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Numéro 5. Printemps 2013 > Articles et documents. Compléments du volume : syndicalismes dans l'horizon révolutionnaire

Article

L'esprit pragmatiste du syndicalisme révolutionnaire


Irène PEREIRA

Date de publication : 27 mai 2012


Table des matières

Texte intégral

Etudier l'esprit d'une pratique sociale, c'est étudier comme le soulignent Luc Boltanski et Eve Chiapello1, la grammaire2 qui est à l'oeuvre dans cette pratique.

Le syndicalisme révolutionnaire désigne une conception et une pratique du syndicalisme apparue dans la CGT à la fin du XIXe et au début du XXe qui met en avant, entre autres, l'action directe et la perspective d'une grève générale expropriatrice. Quelles continuités existent entre l'esprit du syndicalisme révolutionnaire d'hier et celui d'aujourd'hui ? Quelle place tient actuellement, dans le cadre d'un renouveau de la contestation, le syndicalisme révolutionnaire ?

Nous souhaitons dans un premier temps montrer les liens qui unissent l'esprit du syndicalisme révolutionnaire et la philosophie pragmatiste. L'affinité élective3, entre cette pratique militante et ce courant intellectuel, a été soulignée par un certain nombre d'auteurs contemporains du développement du syndicalisme révolutionnaire au début XXe siècle. Cet aspect de notre travail s'appuiera sur l'étude de textes de certains de ces auteurs tels que Georges Guy-Grand, Charles Gide ou Sydney Hook.

Dans un deuxième temps, nous nous intéresserons à la manière dont un certain nombre de sociologues ont souligné la résurgence de l'esprit du syndicalisme révolutionnaire dans le renouveau contestataire contemporain avec par exemple le développement des  syndicats CNT dans les années 1990 ou des syndicats SUD4. Plus particulièrement, nous nous attacherons à essayer de montrer comment, un esprit proche de celui du syndicalisme révolutionnaire se trouve à l'œuvre dans les syndicats SUD. Cette partie de l'article s'appuiera sur une étude ethnographique que nous menons en situation d'observation participante depuis 2006 au sein du syndicat Sud Culture Solidaires.

Pour finir, nous nous interrogerons sur la place du pragmatisme du syndicalisme révolutionnaire dans le cadre de l'esprit pragmatiste qui caractérise selon certains sociologues5, le renouveau de la contestation. Cet aspect de notre réflexion s'appuiera sur une étude comparée des différentes grammaires de la gauche radicale.  

Nous allons essayer de montrer en nous appuyant sur l'étude de textes de quelques penseurs de la première moitié du XXe siècle, comment il existe non seulement une homologie6, mais bien plus encore une affinité élective entre le syndicalisme révolutionnaire en tant que pratique militante et la philosophie pragmatiste d'origine américaine. Au delà de l'homologie entre les pratiques militantes des syndicalistes révolutionnaires et les théories de philosophes américains tels que Wiliam James ou John Dewey, une affinité élective est à l'œuvre autour des philosophes de la Nouvelle Ecole : Georges Sorel, Hubert Lagardelle ou Edouard Berth. Ces penseurs, qui sont influencés par le pragmatisme de Bergson7, se considèrent comme les théoriciens du syndicalisme révolutionnaire dont ils font la promotion. Des trois auteurs cités, il semble que ce soit Hubert Lagardelle, s'il l'on en croit Gaëtan Pirou8, qui entretienne le plus de liens à la fois avec le milieu intellectuel et militant.

