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Numéro 4 - Automne 2012 > Articles

Article

Une organisation pédagogique de la révolution. La ligue de la jeunesse et Ligue pour la lutte socialiste internationale dans l’Allemagne des années 19201


Karim Fertikh

Date de publication : 3 octobre 2012


Table des matières

Texte intégral

C’est autre chose lorsqu’un membre de la ligue se marie. Sans prendre en compte les difficultés inhérentes à tout autre couple, qui peut dire si après cinq ans de mariage les rapports du mari et de la femme à la ligue seront les mêmes ? Mme Jutzler était, il y a quelques années (1919), tout aussi enthousiasmée par la ligue de la jeunesse que Jakob J. aujourd’hui. Et cependant, elle nourrit sa fille avec de la viande et elle laisse les choses en l’état parce qu’elle ne veut pas entrer en conflit perpétuel avec son mari sur cette question. Elle ne quitte pas l’Eglise et est contre le fait que l’on élève ses enfants comme des gens de parti [Parteimenschen]. Elle refuse donc toutes nos règles en pensée mais aussi, en partie, en pratique. Et en dépit de cela, on la laisse lire les discours donnés par Jakob dans les groupes de travail sur la question des relations personnelles, c’est-à-dire : on lui laisse accéder à nos documents les plus confidentiels2.

Du militantisme « post-it », décrit par J. Ion3, à l’engagement identitaire (par exemple au PCF4), les formes d’engagement au sein d’une sociation partisane sont hétérogènes et les modes institutionnels de production de ces formes différenciées d’engagement le sont tout autant. Les formes de l’engagement au sein d’une organisation politique se définissent dans la rencontre entre des trajectoires personnelles spécifiques et des dispositifs institutionnels objectivant des rapports normatifs au politique et opérant la sélection et la normalisation des militants. La Ligue pour la lutte socialiste internationale (Internationaler sozialistischer Kampfbund, ISK) constitue une configuration d’engagement total pour la cause, proche de l’engagement des établis maoïstes5. Cette organisation a pour spécificité de théoriser une volonté pédagogique de réforme de la personnalité des militants.

L’ISK, qui prend ce nom en 1925, se constitue en 1917 comme Ligue internationale de la jeunesse (Internationaler Jugendbund, IJB) autour d’un appel moral contre la guerre et du constat de la faillite morale de la classe politique. La ligue internationale de la jeunesse n’est pas initialement une partie du mouvement révolutionnaire ou ouvrier. Elle émane des mouvements de réforme de la jeunesse du début du 20e siècle6. Elle peut être considérée comme une scission d’un mouvement de jeunesse libéral, la Freideutsche Jugend, qui se fédère en 1913 dans une rencontre à laquelle Leonard Nelson7 participe avec certains des autres fondateurs de l’IJB. La rupture avec le mouvement de jeunesse s’opère dans l’échec de la tentative de « politisation », c’est-à-dire d’intervention directe dans la lutte politique, que les fondateurs de l’IJB (Nelson, Max Hodann8, Minna Specht9) essaient d’imposer à ce mouvement10.

Dans le cours de la révolution allemande de 1918-1919 et en raison de l’échec de sa stratégie au sein du mouvement libéral, la ligue se rapproche des mouvements socialistes et communistes (avant que ses membres en soient exclus, respectivement en 1925 et 1922, conduisant à l’abandon des stratégies entristes11 et la constitution de la ligue en ligue « socialiste » entrant dans la « lutte » politique que le changement de nom marque). La ligue continue ses activités (notamment de publication et de formation) durant la dernière phase de la république de Weimar en prônant notamment un front de l’ensemble des mouvements ouvriers puis sous le 3e Reich dans des activités de résistance organisées, en Allemagne, autour de restaurants végétariens et d’une boulangerie de vente en gros12 fédérant un réseau d’informateurs et de résistants dont l’activité est soulignée par les historiens du mouvement. Les réseaux de la résistance londoniens constituent le creuset au sein duquel les tensions entre les organisations de la gauche allemande s’atténuent13.  L’exil londonien est suivi par un regroupement de divers groupes de la gauche allemande au sein du SPD. L’ISK se dissout en décembre 1945. Son président, Willi Eichler14, devient dans les années 1950 le « théoricien » de la social-démocratie.

Si la forme politique de la ligue est dissoute, une association (la Philosophisch-Politische Akademie), une maison d’édition (europäische Verlaganstalt), une revue15 entretiennent l’activité des membres de la ligue, sous une forme intellectuelle, et notamment pédagogique.

Les pédagogues et les étudiants qui sont à l’origine de l’organisation entendent former un « parti de la raison », fondé sur une sélection stricte des militants, un effort de formation et l’imposition de pratiques distinctives (végétarisme, absence de consommation d’alcool et de tabac, célibat). Le nombre de militants y reste d’ailleurs limité et ne dépasse sans doute jamais le millier. Les exigences pratiques associées au militantisme au sein de la ligue sont souvent, dans la littérature, plus mentionnés qu’expliqués16. Cette littérature est, en effet, centrée sur la position de la ligue dans le mouvement ouvrier allemand, son rôle dans l’invention d’un « socialisme éthique » ou son importance dans la résistance au nazisme. À côté des effets (politiques, idéologiques) de la ligue comme organisation, la question de la forme de militantisme en son sein peut être soulevée.

Pour construire ce travail sur les formes d’engagement au sein de cette organisation, sur la sélection et la formation des militants, nous avons consulté les archives de l’organisation qui contiennent des rapports d’activité des sections, des rapports sur les militants, des autobiographies d’institution et des échanges épistolaires. Ces documents mettent en évidence l’organisation systématique de la constitution d’un « ordre » de militants révolutionnaires. Ils permettent également de réfléchir aux modalités de l’appropriation par les militants des nombreuses injonctions qui leurs sont faites. L’exploration ethnographique des sources permet de faire entendre des voix de contestations au sein de cette entreprise politique révolutionnaire que constitue l’ISK. Il s’agit dans la présente contribution de mettre en évidence les moments de tension entre l’idéal révolutionnaire et élitiste porté par l’association dans des dispositifs concrets d’incitation et de contrôle, d’une part, et, d’autre part, la manière dont les acteurs s’approprient et négocient ces impératifs organisationnels.

Après avoir présenté les fondements philosophiques de cette volonté éducative de la ligue (1), nous nous proposons de montrer les dispositifs mis en place pour éduquer les militants (2) et les manières dont ceux-ci s’approprient les injonctions de la ligue (3).

L’ISK vise donc à constituer une élite17 morale et intellectuelle du mouvement ouvrier, et plus loin de la société révolutionnée à venir. L’IJB/ISK se définit, en effet, comme un mouvement moral au service des fins politiques les plus élevées et se considère comme un « parti de la raison » [Partei der Vernunft]18. Sa volonté élitiste ne se laisse pas mieux lire que dans la volonté de se démarquer du personnel politique en place en sélectionnant et formant une élite politique guidée par les principes de la raison :

 « Pour mettre un terme au dilettantisme politique, la sélection [Auslese] et la formation d’une élite politique douée [begabt] sont nécessaires. Cela ne peut être obtenu que par la formation d’une académie de politique scientifique au sein de laquelle le caractère, l’intelligence et la capacité d’organisation seront développés19. »

Les correspondances de l’ISK de cette époque mettent l’accent sur la paix et l’idéal du droit, de la liberté de l’esprit et la constitution d’une nouvelle culture. L’association se présente comme au service des idées les plus éclairées (aufgeklärste Idee), d’idéaux (Ideale), de l’esprit (Dienst am Geist). La méthode socratique, théorisée par Nelson, est elle-même conçue comme une « expérience20 », une « tentative », une « entreprise » visant à conduire les élèves sur la voie de la pensée autonome [Selbstdenken]21. En cela, si elle se réfère à des maîtres philosophiques (Socrates, Fries, Kant), elle a directement à voir avec la pratique politique : cette méthode veut former une élite morale en pratique, contre les affairistes, les bellicistes ou l’absence de morale en général.

