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Numéro 3 - Printemps 2012 > Revue des revues

Article

REVUE des REVUES : Premier semestre 2012

Coordination : Christian Beuvain



Date de publication : 5 mars 2012


Table des matières

Texte intégral

Passage en revues : Christian Beuvain, Fanny Gallot, Franck Gaudichaud, Thierry Hohl, Jean-Guillaume Lanuque, Jean-Paul Salles, Frédéric Thomas, Georges Ubbiali..

Avant-propos : Comme beaucoup des rubriques de notre ancien site www.dissidences.net, la Revue des revues migre dans notre revue électronique. Nos fidèles lecteurs sauront y retrouver les recensions habituelles, qui s'intègrent, de près ou de loin, à nos champs de recherche. Pour une meilleure lisibilité, les revues exclusivement électroniques, que nous avions présenté dans une catégorie spécifique lors de la dernière Revue, réintègrent les catégories thématiques. La parution de la Revue des revues reste inchangée, c'est-à-dire deux fois l'an, même si celle-ci a quelque peu tardé, du fait des changements intervenus lors du passage entre notre site et la présente revue en ligne. Le collectif de Dissidences  souhaite à toutes et tous une excellente lecture.

Les C@hiers de psychologie politique, n°19, août 2011.

Du n° 19, retenons un article de Jorge Cagiao Y Conde sur « Proudhon : Anarchisme ou fédéralisme ? », dans lequel l'auteur s'interroge sur la pertinence de cette distinction ancienne à propos de la pensée proudhonienne. Il souhaite, par cet article extrèmement fouillé, qui prolonge et complète les réflexions de P. Ansart sur ce sujet, redonner toute sa cohérence aux analyses de Proudhon, en n'ayant garde d'oublier de prendre en considération le poids de « l'interprétation « canonique » » anarchiste de son oeuvre.

[Les C@hiers de psychologie politique, 1 rue Soufflot, 95220 Herblay, ou Université de Caen, Laboratoire CERREV, Esplanade de la Paix, 14207 Caen Cedex, sur

La revue du CERMTRI a choisi dans cette livraison de se pencher sur les procès menés dans les pays d’Europe de l’est aux débuts de la guerre froide, éléments d’une reprise en main par Staline des directions bureaucratiques nationales afin de conjurer le risque de sécession à la yougoslave et d’en écarter les éléments les plus actifs durant l’époque de collaboration avec les « démocraties bourgeoises » (plus particulièrement ceux qui ont été au contact de la révolution espagnole), en réutilisant les méthodes des procès de Moscou, et prélude également à une nouvelle vague de répression de grande ampleur en URSS même. Trois parties sont proposées : la première consacrée au procès de Laszlo Rajk en Hongrie, la seconde à celui de Traïtcho Kostov en Bulgarie et la dernière au sort de Rudolf Slansky en Tchécoslovaquie. Pour chaque procès, sont reproduits des extraits de livres sur le sujet (Volontaires pour l’échafaud, Les staliniens, L’aveu), des articles de l’époque tirés de la presse communiste (France Nouvelle, La nouvelle critique) ou d’extrême gauche (trotskyste avec la revue Quatrième Internationale, anarcho-syndicaliste avec La révolution prolétarienne), ainsi que de larges extraits des minutes de ces procès, en guise de documents de première main. Il aurait également été utile de publier des articles de la presse d’information plus généraliste, et de compiler une bibliographie précise et commentée sur le sujet.

Ce nouveau volet consacré aux premières années d’existence du PCF-SFIC, après les Cahiers n°137 sur « Naissance du Parti communiste en France, 1920-1922 », se pense, selon sa présentation, en opposition aux recherches récemment publiées de Romain Ducolombier qui défendraient la continuité entre le bolchevisme et le stalinisme. Autrement dit, dans une optique traditionnellement trotskyste, il s’agit d’illustrer l’enrayement d’un véritable redressement révolutionnaire du Parti français, en 1923, après la démission de la direction Frossard, par la direction Zinoviev de la Comintern associée à Albert Treint. Outre une utile chronologie préalable, les documents choisis sont répartis en trois ensembles chronologiques : « L’ère nouvelle » ouverte en 1923 (avec en particulier le discours de Trotsky sur le PCF lors du IVe congrès de la Comintern), « Le « cours nouveau » en France » au début de 1924 et « La « bolchevisation » du parti français » le reste de l’année 24. La quasi-totalité des textes sont extraits du Bulletin communiste, sous les plumes d’Amédée Dunois, Boris Souvarine, Albert Treint, Alfred Rosmer et Pierre Monatte, avec comme seules exceptions des extraits des « Thèses sur la tactique du PCF et sur les problèmes posés devant l’Internationale communiste » adoptées par le Comité directeur du Parti en mars 1924, élément essentiel de la reprise en main par Moscou, une lettre de Zinoviev de mai 1924 adressée « Au conseil national du PCF » et la « Lettre aux membres du Parti communiste » écrite par Alfred Rosmer, Pierre Monatte et Victor Delagarde en novembre 1924 couplée avec la « Réponse du BP du PCF à la lettre de Monatte, Rosmer et Delagarde ». Un ensemble intéressant, donc, mais qui ne clôt pas la réflexion sur ce sujet, d’autant qu’il manque, comme pour les Cahiers précédent, une orientation bibliographique.

[Cahiers du C.E.R.M.T.R.I., 28 rue des petites écuries, 75010 Paris. 5 € le numéro, 20 € pour 4 numéros, 25 € avec droit de consultation des archives et de la bibliothèque]

Après deux numéros entièrement consacrés à la Grande Révolution, c’est la révolution russe qui est à l’honneur, plus précisément celle d’octobre 1917. Et curieusement, la couverture de cette livraison reprend celle des deux précédentes, simple erreur ou volonté d’illustrer le lien direct reliant la Révolution française et l’octobre russe ? Le sommaire décline également le même type d’éléments, proposant une chronologie détaillée allant de 1914 à 1924, quelques documents d’époque (certains des premiers décrets bolcheviques, les discours de Tchernov et Boukharine à l’Assemblée constituante, et même un discours inédit de Lénine au Comité exécutif de la Comintern en juin 1921 contre le « gauchisme ») et surtout une série de treize portraits de dirigeants ou militants politiques, dont une majorité sont signés de Jean-Jacques Marie. A travers cette galerie de personnages, c’est à une défense des bolcheviques que nous sommes confrontés, plus particulièrement Lénine, Rakovsky et Trotsky (pour lequel l’accent est d’ailleurs mis sur les quinze dernières années de sa vie, celles de sa lutte oppositionnelle et celle qui légitime le mieux l’existence du trotskysme et de la IVe Internationale). Si David Riazanov a droit à un portrait nuancé, ceux de Boukharine ou de Zinoviev et Kamenev sont par contre plus critiques, mettant l’accent pour le premier sur ses oscillations politiques, généralement assumées à l’extrême. On trouve également les biographies de quelques mencheviques (Fiodor Dan – dont un article très intéressant sur son interprétation de la révolution russe et ses conséquences datant de 1930 est reproduit –, Iouli Martov), socialistes-révolutionnaires (Victor Tchernov, Maria Spiridonova) et même de Nestor Makhno, en qui Jean-Jacques Marie voit surtout un représentant de ces révoltes paysannes ancestrales dans l’empire russe. On pourra toutefois regretter l’absence de certaines figures bolcheviques, ainsi de Jacob Sverdlov ou d’Anatoli Lounatcharsky.

