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Numéro 3 - Printemps 2012 > Outils : le maoïsme français

compte rendu

Du passé faisons table rase ? , Paris, François Maspéro, petite collection Maspéro, 1976, 192 pages

Par Jean-Guillaume Lanuque


Jean CHESNEAUX

A l'heure de la disparition de son auteur, et trente ans après sa publication, est-il encore utile de revenir sur ce pamphlet, véritable pavé dans la mare de l'historiographie ? Incontestablement, oui. Oui, car la négation quasi-totale dont cet ouvrage est victime dans le domaine de l'histoire ne peut qu'interroger. Oui, car les problèmes que Jean Chesneaux soulevait ont toujours une large part d'actualité, en particulier dans le cadre d'une entreprise comme celle de Dissidences . A condition bien sûr de voir au-delà de débats datés sur les rapports du marxisme à l'histoire, ou d'éloges à l'égard de la Chine de Mao et du Cambodge de Pol Pot…

Désireux de réinsuffler au sein de l'histoire tout ce qu'elle porte en elle de politique, il bousculait alors un certain nombre d'idées reçues et de repères confortables, de manière fort salutaire, tout en tordant certainement le bâton de la discipline dans l'autre sens, à savoir une certaine tendance à ne faire servir l'histoire qu'à la lutte révolutionnaire… Son questionnement sur la dichotomie entre neutralité de l'historien dans le cadre de ses recherches, et ses opinions assumées en dehors, rejoint la réflexion d'un Howard Zinn, et débouche sur la position qui a notre préférence, celle d'un engagement serein, couplé à une approche délibérément scientifique de l'histoire, une sympathie radicalement critique. De même, ses critiques sur une histoire trop européocentrique, sur la division canonique en quatre périodes, rejoignent en partie les préoccupations actuelles de la « world history ». Quant à ses charges contre la professionnalisation de l'histoire, elles sont toujours d'actualité, malheureusement, et peuvent, doivent même inciter à poursuivre la réflexion.

Par contre, avec le recul, sa volonté de mettre en lumière les histoires des opprimés, aussi louable soit-elle, abritait dans son enthousiasme débridé une certaine confusion entre histoire et mémoire, donnant corps aux dérives que l'on connaît actuellement autour de l'histoire des traites et de l'esclavage, entre autre exemple. De même, sa méfiance à l'égard d'une histoire qui se saisit de tous les domaines d'étude, voire vis-à-vis des essais d'histoire universelle jugés apologues du capitalisme (Bonnaud, à contrario), par souci d'utilité pour la pratique révolutionnaire du présent, est pour le moins discutable : seule la vocation universaliste et totalisante de l'histoire, en permettant d'approcher une connaissance aussi large que possible du passé, est susceptible de nourrir et de féconder les luttes.


Pour citer cet article


CHESNEAUX Jean. Du passé faisons table rase ? , Paris, François Maspéro, petite collection Maspéro, 1976, 192 pages : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 3 - Printemps 2012, 2 avril 2012. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1886




 
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