine-Saint-Denis (Myr Muratet). Le second ensemble, « Des contrats (textes qui contrent) » rassemble (toujours n° 2), les signatures de Sophie Wahnich (« La révolution nécessaire : la révolution sensualiste ») ou de Jean-Baptistes Farkas (« Le cauchemar de Marcel Duchamp »). Enfin, arrive le troisième ensemble « Pharmacie (des textes qui soignent) », le tout jusqu’à l’épuisement des 502 pages du volume (le premier n’en comptait que 100 de moins). A ce jour, seuls deux numéros sont parus. Qui peut envisager le volume que représentera le troisième ?

[Contre-attaques, www.al-dante.org]

Esprit, n° 394, mai 2013, « De quoi se moque-t-on ? ».

Sous ce titre, ce numéro propose une série d’études sur l’ironie, devenue, dans nos démocraties occidentales, une habitude de pensée qui permet de prendre ses distances vis-à-vis d’une réalité navrante, tout en gardant bonne conscience.

Ainsi en Tunisie, étudiée par le journaliste Hind Meddeb, c’est l’humour qui a fait tomber Ben Ali. Aujourd’hui encore, caricaturistes et satiristes attaquent la volonté de censure, le conservatisme et l’hypocrisie d’Ennahda, le parti au pouvoir. Mais dans un entretien, Benoît Peters, écrivain et scénariste, se demande à propos de la Belgique – l’éclatement du pays avait été mis en scène sur la plus grande chaîne de télévision en 2006 –, si l’ironie ne peut pas finir par détruire le discours politique et mener au nihilisme ?

Quant à Mo Yan, prix Nobel de littérature chinois en 2012, « il manie le grotesque, l’ironie, avec comme résultat, non pas une critique en profondeur mais un éclat de rire généralisé qui met sur le même plan victimes et bourreaux. Sans faire trop de vagues ! », d’après Perry Link, repris de la  New Yorker Review of Books (6 décembre 2012).

Esprit, n° 395, juin 2013, « La mondialisation par la mer ».

Dans son introduction, Alice Béja pose la question : « La mer est-elle une ressource ou un patrimoine à préserver ? ». Question importante au moment où des scientifiques nous alertent sur la formation, au Nord du Pacifique, d’une zone grande comme six fois la France, composée, sur plusieurs mètres de profondeur, de détritus plastiques. Plusieurs auteurs reviennent sur les grands ports, « zones multimodales » composées de terminaux de plus en plus coupés de la culture portuaire traditionnelle : Antoine Frémont, Jean Viard, Zakya Daoud respectivement pour Le Havre, Marseille et Tanger.

[Esprit, abonnement, 113 € pour 1 an, 212, rue Saint-Martin 75003 Paris]

Revolutionary History, vol. 10, n° 4, 2012, « European Revolutionaries and Algerian Independence, 1954-1962 », London, Socialist Platform Ltd – Merlin Press, 418 p.

La dernière livraison de cette revue londonienne, fondée en 1988 par des trotskistes britanniques, consacre un important dossier au rôle des révolutionnaires européens dans la lutte du peuple algérien pour son indépendance2. Ian Birchall, universitaire francisant et marxiste – auteur notamment d'un travail sur Jean-Paul Sartre et l'extrême gauche française3 –, introduit ce numéro dont il est le principal artisan. La première section – The Comrades of the Brothers – propose en exclusivité la traduction en langue anglaise de cinq chapitres de l'ouvrage de Sylvain Pattieu4, dédié aux engagements libertaires et trotskistes durant la révolution algérienne. Ce livre, considéré comme faisant la part trop belle au courant de Pierre Frank – le Parti communiste internationaliste (PCI), ancêtre de la Ligue communiste révolutionnaire puis du Nouveau parti anticapitaliste – se voit rééquilibré par l'éditeur britannique. Une seconde partie – The Far Left – compile, par conséquent, plusieurs documents provenant d'autres sensibilités de l'extrême gauche. On y trouve deux articles de Pierre Lambert – animateur de l'autre PCI5, précurseur du Parti des travailleurs puis du Parti ouvrier indépendant –, une note sur le Comité pour la libération de Messali Hadj et des victimes de la répression6, deux articles de la tendance Voix ouvrière – dont l'actuelle Lutte ouvrière est l'héritière –, ainsi qu'une note sur le groupe Socialisme ou Barbarie7.