Les manques que nous pointions dans la recension précédente sont ici en partie comblés. C’est en effet une galerie supplémentaire d’acteurs des révolutions russes que cette nouvelle livraison nous propose, en mettant souvent à profit les notices de l’encyclopédie Granat ainsi que l’ouvrage de Jean-Jacques Marie et Georges Haupt, Les bolcheviks par eux-mêmes, paru voilà un peu plus de quarante ans (1969, François Maspero). La confrontation entre les autobiographies officielles et la réalité historique est d’ailleurs un des éléments les plus intéressants de cette succession de biographies. Au-delà de onze figures bolcheviques supplémentaires – Sverdlov, au portrait peu amène, plus organisateur et suiveur que théoricien, Felix Dzerjinski, l’homme de valeur que fut Moïse Ouritski, Larissa Reisner, des oppositionnels comme Alexandre Chliapnikov ou Gueorgui Piatakov, Alexandra Kollontaï dont la contribution au féminisme est ici totalement négligée... – on trouve des personnages tombés dans l’oubli, à l’image du leader menchevique Raphael Abramovitch, dernier porteur du flambeau de son parti jusqu’au début des années 1960, ou le socialiste-révolutionnaire de gauche Proch Prochian, salué par Lénine à sa mort, alors qu’il était passé dans l’opposition révolutionnaire au pouvoir bolchevique. Cet ensemble de biographies est complété par un article de Marcel Picquier sur l’itinéraire politique de Walter Benjamin, fait d’hésitations et de convictions, ainsi que par quelques notes de lecture et épinglages de « faussaires » (dont une critique du dernier livre de Robert Mencherini, Une histoire politique et sociale de Marseille et des Bouches-du-Rhône de 1930 à 1950, qui s’arrête tellement sur la critique de la résistance officielle via les auteurs de la préface et de la postface, Stéphane Hessel et Raymond Aubrac, qu’elle en oublie de nous renseigner sur le contenu plus précis de l’ouvrage). Un dernier mot pour terminer sur une critique du Dictionnaire Maitron dans sa forme actuelle, menée par un énigmatique J.-G. L. (sic) : non seulement ce court texte se focalise sur une double notice fautive de ne pas relever du mouvement ouvrier (celle des frères Cohn-Bendit, qui ont malgré tout appartenu un temps à l’extrême gauche libertaire), mais il tombe en outre dans la simplification purement polémique en affirmant que « La plupart de ces historiens [auteurs actuels du Maitron] sont des militants, anciens ou actuels, ou des sympathisants de la Ligue ou du NPA (…) » (p.106). La critique, légitime, du qualificatif de « mouvement social » complétant celui de « mouvement ouvrier » dans l’intitulé du Dictionnaire Maitron méritait nettement mieux.

[Cahiers du mouvement ouvrier, 28 rue des petites écuries, 75010 Paris. 8 ou 10 € le numéro, 30 € l’abonnement annuel pour quatre numéros (35 € pour l’Europe, 40 € pour les autres continents)]

Ce numéro de 400 pages, le plus volumineux depuis le début de la revue, consacre près de 140 pages à une table des articles et des comptes rendus d’ouvrages publiés depuis le numéro 1 (1982). Outre des comptes rendus d’ouvrages, ainsi la critique du livre de Romain Ducoulombier, Camarades. La naissance du PCF (Perrin, 2010), par Sylvain Boulouque non convaincu de la lecture nouvelle de l’événement par l’auteur, dans la rubrique Etudes, Marc Giovaninetti décrit Annie Besse (née Becker puis Besse, puis Kriegel) comme « jeune apparatchik du PCF ». Elle fut notamment permanente d’octobre 1951 à décembre 1953, militante très active de 1948 à 1955, exclue en novembre 1957. Membre du comité de rédaction de La Nouvelle Critique, elle suit en bonne stalinienne le conseil de Laurent Casanova : « Un article, c’est une opération militaire. Il faut déterminer le point faible de l’ennemi et frapper ». Mais elle s’illustra surtout dans la vague de répression contre les « titistes », faisant partie du commando – avec Emmanuel Le Roy Ladurie – qui tente d’empêcher une réunion des trotskystes en plein Quartier latin, le 9 juin 1950, Salle des Sociétés savantes. Quand Lise London, aveuglée dans un premier temps, renie son mari Arthur condamné en Tchécoslovaquie, Annie Besse salue dans La Nouvelle Critique « la femme ouvrière qui dit hautement sa fidélité fondamentale à sa classe, à sa patrie, à son idéal » (n° 45, avril-mai 1953, p. 45). Elle prit part aussi aux attaques contre le biologiste Marcel Prenant, exclu pour n’avoir pas cautionné les théories de Lyssenko. Edgar Morin également dut subir ses foudres, pour un article paru dans L’Observateur : elle lui reproche d’avoir écrit dans le journal de Claude Bourdet, « agent de l’Intelligence Service » ! Avouons que nous avons trouvé moins de piquant aux autres articles consacrés au « Système communiste mondial : un concept kriegelien à l’épreuve de la révolution documentaire » !

[Communisme, 27 € ce n°, abonnement pour 4 n° l'an, Editions L'Age d'Homme, 5, rue Férou, 75000 Paris]

Dans ce riche numéro de cette très ancienne revue littéraire (créée en 1923 sous l'égide de Romain Rolland), des contributions sur Campanella, sur « Marx et l'utopie » (Franck Fischbach), le 1984 d'Orwell et un très long et passionnant entretien avec Jean-Baptiste Para sur « Russie, utopies, révolution » (p. 150-190). Para évoque avec une érudition certaine toutes les ruptures avant-gardistes porteuses d'utopies intervenues dans la vie sociale russe dès 1917, que ce soit dans le domaine poétique (Khlebnikov), philosophique (Bogdanov), de la littérature d'anticipation (Zamiatine, Ian Larri), de l'architecture (Tatline et son grandiose projet de Monument à la IIIe Internationale, resté hélas à l'état de maquette) ou de la musique. Un panorama expérimental contre la routine, la stagnation, l'obscurantisme, qui finit par se heurter à la dure réalité de la « construction du socialisme dans un seul pays ».