Cette visée élitiste n’est pas une visée temporaire au sein de l’organisation, elle se prolonge jusqu’à la guerre : à Londres, l’ISK en exil édite un journal intitulé Socialist Vanguard, l’avant-garde socialiste. L’idée avant-gardiste est présente dès 1917, l’exemple « héroïque » de la Révolution russe22 est mis en avant et Lénine est célébré dans le cadre d’activités commémoratives de l’ISK dans les années 1920. Cet élitisme se laisse également lire dans le faible recrutement de la ligue : de 300 membres en 1925, les effectifs diminuent d’un tiers dans les années qui suivent, en partie en raison d’exclusions23. Il se trouve également marqué dans une pensée antidémocratique (hostile à la démocratie libérale représentative) qui singularise l’ISK et ses publications jusqu’aux années 194024. En effet, le gouvernement du nombre ne saurait être embrassé comme un but par l’ISK25.

En revanche, l’idée de recruter et de former des individus d’élite capables de de se mettre à la tête d’un mouvement révolutionnaire conduit à l’implantation des militants de la ligue de la jeunesse dans les organisations du mouvement ouvrier, KPD puis SPD avant l’interdiction de la double appartenance26.

Ce but commande une partie des mécanismes de fonctionnement de la ligue. La construction d’une théorie héroïque du mouvement politique révolutionnaire peut être rapportée tout à la fois au recrutement initial de l’IJB, celui d’étudiants de l’université de Göttingen, dans un contexte où le monde universitaire constitue un terreau d’une pensée élitiste (le plus souvent conservatrice27). Cela tient également à une opposition théorique des cercles néokantiens au déterminisme marxiste et aux théories sans sujet : l’histoire est faite par des individus et non par des évolutions automatiques. La question de la moralité de l’action collective, et donc des individus, est alors centrale pour faire triompher la raison dans l’histoire.

La lecture élitiste et morale de l’action politique n’est pas sans conséquence sur la manière dont les militants sont considérés : l’organisation ouvre la voie aux vertueux parmi lesquels les militants devraient pouvoir se compter. Cette théorie justifie un effort de sélection et un travail pédagogique en son sein.  

Organisation se voulant d’élite, l’ISK est une entreprise de redressement de ses propres militants. La ligue se décrit comme une communauté éducative (Erziehungsgemeinschaft) autant que communauté de « convaincus » (Gesinnungsgemeinschaft). Comme ensemble, la ligue produit non seulement une élite à venir de la révolution, mais une élite concrète en diffusant des pratiques militantes distinctives. H. Lindner souligne, d’ailleurs, pour mettre en évidence la fermeture de la ligue, son caractère sectaire (au sens courant du terme) voire « totalitaire28 ». E. Harder appuie cette idée en rappelant que W. Eichler qualifiait l’organisation d’« ordre » (Orden) au sens religieux du terme29, qualificatif usuel puisque Max Hodann la décrivait comme ayant pour objectif de constituer « une tribu de fonctionnaires, l’ordre jésuite du prolétariat30 ». Cet ordre se conçoit comme l’effort pour constituer une communauté apte à servir la cause. Entreprise politique révolutionnaire, elle apparaît aussi comme label de distinction fondé sur un dispositif éducatif et de redressement élaboré.

Les pratiques éducatives, en effet, appartiennent à la culture organisationnelle d’une association initialement universitaire et sont, pour partie, issue du contexte des mouvements réformateurs de jeunesse  réagissant à la « crise de la civilisation occidentale », telle qu’elle est perçue depuis le début du 20e siècle (et théorisée, par exemple, par O. Spengler en 1918 et 192231). Elles doivent également au mouvement hygiéniste à la fin du 19e siècle autour de l’idée du peuple organiquement sain [gesunde Volkskörper]32 et de la réforme de la vie [Lebensreform]33. L’abstinence alcoolique et tabagique, les activités sportives34 (en particulier les randonnées35) ou même le végétarisme36, déjà organisé au début du siècle en de multiples associations, ne sont pas des injonctions spécifiques à la ligue mais ont des racines à rechercher dans le contexte culturel dans lequel la ligue de la jeunesse a émergé. De même, l’autonomie de pensée revendiquée comme résultat du processus d’éducation est aussi redondant avec les volontés exprimées par nombre de ces mouvements de jeunesse.

Les activités pédagogiques stricto sensu ont au sein de l’ISK une ampleur et une valeur particulières. En effet, l’institution la plus importante de l’ISK est un centre de formation, le Walkemühle (ou « moulin » en langage indigène) prenant en charge l’éducation de pupilles recueillies par des membres individuels de l’ISK laissés en garde à l’institution ou à des enfants légitimes de membres de l’association37. On y organise aussi la formation de jeunes adultes jusqu’en 1931 ou des rencontres nationales de la ligue. Des séminaires sont également organisés dans le cadre de la ligue.

Au-delà des institutions de formation, la ligue est organisée autour d’un projet pédagogique autant que d’un projet politique. Les courriers, en particulier les échanges entre des membres suspendus de la ligue et sa direction38, mettent en avant les arguments pédagogiques (les vertus pédagogiques de la suspension d’un membre par exemple), la volonté de transformer intérieurement le militant (le rendre « friable »)39. Les récalcitrants dénoncent cette action pédagogique comme un jeu avec eux40. On voit aussi des militants voulant n’assister qu’en partie à un rassemblement national de la ligue se faire rappeler à l’ordre au motif que cette intermittence nuirait à l’effet global que la rencontre devrait avoir sur eux41. Les dirigeants de la ligue veulent en faire un instrument d’action pédagogique sur les militants.

En effet, la société égalitaire, dominée par le droit ou par la raison, ne peut être atteinte que par une action réformatrice (de l’homme) qui commence pour l’IJB au sein de l’IJB elle-même et la constitution d’institutions pédagogiques est considérée comme nécessaire dans le but de la formation des élites politiques (politische Führer) faisant entrer la morale dans l’histoire. On peut donc dire que la ligue actualise un modèle pédagogique, que nombre de ses membres (Erna Blencke, Fritz Borinski, Minna Specht, Willi Eichler ou même Max Hodann dans le domaine de l’hygiénisme sexuel) théorisent dans leur carrière professionnelle, universitaire ou politique, une fois la ligue dissoute après 1945 - comme l’avait fait avant eux L. Nelson.