Cette affinité élective entre pragmatisme et syndicalisme révolutionnaire est par exemple  présente dans la description que Lagardelle effectue, dans une conférence, du socialisme et du syndicalisme en France9. Première critique, les membres des partis socialistes ont dissocié théorie et pratique. Cela s'explique par le fait que la conception mécaniste de la révolution des théoriciens « dogmatiques » du marxisme, tels que Guesdes, les conduit à attendre la révolution. En définitive, leur pratique ne se différencie guère de celle des réformistes. L'idée de grève générale correspond à une conception pragmatiste de la révolution qui accorde le primat à l'action contre celle de révolution politique qui s'appuie sur une connaissance a priori des mécanismes de l'histoire.  Par conséquent, « il n'y a ni date ni plan à assigner à la révolte ouvrière. Peu importe que ce heurt final, dont on entrevoit de moins en moins la possibilité dans le lointain, s'effectue tôt ou tard. L'action révolutionnaire de chaque jour ne s'en produira pas moins »10. Dans la pratique syndicaliste révolutionnaire, il n'y a donc pas d'opposition entre réformes immédiates et horizon révolutionnaire. La pratique immédiate du syndicaliste est d'emblée révolutionnaire : « pour le syndicalisme, la préoccupation du présent et le souci de l'avenir se confondent et c'est la même action pratique qui les engendre simultanément ». Le syndicalisme, tout comme le pragmatisme selon John Dewey11, repose sur une continuité entre l'action immédiate et les fins poursuivies.  

Lagardelle oppose donc bien deux conceptions. D'un côté, le rationalisme dogmatique du socialiste et de l'autre le pragmatisme bergsonien du syndicaliste pour qui la théorie découle de l'action et non l'inverse : « le dogmatisme du socialisme orthodoxe [...] a résumé sa sagesse dans quelques formules abstraites, immuables et définitives, qu'il entend, de gré ou de force, imposer à la vie. C'est pourquoi il méprise si fort la pratique révolutionnaire ouvrière, qui a l'impudence de se moquer des savantes leçons de ses pédantissimes docteurs. Pour le syndicalisme, tout réside, au contraire, dans les créations spontanées et toujours neuves de la vie, dans le renouvellement perpétuel des idées, qui ne peuvent pas se figer en dogmes, du moment qu'elles ne sont pas détachées de leur tige ».

Guy Grand, dans l'étude qu'il consacre à la philosophie syndicaliste en 1911, fait partie de ceux qui notent ce primat pragmatiste qu'accorderait à l'action, l'esprit du syndicalisme révolutionnaire : selon « M. Sorel, après Vico, Marx et M. Bergson, nous ne connaissons bien que ce que nous faisons, c'est à dire que ce que nous fabriquons et que les modes de notre activité pratique, si nous n'y veillons pas attentivement, colorent toute notre pensée. Là est le noyau du matérialisme historique. L'acte précède le discours, et plus précisément la technique a une importance capitale pour expliquer les institutions et, par leur intermédiaire, les idéologies »12. Plus loin, il ajoute au sujet de la philosophie syndicaliste : « On saisit ici un nouvel écho des doctrines de Nietzsche, de M. Bergson et des pragmatistes, qui  placent au commencement l'action, la pratique, la vie »13.  

Le même constat est à l'œuvre dans une conférence que le théoricien de l'associationnisme, Charles Gide, donne sur les caractéristiques comparées du mouvement coopératif et du syndicalisme en 1924 : «  le syndicalisme diffère pourtant notablement à divers égards du marxisme. D'abord c'est un socialisme pragmatique comme on dirait aujourd'hui en employant l'expression philosophique à la mode, un socialisme créé par la classe ouvrière elle-même, élaborée par elle et non par des doctrines et par conséquent qui ne s'embarrasse pas du lourd appareil scientifique du marxisme : plus-value, loi de concentration, matérialisme historique »14.

Même analyse aussi chez le philosophe marxiste Sidney Hook, élève de John Dewey: « la philosophie syndicaliste se motivait de deux façons : - Politiquement, elle tacha de convertir une guerre d’usure pour de petites réformes en une campagne d’action directe pour la révolution sociale […] - Théoriquement, en niant que l’on puisse prédire le futur quelle que soit la quantité de données scientifiques qu’on ait sous la main, elle amenait l’attention sur la nécessité de risquer quelque chose dans l’action » 15. Pour Hook, le syndicalisme révolutionnaire met, au cœur de sa conception du matérialisme historique, la lutte des classes et donc l’action collective contre les déterminations des forces productives : « La pensée suivrait l’action et déduirait ses critères de validité des succès enregistrés […] La position entière finit par se jeter dans une variété erronée de pragmatisme jamesien »16.