Un roboratif dossier (deux cents pages) sur les différentes facettes du rapport de Marx à la culture. Des philosophes, des écrivains, des artistes, des poètes, des historiens et même un anthropologue pour traiter cette thématique. C’est une loi du genre, quand on aligne autant de contributeurs, l'intérêt est souvent inégal, mais ici l’équilibre global s’y retrouve. Une vraie découverte est également à noter : celle du poète Georg Weerth (1817-1856), contemporain de Marx, qu’il fréquenta dans le cadre de la Nouvelle gazette rhénane. Quelques-uns de ses poèmes, inédits en français ont été regroupés en fin de dossier. On se prend à espérer qu’une anthologie soir rapidement disponible en français tant la force de ses vers impressionne. Parmi les contributions qui méritent le détour, on retiendra celles de Andrew Feenberrg, sur la critique de la rationalité sociale, celle, plus classique, d’Emmanuel Terray sur Marx et l’anthropologie, celle d’Isabelle Garo, sans doute la plus remarquable de cet ensemble,  « L’art comme activité » ou, dans un style plus littéraire, la contribution de Pierre Bergounioux, « Et maintenant ? ». Pour finir, on voudrait conclure par l’article de Frederic Jameson « Filmer Marx », totalement incompréhensible car volontairement codé (surcodé même), mais fort stimulant. Si l’on ne peut citer l’ensemble des contributeurs (et pas des moindres, Lucien Sève, Michaël Löwy, Michel Vovelle, Enzo Traverso), ce bel ensemble mérite lecture.

[Europe, abonnements, 1 an, 8 n°, 75 €, 4, rue Marie-Rose, 75014 Paris, http://www.europe-revue.net ]

Notons la parution dans cette vénérable revue de deux articles susceptibles d’intéresser nos lecteurs :

-Zakharova Larissa, « Le socialisme sans poste, télégraphe et machine est un mot vide de sens » (Lénine). Les Bolcheviks en quête d’outils de communication (1917-23) ».

-Grégory Dufaud, « Un retour aux anciennes maisons de fous ? Réformer les institutions psychiatriques en Russie soviétique (1918-28) ».

[Revue historique, abonnement, un an, 4 numéros, 76 €, PUF, Département des revues, 6, avenue Reille, 75014 Paris]

De ce numéro, retenons la contribution (en anglais) de Jeremy Tranmer, « D'étranges compagnons : chrétiens et communistes britanniques dans la lutte pour la paix », qui examine les raisons pour lesquelles les chrétiens et les communistes réussissent à surmonter leurs différences, en particulier dans les années « chaudes » de la Guerre froide, dans la lutte contre l'arme atomique.

[Revue Lisa/Lisa e-journal, Littératures, histoires des idées, images, sociétés du monde anglophone, sur http://lisa.revues.org ]

Par-delà la domination soviétique, les formes adoptées par les différents régimes de l’Est ne peuvent se comprendre sans prendre en compte les héritages historiques de longue durée. C’est à une nouvelle interrogation de la notion « bloc de l’Est » que se livrent les auteurs des divers articles, selon trois axes : comment le bloc de l’Est s’est-il construit, quelle fut sa réalité entre « global et national », enfin quelles furent les formes de circulation entre Est et Ouest. Pour ne prendre qu’un exemple, Jérôme Bazin montre que les artistes de la RDA ont certes été influencés par l’art soviétique, mais aussi par ce qu’il appelle les « réalismes périphériques » : peinture italienne et française de l’après-guerre mais aussi muralisme mexicain.

Dans ce numéro, Cécile Vaissié, dans l’article consacré à « La prose de la perestroïka et l’exploration des répressions staliniennes », note qu’à partir de 1986, ce sont des romans et des nouvelles qui ont, les premiers, abordé le thème des répressions. Les historiens ont été beaucoup plus frileux pour aider la société soviétique à comprendre le passé. C. Vaissié est par ailleurs l’auteure d’une thèse, publiée chez Belin en 2008, Les ingénieurs des âmes en chef : littérature et politique en URSS (1944-86).

[Vingtième Siècle. Revue d'Histoire, abonnement, 4 numéros, 51 €, Presses de Sciences Politiques, 117, Boulevard Saint-Germain, 75006  Paris ou  www.abonnementssciencespo.fr ]

Clio,  n°32, 2010, « Relectures ».

Pour marquer le 15e anniversaire de la revue, ce numéro a l’ambition de mesurer les acquis afin « d’éviter l’oubli de ce qui a déjà été fait ». Ainsi, il n’est pas question d’écrire une autre histoire, mais de porter un autre regard sur le passé. Est signalé notamment la publication, à l’initiative de l’Association Mnémosyne de La place des femmes dans l’histoire. Une histoire mixte, chez Belin (2010). Une association à l’initiative aussi, avec Anne-Marie Sohn, d’un dossier d’Historiens & Géographes, revue de l’Association des professeurs d’histoire et géographie (N°392, 393, 394, 2005 et 2006), autour de l’idée : « Comment prendre en compte la dimension sexuée de l’histoire dans l’enseignement secondaire ? ». Comme pour les 10 ans de la revue, le Comité de rédaction a sollicité Michelle Perrot qui poursuit son essai d’ego-histoire. A noter la traduction d’un article théorique très stimulant de l’historienne allemande Gisela Bock.  

Excellent numéro sur « le genre en situation coloniale » qui ouvre la revue à des espaces non occidentaux : les Indes néerlandaises (Frances Gouda), le Congo belge (Amandine Lauro), les Indes anglaises ou encore le Soudan français et la Syrie. A noter le point bibliographique très complet fait par Christelle Taraud sur « Les femmes, le genre et les sexualités dans le Maghreb colonial (1830-1962) ».

[Clio, abonnement annuel, 41 €, Université de Toulouse-Le Mirail, 5, Allées Antonio Machado, 31058 Toulouse Cedex 9, http://clio.revues.org]

L’objet de ce numéro de Nouvelles Questions Féministes est de déplacer « l’attention des aspects psychologiques du processus, sur lesquels focalisent les discours médiatiques » et de « réfléchir sur la « production d’enfants » et non sur la « maternité » et « contribuer à casser la logique qui, associant enfant-maternité-sphère privée, dédouane les hommes et l’ensemble de la collectivité de cette responsabilité. »1 Pour ce faire, Laure Moguérou, Nathalie Bajos, Michèle Ferrand et Henri Leridon reviennent sur les « maternités tardives » que le Haut Conseil de la Population et de la Famille a considéré en 2005 comme un « problème de santé publique ». Les auteur-e-s expliquent que la norme du « bon âge » pour devenir parent varie selon les contextes. Aujourd’hui, les maternités dites tardives concernent les femmes de plus de 35 ans et ces dernières sont de plus en plus nombreuses car la conciliation de la vie familiale et professionnelle étant encore une préoccupation très largement féminine, elles décalent souvent le moment des naissances pour assurer le début de leurs carrières. Enfin, les auteur-e-s montrent que si des anomalies chromosomiques ou des troubles neurologiques augmentent aussi avec l’âge du père, ce n’est jamais mis en avant alors que les paternités tardives sont plus nombreuses que les maternités tardives. Plus loin dans le numéro, Fenneke Reysoo et Pien Bos expliquent, dans un article intitulé « N’est pas mère qui veut. Le paradoxe de l’adoption internationale », que si les demandes d’adoption internationale doublent en France, la situation des femmes abandonnant leurs enfants en Inde, dans la région du Tamil Nadu, est compliquée. L’article se situe du point de vue des ces femmes non mariées et montre comment il ne s’agit pas « d’aider des enfants dans le besoin » mais de « produire des enfants adoptables »2. Il est a mettre en relation avec la division internationale et sexuelle du travail et comment les rapports sociaux de classe, de race et de sexe sont intriquées aujourd’hui, dans le travail du Care, par exemple.