Cependant tout individu ne saurait être formé à l’élite : le militantisme total repose sur une idéologie du « don ». La pratique pédagogique de l’ISK engage des présuppositions sur la nature de l’être humain et sur celle du militant. La perfectibilité (le redressement) en est la plus visible, mais l’IJB présuppose également la possibilité d’un engagement total pour ce que l’on définit rapidement comme « la cause ».  Socialement égalitaire, la ligue cherche à repérer et à développer les dispositions (les « dons ») de ses militants : dispositions biologiques, intellectuelles ou psychologiques constituent des critères de choix des membres de la ligue et de sa direction. Ces dispositions  doivent in fine signaler des individus disposés à l’engagement total : « Dans notre cercle, nous continuons à être fidèles au but que nous comptions atteindre alors. Mais nous comprenons aussi que nous ne sommes pas le cercle de ceux qui vivons de toutes les forces de leur personnalité entière pour cette idée-là », écrit Nelson dans une lettre aux participants du séminaire (fondateur) de Göttingen. Il précise encore que seule l’expérience peut apprendre les  « appelés » (berufen), et fonder la sélection des militants. Les noyaux initiaux de l’IJB se voient assigner la mission de recruter des individus prêts (geeignet) à un engagement total : l’un autour de lui à Göttingen et l’autre autour de Minna Specht et Klara Deppe. Il conclut en espérant « pouvoir mettre en œuvre, à partir de ces groupes, très bientôt, une sélection (Auswahl) de militants éprouvés (erprobesten Mitglieder)42 ».  Le militant n’est pas seulement celui qui s’engage, mais aussi celui que l’on sélectionne suivant un projet et des méthodes explicitées. Cette théorisation s’exprime encore dans les règlements de l’IJB portant charte que « le travail discipliné au service de l’organisation vaut preuve du sérieux de la bonne volonté » (point 6) et que « l’exigence fondamentale d’une organisation de la Raison dans la vie publique est la formation méthodique de dirigeants politiques » (point 7).

Ce qui a marqué ceux qui ont écrit sur l’IJB/ISK jusqu’ici réside dans ces injonctions au célibat (pour les membres du premier cercle autour de Nelson), à la vie végétarienne43, à l’abstention de la consommation de tabac et d’alcool, les activités sportives44. Ces injonctions saillantes ne constituent qu’une part d’un système d’injonctions minutieux. Le règlement de 1920 en porte la trace : les sacrifices matériels45, les exigences de propreté46 (nettoyage des bottes avant de pénétrer dans une pièce ou, ailleurs, la propreté des mains et des dents47), l’attention à la ponctualité et à la régularité de l’assistance aux activités collectives48 ou la politesse constituent autant de prescription qui pèsent sur les membres de la ligue (on les retrouve mentionnées dans de nombreux rapports mensuels). Le célibat occupe, avec l’activité sportive, visible dans les compétitions organisées à l’occasion des réunions nationales et les emplois du temps des organisations locales, une place à part dans ce système de prescriptions puisqu’il est aussi bien une technique de contrôle qu’une prescription en tant que telle. S’il est redéfini dans un deuxième temps (après la dissolution de la ligue) comme un simple refus des rituels matrimoniaux traditionnels, les échanges épistolaires des années 1920 ne laissent pas d’ambiguïté sur le statut de cette interdiction : le célibat s’oppose à la vie de la famille et à l’engagement envers une autre personne en vue de garantir la fidélité à la ligue et la disponibilité militante. En cela, l’obligation de renoncer aux communautés religieuses (propagande pour la sortie de l’Eglise [Kirchenaustritt]) constitue aussi la ligue en un espace séparé du reste de la société49, de la même manière que la clôture du Walkemühle, institution qui protège les enfants et les jeunes adultes qui y sont pris en charge des « étrangers » à l’IJB/ISK en réduisant les contacts avec l’extérieur au maximum, y compris avec les parents des enfants dont se charge l’institution pédagogique50. Pour cette raison d’ailleurs, les amitiés personnelles (autres sources de fidélité) sont également mises en débat, ce qui montre bien que ce célibat ne doit pas être conçu comme un simple renoncement à la formalisation des unions, mais un renoncement au couple et aux fidélités personnelles : « Nous avons toujours été, dans le cercle restreint (des dirigeants), d’accord sur ce point : nous avons besoin d’un groupe de membres qui soit disponible pour le travail et qui donc renonce au couple [keine Ehe eingeht]51 ». Le célibat constitue aussi une technique de contrôle car il est particulièrement évident à vérifier et ce contrôle évident occasionne une abondante correspondance visant pour les individus à se justifier et pour la direction à justifier le renoncement à l’union et à la vie de couple.

Les injonctions concrètes, souvent minimes (propreté, activité sportive) ne sont pour autant pas conçues comme subsidiaires, c’est le dressage52 philosophique qui est secondaire par rapport à elles : « Pour la formation d’un membre nouveau, l’important n’est absolument le dressage philosophique, mais le respect de certaines exigences pratiques » (dont une liste suit dans les statuts fondateurs). Elles permettent en effet de construire la soumission (aux exigences de la ligue) et le repérage des individus soumis. La nature de ces injonctions, à la fois « personnelles » (propreté, sport, politesse etc.) et plus « politiques » (prise de parole), en font une pédagogie morale du militant par sa pratique. Ces injonctions ont aussi une dimension de propagande (Werbearbeit) : elles distinguent les militants de l’ISK comme de bons militants ou des militants d’élite.

Les militants de la ligue sont des militants qui se surveillent. Par là, on entend que la ligue se construisant (ou entend se construire suivant un projet rationnel) comme une forme d’instrument de redressement et de sélection militants, ses « concepteurs » la dotent des moyens concrets d’effectuer ces opérations en en faisant, précisément, un système de contrôle permanent. Ce ne sont pas seulement les lieux de vie communautaire, qui font de la coprésence de militants connaissant les exigences de la ligue et cherchant à les mettre en œuvre, qui sont ici visés : l’académie de Walkemühle, les communautés d’habitation [Wohngemeinschaften] de Göttingen regroupant quelques dizaines de militants, les pratiques plus sporadiques d’hébergement des uns et des autres en fonction des besoins de main d’œuvre de la ligue, les vacances communes53 sont d’évidents moyens assurant un contrôle physique concret des membres. Si les militants se surveillent, c’est aussi parce qu’ils se sentent surveillés : ils savent, puisque cela est énoncé par les règlements et que cela appartient à un dispositif d’agrément continuel auquel ils doivent se soumettre pour avoir droit de militer au sein de la ligue, que les dirigeants locaux tiennent un journal sur leurs militants régulièrement transmis à la direction central. Cette surveillance a aussi ses temps, l’autobiographie annuelle et le rapport annuel du dirigeant local sur chaque membre de sa section.

Deux catégories de description y sont fréquentes : celle du don et des progrès pédagogiques (bonne volonté, le développement [Entwicklung]).