La troisième section – Aspects of the War – rassemble un entretien avec les anticolonialistes Henri et Clara Benoîts, un article de La Vérité des travailleurs – organe du PCI de P. Frank –, deux articles de Vérités Pour – bulletin du réseau animé par Francis Jeanson –, ainsi qu'une note sur le Mouvement national algérien (MNA), organisation dirigée par Messali Hadj, opposée au colonialisme français et au Front de libération nationale (FLN). Une quatrième partie –  Solidarity in Europe –, axée sur le mouvement de solidarité européen avec la cause algérienne, présente la traduction d'un chapitre de la thèse de Fritz Keller consacrée à la gauche autrichienne8, ainsi qu'un article de John Plant portant sur l'activité pro-algérienne de John Baird – parlementaire britannique à la fois membre du Labour Party et trotskiste clandestin. La dernière section – Past and Future – tente de mettre en perspective ce moment algérien chez les révolutionnaires européens. On retrouve quatre articles datés des années 1920 parus dans le Bulletin communiste dont les auteurs sont, entre autres, Hadj Ali Abdelkader – qui fonde l’Étoile nord-africaine, première organisation indépendantiste maghrébine – ou Robert Louzon – qui anime La Révolution prolétarienne avec Pierre Monatte et Alfred Rosmer. Un texte de Manus McGrogan9 met en lumière l'importance de l'opposition à la guerre d'Algérie pour la gauche radicale engagée dans le mouvement de mai 1968 et au-delà.

Ce dossier comporte également une bibliographie commentée dans laquelle sont mentionnés quelques travaux et écrits ayant trait à la question algérienne. On peut toutefois regretter l'absence du livre de Stephen Howe10 sur l'anticolonialisme britannique qui traite, parmi d'autres initiatives, du Congress of Peoples Against Imperialism – animé conjointement par Fenner Brockway à Londres et par Jean Rous à Paris, à la fin des années 1940. Les lecteurs francophones peuvent également s'étonner du silence fait sur les livres de Jean-Pierre Biondi11, Claude Liauzu12 ou encore Sylvain Boulouque13 pour ne citer que ceux-là. Si leur objet ne se limite pas à la seule question algérienne – les deux premiers traitent plus largement des anticolonialistes et le dernier des anarchistes français face aux guerres coloniales –, ils apparaissent cependant incontournables pour la problématique soulevée. Un roman de Maurice Clavel – Le Jardin de Djemila14 – aurait également mérité de figurer parmi les ouvrages retenus. Journaliste à Combat et membre du courant animé par Auguste Lecoeur, Maurice Clavel a fait partie de ces rares intellectuels qui exprimèrent leur préférence pour le MNA. Quand les médias se focalisaient sur Djamila Boupacha et Djamila Bouazza – membres du FLN –, M. Clavel choisit de parler d'une autre Djemila et, ce faisant, de ces autres indépendantistes : les messalistes. C'est ce même microcosme que l'on retrouve dans les récits de Gisèle Halimi15 ou d'Edgar Morin16. La volonté d’embrasser les multiples dimensions de l’objet ainsi que l’ancrage politique revendiqué par la revue conduisent parfois à privilégier une approche normative plutôt que compréhensive. Rendre compte de cette alliance entre révolutionnaires européens et algériens inviterait à recourir à une investigation sociologique, à cerner les aspects générationnels, les rapports à la violence, les stratégies de distinction, ainsi que l'ambiguïté inhérente à ces rencontres anticolonialistes.

[Revolutionary History, http://www.revolutionaryhistory.co.uk/ ]

Savoir/agir, n° 22, 2012, « Militer », 122 pages, 10 €.

Très stimulant dossier de la revue éditée par les tenants de la sociologie bourdieusienne aux éditions Le croquant. Plusieurs articles portent sur des expériences hors hexagone, avec un article sur le printemps chilien (les mobilisations étudiantes de 2011), un autre sur le « printemps érable » (au Québec) et ses retombées en matière de représentation politique, pointant les résistances à la marchandisation de l’éducation. J.L Moreno Pestana s’intéresse aux conditions sociales de la démocratie assembléiste en Espagne à partir du cas du mouvement 15M. Julien Mischi (voir également son texte dans les Actes de la recherche en sciences sociales) analyse le militantisme cheminot cégétiste. Catherine Leclercq (auteure d’une thèse sur le sujet) s’intéresse au désengagement silencieux de toute une génération d’ouvriers du PCF. L’actualité  hors dossier n’est pas en reste, avec plusieurs contributions sur le Front de gauche (dont un entretien sur sa genèse avec François Delapierre, responsable du Parti de gauche de J.-L. Mélenchon).

[Savoir/agir, www.savoir-agir.org, revue@savoir-agir.org]

Sociologies pratiques, n° 23, 2011, « Le monde du travail à l’épreuve des discriminations »,   158 pages, 25 €.

