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Bibliothèque de comptes rendus : juin 2012 > Nos archives du mois : l'altermondialisme

compte rendu

Militer pour la planète. Sociologie des écologistes , Rennes, PUR, 2008, 224 p., 18 €.

Par Georges Ubbiali


Sylvie OLLITRAULT

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Militer pour la planète s'inscrit dans la liste relativement nourrie des travaux consacrés au développement de l'écologie politique dans la dernière période (G. Sainteny, L'introuvable écologisme français , 2000 ou les travaux de B Villalba et D. Boy au Cevipof). Mais dans ce livre inspiré de sa thèse, la chercheuse propose d'appréhender l'écologie politique à partir de l'angle de l'action collective et de la sociologie de la protestation. Appuyé sur un solde travail de terrain, son propos, organisé en deux parties, peut se présenter à partir d'un questionnement sur qu'est ce qui fait agir les écologistes. Il y est largement question des Verts, en tant qu'aile politique, mais les associations et les associations qui composent l'univers écologiste occupent une place de choix dans l'analyse proposée. La première partie porte sur l'évolution des registres de l'action écologiste. A partir des trois profils repérés, le scientifique, les politiques et les environnementalistes (ou réactifs), l'auteur montre le passage d'un combat écologique protestataire (primauté de la mobilisation de terrain, manifestation) à une figure de l'écologie marquée par l'expertise. Ce passage s'explique largement par la prépondérance de l'institutionnalisation du mouvement écolo suite à son inscription privilégiée dans les arènes parlementaires. Bref, de contestataire dans les années 70, les écolos sont devenus aujourd'hui pragmatiques, ainsi que d'autres auteurs ont pu l'analyser. Cette relativisation de la culture manifestante et protestataire amène les écolos à occuper de nouveaux espaces de la concertation organisée sous l'égide de l'Etat.

Il n'est cependant pas sûr, avance l'auteure, que l'écologie y gagne au change, montrant que ce glissement vers des positions plus conciliantes afin de pouvoir influer sur la prise de décision se paie en réalité d'un positionnement dominé dans l'espace politique, ce qui invalide largement le parti pris engagé en faveur du recours à l'expertise : «  Leur incapacité à transformer le référentiel dominant (économique) des prises de décision témoigne des limites de leur pouvoir à faire connaître leur expertise  », p. 112.La seconde partie, plus originale à notre avis, porte sur la dimension internationale des écologistes. Internationale doit être compris dans un double sens. A la fois comme résultant d'une influence anglo saxonne dans les références et la culture écologiste. Notons d'ailleurs que cette partie aurait mérité d'être plus développée pour être plus convaincante. Il ne suffit pas d'avancer que D. Thoreau a influencé sur la pensée écologiste pour réellement démontrer les usages que le courant écolo a pu faire des pères penseurs de l'environnementalisme. International peut également être compris, deuxième sens, comme le développement d'une action transnationale. Ollitrault développe l'idée que les l'avenir de l'écologie pourrait bien (grâce en particulier au développement de la thématique du développement durable) « transformer les associations en de véritables bureaux d'expertise de l'environnement à l'image de leurs homologues anglo-américains », p. 166, évolution qu'elle semble soutenir. Cependant, dans la période présente, l'affirmation de l'altermondialisme semble ouvrir un nouveau cycle de contestation. Bref, l'activisme que l'on semblait avoir enterré redessine le visage de l'écologie, même si cet aspect n'est qu'évoqué avec les Faucheurs volontaires. La conclusion finale de cet ouvrage riche mais un tantinet tortueux porte, en net décalage avec les développements préalables, sur le développement des professions liées à l'ascendance d'un marché écologique. Profession qu'Ollitrault invite à investiguer pour mieux saisir les évolutions de ce mouvement, décidément jamais figé.


Pour citer cet article


OLLITRAULT Sylvie. Militer pour la planète. Sociologie des écologistes , Rennes, PUR, 2008, 224 p., 18 €. : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juin 2012, 27 mai 2012. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=2061




 
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