 « Un travail d’éducation important [Erziehungsarbeit] est encore à faire avec lui. Pour l’instant, tout pousse de manière désordonnée, l’utilisable et l’inutilisable. Je n’ai pourtant pas encore trouvé de mauvaises dispositions en lui et j’espère donc que nous pourront développer l’utilisable. Il aime beaucoup la musique, il a un don ; il met cette capacité au service du mouvement et n’entend ne la développer que dans la mesure où elle apparaîtra nécessaire dans l’intérêt du travail politique54. »

 « Certains signes me laissent à penser qu’elle est politiquement douée [politisch begabt] même si elle éprouve encore une grande timidité à apparaître en public. […] Elle a visiblement certains dons artistiques qui lui donneraient l’opportunité de devenir actrice. Peut-être cela peut-il l’aider à développer sa capacité de discours qui est indubitablement présente55. »

La ligue se donne dès lors pour mission d’aider au développement de ces dons considérés comme naturels pour les ployer aux besoins du groupement politique d’élite qu’elle constitue. L’éducation du don et sa mise au service politique sont des schèmes discursifs récurrents :

 « Comme il n’a que 19 ans et est de bonne volonté, on peut compter sur le fait qu’il soit encore éducable dans notre sens. Cette éducation vaut le coup parce qu’on note de bonnes capacités qui peuvent être développées et mises au service de notre travail : par-dessus tout, il est présent un certain don naturel dans les interactions avec les enfants […]. La présence de capacités politiques particulières ne se laisse pas encore déceler. Il est corporellement puissant et résistant de sorte que, de ce côté, sa productivité est assurée56. »

Ces extraits de rapports annuels montrent que la ligue pense les individus en fonction de leur personnalité dans son intégralité et de la manière dont cette personnalité peut être tout à la fois rendue utile et productive mais aussi que le travail d’éducation se fonde sur des individus dotés de prédispositions qu’il s’agit de développer. L’objectif est donc de transformer l’intériorité des militants, comme l’indique la lettre de Max Hodann à un militant, Hans Lepke, envoyée en copie à la direction de l’IJB : « Nous te libérons de toutes tes obligations vis-à-vis du groupe pour les quatre prochaines semaines (hormis des obligations décrites aux points 2 et 4). Nous espérons que tu auras ainsi le loisir durant ce temps de prendre en compte intérieurement [innerlich] les exigences qui doivent être posées aux collaborateurs de la ligue et les moyens extérieurs de leur réalisation ».  

Pourquoi des individus acceptent-ils de se soumettre à des règles apparemment aussi contraignantes ? L’adhésion à l’IJB puis à l’ISK ressortit probablement des études classiques de l’engagement militant57, le réseau initial autour de Nelson apparaît structuré autour d’étudiants, de connaissances et d’amis du philosophe de Göttingen. Les « sacrifices » générés par l’appartenance à l’ISK pouvaient être contrebalancés par des rétributions à ce type particulier de militantisme.

Ces rétributions apparaissent d’abord intellectuelles et morales : l’ISK permet une progression dans la hiérarchie intellectuelle et morale des militants de la gauche allemande en raison même du coût de l’engagement. La formation importante reçue par les militants de l’ISK, leur manière d’engagement total constitue en soi un label d’excellence militante, qui amène les autres acteurs dans les organisations de gauche auxquelles ils appartiennent à les reconnaître et à les labelliser non pas en fonction des critères internes de l’organisation (par exemple : gauche, « hofmargarien », romantiques etc. pour le SPD) mais comme « nelsoniens » (Nelsonianer), « ligueur » (« Bündler »)  ou membres de l’IJB. Ce label reste en usage longtemps après 1945. L’organisation est nationalement connue et reconnue même là où elle n’existe pas en raison de sa faiblesse numérique58. Cette reconnaissance est aussi une reconnaissance de l’importance de leur engagement. Dans l’autobiographie organisationnelle immédiatement antérieure à sa sortie de l’IJB, Max Hodann écrit d’ailleurs, pour la critiquer, la volonté « d’éveiller la représentation d’une organisation qui se tiendrait au dessus des autres59 ».

La distinction entre les membres de la ligue et les membres d’autres mouvements de jeunesse est aussi opérée par un acteur extérieur. Le social-démocrate Franz Osterroth consacre de nombreuses pages de son autobiographie à son activité au sein des mouvements de jeunesse sociaux-démocrates sous Weimar. Osterroth construit ainsi cette gradation dans la radicalité : « Avec l’union du SPD et de l’USPD, beaucoup de supermarxistes avaient rejoint les rangs des mouvements de jeunesse socialiste. Pour eux, l’esprit de ce mouvement n’était qu’une formule "bourgeoise", pour ne rien dire des nelsoniens qui constituaient aussi un élément nouveau du mouvement ». Osterroth les situe donc dans l’espace de radicalité du parti. Et le discours que tiennent en situation les nelsoniens apparaît comme empreint de cette volonté éthique, qui constitue le legs retenu pour ordonner a posteriori l’histoire de l’organisation (« socialisme éthique »)60. Le discours éthique et le discours de service du mouvement confère à celui qui l’énonce le « beau rôle » face à ceux qui défendraient des « intérêts », une « humeur » ou qui auraient oublié que le socialisme est le but ultime. C’est ainsi que les ligueurs se considèreraient eux-mêmes, « conscience morale vivante » du SPD par leur influence sur les jeunesses socialistes61. « Maria Hodann, hanovrienne62 et nelsonienne, a défendu la thèse suivante : "Il nous intéresse peu, comme jeunes socialistes, de savoir si notre volonté est conforme au sens du mouvement de jeunesse ; ce qui compte beaucoup plus pour nous est d’obéir à ce que le combat pour le socialisme exige de nous. Comme jeunes socialistes, nous ne pouvons reconnaître nos tâches politiques qu’en considérant la situation de l’ensemble du mouvement socialiste". », écrit Franz Osterroth dans la description d’un rassemblement de l’ensemble des mouvements de jeunesse socialistes à Weimar en 1924. Osterroth, plus loin, dénonce le caractère conspirateur (de société secrète, plus précisément), aristocratique, rationaliste et non-dialectique des ligueurs, autant d’éléments qui soulignent une distance (de l’extérieur) et le sentiment de supériorité (de ceux qui sont à l’intérieur : les aristocratiques, refusant le débat – ce que « non-dialectique » vise dans le texte – puisque défendant une idée du socialisme qui ne peut être débattue en dehors de la ligue). La conscience d’appartenir à un mouvement supérieur, à une « troupe de choc » [Kerntruppe63] et de se transformer n’était pas pour peu, sans doute, dans l’engagement enthousiaste de certains membres comme l’idée de participer à une vie intellectuelle digne de ce nom (« cela a plus de valeur que le n’importe quoi que nous faisions avant guerre64 »).

Toutes les prescriptions portant sur l’hexis, les actions possibles etc. constituent autant de manière de marquer une distinction en actes, de donner à voir une élite effective du mouvement ouvrier qui laisse les acteurs étrangers à la ligue concevoir ses membres comme autant d’« étranger » (fremd). Cette situation explique par ailleurs l’exclusion des membres de l’IJB des deux grands politiques de gauche en 1922 puis en 1925. Jusque là, et c’est aussi un des profits de l’appartenance à la ligue, cette forme de militantisme permettait l’acquisition de positions de direction au sein des autres organisations du mouvement ouvrier, produit d’une stratégie délibérée des membres de la ligue. Cela se laisse déduire d’une désaffection de la ligue dans la deuxième moitié des années 1920 (à laquelle la direction réagit précisément en réduisant le niveau d’exigence vis-à-vis des simples sympathisants65) ou de l’adhésion de certains membres éminents de la ligue (comme Max Hodann) à d’autres organisations et à leur démission de la ligue.

Il est fort probable néanmoins que le militantisme exigeant, les formations, les vacances ou les  loisirs collectifs « surrégénèrent » le militantisme en ce qu’elles modifient les valeurs relatives des biens désirables en opérant une distorsion favorable aux biens sur lesquels la ligue acquiert un monopole de fait. En effet, les exigences de la ligue opèrent pour un certain nombre de membres une modification des opportunités biographiques. Les membres de la ligue bénéficient en effet d’une sorte de carrière interne, gravissant dans un cursus honorum les échelons un à un, le premier étant le passage de membre ordinaire à membre du « cercle intérieur ». Les aspirations des membres de la ligue se cristallisent, comme le montre la correspondance qu’ils échangent, sur certains postes dont la ligue dispose : la direction des institutions éducatives mais aussi les fonctions enseignantes66.