Bien que paru il y a déjà deux ans ce numéro demeure toujours d’intérêt et d’actualité. En dehors de plusieurs articles savants hors dossier, cinq contributions en forment le cœur, consacré aux discriminations. Rachid Bouchareb s’intéresse à la manière dont les organisations syndicales agissent face aux discriminations ethno-raciales. Vincent-Arnaud Chappe se penche pour sa part sur la méthode des panels permettant d’apporter des preuves de pratiques discriminatoires. On retiendra également les paradoxes soulevés par la visibilisation des personnes séropositives en entreprises pour envisager de lutter contre les discriminations (Charlotte Pezeril) ou encore comment les entreprises s’appuient sur des structures d’expertise pour mettre en place des démarches de mobilisations contre les discriminations. Si certaines contributions ne manifestent pas vraiment une grande originalité, la formule, des articles courts, peut cependant tenter le lecteur.

[Sociologies pratiques, Presses de sciences Po, 117 boulevard St Germain, 75006 Paris, www.pressesdesciencespo.fr ]

Vacarme, n° 63, printemps 2013, 248 pages, 12 €.

Ce numéro explore les « biens communs » comme alternative à l'État et au marché. Il s'ouvre sur un long entretien avec Irène Bonnaud, metteuse en scène des Suppliantes d'Eschyle, renommées Les Exilées, qui « confronte le devoir sacré d'hospitalité aux interrogations politiques du moment » (p. 52), et dont l'actualité au fil des pages apparaît avec évidence. Ainsi, dans la pièce, le roi d'Argos dit :

« Si je refuse de vous aider

La honte dont tu parles montera jusqu'au ciel

Aucune flèche ne l'atteindra plus » (p. 61).

Suivent ensuite les photos et l'analyse de Sara Prestianni sur le passage des migrants de la Turquie à la Grèce, et les murs dressés par l'Europe ; murs qui, selon la politologue Wendy Brown, « fonctionnent de façon théâtrale, en projetant un pouvoir et une efficacité qu'ils n'exercent pas réellement » (p. 85).

Dominique Dupart démonte – de manière aussi ironique qu'efficace – le TFI (test de français international), qui constitue le test de français pour l'obtention de la nationalité française. Xavier de La Porte rend un bel hommage à une chanson de Daniel Darc, Lancelot Hamelin et Bruno Le Dantec discutent de l'opération « Marseille-Provence 2013 » – la ghéttoïsation est organisée « non par décrets objectifs et opérations policières mais au moyen d'une stratégie urbaine pleine de bonnes intentions (la « mixité sociale » ne s'applique jamais aux quartiers cossus) » (p. 176) – et Philippe Langlois et Daniel Deshays des expériences du son au cinéma. Ce numéro propose en outre deux entretiens, l'un avec Todd Shepard et l'autre avec Beatriz Preciado. Le premier revient sur la nécessité de repenser la République au regard de la guerre d'Algérie : « renvoyer l'OAS à un anti-républicanisme et au fascisme a permis d'esquiver la question que posait la révolution algérienne à la France : pourquoi la République avait-elle été incapable de produire l'égalité ? » (p. 97-98). La seconde, malgré des réflexions ci et là intéressantes, par provocation (?) ou souci de raccourci, se discrédite en affirmant qu'« Evo Morales et Marine Le Pen pourraient se retrouver sur plein de choses ! » (p. 246). Le lecteur remarquera également dans ce numéro un étonnant libelle anonyme de 1790 sur la transparence des tarifs des prostituées parisiennes – « elles ont voulu pousser au plus haut prix des faveurs dont auparavant un prix très ordinaire nous laissait paisibles possesseurs » (p. 163) – et, surtout, l'excellent article de Quentin Ravelli sur la logique de la crise immobilière en Espagne.

Vacarme, n° 64, été 2013, 251 pages, 12 €.

L'auto-analyse de l'impuissance actuelle qui ouvre ce numéro – accompagné d'illustrations d'Antoine Perrot – montre que celle-ci s'est muée en stratégie politique (p. 9). Le Cahier offre entre autre un document de 1792 défendant le juste prix – défense qui prend « les habits de la critique libérale du libéralisme » (p. 46) –, le témoignage d'une Palestinienne vivant en Syrie et une réflexion autour de la mise en œuvre du droit coutumier kanak en Nouvelle Calédonie et de sa tendance à (re)produire « une représentation figée et faussée » de l'identité et de la culture (p. 71), ainsi qu'un poème, « une histoire de peau épaissie par les années de soleil et d'abandon » (p. 81).  