Nous avons donc essayé à travers quelques analyses du syndicalisme révolutionnaire contemporaines de ses débuts de montrer comment un certain nombre de commentateurs de l'époque ont nettement saisi le lien qui existait entre l'esprit du syndicalisme révolutionnaire et la philosophie pragmatiste.

Nous souhaitons maintenant montrer le lien entre le syndicalisme d'action directe des syndicats SUD, le syndicalisme révolutionnaire des origines et un état d'esprit pragmatiste.

Après les coordinations de la fin des années 1980 et les grèves de décembre 1995, les syndicats SUD ont pu être analysés comme incarnant un revival de l'esprit du syndicalisme révolutionnaire dans le cadre d'un renouveau de la contestation marqué par la naissance du mouvement antilibéral et altermondialiste. Les sociologues qui ont travaillé sur le syndicat Sud PTT l'ont inscrit dans la filiation du syndicalisme révolutionnaire et ont noté le caractère pragmatique des modes d'action qui sont développés par ce syndicat17.  Nous aimerions pour notre part apporter quelques éléments allant dans le sens de ces études sur Sud PTT à partir de celles que nous avons réalisées au sein du syndicat Sud Culture Solidaires.  

En effet, l'esprit pragmatiste du renouveau contestataire n'a pas été souligné seulement concernant les syndicats SUD, mais plus généralement comme caractérisant le renouveau contestataire dans son ensemble18. Jacques Ion, F et V parle par exemple d'un « idéalisme pragmatique »19 en évoquant la philosophie de John Dewey. Or quelle place tient dans ce renouveau, l'esprit pragmatiste du syndicalisme révolutionnaire ?

Il nous semble que l'esprit pragmatiste du renouveau contestataire actuel se situe dans le cadre d'un retour de la question sociale20, marquée aussi par un retour des classes sociales21, et qui ne peut être interprétée simplement en termes de revendications post-matérialiste. Mais ce moment a été précédé par celui d'une annonce postmoderne de la fin des certitudes22 et de remise en cause des méta-récits23 depuis le début des années 1980. L'effondrement en 1989 des régimes soviétiques se redouble donc sur le plan théorique d'une critique des philosophies de l'histoire, qui comme le marxisme-léninisme, prétendaient en donner une théorie scientifique et prévoir le devenir de l'humanité vers une émancipation universelle. L'esprit pragmatiste du renouveau contestataire nous semble être la conséquence de la mise en avant de l'action par rapport à une théorie qui pourrait lui servir de guide. Cet esprit est la conséquence de l'effondrement de la prétention de la théorie révolutionnaire à guider la pratique militante.

Au vue de ces premiers éléments, deux aspects peuvent être perçus comme justifiant la place accordée dans le renouveau contestataire à l'esprit pragmatiste du syndicalisme révolutionnaire. Comme le soulignait Sidney Hook dans le passage que nous avons cité plus haut, le syndicalisme révolutionnaire doute que l'on puisse prédire l'avenir et c'est pour cela qu'il met en avant l'action. Cette pratique militante apparaît donc comme une alternative possible fournie par l'histoire du mouvement ouvrier au socialisme dit autoritaire du léninisme. En effet, le retour de la question sociale semble redonner une actualité spécifique aux théories et aux pratiques militantes qui entendent contester le capitalisme et qui développent un projet socialiste.    

Néanmoins l'étude que nous menons24 des controverses au sein de la gauche radicale, nous a amené à distinguer trois grammaires principales : une grammaire républicaine qui met en avant une analyse humaniste, une grammaire socialiste - dans laquelle s'inscrit le syndicalisme d'action directe -  qui analyse plus spécifiquement les phénomènes sociaux en termes de lutte des classes et une grammaire nietzschéenne qui insiste sur les revendications minoritaires. Au sein de ces trois courants, nous avons pu constater l'existence d'une revendication de pragmatisme. Par conséquent, qu'est ce qui distingue plus spécifiquement l'esprit pragmatiste du syndicalisme révolutionnaire de ces autres courants ? Quelle place l'esprit pragmatiste du syndicalisme révolutionnaire occupe-t-il au sein du renouveau contestataire ?