L’accès à un poste au sein de l’ISK n’est pas financièrement aussi rémunérateur que l’occupation de postes en entreprise. D’ailleurs, symptomatiquement, le salaire n’est pas mentionné dans les propositions d’emplois internes dont les archives portent trace. Lorsque le 5 mai 1922, Max Hodann écrit à Willi Eichler pour lui demander d’accepter un emploi de comptable à Melsungen, il lui demande simplement et dans l’urgence s’il est prêt à prendre cet emploi, simplement décrit, et son rôle dans la fondation de l’académie et lui indique que Nelson l’espère très fortement. Les questions de rémunération ne sont même pas abordées, et on comprend dans la suite de la correspondance que le salaire n’est pas contractuellement fixé une fois pour toute, mais que des dédommagements s’opèrent en fonction des besoins de W. Eichler à la demande. Cette dépendance financière constitue aussi un moyen de maintien dans l’engagement, puisque les acteurs, dans de tels cas, sacrifient en quelque sorte l’épargne qu’ils auraient pu constituer dans un emploi du secteur ouvert et se lient donc à l’entreprise politique par cet investissement (qui est aussi effectué par les acteurs exerçant une activité hors du milieu organisationnel, puisque les militants devaient verser toutes les sommes dépassant un certain niveau de salaire à la ligue). Mais, en contrepartie, la ligue garantit la vie du militant, y compris sous la Résistance : socialement, matériellement et physiquement. Après 1933, en effet, la ligue fonde en Allemagne nazie des boulangeries et des restaurants végétariens, fournissant des ressources matérielles et, en dépit d’une activité d’opposition au Régime, parvient à cacher son existence (dès 1932, l’essentiel des données personnelles sont détruites ou cachées, des dispositifs sont inventés de manière à protéger les membres en cas de capture d’un des leurs etc. et ce ne sera qu’en 1938 que la Gestapo arrête « ses » premiers ligueurs). Socialement, enfin, la ligue constitue un réseau des militants soudés, elle montre cette capacité en reconstituant dans l’exil ou même après 1945 les liens entre les militants et en leur apportant leur soutien et la présence des leurs.

Comment ces règlements rencontrent-ils les vies concrètes des militantes ?

Effectuer un travail sur l’appropriation de ces règles de vie « monastiques » par des militants nous invite à lire les documents d’archive par la bande, en y cherchant ce que les commentaires des règles, les récits, les descriptions de soi disent des pratiques effectives et des rapports effectifs aux règles.

Les discours de déploration de la direction de la ligue, en particulier dans ses rapports mensuels, pointent déjà des usages de l’appartenance à la ligue lorsqu’ils sont considérés comme des mésusages. En particulier, la première moitié des années 1920 voit les rapports dénoncer les « bavardages » des membres de la ligue, les rumeurs qu’ils contribueraient à faire naître ou les exagérations qu’ils décriraient comme quotidien de la ligue. Ces « bavardages » montrent l’un des usages militants possibles de la ligue. Si la direction administrative de la ligue cherche à maintenir une façade de respectabilité et à maîtriser l’image qu’elle donne d’elle (en décrivant à de multiples reprises la manière dont il convient de présenter ses activités), certains militants transforment leur appartenance à la ligue en discours d’importance (en majorant les exigences auxquelles ils se soumettent, en révélant des « secrets » d’organisation ou en énonçant l’existence de tels secrets) ou manifestent dans leur comportement une prise de distance (en dénonçant ces exigences ou en refusant de les endosser comme règles strictes67).

A l’intérieur, ces opérations de conversion de l’engagement ligueur en capital symbolique s’opèrent par des échanges épistolaires denses, visant d’une part à mettre en scène le caractère total de l’engagement : il faut que cet engagement soit connu pour être reconnu pour que les acteurs progressent dans la hiérarchie de la ligue. Les descriptions hyperboliques du travail effectué pour la ligue abondent. L’engagement « corps et âme » de ceux qui « travaillent, travaillent et encore travaillent68 », l’esprit de sacrifice (Opferbereitschaft) de ceux qui ne connaissent pour autant que la joie d’aider (Hilfsfreude)69, de ceux qui « n’ont pas à se plaindre du manque de travail70 », les dénonciations, parallèles, de ceux qui n’en font pas assez ou ne sont pas fiables, la contestation du manque de discipline71, le sentiment d’indignité face à l’ampleur des changements intérieurs à réaliser72 ou la bonne volonté à accepter les critiques73 constituent autant de présentations de soi visant à manipuler les évaluations des autres sur soi, en particulier de ceux dont dépend la rapidité de la carrière militante. Les erreurs ou les reproches que l’on reçoit des membres de la ligue sont interprétés comme des critiques constructives – ou dont on s’efforce de montrer qu’on essaie de se les approprier en vue de s’améliorer : « Cette maîtrise de soi, que j’ai mise en œuvre, m’apparaît encore comme un idéal. J’ai essayé d’être maîtrisée, amicale et calme même lorsque tout en moi n’était que rage. Si cela m’apparaît souvent aujourd’hui compliqué de montrer mes sentiments, si souvent j’apparais trop rationnelle, calme et dominée, cela est à mettre sur le compte – je crois – de ce que je ne suis qu’au début de ce développement74 ». De même, Willi Eichler, à qui des charges d’enseignement avaient été refusées75, indique comprendre ce refus et interroge pour savoir s’il a su s’améliorer au fil des années.

Dans une structure institutionnelle réclamant de ses membres un engagement total, les membres ne se contentent pas de s’engager mais ils font savoir leur degré d’engagement, en font un signe distinctif, qui les distingue des autres. Cela conduit également les membres à dépasser les injonctions posées, objectivement ou « raisonnablement » : les phénomènes de « burn-out », d’épuisement militant, de militants contraints par leur entourage militant au repos (Julie P.76 puis Willi Eichler77) mais aussi le travail de mise en abîme des injonctions, jugées peut-être trop exigeantes pour les autres militants mais que l’on applique, soi, et même au-delà du contenu formel de l’injonction78. Un jeu avec les injonctions se met donc en place où les militants se mettent en scène en train de les respecter, de souffrir pour les respecter ou bien, au contraire, de  s’en jouer, que le public soit l’organisation (qui valorise le sacrifice) ou extérieur à elle.

Le jeu avec les règles ne vise pas simplement à opérer des conversions de l’engagement en capital symbolique ou à se valoriser. Le jeu peut aussi consister à tourner certaines règles. Certain(e)s militant(e)s, ainsi, cherchent à se libérer de contraintes qui leurs sont imposées : le végétarisme apparaît ainsi contesté au nom de l’intérêt des enfants (ce qui amène la ligue à élaborer des programmes de formation à la cuisine végétarienne pour les mères de famille). Certains militants déclarent essayer, sans y parvenir, de se débarrasser de l’habitude de fumer. On voit aussi des militants contester les règles au nom de la cause qu’elles sont censées servir. Ainsi Luise W. conteste l’ensemble du dispositif pédagogique qui vise à la briser au nom de son dévouement total à la cause et ce mode de justification est fréquent chez les membres sanctionnés (et protestant contre la sanction) au nom des règles. La prise de distance est dès lors forte puisque les règles sont considérées comme manquant au but ultime qui est celui de l’engagement.