[ Nouvelles Questions Féministes, 3 numéros par an, 25 € le n°, Editions Antipodes, Lausanne (Suisse), CID Diffusion, 18 rue Robert Schuman, 94227 Charenton-le-Pont Cedex]

Dans ce numéro, un article de Jan Goggans, « Everything But the Kitchen Sink : Popular Novels by Women in the Great Depression » cherche à comprendre comment, dans un pays troublé jusque dans ses profondeurs par une crise sans précédent, les auteures de littérature populaire à destination d'un lectorat féminin se retrouvent correspondre à leur époque en construisant des stratégies variées de transgression.

[Reconstruction : Studies in contemporary culture, http://reconstruction.eserver.org ]    

Dans ce numéro, le dossier cherche à « revisiter les situations d’exploitation des femmes par le travail, dans les pays du Sud. »3 Entre autres articles, Jules Falquet montre comment « la mondialisation a amélioré, parfois considérablement, l’emploi et le sort matériel d’un segment de femmes privilégiées, des villes globales par exemple, tout en poussant beaucoup d’autres sur un marché du travail informalisé et symboliquement féminisé, ou leur travail est indispensable et génère une importante plus-value, mais ne leur procure que de très faibles rémunérations, dans des conditions de travail particulièrement détériorées, provoquant une dualisation croissante de l’emploi féminin. »4 Dans son article, l’auteure revient sur les répercussions du « désastre environnemental » sur les femmes ; elle s’intéresse aussi aux « cinq grandes formes de développement » que sont le remplacement de la culture vivrière par la culture d’exportation, l’exploitation des matières premières du sous sol, l’ « ouverture de zones économiques spéciales », l’« exportation de main d’œuvre » et le tourisme, chaque fois en montrant comment les femmes se trouvent touchées. Enfin, avant de chercher à donner des perspectives pour les féministes aujourd’hui, elle montre comment les femmes se situent au cœur « du continuum de la violence néolibérale et de la guerre « anti/terroriste » ».

[Travail, genre et sociétés, Edition La Découverte, 25 € le n°, abonnement, 50 € pour 2 numéros par an, Elsevier Masson SAS, Service abonnements, 62, rue Camille Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux Cedex

 http://tgs.cnrs.fr ]

  • Cahiers Jean Jaurès

N° 197, juillet-septembre 2010, « L’impôt, la sociologie, La guerre franco-allemande »,  104 pages ; n° 199, janvier-mars 2011, « Grèves et réformisme social chez Jean Jaurès »,  112 pages.

Un numéro varia pour ce n° 197, dont rend bien compte le titre, avec un discours de J. Jaurès sur l’impôt, commenté. Marc Joly insiste de son côté sur la dimension sociologique de la pensée de Jaurès. Le premier numéro de l’année 2011, fruit du colloque tenu en mai 2010 sur la thématique des grèves chez Jaurès, possède plus de cohésion. Plusieurs solides contributions autour de cette thématique sont à noter. A côté des monographies (les grèves des chaussoniers fougerais de l’hivers 1906-1907 ou de celle de Mazamet en 1909), on trouve des textes plus programmatiques, à l’instar de celui sur la prise de position de Jaurès en faveur de la loi de1910 sur les retraites ouvrières et paysannes ou encore l’évolution des républicains face aux grèves de 1880 à 1914.

Cahiers Jean Jaurès,  n° 200, avril-juin 2011, « Pourquoi Jaurès ? », 194 pages, n° 201-202,  juillet-décembre 2011, « Lectures », 240 pages, n° 203, janvier-mars 2012, « Georges Haupt. L’Internationale pour méthode »,  136 pages.

Le premier numéro de cette recension porte un titre inattendu. Derrière le « Pourquoi Jaurès ? » se cache en fait une série d’études sur l’intérêt d’étudier la figure de Jaurès. Gilles Candar (président de la Société d'études jaurésiennes) développe cette approche à partie de la biographie de Jaurès. Jean Numa Ducange s’intéresse, quand à lui, à l’édition de Jaurès et de quelques-uns de ses contemporains, en ce début de XXIe siècle. On laissera au lecteur le soin de découvrir la variété des réponses apportées par les contributeurs à cette interrogation organisant le dossier. Le double numéro (201-202) rend compte avec précision des travaux liés de près ou de loin avec l’actualité Jaurès. Ce ne sont pas moins de 84 livres individuels ou collectifs (dont un seul en anglais) qui sont recensés dans cet austère volume. A croire que l’objet « Jaurès » devient le panopticum à partir duquel peuvent être abordés tous les objets se rapportant plus ou moins à l’objet « gauche ». En attendant, le lecteur découvrira un riche ensemble de comptes rendus. Enfin, l’historien Georges Haupt fait l’objet d’un véritable travail de réhabilitation tout au long des contributions du numéro. Auteur de plusieurs contributions portant sur la IIe Internationale, il est aujourd’hui relativement  délaissé. D’où la nécessité de revenir à cette figure pionnière des travaux et recherches sur le socialisme.

[Cahiers Jean Jaurès, Société d’études jauresiennes, 4 rue Toussaint Féron, 75013 Paris, www.jaures.info,12 ou 15 € le n°]

Histoire@politique, n° 13, janvier-avril 2011, « Les socialistes français face au réformisme ».