Le Chantier tente de démonter les lieux communs – « tout est cliché. (...) Et de cliché en cliché, on ne regarde plus vraiment un paysage mais un film sous-titré » (p. 11) – attachés à la Corse. Il le fait par le biais de photos, de récits – dont le beau Pays d'été d'Emmanuelle Gallienne –, d'entretiens et d'une intéressante enquête sur la prostitution dans les « caboulots », qui éclaire l'ancrage colonial des représentations sociales attachées aux prostituées, souvent étrangères et notamment Africaines.

Deux articles reviennent sur l'histoire et l'expérience du Centre thérapeutique de Nonette – dont le dispositif architectural qui fait du lieu « l'exact envers du Panopticon » (p. 200) – et le numéro se clôt par un entretien avec le philosophe Heinz Wismann, plaçant l'exil – « vérité première » nous affectant tous (« nous sommes tous en exil » (p. 230)) – au cœur de sa réflexion.

[Vacarme, Paris, éditions Amsterdam – www.vacarme.org ]

A bâbord !, revue sociale et politique, n° 51, octobre-novembre 2013, « En plein corps », 6 $ canadiens.

Toujours au rendez -vous, ce très intéressant magazine alternatif québécois, structuré autour d’un dossier sur la place du corps. A partir de ce thème central, des contributions déclinent sur l’arme du corps, le consentement à la prostitution (sous forme interrogative, heureusement), le corps des femmes de couleurs, la masculinité ou encore la marchandisation de la santé. Dans une première partie, l’actualité québécoise est présentée, avec une critique féroce du PQ (Parti québécois). La dimension internationale n’est pas oubliée, avec notamment un bel ensemble consacré au Chili, de 1973 à nos jours, mais aussi l’Espagne ou le Brésil. Enfin, une section fort développée permet d’appréhender la question de la culture (les livres, BD, cinéma, sur lesquels les comptes rendus abondent), mais aussi sur le rôle de la ville de Montréal et un intrigant article signé par un collectif anarchiste Emma Goldman qui se propose de vidanger les radios-poubelles, version locale de NRJ et autres boîtes à musique. Le numéro précédent (50), présentait un dossier sur les mutations de l’univers médiatique ; dans le 49 (avril-mai), c’était une radiographie de la gauche au Québec (« Entre la rue et les urnes ») qui était proposée. Le numéro 48 (février-mars) proposait un dossier « Démocratiser l’économie » et le premier de l’année 2013 (numéro 47, décembre 2012-janvier 2013) présentait une série de contributions sur les ressources naturelles et le plan Nord, significativement intitulée « Aux voleurs ».

[A bâbord ! , 5819, de Lorimier, Montréal, QC, H2G 2N8, info@ababord.org]

Agone, n° 50, 2013, « Réprimer & domestiquer. Stratégies patronales », 248 pages, 20 €.

Les éditeurs de la revue nous avaient habitués à la publication d’une revue de très grande qualité en même temps que d’une radicalité politique exceptionnelle dans le paysage éditorial. Le lecteur ne sera pas déçu avec ce nouvel opus : quand il est question de mondialisation, celle-ci est immédiatement caractérisée de capitaliste. Pour Agone, il y a un adversaire et  celui-ci est un actif défenseur du système. S’il y a une crise du syndicalisme, c’est bien parce que le patronat n’hésite pas à user de l’arme de la répression pour domestiquer ses adversaires, les militants ouvriers et les organisations syndicales. Oui, l’entreprise, demeure un lieu de contradictions et de conflits. Chacune des contributions rassemblées constitue une source d’intérêt et de connaissances. Après un entretien avec une syndicaliste ayant participé à la rédaction d’une note de la fondation Copernic consacrée à la discrimination syndicale, B. Giraud rappelle comment le patronat a professionnalisé depuis de nombreuses années les techniques managériales visant à domestiquer les conflits du travail. H. Clément, à partir de son expérience de militant syndical rappelle comment s’organise le despotisme d’entreprise. E. Julliard livre un très intéressant article sur les mille (1000) cabinets d’avocats qui coexistent aux  États-Unis (contre une dizaine en France) pour entraver et combattre le syndicalisme. Deux autres contributions méritent également lecture : la réflexion engagée par S. Béroud et K. Yon sur la réforme de la représentativité et le rappel de la manière dont le patronat s’y est pris dans la période post-68 pour préserver l’ordre usinier en France.  Mais l’article le plus intéressant d’un ensemble qui ne l’est pas moins, est représenté, selon nous, par le texte de Marlène Benquet  intitulé « Le circuit de secours syndical. Quand les représentants patronaux et syndicaux cogèrent les conflits professionnels ». A partir d’une enquête de terrain dans la grande distribution, l’auteure montre de manière tout à fait convaincante les pratiques de rapprochement des points de vue auxquelles se livrent les syndicalistes (ici, FO) et les employeurs pour préserver, les uns, leur influence sur le monde des salariés et, les autres, la bonne marche des affaires. Une contribution de première importance pour se convaincre que la notion de bureaucratie syndicale n’est pas un vain mot. S’ajoutent à ces contributions de qualité du dossier une présentation sur l’état de l’Europe, à partir du livre de Perry Anderson Le Nouveau Vieux Monde et la rubrique histoire radicale, qui met en contrepoint de manière historique les pratiques répressives autour de juin 36. Un numéro à ne pas manquer.