Dans les écrits autobiographiques réclamés par la ligue, s’expriment aussi des individus qui jouent avec l’horizon d’attente de leur lecteur, en construisant leur récit, en cherchant à manipuler les impressions qu’ils laissent : à se conformer à un récit idéal (ouvrier, révolutionnaire, militant d’élite) et à manipuler les catégories d’évaluation de leur lecteur. Le rôle de l’autobiographie dans la sélection des militants de l’ISK en fait un observatoire pour révéler les caractéristiques valorisées dans cette organisation, que ces textes essaient de mettre en avant.

L’autobiographie de Willi Eichler est typique du corpus autobiographique79. Willi Eichler commence par une description de sa généalogie dévoilant l’importance et le sens des origines sociales. L’appartenance à une famille prolétaire est mise en avant, l’apprentissage de la misère et de la souffrance ouvrière sont le cœur de cette description. Cela est une figure classique de ces autobiographies où les enfances sont souvent décrites comme empreintes de souffrance sociale. Il ne s’agit pas là d’une donnée spécifique à l’ISK. Mais ces données sociales sont néanmoins centrales pour caractériser correctement un individu, à tel point que certaines autobiographies ne prenant pas la peine de désigner l’activité professionnelle des parents se voient commentées en marge par un « profession ? » noté au crayon rouge. De même que quand le récit se fait dénonciation de l’exploitation capitaliste directement éprouvée, on voit se dessiner des fils que les autobiographies communistes, en général ouvriéristes, tirent aussi.

De l’expérience de la souffrance et de la misère, Willi Eichler décrit l’émergence d’un sentiment de révolte individuel et d’une volonté d’amélioration de sa situation personnelle, qu’il socialise dans un second temps, faisant découler la volonté d’action collective de cette première révolte individuelle. Il enracine ainsi sa volonté de transformation sociale dans l’expérience personnelle de la misère.

Des données biologiques viennent enrichir la définition de la vie telle qu’elle est perçue comme d’intérêt pour les dirigeants de l’ISK, ce qui constitue une singularité de cette institution. Dans la présentation de ses origines sociales, Willi Eichler, accorde des développements importants à l’état de santé de sa famille. « Mes parents étaient en bonne santé même si une vie pleine de privations les a fait vieillir de manière prématurée », écrit-il ainsi, après avoir mentionné les maladies ayant frappé les membres colatéraux de sa famille pour poursuivre par l’énumération des maladies qui ont frappé ses frères et sœurs. Cette interrogation sur l’état de santé montre que, dans l’optique de la sélection d’un personnel politique d’élite, de l’élite du mouvement ouvrier, l’individu a également à se définir dans ses caractéristiques biologiques80 : il doit montrer sa santé et sa durabilité biologique, ce que d’autres pratiques comme l’obligation de la pratique sportive ou l’organisation de compétitions sportives à participation obligatoire lors des réunions nationales de la ligue, viennent également étayer. Cela explique un travail de dé-biologisation de certaines maladies (Eichler insiste sur le fait, si l’une de ses sœurs est faible d’esprit, cela est lié à une erreur médicale lors d’une opération, il qualifie la crise cardiaque qui a terrassé son grand-père d’insignifiante etc.)

Enfin, il indique adhérer aux exigences de l’ISK en matière de célibat mais s’interroge sur la possibilité d’éduquer au célibat. Il naturalise ainsi une qualité institutionnelle qui est une de ses qualités individuelles sans considérer possible de la faire accepter par des militants dépourvus de cette forme d’abnégation.

Ces autobiographies d’institution sont des traces d’un contrôle croisé : les catégories de l’institution sont connues et les militants les utilisent pour construire un récit qui réponde aux attentes qu’ils perçoivent. Eichler écrit sa vie de manière à être militant modèle. Gertrud E. cherche à qualifier un modèle féminin de militantisme, pour lequel, précisément, l’engagement n’est pas facile ni évident puisqu’il faut franchir des barrières culturelles.

L’ISK apparaît comme porteuse d’un modèle de militantisme total fondé sur un ensemble de prescriptions dense et englobant toutes les dimensions de la vie : réinventer la personnalité du militant, le mettre en entier au service de la ligue et constituer, pour aujourd’hui ou pour l’avenir une organisation capable de former des gens de parti (Parteimenschen), une élite révolutionnaire. Ces prescriptions sont appuyées sur un appareil de contrôle multiforme : la ligue se construit en entreprise pédagogique pour laquelle chacune de ces prescriptions minuscules constituent l’indice d’une capacité à servir la cause. Comment soumettre l’histoire à la raison, si on ne lui est pas, soi-même, soumis ?

En dépit du caractère extrêmement tatillon des prescriptions et des contrôles, l’obéissance ne vaut que si les individus sont capables de s’approprier la ligue et ses injonctions, de se prendre au jeu de la ligue (et de considérer que les biens qu’elle fournit valent les sacrifices qu’elle demande) et de jouer avec les règles, qui ne sont pas appliquées mais aussi inventées dans l’application, contournées, portées au rouge, dénoncées. Un ensemble de rapports d’appropriation s’établit entre les prescriptions et les militants, qui rendent la ligue vivable et même, comme instrument de construction de soi, désirable.