Des études sociologiques ont souligné la place que prenait dans le cadre du renouveau contestataire l'action directe non violente25 contre la violence politique davantage présente dans les années 68. Cette méfiance vis-à-vis de la violence politique constitue une conséquence selon nous de la remise en cause d'une prétention à une connaissance apodictique de l'histoire. S'il n'est plus possible de penser que la fin de l'histoire peut justifier nos actions, il est plus aléatoire de justifier l'action  politique violente. C'est au sein de certains collectifs militants, par exemple certains pans de la mouvance autonome, qui peuvent être modélisés à partir de la grammaire nietzschéenne, que l'ont peut entendre une justification de la violence politique26.

Or l'esprit du syndicalisme d'action directe contemporain, nous semble sur ce point en rupture avec l'esprit du syndicalisme révolutionnaire qui lui aussi se caractérisait par une dimension nietzschéenne quant à son rapport à la violence politique comme le souligne par exemple Guy Grand : « enfin la Nouvelle École socialiste admet pleinement le principe fondamental de Nietzsche, qui est aussi celui de Marx et parfois de Proudhon : il n'y a pas de force au-dessus de la force ; si elle croit à l'avènement du prolétariat, c'est dans son esprit parce qu'il deviendra le plus fort, et elle lui conseille la discipline la plus propre à le rendre fort. La « violence » de M. Sorel est une manifestation de la « force » de Nietzsche »27.

Or le syndicalisme d'action directe actuel, comme le montre par exemple les prises de positions de José Bové28, avant qu'il se lance dans une carrière politique, s'inscrit dans ses méthodes et dans son esprit dans le courant de désobéissance civique non-violent qui caractérise le renouveau contestataire.

En ce qui concerne la grammaire républicaine, qui se caractérise par son attachement aux thèmes des Lumières et de la participation démocratique, on trouve là aussi une mise en avant de l'action au sein d'un investissement associatif. En effet, la grammaire républicaine de la modernité se caractérise par l'accent mis sur l'association présente aussi bien dans l'associationnisme des années 1840, que le mouvement coopératif ou dans la loi sur les associations en 1901. Charles Gide fait ainsi une comparaison entre syndicalisme révolutionnaire et mouvement coopératif : « les deux organisations sont séparées non pas seulement par leur constitution mais par leur but. Car l'association syndicaliste s'occupe, par définition, des intérêts des producteurs […] Au contraire l'association coopérative de consommation représente et poursuit l'intérêt des consommateurs »29. Au début du XXe siècle, la pensée républicaine, autour du solidarisme, met en avant l'association comme forme alternative à la fois au collectivisme des socialistes et à l'individualisme du libéralisme30. Le militantisme associatif actuel, comme le montrent par exemple Colas Grollemand et Remy Le Flock, se caractérise par une logique où prédomine l'action : « Tel que nous l'avons présenté, ce mode d'engagement se donne pour prétention d'agir sur le monde, d'agir directement et de mettre concrètement en pratique ses convictions […] Il s'agit alors dès lors de dépasser la théorie, les débats d'idées stériles considérés comme propre au militantisme »31. Ce point est illustré par exemple dans l'étude qu’a menée  Anne Cruzel sur des militants d'ATTAC : « le second groupe, et c’est le plus nombreux, s’engage pour “ l’action ”. Ils sont 19 à manifester un désir “ d’agir concrètement ” au sein d’Attac. S’ils sont originaires de milieux peu politisés, il faut souligner que leur engagement précédent était davantage associatif que syndical »32.

Par conséquent qu'est ce qui distingue cet engagement associatif tourné vers l'action de l'engagement syndicaliste d'action directe et quel peut-être l'apport spécifique de l'esprit pragmatiste du syndicalisme révolutionnaire ?