[Agone, http://revueagone.revues.org]

Anticapitalistes ! Mensuel du NPA en Gironde, n° 41, novembre 2013, 1,50 €

Dans les années 70, la LCR (ancêtre de l’actuel NPA) avait développé une presse régionale, autour de ses principaux lieux d’implantation (en Alsace par exemple). Malgré la crise actuelle du NPA, cette tradition se poursuit dans quelques régions. C’est le cas à Bordeaux, en Languedoc-Roussillon avec MotivéEs ou en Franche-Comté, avec un bulletin plus modeste, L’Anticapitaliste. Sur 16 pages, l’organisation girondine présente l’actualité locale : les mouvements sociaux ou l’activité des élus, sans oublier des informations internationales ou l’actualité culturelle locale.

[Anticapitalistes ! mensuel du NPA 33, 99 rue Camille Sauvageau, 33800 Bordeaux]

Convergences révolutionnaires, n° 87, mai 2013.

Dans l’éditorial de ce numéro de printemps sont fustigés avec talent les promoteurs de la Manif contre le mariage pour tous, « cette Frigide Barjot en mini-jupe qui flirte avec des archevêques en soutane ». Et de regretter que ce qui a été possible pour quelques centaines de milliers de « Catholiques bon chic bon genre » (c’est-à-dire organiser de grandes manifestations) ne le soit pas « pour les millions de travailleurs menacés dans leurs emplois et leurs salaires ». Et ces militants originaires de Lutte Ouvrière, depuis quelques années déjà au NPA, de numéro en numéro mettent en garde la direction du NPA contre la fausse solution qu’est le Front de Gauche (p. 22 : « Le fantasme du front avec le Front de Gauche »).

Convergences révolutionnaires, n° 88, juin-juillet-août 2013.

Manifestants et grévistes de Turquie sont salués : « Vive le printemps turc ! » (titre de l’éditorial). Un mini dossier est consacré à ce pays, avec une étude intéressante du syndicalisme mais aussi de l’AKP (Parti de la Justice et du Développement), parti au pouvoir qualifié par certains « d’islamiste modéré ». Ensuite est fait un premier bilan de la longue lutte à PSA-Aulnay, dans laquelle était engagé un de leurs camarades. Cependant le principal dossier de ce numéro est consacré à la réforme de la SNCF, sans que soient oubliées pour autant les ouvrières du textile d’Asie, après l’effondrement le 24 avril 2013 de l’immeuble Rana Plaza dans la banlieue de Dacca (Bangladesh) et la mort de plus de 1 000 ouvrières qui y travaillaient pour les marques de mode européenne (Zara, H&M, Benetton …).

Convergences révolutionnaires, n° 89, septembre-octobre 2013.

Toujours cette question lancinante posée dans l’éditorial : « Tous ensemble, quand ? », qui précède une série d’articles sur les entreprises en lutte (PSA-Aulnay, Kem One, Centres d’appel, La Poste, SNCF). Le dossier central est consacré à la Grèce et aux pays arabes. Avec toujours, pour la Tunisie, de fortes critiques envers la stratégie, jugée trop unitariste, du Front populaire, dans lequel militent les correspondants tunisiens du NPA. La double page consacrée aux primaires en Argentine se félicite des résultats du FIT (Front de la gauche et des Travailleurs), alliance de 3 partis trotskystes, qui double ses voix par rapport aux précédentes élections, résultats confirmés par les élections qui viennent d’avoir lieu le 27 octobre 2013. Le nombre des voix obtenues est passé de 500 000 à 1 250 000, permettant au FIT d’obtenir 3 députés nationaux et plusieurs députés provinciaux. La victoire d’une stratégie – l’union des Trotskystes ! – que les rédacteurs de Convergences voudraient bien voir appliquée en France !

[Convergences révolutionnaires, abonnement pour 6 n° (de 30 à 40 pages), 12 €, Les Amis de Convergences, BP 128, 75921 Paris Cedex 19]

Inprecor, n° 592/593, n° 594, n° 595/596, n° 597, n° 598, de mars à octobre 2013. Revue publiée sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale. Directeur de publication, Jan Malewski.