Notes de bas de page


1 Merci à Georges Ubbiali et à Lilian Lahieyte pour leurs relectures.
2 Lettre de Willi Eichler à Otto, 10 novembre 1924 (Bonn, AdsD, ISK/IJB, 2).
3 ION J., La fin des militants ?, Paris, L’Atelier, 1997
4 PUDAL B., Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris, FNSP, 1997 et « Désinvestir : de la fusion à l'auto-analyse, le cas de Gérard Belloin » in FILLEULE O. (dir), Le désengagement militant, Paris, Belin, 2005.
5 DRESSEN M., De l’amphi à l’établi. Les étudiants maoïstes à l’usine 1967-1989, Paris, Belin, 2000.
6 WEIßLER S. (dir.), Fokus Wandervogel. Der Wandervogel in seinen Biziehungen zu den Reformbewegungen vor dem Ersten Weltkrieg, Marburg, Jonas Verlag, 2001.
7 Leonard Nelson (1882-1927) est philosophe, professeur extraordinaire (a. P.), c’est-à-dire non titulaire d’une chaire, de philosophie à l’Université de Göttingen à partir de 1919. Après avoir été proche des milieux libéraux, il fonde la Ligue internationale de la Jeunesse et se rapproche du mouvement ouvrier allemand.
8 Max Hodann (1894-1946) est médecin, sexologue et cofondateur de l’IJB qu’il quitte en 1926.
9 Minna Specht (1879-1921) étudie à l’Université de Göttingen et de Munich la philosophie, l’histoire et enseigne jusqu’en 1914 à Hambourg avant de reprendre des études de mathématique à Göttingen où elle intègre le réseau de Leonard Nelson et devient cofondatrice de l’IJB en 1917. Après avoir enseigné les mathématiques dans un centre de formation, elle dirige à partir de 1922 l’école de formation de l’IJB à Melsungen.
10 LINK W., Die Geschichte des Internationalen Jugend-Bundes (IJB) und des Internationalen Sozialistischen Kampfbund (ISK). Ein Beitrag zur Geschichte der Arbeiterbewegung in der Weimarer Republik und im Dritten Reich, Meisenheim, Anton Hain, 1964, pp. 46 et suivantes.
11 L’entrisme continue à être pratiqué dans d’autres organisations, associatives ou syndicales : « J’ai ainsi obtenu de représenter l’association de jeunesse de Göttingen dans la nouvelle fédération des groupes de jeunesse de l’A.D.G.B. [un syndicat] de la province de Hanovre. De cette manière, nous avons acquis une nouvelle fonction d’influence », F. Schmalz, Rapport mensuel de janvier 1927 (Bonn, AdsD, ISK/IJB, 14).
12 SÖSEMANN B., Fritz Eberhard. Rückblicke auf Biographie und Werk, Francfort, Franz Steiner, 2001.
13 Notamment en raison des injonctions du Labour britannique : cf. RÖDER W., Die deutschen sozialistischen Exilgruppen in Großbritannien,. Ein Beitrag zur Geschichte des Widerstandes gegen den Nationalsozialismus, Verlag für Zeitgeschehen, Hanovre, 1969.
14 Willi Eichler (1896-1971), après avoir suivi une formation commerciale professionnelle, appartient au début des années 1920 à la ligue et devient dès 1922 le secrétaire particulier de Nelson. A la mort de ce dernier, il joue un rôle central dans l’organisation dont il est l’un des dirigeants. Il s’exile en France puis à Londres après 1933. Après 1945, il devient député puis permanent du SPD en charge des questions d’éducation et de culture.
15 LINDNER H., "Um etwas zu erreichen, muss man sich etwas vornehmen, von dem man glaubt, dass es unmöglich sei." Der Internationale Sozialistische Kampfbund (ISK) und seine Publikationen, Bonn, FES, 2006, p. 77.
16 Sauf pour le célibat : LINDNER H., op. cit., pp. 31-35.
17 Le terme d’élite est choisi pour traduire les concepts indigènes de Führer, Führersprinzip etc.
18 Programmentwurf der von Nelson gegründeten IJB (projet de programme de l’ISK), « Partei der Vernunft », 19 novembre 1918.
19 Ibidem, p. 9.
20 Ce terme, utilisé par Nelson pour décrire son renouvellement de la méthode socratique, est aussi utilisé dans la correspondance de l’institution scolaire de Walkemühle pour obtenir de l’Etat les autorisations d’exercer : cf. Lettre de Wunder au Ministre de la culture, des sciences et de l’éducation du gouvernement de Prusse, 29 avril 1924, cité par GIESSELMANN R., Geschichten der Walkemühle bei Melsungen Nordhessen, Wirkungsfeld von Minna Specht, Leonard Nelson, IJB und ISK : www.seeit.de/walkemuehle/walkemuele-01.html, pp. 14-15.
21 NELSON L., « Die Sokratische Methode », Communication à la Société pédagogique [pädagogische Gesellschaft] de Göttingen, décembre 1922, Göttingen, Verlag "öffentliches Leben", 1931.
22 Lettre de Nelson aux participants du premier séminaire de l’IJB à Göttingen, 22 mars 1918 (AdsD, IJB/ISK, 1).
23 HARDER E., op. cit., p. 37.
24 DOUGLAS A., « No friend of democracy : the socialist vanguard group », Contemporary British History, Volume 16, 4, 2002, 51-86
25 Après 1945, la consécration philosophique de Nelson semble passer par la mise sous silence de cette partie de son œuvre. Ainsi, en dépit de l’entreprise de publication des œuvres complètes de Nelson,  Demokratie und Führerschaft (Démocratie et élite), critique de la démocratie libérale, reste non publié jusque 2006. Dans son édition de 1926 (qui est la base du texte publié en 2006), Demokratie und Führerschaft renvoie dos à dos démocratie et fascisme, critique notamment la première pour son incapacité à sélectionner les « meilleurs » (i.e. : les « sages ») pour fonder une politique de la raison.
26 L’interdiction de la double appartenance entraine pour les jeunesses sociales-démocrates (Jusos) la perte de 137 membres, soient 5,3% de leur effectif total : WERNER L., op. cit., p. 96.
27 BOURDIEU P., L’ontologie politique de Martin Heidegger, Paris, Minuit, 1988.
28 Id., 36
29 HARDER E., Vom internationalen Jugendbund zum Internationalen Sozialistischen Kampfbund. Ein sozialistischer Orden in der Weimarer Republik und im Widerstand (1917/18 – 1945), Magisterarbeit im Fach Politische Wissenschaft (Betreuer : Prof. Dr. Michael Schneider), Bonn, 2004
30 Max Hodann, « Personalbericht », 24 novembre 1924 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 67).
31 Oswald Spengler défend, dans Le déclin de l’Occident [Der Untergang des Abendlandes] dont le premier volume paraît à Vienne en 1918 et le second à Munich en 1922, l’idée que le progrès n’est pas le destin continu de l’Occident, mais que comme toute civilisation (conçue comme un organisme biologique), il connaîtra une phase de déclin, dans laquelle il serait déjà, de fait, entré.
32 PRETZEL A., « "Gesundung kraft Wanderung". Zur Resonanz gesundheitsorienterter Lebensreformsbestrebungen in der deutschen Wandervogel- und Jugendbewegung », in WEIßLER S. (dir.), Fokus Wandervogel. Der Wandervogel in seinen Biziehungen zu den Reformbewegungen vor dem Ersten Weltkrieg, Marburg, Jonas Verlag, 2001, 72-88, p. 72.
33 Ibidem, p. 74
34 L’organisation d’activités sportives régulières fait partie du travail des groupes locaux de la ligue : cf. par ex. rapport mensuel de l’association locale de Göttingen, janvier 1927 (Bonn, AdsD, ISK/IJB, 14).
35 Les randonnées, inscrites dans une interprétation culturelle (vitaliste, primitiviste) des mouvements de jeunesse, sont emblématiques de ce mouvement de lutte contre le déclin civilisationnel dans l’opposition qu’elles pointent à l’urbanisation : cf. STERN F., Politique et désespoir. Les ressentiments contre la modernité dans l’Allemagne préhitlérienne, Paris, Armand Colin, 1990.
36 Nous avons réalisé, dans un autre cadre, un entretien avec un membre du SPD après-guerre qui se souvient que le végétarisme, l’abstinence tabagique ou alcoolique restaient pratiquées par certains anciens membres de l’ISK dans les années 1950 et 1960 : entretien avec CA (né en 1926, enseignant) du 13 juillet 2012.
