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Catalogue des comptes rendus > Ecologie, néo-libéralisme

compte rendu

Paradis infernaux. Les villes hallucinées du néo-capitalisme (Evil paradises. Dreamworlds of Neoliberalism) , Paris, Les Prairies ordinaires, 2008 (édition originale 2007), 320 pages, 22 euros.

Par Jean-Guillaume Lanuque


Mike DAVIS et Daniel B. MONK (sdd)

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Dans cet ouvrage collectif, Mike Davis élargit son approche du capitalisme néo-libéral (et non d'un hypothétique néo-capitalisme, comme le laisse à penser une traduction discutable) telle qu'elle apparaissait dans ses ouvrages antérieurs ( Le pire des mondes possibles en particulier), en invitant une quinzaine d'auteurs à apporter leurs analyses autour d'un certain nombre de figures urbaines. Le renforcement de la plutonomie (« une économie où les riches régissent la demande… », p.8) se voit en effet dans l'espace, ainsi que l'étude des époux Poinçon, Les ghettos du ghota (voir la recension sur ce site), le montrait déjà pour la France. Véritable retournement de l'utopie au profit des seuls dominants, cette généralisation de bulles hors du monde est en même temps significative d'une impasse pour le système capitaliste, qui refuse de voir sa marche à l'abîme.

Le tour du monde qui nous est proposé est aussi large que sidérant. Marco d'Eramo nous fait ainsi découvrir une autre facette des é tats-Unis, avec les Malls, structures géantes qui concentrent commerces, restaurants et loisirs, et surtout ces véritables villes privées que sont les « gated communities », tout particulièrement celles dans lesquelles se rassemblent les retraités ; ou quand la ségrégation est volontaire. On en trouve d'ailleurs de semblables aussi bien à Hong Kong, Managua (véritable « métropole postmoderne », p. 240, où les voies publiques les plus élaborées sont pratiquement privatisées), Budapest qu'en Iran, témoignage de l'infiltration généralisée du néo libéralisme. Le cas de Dubaï, analysé par Mike Davis, est «  (…) l'incarnation du rêve des réactionnaires américains – une oasis de libre-entreprise sans impôts, sans syndicats et sans partis d'opposition  » (p.72). Derrière le gigantisme des constructions, se découvre la face sombre de ce développement fétichiste (trafics, blanchiment d'argent, surexploitation d'une main d'œuvre étrangère, etc.). Avec les villes situées dans des zones de conflits, telle la Kaboul de Anthony Fontenot et Ajmal Maiwandi, le lecteur se rend pleinement compte que la reconstruction promise ne joue véritablement que pour les dominants et les occupants, le pouvoir étant seulement fantoche et corrompu. Il en est d'ailleurs de même pour Johannesburg, la ségrégation raciale ayant cédé la place à une ségrégation sociale profonde, avantageant les riches au détriment des habitants des townships.

Les changements du Pékin olympique sont désormais bien connus, et ceux de Paris sont malheureusement évoqués trop brièvement par é ric Hazan. La contribution de China Miéville, également romancier de science-fiction, demeure par contre un peu trop allusive sur ces « Utopies flottantes », servant avant tout de moyen pour dénoncer l'idéologie libertarienne, « cette philosophie typiquement américaine de la dissidence petite-bourgeoise et vénale » (p.42). Quant à Timothy Mitchell, sa contribution sur « Le Caire. Pays de rêve » est plutôt hors sujet ; l'évocation de la bulle immobilière le conduisant à un exposé sur le capitalisme égyptien contemporain davantage qu'à une analyse détaillée de la capitale du pays. Il en est essentiellement de même pour Forrest Hylton sur Medellin, occasion surtout de retracer trente ans de violence urbaine, et plus encore pour Daniel B. Monk, « Ruches et essaims » se penchant sur les modifications de la stratégie militaire... Un voyage finalement trop court, et partiellement inégal, mais qui aurait gagné à bénéficier de la présence de cartes et de plans.


Pour citer cet article


(sdd) Mike DAVIS et Daniel B. MONK. Paradis infernaux. Les villes hallucinées du néo-capitalisme (Evil paradises. Dreamworlds of Neoliberalism) , Paris, Les Prairies ordinaires, 2008 (édition originale 2007), 320 pages, 22 euros. : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Catalogue des comptes rendus, 6 décembre 2012. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=2636




 
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