Grâce à Inprecor, on peut suivre l’actualité de pays en général ignorés par la grande presse française. Ainsi le Danemark, dans lequel les trotskystes sont engagés dans une coalition avec d’autres forces de la gauche radicale, la Enhedslisten (ou Liste d’Unité, appelée aussi Alliance Rouge et Verte). Occupant une position charnière au Parlement, avec 12 députés, ces militant(e)s tentent de concilier critiques et soutien à un gouvernement de gauche. S’ils votent contre le budget, le gouvernement tombe et c’est la voie ouverte à la droite. Par ailleurs, le risque est d’apparaître comme partie prenante d’un bloc gouvernemental tenté de réduire les mesures de protection sociale. Dilemme ! En Europe, c’est le Portugal, où les trotskystes sont là aussi engagés dans une alliance, le Bloco do Esquerda (Bloc de Gauche), et la Belgique qui sont les plus présents dans les colonnes d’Inprecor. Dans le n° 598 d’octobre 2013 est reproduit l’appel du secrétaire général de la FGTB (syndicat) de Charleroi, Daniel Piron, en faveur d’une alternative politique à la gauche du PS et d’Ecolo : « Pour un nouveau Front de gauche » !

Mais d’autres pays habituellement oubliés font l’objet de dossiers, ainsi la Slovénie (n° 594), dont l’étude est confiée à Catherine Samary, universitaire spécialisée de longue date dans l’étude de cette région du monde. C’est à Julien Salingue, doctorant en fin de thèse ou à Gilbert Achcar, universitaire confirmé (il est professeur à la School of Oriental and African Studies de l’université de Londres) qu’il est fait appel pour évoquer les pays du Proche et du Moyen Orient, longuement traités. Dans le n° 597, une déclaration commune des organisations marxistes d'Égypte, Syrie, Irak, Liban, Maroc et Tunisie est publiée. Ahlem Belhadj, médecin hospitalo-universitaire, féministe, membre de la Ligue de la Gauche Ouvrière tunisienne est longuement interrogée (n° 597).

Grâce au réseau de la IVe Internationale, des militants fort éloignés de l’Europe font le point, sur la Malaisie par exemple (Lachlan Marshall, militant de Solidarity d’Australie, dans le n° 595/6) ou le Japon après la catastrophe de Fukushima (Dougal McNeil, militant de Socialist Alternative d’Australie). L’Amérique latine n’est bien évidemment pas oubliée, le numéro 595/6 fournit des documents intéressants sur le processus de paix en cours en Colombie, entre les FARC et le gouvernement.

Enfin, des nécrologies de militants sont données, celles de Denis Berger (1932-3013) et de Jean-Michel Krivine (1932-2013), ce dernier très engagé dans la fabrication d’Inprecor ces dernières années (n° 594). Dans le n° 598, Michel Lequenne retrace le parcours militant de Marcel Gibelin, mort en 2013 à 93 ans, trotskyste dès les années 1930, auteur avec Jacques Danos, de Juin 36 publié en 2 volumes chez Maspero en 1972, réédité en 2006 par Les Bons Caractères. Enfin, Eric Toussaint rend hommage, dans le n° 597, à Idalberto Ferrera Acosta (1918-2013), militant cubain. Il loue son courage et la constance de son engagement pour le trotskysme – c’est lui qui publia à Cuba La révolution trahie de Trotsky – malgré son appartenance à la IVe Internationale posadiste.

[Inprecor, abonnement, 55 € pour 1 an, Inprecor-Peci, 27 rue Taine, Paris 75012]

Lutte de Classe, n° 151, avril 2013.

Sur fond de scandale Cahuzac, un long éditorial note « la désorientation de la classe ouvrière », « la démoralisation de ses militants », cela se traduisant par « la montée de l’influence du Front national dans les milieux populaires ». Jean-Luc Mélenchon profitera-t-il du discrédit du PS ? Pas sûr, car comme le PCF, « il a contribué à apporter du crédit à Hollande et a participé à son élection ». Le drame de la classe ouvrière, c’est qu’il n’y a pas de parti crédible qui défende ses intérêts. L’urgence est donc de construire un parti pour la classe ouvrière. Même conclusion à la fin d’un article par ailleurs bien informé sur Beppe Grillo et le succès de son Mouvement 5 Étoiles aux législatives italiennes de février 2013.

Un article de fond sur l’Espagne tente d’expliquer l’ampleur de la crise dont souffre ce pays par la priorité donnée au BTP et à l’immobilier dès le lendemain de la victoire de Franco. Dans l’article intitulé « Guadeloupe. Les Forces patriotiques et les intérêts des travailleurs », est présenté le nouveau regroupement, le FPAC (Forces patriotiques anticolonialistes et anticapitalistes), créé à l’initiative du PCG. Il n’est pas prédit grand succès à une initiative qui met en avant « l’indépendance nationale » alors que seule la révolution prolétarienne à l’échelle des Caraïbes pourra régler les problèmes que connaissent les populations.