La distinction principale que nous voyons entre le militantisme associatif et le militantisme syndicaliste d'action directe peut-être illustré par cette remarque de Charles Gide au sujet de la comparaison entre mouvement syndical et mouvement coopératif : « les ouvriers disent société de consommation, vous êtes des patrons tout comme les patrons capitalistes, et le cas échéant, nous serons obligés de mener contre vous la même lutte que contre les patrons même par la grève »33. Ce qui sous-tend la lutte syndicale, c'est l'existence d'un antagonisme d'intérêts entre ceux qui détiennent les moyens de productions et le pouvoir de décision sur l'appareil de production et ceux dont le travail est exploité et assujetti. Ce qui distingue ces deux modes de militantisme, c'est que le militantisme syndical suppose implicitement une analyse en termes de lutte de classe.

Néanmoins, on peut remarquer que la mise en avant de l'action dans le militantisme associatif et dans le militantisme syndicaliste d'action des syndicats SUD se caractérise par un déficit d'articulation entre revendications immédiates et projet de transformation sociale. Cela est illustré par le fait que les militants de l'Union syndicale Solidaires tendent à s'appuyer sur les analyses de l'association ATTAC ne tranchant ainsi pas explicitement entre antilibéralisme et anticapitalisme à leur précédent congrès en 2008. Ce manque d'analyses propres et de perspectives de projet de société a d'ailleurs été souligné à cette occasion.

L'esprit pragmatiste du syndicalisme révolutionnaire permet ainsi de mettre en valeur par contraste comment l'idée d'une continuité entre les moyens et les fins est une dimension déterminante du pragmatisme. En effet, les revendications ne valent que relativement à leur continuité avec une fin qui permet de choisir la revendication contre d'autres revendications et de savoir vers quelle type de société l'on veut aller. Or cette dimension qui fait défaut au syndicalisme d'action directe actuel était au contraire bien présent dans le syndicalisme révolutionnaire. En effet, comme le souligne la Charte d'Amiens34, « le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale ».

Nous avons essayé de montrer dans cet article les affinités électives qui existaient dès les origines entre le syndicalisme révolutionnaire et la philosophie pragmatiste. Celle-ci permet en effet de saisir des aspects de l'esprit du syndicalisme révolutionnaire.

Nous avons ensuite tenté de montrer comment le renouveau contestataire était caractérisé par un esprit pragmatiste. Cet esprit est à l'œuvre en particulier dans les syndicats SUD. Nous avons ainsi essayé de  montrer les homologies entre la grammaire du syndicalisme révolutionnaire et celle des syndicats SUD.

Nous sommes ensuite interrogés sur la place que pouvait avoir l'esprit du syndicalisme révolutionnaire au sein du renouveau contestataire actuel. Nous avons ainsi montré qu'une des différences majeures entre l'esprit actuel et celui du syndicalisme révolutionnaire du début du XXe siècle, résidait dans la mise en avant de l'action directe non-violente. Mais nous avons essayé aussi de faire apparaître que l'apport du syndicalisme révolutionnaire pouvait résider dans la mise en évidence de l'importance que constitue le fait d'articuler la pratique immédiate à un projet ferme de transformation révolutionnaire de la société. On peut ainsi souligner qu'à travers, par exemple, des ouvrages tels que Comment nous ferons la révolution ? d’Emile Pataud et d'Emile Pouget, les syndicalistes révolutionnaires avaient essayé de donner une forme concrète au mythe ou à l'idéal de la transformation sociale.  



