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Bibliothèque de comptes rendus : juin 2012 > Nos archives du mois : l'altermondialisme

compte rendu

Y a-t-il une vie après le capitalisme ? , Paris, Le Temps des Cerises, 2008, 312 p., 18 €.

Par Jean-Guillaume Lanuque


Stathis KOUVELAKIS

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Cet ouvrage collectif, qui s'essaye à penser l'après capitalisme, une nécessité pour formuler un programme autrement qu'en négatif, a d'abord été initié dans les pages de la revue Commune . On y trouve dix-sept auteurs, qui gravitent tous autour de la mouvance LCR et altermondialiste, mais dont les contributions ne sont pas systématiquement inédites. Dans son introduction S. Kouvélakis revient sur le tournant de 1989-1991, fin d'une époque appelant selon lui une nécessaire redéfinition du socialisme. Il réaffirme de ce fait l'utopie. Mais en demeurant fidèle aux critiques formulées en leur temps par Marx et Engels vis-à-vis du socialisme utopique, insistant sur la nécessité de partir du réel.

Cet ensemble s'articule en quatre grands thèmes, d'inégale ampleur. Le plus développé, c'est celui de l'économie, les éléments de discussion proposés s'y révélant parfois très techniques. Les contributeurs partagent un rejet du « socialisme de marché », lui opposant un « socialisme autogestionnaire » (Catherine Samary, qui revient sur les leçons de l'expérience yougoslave) ou une « planification participative » (Pat Devine, sa combinaison entre démocratie directe et représentative laissant place à l'innovation posant toutefois la question de la lourdeur d'un tel processus). Thomas Coutrot, pour sa part, se distingue car sa volonté de réconcilier altermondialisme et socialisme autogestionnaire le conduit à envisager une lutte réformiste au sein même du capitalisme : une des propositions visant à développer son économie solidaire consiste ainsi à réussir à accroître le pouvoir des comités d'entreprise, élargis aux usagers, aux collectivités territoriales… Une des contributions les plus synthétiques et intéressantes demeure cependant celle de Michel Husson, qui, en plus de revenir sur les fondamentaux (logique des besoins, « démocratie sociale » pour les exprimer, nécessité d'une planification pour « socialiser l'investissement »), n'écarte pas des questionnements décisifs comme la motivation, la fixation des prix, l'autogestion conditionnée par une plus grande polyvalence du travail grâce à la modernisation, etc…

Le second grand thème est celui de l'écosocialisme, défini par Michael Löwy comme « (…) un courant de pensée et d'action écologique qui fait sien les acquis fondamentaux du marxisme -tout en le débarrassant de ses scories productivistes » (pp.129-130). Néanmoins, n'est-ce pas l'essence du socialisme que d'incarner une alternative humaniste tenant bien évidemment compte de l'évolution de la planète et des sociétés ? La notion d'écosocialisme peut ainsi apparaître aussi discutable que le serait un technosocialisme appuyé sur l'informatique, une lapalissade. Quoi qu'il en soit, les propositions d'un David Schwartzman dans « Ecosocialisme ou écocatastrophe » concernant un communisme solaire (sur le plan énergétique) sont intéressantes, quand bien même son idée de « villes vertes » recentrant la population au profit d'espaces protégés de biodiversité reste bien floue.

Le troisième ensemble, « Changer la vie », est à la fois le moins défini et le plus éclaté. Si Fredric Jameson et David Harvey reviennent sur la nécessité de l'utopie comme méthode, sans perspectives véritablement concrètes, la critique sans concession du marché par David McNally aurait davantage été à sa place dans la partie économique, tout comme la défense des SEL (systèmes d'échange local, conçus comme une alternative à l'échange monétaire et individualisé) par Smaïn Laacher.

Enfin, « Pour une politique anticapitaliste » s'intéresse aux questionnements plus politiques sur la transition vers le socialisme. Antoine Artous revient ainsi sur le nécessaire dépérissement de l'Etat dès les lendemains de la victoire révolutionnaire, en défendant la conjugaison d'une Assemblée élue au suffrage universel proportionnel et d'une « seconde chambre sociale », la « citoyenneté abstraite » devant selon lui primer en dernière instance. Quant à Georges Labica, sa contribution est surtout une analyse en négatif de la situation mondiale contemporaine, la conclusion étant seulement l'occasion de réaffirmer la nécessité des concepts éprouvés, au premier rang desquels celui de révolution (dont la violence éventuelle est assumée). Une démarche de principe prometteuse, mais dont on espère qu'elle suscitera d'autres ouvrages collectifs plus homogènes.


Pour citer cet article


KOUVELAKIS Stathis. Y a-t-il une vie après le capitalisme ? , Paris, Le Temps des Cerises, 2008, 312 p., 18 €. : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juin 2012, 27 mai 2012. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=2059




 
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