37 Dans les années 1930, l’école de Walkemühle, sous la direction de la pédagogue Minna Specht, est transférée d’abord au Danemark puis au Pays de Galles. Elle compte alors une trentaine de jeunes enfants et a abandonné depuis 1931 la formation des jeunes adultes. Sur l’école socialiste internationale de Walkemühle, voir : SKIERA, E., Reformpädagogik in Geschichte und Gegenwart : eine kritische Einführung, Oldenburg, Oldenburg Wissenschaftsverlag, 2003, 180-184 ; GIESSELMANN R., Geschichten der Walkemühle bei Melsungen Nordhessen, Wirkungsfeld von Minna Specht, Leonard Nelson, IJB und ISK : www.seeit.de/walkemuehle/walkemuele-01.html.
38 Mais aussi des courriers ou textes théorisant l’effet des activités de la ligue sur ses membres.
39 Cette action commence par une déconstruction des personnalités, les rendre, en langage indigène, « mürbe », c’est-à-dire friable, à la fois par des critiques, mais aussi, dans certains cas, par des exclusions temporaires, qui laissent les individus désemparés car les mettant hors d’une institution qui jusque-là couvraient l’ensemble de leurs besoins. Cf. correspondance entre Liselotte Wolfer et Willi Eichler, mai 1923 (Bonn, AdsD, IJB/IJK, 2). En outre, le registre de l’intériorité est récurrent dans les lettres et les rapports produits par la ligue. Cette volonté de rendre les individus « friables » est l’objectif que se donne la méthode socratique théorisée par Nelson. Il n’est donc pas étonnant de retrouver ce terme dans les traces écrites de leur activité : NELSON L., « Die Sokratische Methode », op. cit.
40 « Je n’ai néanmoins nulle envie que vous laissez jouer avec moi », lettre de Lepke à Eichler, 29 juin 1922 (Bonn, AdsD, ISK/IJB, 2).
41 Les rapports mensuels des dirigeants de groupes locaux mettent en scène les rappels à l’ordre effectués pour ceux qui ne viennent pas ou viennent en retard aux réunions (amendes, suspension, exclusion) et l’obligation d’excuser les absences à ces réunions.
42 Bonn, AdsD, ISK/IJB, 1.
43 Les visites d’abattoirs sont des classiques du mouvement.
44 Ces injonctions sanitaires sont en phase avec le mouvement réformateur de la jeunesse (la volonté de faire de la jeunesse le fer de lance d’une régénération du corps du Peuple allemand [le gesunde Volkskörper] contre la « dégénération » menaçant la civilisation européenne), voir : PRETZEL A., art. cit.
45 Les membres de la ligue devaient aliéner de 50 à 80% de leur revenu à l’organisation : voir HARDER E., op. cit.. Dans une lettre du 16 septembre 1923, L. Nelson déplore le comportement d’un ancien membre qui hérite, n’en dit rien et n’aide pas la ligue.
46 Les injonctions sont complétées par des cours : cf. rapport mensuel, association locale de Göttingen, juin 1927, (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 14).
47 Ou parmi les obligations faites pour assister à tel cours, le lavage intégral quotidien (lettre de Dehms à Eichler, le 29 avril 1923).
48 Le retard ou l’absence aux réunions sont ainsi pénalisées financièrement : cf. rapport mensuel, association locale de Göttingen, avril 1927 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 14).
49 De manière générale, dans les courriers ou les rapports, les informations données sur la ligue à des membres extérieurs (sur les rumeurs) et l’usage de la documentation interne de la ligue font l’objet de normes et de rappels à l’ordre fréquents. Sur ce point : SIMMEL G., Secret et société secrète, Paris, Circé, 1998.
50 « Je suis naturellement encore attachée à mon enfant. La séparation ne m’est pas facile, en particulier parce que des visites plus fréquentes doivent être proscrites dans l’intérêt du moulin [désignation indigène pour l’école de Walkemühle]. Je ne crois cependant pas que je regretterai jamais ma décision d’y avoir amenée Renate. Mon souhait le plus grand est qu’elle reste au moulin. », Annelise G. (anonymé), « Lebensplan », 1er janvier 1925 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 67).
51 Lettre de Willi Eichler à Otto, 10 novembre 1922 (Bonn, AdsD, ISK/IJB, 2).
52 Les termes de « Schulung » ou de « Disziplin » sont des termes courants dans les échanges au sein de la ligue et dans les rapports qui sont rédigés.
53 Et des lettres montrent que dans ces vacances (du lieu : la montagne par exemple) à la position relative des sacs de couchage peut faire l’objet d’une interprétation politique et en tout cas d’un rapport circonstancié.
54 Rapport de Maria Hodann sur Ludwig Z., 15 décembre 1924 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 67).
55 Rapport de Maria Hodann sur Charlotte W., 15 décembre 1924 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 67).
56 Rapport de Maria Hodann sur Willi S., 15 décembre 1924 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 67).
57 McADAM D., Freedom summer, Oxford, Oxford University Press, 1988.
58 Ainsi F. Osterroth, dans son autobiographie, signale les membres de l’ISK lorsqu’il les rencontre dans une réunion nationale alors que la ligue n’est pas implantée dans les régions (occidentales de l’Allemagne) où il a vécu : Bonn, AdsD, Franz Osterroth, 1.
59 Max Hodann, « Personalbericht », 24 novembre 1924 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 67).
60 Les lettres reçues d’acteurs désirant s’engager dans la ligue porte d’ailleurs hautes les couleurs de l’éthique et de l’émotion morale : « profondément ému par votre appel », « les idéaux », « le sacrifice » (Opferbereitschaft) etc.  font partie du registre tout à la fois moral et émotionnel qui appelle à la ligue (Bonn, AdsD, ISK/IJB, 1).
61 Hellmut von Rauschenplat cité in : LINK W., op. cit., p. 88.
62 La section de Hanovre du SPD est l’un des bastions de l’aile « radicale » du parti.
63 NELSON L., Demokratie und Führerschaft, Verlag Müller, 2006.
64 Lettre de F. Schmidt à W. Eichler, 8 décembre 1920 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 1).
65 HARDER E., op. cit., 39.
66 Monatsbericht Willi Eichler, 1922 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 14).  
67 Source inconnue, lettre à Willi Eichler, 1922 : « Comme nous parlions des conditions de travail avec Stefan, celui-ci nous a confirmé qu’il a eu une conversation avec toi (en particulier sur le végétarisme) mais il a ajouté : "Mais ce n’est pas si terrible" – en voulant indiquer que l’on ne devait pas prendre cela de manière très rigoureuse. » (Bonn, AdsD, ISK/IJB, 2).
68 Lettre de Hans L. à Willi Eichler, 8 juillet1921 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 2).
69 Lettre de W. Eichler à Otto, 29 décembre 1922 (Bonn, AdsD, ISK/IJB, 2).
70 Lettre de Gertrud E. à W. Eichler, 17 juillet 1922.
71 Lettre de Hodann à Willi Eichler, 29 octobre1921.
72 Gertrud E., réponse au Monatsbericht de Hans L., 24-03-1921. « Comme personne, cher Willi, je suis encore incomplet » : lettre de Georg S. à W. Eichler, 8 avril 1923.
73 Lettre de Gertrud E. à Eichler, 13 mai 1923. Lettre de Luise W. à Eichler, 28 avril 1927.
74 Maria Hodann, Plan de vie, loc. cit., p. 2.
75 Monatbericht de Gertrud E. sur Willi Eichler, 31 janvier 1922 – Dans une lettre de 1923, Gertrud E. indique qu’Eichler lui a demandé si ses impressions sur lui ont changé.
76 Lettre de Willi Eichler à Julie P., sans date, 1924.
77 Lettre de W. Eichler à A., 17 octobre 1924.
78 Willi Eicher sur le célibat (lettre à Otto déjà citée).
79 Bonn, AdsD, IJB/ISK, 67 : autobiographie de janvier 1925.
80 Le plan de vie de Maria Hodann commence par ces mots : « Je suis née sixième enfant d’une fratrie de 10 le 13 juillet 1897. A l’exception d’un frère tombé à la guerre, tous mes frères et sœurs sont encore en vie et en bonne santé », Maria Hodann, Lebensplan, 1er  janvier 1925 (Bonn, AdsD, IJB/ISK, 67).

Pour citer cet article


Fertikh Karim. Une organisation pédagogique de la révolution. La ligue de la jeunesse et Ligue pour la lutte socialiste internationale dans l’Allemagne des années 19201.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 4 - Automne 2012, 3 octobre 2012. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1942




 
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