Notes de bas de page


1 L. Boltanski et E. Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999.
2 Au sens de la sociologie pragmatique, la grammaire désigne une modélisation philosophique qui permet de rendre compte des pratiques et des discours des acteurs.
3  M. Lowy, Rédemption et utopie, Paris, Ed. Du Sandres, 2009.
4 I. Sainsaulieu, La contestation pragmatique dans le syndicalisme autonome. La question du modèle Sud-PTT, Paris, L’Harmattan, 1999 ; H. Pernot, « Sud PTT: un esprit libertaire, des thématiques marxistes », Contretemps, 2003, n°6.
5 S. Franguiadakis., J. Ion., P. Viot, Militer aujourd’hui, Paris, Autrement, 2005.
6 P. Ansart., Naissance de l'anarchisme, Paris, PUF, 1970.
7 Bergson rend hommage aux positions de William James dans l'une de ses conférences réunies dans un ouvrage intitulé La pensée et le mouvement (Paris, Atlan, 1934) : « Sur le pragmatisme de William James. Vérité et Réalité ».
8 G. Pirou., Les doctrines économiques en France depuis 1870, Paris, Librairie Armand Colin, 1925.
9 H. Lagardelle, « Le socialisme et le syndicalisme en France », in Syndicalisme et socialisme (1908). Disponible sur : http://kropot.free.fr/SyndiSocial.htm
10 H. Lagardelle, Ibidem
11 J. Dewey, Reconstruction en philosophie, Pau, Publications de l’Université de Pau/Farrago/Léo Scheer, 2003.
12 G. Guy-Grand, La philosophie syndicaliste (1911). Disponible sur : http://www.archive.org/stream/laphilosophiesyn00guyguoft/laphilosophiesyn00guyguoft_djvu.txt
13 Ibid.
14 C. Gide, Le programme coopératiste et le syndicalisme (1924). Disponible sur : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83663w.r=gide+syndicaliste.langFR
15 S  Hook., Pour comprendre Marx, Paris, Gallimard, 1936, p. 48.
16 Ibid, p. 48-49.
17 I. Sainsaulieu, « La contestation pragmatique dans le syndicalisme autonome » ; Pernot H., «  Des thématiques marxistes, un esprit libertaire – L’exemple de Sud-PTT », Contretemps, n°6, 2003.
18 I. Sommier, Le renouveau des mouvements contestataires à l’heure de la mondialisation, Paris, Flammarion, 2003 ; S. Franguiadakis, J. Ion, P. Viot, op.cit.
19 S. Franguiadakis, J. Ion, P. Viot, op.cit.
20 P. Cours-Salies et M. Vakaloulis (dir.), Les mobilisations collectives, une controverse sociologique, Paris, PUF, 2003.
21 L. Chauvel., 2001, « Le retour des classes sociales ? », Revue de l’OFCE, n°79, p. 315-359.
22 I. Prigogine, I. Stengers, La fin des certitudes, Paris, O. Jacob, 1996.
23 F. Lyotard, La condition postmoderne, Paris, Ed. de Minuit, 1979.
24 D'abord dans le cadre de notre travail de thèse puis dans un ouvrage à paraître aux éditions La Découverte, intitulé Grammaires de la contestation.
25 X. Crettiez et I. Sommier (dir.), La France rebelle, Paris, Michalon, 2006, p. 24 ; T. Coulouarn et A. Jossin, « Représentations et présentations de soi des militants altermondialistes », in E. Agrikoliansky et I. Sommier (dir.), Radiographie du mouvement altermondialiste. Le second Forum social européen, Paris, La Dispute, 2005, p. 127- 156.
26 I. Pereira, Un nouvel esprit contestataire (2009). Disponible sur: http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00392699/en/
27 G. Guy-Grand, op. Cit.
28 J. Bové et G. Luneau, Pour la désobéissance civique, Paris, 10/18, 2005.
29 C. Gide, op.cit.
30 M. Barthélémy, Associations, un nouvel âge de la participation, Paris, Presses de Science Po., 2000, p. 51.
31 C. Grollemand et R. Le Flock, Les jeunes et les associations, entre participation et engagement, CREFAD Doc., 2004.
32 E. Cruzel, « Trajectoires militantes à ATTAC: les adhérents de Gironde et de Haute Garonne » - Colloque « Les mobilisations altermondialistes » organisé par le GERMM, le CEVIPOF, le CURAPP, le CRPS et le CREDEP, 3-5 décembre 2003.
33 C. Gide, op. Cit.
34 Ce texte est interprété par Miguel Chuecas, non comme un compromis entre syndicalistes révolutionnaires et réformistes, mais bien comme un texte exposant les positions du syndicalisme révolutionnaire : Emile Pouget, 1906. Le congrès syndicaliste d'Amiens, Présentation et notes de Miguel Chueca, Paris, Ed. CNT Région parisienne, 2006.

Pour citer cet article


PEREIRA Irène. L'esprit pragmatiste du syndicalisme révolutionnaire.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 5. Printemps 2013, 27 mai 2012. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1998




 
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