Dans son numéro 13, la revue électronique aborde un sujet quelque peu délaissé par l’historiographie depuis les années 1970, les rapports entre socialistes français et le réformisme. Coordonné par de jeunes historiens, Mathieu Fulla et Emmanuel Jousse, le dossier a pour objectif de donner un contenu historique à une notion, définie comme polysémique et sujette à maintes polémiques dans son apposition à révolutionnaire.  L’angle choisi est de mettre en évidence des pratiques réformistes au fil du siècle plutôt que s’appesantir sur la recherche d‘une définition idéologique du réformisme, pour reprendre les mots des coordinateurs, le « réformisme des socialistes », plutôt que le « réformisme socialiste ».  L’ensemble suit globalement un plan chronologique, de 1870 (article de Romain Ducolombier sur le prolétariat, objet de réformes et sujet de l’histoire) jusqu’au parti d’Epinay (Gérard Grunberg, « Le Parti d'Epinay : d’une rupture fantasmée à un réformisme mal assumé »). Trois articles traient des thèmes transversaux : Frédéric Cépède sur les affiches socialistes, Claire Marynower sur la réforme de l’Algérie dans les années 1930 et Ismail Ferhat sur les liens entre Parti socialiste et FEN des années 1970 au début des années 1990. L’ensemble fait sens tant il n’oublie aucun thème, les municipalités avec l’article très bien informé d’Aude Chamouard, Jaurès avec la contribution éclairée de Gilles Candar voire l’économie avec la politique du Front républicain décortiquée par François Lafon. Si l’on doit faire un choix dans cet ensemble, il apparaît que les contributions les plus stimulantes sont celles de Romain Ducolombier et d’Emmanuel Jousse qui souhaitent élucider les conditions « d’invention du réformisme » au tournant du 19ème et du 20ème siècle. Quelques remarques pour terminer. On ne peut que déplorer l’absence du Front populaire dans ce dossier alors qu’il est un bon terrain d‘observation des imbrications entre pratique et idéologie telle que le suppose le réformisme. Si Marc Lazar insiste sur les perspectives ouvertes à l’enquête historique, il est une dimension négligée, l’examen global des réformes proposées dans l’ensemble du champ intellectuel et politique ce qui mettrait en perspective le réformisme des socialistes au sein d’un champ réformiste plus vaste.

Dans ce dossier deux articles sont susceptibles d’intéresser plus particulièrement les lecteurs de Dissidences. Le premier est un texte de Karim Fertikh, annonciateur de la thèse à venir, sur « La fin de Marx à Bad Godesberg » (p. 61-80). Il s’agit de revenir sur le congrès du SPD de 1959, sis à Bad Godesberg, congrès où la référence doctrinale à Marx fut abandonnée. Grâce à une lecture des travaux de la commission préparatoire, K. Fertikh montre le rôle des intellectuels sociaux-démocrates dans cet abandon, vécu non pas sur le mode de la rupture doctrinale (ce qui deviendra la lecture ex-post), mais sur la distanciation avec le modèle est-allemand du SED. L’intérêt de l’article est clair : il est de mettre fin à toute lecture téléologique d’une référence doctrinale et d’insister sur la dimension contingente de l’usage de références théoriques. Tout aussi stimulant apparaît la contribution de Karel Yon, « Que faire de la théorie au Parti socialistes ? La carrière écourtée du marxisme de Convergences socialistes », p. 81-106. Rappelons que Convergences socialistes fut le nom de la revue et du collectif qui a permis à un groupe issu du trotskysme (version OCI) de rompre avec cette tradition d’extrême gauche et d'entrer au PS, ou son dirigeant, Jean Christophe Cambadélis deviendra un homme de « l'appareil ». Fortement charpenté par un corpus doctrinal issu du marxisme révolutionnaire, la « lutte des places » à laquelle s’adonnent les leaders de Convergences les amène à rompre, en trois temps, avec le marxisme. Le passage de Convergences au Manifeste contre le Front national signe d’ailleurs cet abandon. Mais, et Karel Yon le souligne à peine, cette rupture ne se limite pas strictement aux références intellectuelles, puisque certains parmi ces ex-« lambertistes » s’adonnent rapidement à des pratiques boursières plus qu'hasardeuses. Ce n’est pas un simple éloignement politique avec un corps de référénce théorique qui se manifeste ainsi, mais une rupture morale avec un engagement politique, qui amènera d’ailleurs un certain nombre d’entre eux sur les bancs des tribunaux. La morale (plutôt que le sens de classe) prônée prend alors un goût pour le moins singulier.

En sus, un article sur l’usage de la référence à Condorcet dans l’éducation populaire et un autre sur l’extrême-droite russe.

[Sociétés contemporaines, 16 € le n°, abonnement, 4 n° l'an, 49 €, www.abonnementsciencespo.fr ]

En activité depuis 1955, la Société d’études ardennaises, qui se consacre par le biais de deux publications – la Revue historique ardennaise et les plus consistants Cahiers d’études ardennaises – à la (re)découverte et à la diffusion du patrimoine historique du département des Ardennes, met le curé Meslier à l’honneur. La publication, qui atteint les 280 pages, est aussi riche que précieuse. On y trouve en effet, après un traditionnel résumé biographique signé Marc Génin, quelques articles de fond, utiles synthèses (Serge Deruette, auteur du récent Lire Jean Meslier, sur « L’œuvre de Jean Meslier dans l’histoire des idées ») ou contributions inédites centrées sur la « Destinée du Mémoire de Jean Meslier » (Marc Génin, qui évoque photo à l’appui l’obélisque de 1918 érigé par les bolcheviques à Moscou (dans le jardin d'Alexandre) pour honorer « penseurs et militants célèbres de l’émancipation des travailleurs ») et sur le cadre local (les contributions de Yvon Ancelin sur le contexte historique, marqué par les guerres, le contexte religieux et, plus fouillé, le contexte humain, c’est-à-dire la vie des villages que Meslier fréquenta durant l’essentiel de sa vie). Là où cette publication est également inédite, c’est dans son iconographie : sont en effet reproduits quelques documents d’archives – en  particulier les rapports des visites des archevêques supérieurs de Meslier – mais surtout proposés de superbes photographies des lieux de vie de Meslier, ainsi que des cartes ou schémas (dont un sur la structure du Mémoire). Enfin, le fameux Mémoire (dit aussi Testament) de Meslier est condensé ici en quatre-vingt pages, faisant de cette revue une nouvelle introduction idéale à l’appréhension de ce personnage majeur des Lumières et de la pensée humaine en général.

[Les Cahiers d’études ardennaises, Société d’études ardennaises, 20 rue Roger Gaignot, 08000 Villers-Semeuse, 34 € le numéro]

Karel Yon et David Hamelin, ce dernier membre du Comité de rédaction de notre revue Dissidences, ont pris une part très importante à la réalisation de ce numéro. David Hamelin, outre la recension des archives concernant la formation syndicale (p.151-161), écrit un article sur « Les Bourses de travail : entre éducation politique et formation professionnelle, 1895-1914 ». Karel Yon rédige la présentation du numéro avec N. Ethuin et s’associe à Paula Cristofalo pour l’article « De la fabrique des libres-penseurs à l’administration des dévouements : Force Ouvrière et la mise en cursus de la formation syndicale, 1948-71 » (p.71-87). Dans cet article au titre sibyllin, les deux auteurs étudient le développement de l’encadrement administratif des activités éducatives, des militants succédant aux intellectuels comme cadres de cette formation. Rappelons que K. Yon a soutenu sa thèse de Doctorat en 2008 sur « Retour sur les rapports entre syndicalisme et politique : le cas de la CGT-FO. Eléments pour la sociologie d’un « monde de pensée ». Morgan Poggioli, lui aussi auteur d’une thèse sur le mouvement syndical, étudie « les cours radiophoniques de la CGT sous le Front populaire » : pendant trois ans, à travers l’émission La Voix de la CGT, le syndicat a investi les ondes, s’efforçant de concilier mission éducative et tentation propagandiste. Il est difficile de rendre compte en quelques lignes de la richesse d’un numéro qui évoque aussi la formation à la CGT des années 1950 à 2000 (N. Ethuin, Y. Siblot), la formation à la FEN par Guy Brucy, la formation à la CFDT, domaine privilégié par les structures oppositionnelles du syndicat (Sophie Béroud) mais également moyen pour la direction de renforcer une « culture d’organisation » (Cécile Guillaume).