Lutte de Classe, n° 152, mai-juin 2013.

Étonnant éditorial sur la France, dont la moitié est consacrée à dénoncer l’alignement du NPA sur Jean-Luc Mélenchon. Refusant la logique du NPA pour qui « la dénonciation et l’abstention ne font pas une politique » (citation empruntée au journal du NPA qui appelait à manifester le 5 mai 2013 avec le Front de Gauche), les militants de LO revendiquent leur posture isolationniste : « plutôt que de participer à une énième opération politique qui ne fait que retarder la prise de conscience du prolétariat »… Mais curieusement, le 1er décembre dernier, Lutte Ouvrière s’est jointe à la manifestation, appelée par le Front de Gauche contre les augmentations de la TVA décidées par le gouvernement Hollande-Ayrault

Prenant la suite de l’article sur l’Espagne du numéro précédent, celui-ci montre comment PS et Parti populaire se sont mis au service des classes dominantes. Est décrite la mobilisation organisée par le mouvement dit du 15-M (15 mai 2011), les Indignés espagnols, avec ses spectaculaires campements installés sur les places des villes, à commencer par la célèbre Puerta del Sol, à Madrid. Mais, malheureusement, pour la revue, « ces mouvements informels, certes contestataires (sont) rétifs aux idées révolutionnaires, aux références au communisme ou à la notion de classe sociale, donc de lutte de classe ». La solution ? En Espagne comme ailleurs : « la création d’un véritable parti révolutionnaire ».

Lutte de Classe, n° 153, juillet-août 2013.

Notons un article important sur « l’extrême droite, un danger mortel pour la classe ouvrière », écrit peu après la mort de Clément Méric. Après avoir dénoncé les responsabilités de la droite et de la gauche dans la montée du Front national, la politique préconisée par ces militants contre ce fléau est curieusement attentiste. Pas question notamment d’affronter cette poussée de l’extrême droite en s’alliant à des partis qui défendent la bourgeoisie et son système : « Croire ou laisser croire que la lutte contre la montée de l’extrême droite consiste à multiplier les manifestations unitaires entre partis et organisations, et dont les appels sont signés sans états d’âme par le Parti socialiste ou Europe-Écologie-les Verts qui, au pouvoir, entretiennent le terreau sur lequel prospère l’extrême droite, c’est au mieux de la naïveté, au pire une tromperie délibérée » (p. 17). Il faut être patient et attendre la riposte des travailleurs qui « peut venir sans prévenir ». En attendant, adoptant une posture modeste, les révolutionnaires doivent se contenter de « proposer une politique de classe aux travailleurs ».

Est également fait le bilan de la grève à PSA-Aulnay, dans laquelle les militants de LO ont joué un rôle essentiel. C’est encore une fois l’occasion de tourner en dérision les propositions du NPA : « Le NPA et la ritournelle sur la convergence des luttes » (p. 23). Ce cavalier seul est assumé par les militants de ce courant politique : « Depuis des années, la politique du NPA consiste à espérer que des militants veuillent bien former avec lui des structures indépendantes des travailleurs (sic), sur le plus petit dénominateur commun, plutôt que de mener au sein de la classe ouvrière une politique révolutionnaire » (p. 24).

Lutte de Classe, n° 154, septembre-octobre 2013.

Cette posture, décidément à contre-courant, est réaffirmée dans l’éditorial : « Dans cette période de recul », il est plus que jamais nécessaire de défendre « des perspectives communistes révolutionnaires ». Et « le jour où la classe ouvrière commencera à chercher des solutions, lorsque les premiers femmes et hommes (sic), les jeunes, retrouveront l’envie d’agir, les militants aujourd’hui isolés seront en situation d’être les points de fixation autour desquels s'aggloméreront des dizaines ou des centaines d’autres ».

Syrie, Égypte, Turquie sont passés en revue, de même que l’Afrique du Sud, avec pour cette dernière la traduction d’un article de leurs camarades anglais de Class Struggle. Même emprunt à Pouvoir aux travailleurs, revue publiée à Abidjan, pour une étude du complexe problème foncier en Côte d’Ivoire, qui permit la surenchère xénophobe. Excellent article sur un problème qui affecte la vie de millions de personnes.

[Lutte de Classe, abonnement pour 1 an, 15 €, Lutte Ouvrière BP 233, 75865 Paris Cedex 18]

Z, revue itinérante d’enquête et de critique sociale,  n° 7, 2013, « Thessalonique, Grèce », 196 pages, 10 €.