[Le Mouvement Social, abonnement annuel, 56 €,  Service Abonnements, Elsevier Masson SAS, 62, rue Camille Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux Cedex]

Parmi les articles de ce numéro sans thème directeur, deux ont particulièrement retenu notre attention. Le premier d’Edouard Sill sur « Les enfants volontaires de la Guerre d’Espagne » : plusieurs centaines d’adolescents (de moins de 21 ans) se sont engagés dans le camp républicain (250 ont été identifiés par l’auteur, beaucoup venus de France, et souvent sans le consentement des parents). Ces derniers, dans les lettres qu’ils envoient aux consuls, et que l’historien a retrouvé dans les Archives diplomatiques de Nantes, prétendent qu’ils ont été entraînés, enrôlés de force. Tel ne fut pas le cas bien sûr, la plupart étant mus par « le désir de vivre autre chose » ou par des motivations politiques, le jeune âge n’empêchant pas la lucidité. En témoigne cette lettre d’un jeune engagé à ses parents, début juin 1937 : « Ce n’est pas la grande révolution de juillet que je vais défendre (juillet 1936). Non, c’est la contre-révolution communiste et socialiste, contre-révolution fasciste rouge qui, peu à peu, nous dépouille, nous les anarchistes, de nos conquêtes ».

Dans son article intitulé « Chien hoi , un programme de pacification de la guerre du Vietnam (1963-73 », Ami-Jacques Rapin étudie un exemple de stratégie contre-insurrectionnelle financée par les Américains. Complément de l’action militaire, cette opération de guerre psychologique avait pour but de soustraire des effectifs à l’ennemi et aussi d’exploiter les renseignements fournis par ces ralliés. Ce fut un relatif succès, 200.000 combattants Viet cong ayant déserté pendant la décennie, mais cela n’empêcha pas la défaite finale des Américains et de leurs alliés.  

[Vingtième Siècle. Revue d'Histoire, abonnement, 4 numéros, 51 €, Presses de Sciences Politiques, 117, Boulevard Saint-Germain, 75006  Paris ou  www.abonnementssciencespo.fr ]

Dans les années trente, la « tour d'ivoire » des créateurs se fissure au fur et à mesure que la menace fasciste, intérieure mais aussi et surtout extérieure, se fait de plus en plus précise en Europe. Il s'agit d'abord d'être vigilant, puis de s'engager et enfin de prendre parti, de contre-attaquer. Ces différentes phases ne se suivent pas mais s'interpénètrent au gré des situations ou des aires géographiques. Néanmoins, les stratégies différent voire divergent entre militants communistes, anti-staliniens, surréalistes, antifascistes de base etc. Ce dixième volume d'Aden aborde donc ces sujets. Remarquons que notre collectif Dissidences a publié en 2009 un volume sur des problématiques voisines, « L'art comme résistance ». Comme à l'habitude, une série de contributions précède des « Textes et témoignages retrouvés », alors qu'une centaine de pages de comptes rendus d'ouvrages (en majorité) ou de films, expositions etc. ferment le ban. Jean-René Kerézéon en est toujours l'illustrateur attitré. Parmi les contributions de qualité, nous retiendrons celle de Léonor Delaunay, docteure en études théâtrales et spécialiste du théâtre ouvrier (« De l'« agit-prop » au théâtre populaire. Contribution à une anatomie de l'engagement théâtral dans les années 30 »), dans lequel elle aborde les changements de posture de l'engagement communiste dans le théâtre, apportant les nuances nécessaires, mais aussi les précisions pour comprendre comment et pourquoi un théâtre prolétarien et révolutionnaire s'éteint progressivement au profit d'une approche plus consensuelle. Celle de Frédéric Thomas, par ailleurs membre de notre collectif Dissidences, examine l'évolution du cinéaste Luis Buňuel, de l'avant-garde au communisme, à travers une étude de cas, son film documentaire Las Hurdes. Tierra sin pan (Terre sans pain) de 1933. Il note que le « double contexte politique et surréaliste [en] éclaire la réalisation [...] et en surdétermine les enjeux » (p. 173). En effet, le mouvement surréaliste subit en 1932 la rupture entre Aragon et Breton, et le Parti communiste abandonne sa tactique « classe contre classe » pour celle du Front populaire. Mais Buňuel refuse d'être consensuel, il désire que son film provoque plus qu'il n'apaise. Bien avant le moment situationniste, il veut « rendre la honte plus honteuse en la livrant à la publicité ». Si l'article de Mathieu Le Tallec sur les rapports entre les surréalistes et les anti-staliniens, surtout trotskistes, n'apporte rien de neuf, ceux de Aurore Heidelberger, Patrick Dubuis et Pierre-Frédéric Charpentier, le premier sur l'oeuvre chorégraphique pacifiste de l'Allemand Kurt Jooss, le second sur le peintre italien De Pisis et le troisième sur le sculpteur allemand Otto Freundlich, considéré comme « artiste dégénéré » par les nazis, mettent en lumière trois artistes engagés tombés dans l'oubli. Retenons aussi l'article de Robert Mencherini sur un peintre communiste marseillais, Antoine Serra, même si les lecteurs de l'ouvrage de J.-C. Lahaxe, Les communistes à Marseille à l'apogée de la guerre froide (PUP, 2006) connaissent déjà ce militant. L'antifascisme communiste mexicain (L. Velasco-Pufleau), le destin des sculptures soviétiques de l'Exposition universelle de 1937 (A. Dufils, F. Gentili, M. Vacher), le groupe lyonnais Témoignage (S. Dubbeld) complètent les études. La partie « Témoignages » présente, précédée d'un avant-propos extrémement documenté de Patrice Allain, spécialiste du surréalisme, les procès verbaux de deux séances de l'AEAR, en 1933, qui permettent de comprendre les rapports tumultueux (qui se termineront en rupture) entre communistes et surréalistes. Au final, un fort passionnant volume, comme à l'accoutumé.

[Aden. Paul Nizan et les années trente c/o Anne Mathieu, 11, rue des Trois Rois, 44000 Nantes, 25 € ce n°, abonnement pour 4 n°, 84 € (+ 6 € de port), les anciens n° sont toujours disponibles, sauf les 1, 2 et 5, épuisés, http://www.paul-nizan.fr ]

Ce numéro spécial, qui aborde de front les rapports entre l 'histoire et la fiction, risque de devenir une référence majeure sur ce sujet, tant par les noms des intervenants (P. Nora, M. Ozouf, A. Corbin, P. Boucheron, A. Compagnon, A. de Baecque entre autres) que par les problématiques développées par ces derniers. Nul n'en doute plus, ce sujet agite  historiens et historiens de la littérature. D'autres auteurs ou revues l'abordent, que ce soit Névine El Nossery (« Le roman historique contemporain ou la voix/voie marginale du passé », French Cultural Studies, n° 3, août 2009) ou la  Revue des Sciences humaines (voir la recension infra), ainsi que des ouvrages, comme celui co-dirigé par Isabelle Durand-Le Guern et Ioana Galleron, Roman et politique. Que peut la littérature ? (PUR, 2010). Comme le précisent dans leurs contributions P. Nora et le médiéviste P. Boucheron (dont l'article, vivifiant et érudit, mériterait une note de lecture critique à lui tout seul), on peut dater de la sortie du roman de Jonathan Littell, Les Bienveillantes (2006), « l'offensive majeure de la littérature [venue] camper en plein sanctuaire historien » (P. Nora, p. 11). La littérature est-elle devenue la force supplétive de l'histoire ? L'historien naurait-il plus qu'un rôle de « fichiste », oeuvrant dans l'ombre pour des romanciers spécialistes d'intrigues passionnantes ? A ces « fables », P. Boucheron rétorque d'abord que l'écriture de l'histoire ne se confond pas avec les faits réels, elle n'en donne qu'une représentation (p. 44) et que l'écriture savante « est indispensable à la production des savoirs » (p. 53). Toutefois, reconnaissant l'existence d'une « cascade d'affaiblissements » qui ne cesse d'affecter le rôle social de l'historien (p. 56), P. Boucheron évoque une tentation littéraire chez ces derniers, citant à l'appui de sa démonstration les figures de Fred Vargas (archéologue médiéviste et auteure reconnue de polars), d'Umberto Ecco, Arlette Farge ou Sophie Wahnich, toutes deux plaidant pour des livres d'histoire déroutants, fragiles, usant d'une « forme d'écriture qui raconte et qui expose » (A. Farge, La Nuit blanche, citée p. 51). P. Boucheron répond à ces doutes et à ces tentations en privilégiant et en défendant la « morale de l'exactitude et le débord de l'écriture », la seule voie pour continuer à « faire profession d'histoire » (p. 56).

A noter également dans ce n° l’édition de la première version (mai 1983) de l’Ego-histoire d’André Duby, conservée dans ses archives versées à l’Imec. Pour l’ouvrage dirigé par Pierre Nora (Gallimard, 1987), il avait préféré une autre version.

[Le Débat, abonnement, 68 €, Sodis Revues BP 149, 128, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny 77403 Lagny Cedex, www.le-debat.gallimard.fr]

Dans ce copieux numéro coordonné par Mélanie Lamarre et Emilie Brière, une contribution de M. Lamarre, justement, retient notre attention. Dans « Un « patriote déçu ». Sur trois romans d’Olivier Rolin », cette auteure se propose de clarifier une « lecture rolinienne du contemporain ». Soit Port-Soudan, Méroé et Tigre en papier, trois romans de l’ancien militant maoïste de la Gauche prolétarienne, Olivier Rolin. M. Lamarre, qui a beaucoup lu les travaux de Boris Gobille sur la « génération 68 » et sur O. Rolin lui-même, insiste sur le sentiment d’appartenance contrarié et la sensation d’inadéquation historique, voire d’archaïsme éprouvé par les héros. Mais comment se sentir à l’aise entre un passé que l’on a quitté et que l’on ne souhaite à aucun prix restaurer, et un présent que l’on ne comprend pas ? Comment renoncer sans se renier ? Quelles marges reste-t-il ? Cet article contribue à deux débats, l’un sur les différentes manières qu’à le roman pour écrire (ou pas) l’histoire, et le second sur les voies de reconstruction identitaire des ex-maoïstes français.

[Revue des Sciences humaines, abonnement, 4 n°, 74 €, Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, BP 60149, 69653 Villeneuve d’Ascq Cedex]

Créée en 1996, la revue Transalpina traite de la littérature italienne et de la littérature comparée française et italienne, mises en correspondance avec les problématiques des identités nationales et des représentations en littérature. Elle dépend d'un laboratoire au sein de l'Université de Caen Basse-Normandie. Dans ce second volume d'un ensemble qui traite des rapports entre fascisme et littérature, dans la partie comparative, on trouve un article de Michel Niqueux qui traite de « La critique littéraire réaliste-socialiste en URSS : Rupture et continuité » (p. 199-212). Héritière de la critique utilitariste des écrivains russes appelés « démocrates » au milieu du XIXe siècle, cette critique se définit comme une machine de guerre contre l'esthétisme bourgeois, le subjectivisme et le renfermement de l'auteur dans sa « tour d'ivoire ». Son objectif est la transformation du réel en utopie socialiste, grâce aux outils esthétiques.

[Transalpina. Etudes italiennes, Presses universitaires de Caen Université de Caen Basse-Normandie/MRSH Campus 1 – MRSH Esplanade de la Paix 14032 Caen Cedex. Commandes sur www.lcdpu.fr ]

Alternatives Sud, vol. 20, « État des résistances dans le Sud : Amérique latine »,  Syllepse/CETRI, Paris, 2012, 183 pages, 13 euros.

Avec ce nouveau volume sur l’Amérique latine, le Centre tricontinental (CETRI) poursuit sa réflexion critique sur les relations entre mouvements sociaux, modèle de développement et champ politique dans la région. Cette livraison, composée de plus de vingt courts articles, fait suite au numéro de 2005, ainsi qu’à deux autres numéros, l’un sur la Bolivie (2009), l’autre sur le Brésil (2010). Comme le note le sociologue Bernard Duterme, qui a coordonné ce volume, outre plusieurs lectures possibles des gauches latino-américaines, « un double clivage » prévaut au sein des mouvements sociaux progressistes : « celui – de fond – qui divise tenants et opposants du neo-desarrollismo, nationalisme populaire d’un côté, écosocialisme de l’autre. Et celui – plus stratégique – qui oppose les partisans d’un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social ». Ce numéro offre de nombreux éclairages nationaux, bien au-delà des seuls pays gouvernés par la gauche ou le nationalisme populaire. Soulignons à ce propos la présence de plusieurs textes sur l’Amérique centrale, dont un sur le Nicaragua : un pays dominé par un gouvernement « sandiniste » largement « rénové » et décrié par un mouvement populaire qui se réorganise peu à peu. Trois analyses transversales concluent la revue, avec en particulier un article de synthèse de José Seoane, Clara Algranati et Emilio Taddei sur « une décennie de luttes et de changements en Amérique latine » qui est tout à fait éclairant. Au final, un numéro qui balaye rapidement tout le continent, grâce à la plume de spécialistes, dans leur majorité latino-américains. On pourra regretter le caractère très succinct de plusieurs articles, mais ce numéro offre néanmoins une riche entrée en matière, avant d’aller approfondir telle ou telle thématique au travers d’ouvrages plus spécifiques et sur le site Web du CETRI, qui propose de nombreux compléments.