Ce qui étonne le lecteur en ouvrant la revue, c’est la qualité du travail de mise en page. Z est vraiment une belle revue, à un coût défiant toute concurrence, avec de la couleur, des dessins, de la photo, de la bande dessinée, tout le bon goût et une certaine volupté. Z n’est pourtant pas une revue d’art, mais une revue engagée. Dans ce numéro, les contributeurs sont partis sur la route de la Grèce, durant plusieurs semaines, sillonnant le pays, dans un break de 440 000 kilomètres au compteur, à la rencontre de ses habitants. De ces pérégrinations, il en résulte des reportages particulièrement décalés. On lira notamment l’interview avec Zoe Georganta sur le bidouillage statistique que représente la dette grecque ou celui avec Iphigenia Kamtsidou et Akritas Kaidatzis, enseignants de droit constitutionnel à l’université Aristote de Thessalonique. De même, le reportage sur Syriza, le parti de la gauche radicale qui a émergé de la crise récente, présente un visage pour le moins critique de ce parti, qui apparaît pourtant comme le plus critique du système politique grec. Plusieurs contributions sur l’Aube dorée (l'organisation néo-nazie) sur le fonctionnement de l’hôpital grec, sur la reprise en autogestion d’une usine de carrelage, le fonctionnement des assemblées de quartier ou la « guérilla potagère », permettent de se dresser un portrait de cette Grèce qui subit un ouragan récessif de la part de la  Troïka, mais qui s’organise pour y résister. Un très beau numéro d’une variante du journalisme d’investigation sociale qui donne à lire des articles vraiment originaux.

[Contact@zite.fr, www.zite.fr]



Notes de bas de page


1 Ce livre est chroniqué dans le n° 13-14 (octobre 2003-janvier 2004) de Dissidences-BLEMR.
2 Ian Birchall (guest editor), Revolutionary History, vol. 10, n° 4, 2012, « European Revolutionaries and Algerian Independence, 1954-1962 », London, Socialist Platform Ltd – Merlin Press, 418 p.
3 Ian Birchall, Sartre et l'extrême-gauche française. Cinquante ans de relations tumultueuses, Paris, La Fabrique, 2011.
4 Sylvain Pattieu, Les camarades des frères, préface de Mohammed Harbi, Paris, Syllepse, 2002.
5 Sur ce courant : Jean Hentzgen, « 1958 : Le tournant lambertiste », Dissidences, n° 6, avril 2009, p. 63-76.
6 On peut lire sur cet aspect : Nedjib Sidi Moussa, « Face à la guerre d'Algérie : transactions anticoloniales et reconfigurations dans la gauche française », Diacronie, Studi di Storia Contemporanea, n° 9, 1/2012.
7 Comme mentionné dans ce numéro : Jean-François Lyotard, La Guerre des Algériens, Écrits 1956-1963, choix de textes et présentation par Mohammed Ramdani, Paris, Galilée, 1989.
8 Son travail a fait l'objet d'une publication : Fritz Keller, Gelebter Internationalismus. Österreichs Linke und der algerische Widerstand (1958-1963), Wien, Promedia Verlagsges, 2010.  
9 Sa thèse en histoire s'intitule : Tout ! in context 1968-1974 : French Radical Press at the Crossroads of Far Left, New Movements and Counterculture, University of Portsmouth, 2010.
10 Stephen Howe, Anticolonialism in British Politics, Oxford, Clarendon Press, 1993.
11 Jean-Pierre Biondi et Gilles Morin, Les Anticolonialistes (1881-1962), Paris, Robert Laffont, 1992.
12 Claude Liauzu, Histoire de l'anticolonialisme en France, du XVIe à nos jours, préface de Jean-Claude Liauzu, Paris, Armand Colin, 2007.
13 Sylvain Boulouque, Les Anarchistes français face aux guerres coloniales (1945-1962), Lyon, Atelier de création libertaire, 2003.
14 Maurice Clavel, Le Jardin de Djemila, Paris, Julliard, 1958. Réédité dans l'ouvrage collectif : Algérie, Les romans de la guerre, textes choisis et présentés par Guy Dugas, Paris, Omnibus, 2002.
15 Gisèle Halimi, Le Lait de l'oranger, Paris, Gallimard, 1988.
16 Edgar Morin, Autocritique, Paris, Julliard, 1959.

Pour citer cet article


Beuvain Christian. REVUE des REVUES : Second semestre 2013 : Passage en revues : Christian Beuvain, Jean-Guillaume Lanuque, Jean-Paul Salles, Nedjib Sidi Moussa, Frédéric Thomas, Georges Ubbiali..

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 6 : hiver 2013, 30 décembre 2013. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=2756




 
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