 [Alternatives Sud, 13 € le numéro,  vente-abonnement@cetri.be ]

Ce numéro consacré au Nordeste brésilien a été coordonné par la géographe Martine Droulers. Cette dernière, dans sa présentation, donne le ton en affirmant sans ambages : « Dans le contexte d'une économie émergente, le bilan de huit années du gouvernement de Lula, est largement positif ». L'auteure note cependant que le gouvernement a été critiqué dès ses débuts du fait des mesures néolibérales qui ont été prises et de la réforme des retraites réalisée durant le premier mandat du syndicaliste devenu président. Selon M. Droulers, « Lula mène de fait une politique sociale libérale » alliant sur le plan économique le souci des grands équilibres économiques, avec – sur le plan social – un élargissement des bourses pour les plus pauvres (qui bénéficient à pas moins de 45 millions de démunis). Les 7 articles qui composent ce dossier permettent effectivement une approche serrée du social libéralisme à la brésilienne, mis en aplication dans dans une des régions les plus pauvres de l'Amérique latine : le Nordeste. Les analyses sont effectivement issues de la géographie urbaine, politique ou environnementale. Avec par exemple une description des politiques de planification urbaine du Parti des travailleurs dans la ville de Recife, comme des apports et limites de la stratégie de planification participative municipale. Il faut noter que, malgré son immense popularité, Lula défend un modèle de croissance économique qui suscite de nombreuses résistances collectives, comme c'est le cas à propos du détournement polémique des eaux du fleuve Sao Francisco, thème abordé par Danielle de Mello Rocha. Alors que les mouvements sociaux cherchent un nouveau paradigme de développement, celui du Parti des travailleurs reste de manière indéfectible celui d'un productivisme extraverti à tout crin. Parmi les articles hors dossier, celui de David Gómez sur « Action collective et indianismes en Bolivie » est un bilan utile (en espagnol).

Soulignons le grand intérêt du dossier de ce numéro consacré aux mouvements sociaux et à leurs relations à l'espace des luttes en Amérique latine. La localisation des mouvements sociaux, tout comme la géographie du capital (D. Harvey), est depuis quelques années au centre de l'intérêt des sociologues et politistes qui s'intéressent aux actions collectives protestataires. Denis Merklen et Geoffrey Pleyers offrent de nombreuses pistes de recherches en insistant sur le rapport entre territoires locaux, mobilisations et espaces publics. Ils constatent, avec raison, que durant la dernière décennie nous avons pu assister à une relocalisation des mouvements sociaux et à une montée en puissance de l'espace local comme base territoriale de sociabilité mais aussi de lutte collective. Ils constatent cependant que « l'ancrage local d'acteurs et de mobilisation n'est en rien incompatible, ni avec le lien politique national, ni avec une projection de la citoyenneté au-delà des frontières de l'État-nation » : luttes contre les expropriations de terres, luttes pour l'environnement, luttes pour l'auto-organisation, luttes pour le logement, luttes contre la fermeture d'usines etc... Geoffrey Pleyers revient sur le cas mexicain avec notamment l'expérience du zapatisme qui, depuis 1994, a réussi à construire un pouvoir local extrêmement intéressant et largement médiatisé sur la scène mondiale. Il s'agit de construire des espaces alternatifs ou encore « des espaces d'expérience dans lesquels les participants tentent de traduire dans la pratique les valeurs de participation, d'égalité et d'autogestion ». Bien entendu, ces mobilisations à une échelle locale, malgré tout leur potentiel, posent également la question des limites de mobilisations qui peinent à obtenir des résultats sur le plan national et de la transformation de l'État, en l'absence de projet politique alternatif à un échelle plus large. Au Mexique, l'expérience zapatiste coexiste même avec le renforcement de la répression d'État, de la droite politique et du néolibéralisme, bien loin des théorisations d'un John Holloway sur « changer le monde sans prendre le pouvoir »... Notons également les contributions d'Emmanuelle Barozet sur les territoires des mouvements sociaux au Chili et de Maxime Quijoux sur les entreprises récupérées en Argentine.

[Cahiers des Amériques latines, Paris, IHEAL Editions, www.ladocumentationfrancaise.fr]

L’Argentine est un des pays d’Amérique latine où le trotskysme a connu sa plus grande ampleur. Ce Cahier se penche sur sa préhistoire, des premiers ferments d’opposition de gauche jusqu’à la chute du gouvernement issu d’un coup d’Etat militaire et l’accession au pouvoir de Peron, en faisant le choix fort opportun de publier plusieurs documents inédits en langue française. C’est ainsi le cas d’extraits du travail du moreniste Ernesto Gonzalez, El trotskismo obrero e internacionalista en la Argentina, en particulier sur les Guinney, père et fils, véritables pionniers du trotskysme argentin issus du mouvement communiste. Ces débuts difficiles, marqués par une recherche de l’unité, sont illustrés par quelques documents (extraits de presse, discussions internes autour du thème de la libération nationale), la majorité de ces derniers concernant surtout la période postérieure à 1936, marquée par la figure de Liborio Justo alias Quebracho, celle du syndicaliste devenu trotskyste Mateo Fossa (dont le témoignage est publié, tiré d’un numéro des Cahiers Léon Trotsky vieux de trente ans) et les deux organisations qu’étaient le Groupe ouvrier révolutionnaire et la Ligue ouvrière socialiste. Un texte de Nahuel Moreno, proposé en annexe (car datant de l’après-guerre), revient sur ces divergences des trotskystes argentins. Chronologie, carte et surtout notices biographiques sont de précieux instruments pour s’approprier une histoire souvent mal connue. Reste à espérer que les Cahiers du CERMTRI, qui avaient déjà proposé dans le n°119 des documents sur la révolution bolivienne du début des années 1950, poursuivent cette investigation sur un continent négligé.

[Cahiers du C.E.R.M.T.R.I., 28 rue des petites écuries, 75010 Paris. 5 € le numéro, 20 € pour 4 numéros, 25 € avec droit de consultation des archives et de la bibliothèque]

Comme son titre l'indique, ce dossier réunit six articles qui traitent des aspects majeurs du Brésil, suite aux deux mandats présidentiels de Lula. Selon le coordinateur du numéro, Dominique Vidal, « quelles que soient les divergences d'appréciation sur le bilan de Lula, force est de constater que, en l'espace de quelques années seulement, les grilles de lecture qui commandaient l'analyse du Brésil ont changé ». Ce nouveau regard porté sur le plus grand pays de l'Amérique latine est précisément l'objet du premier article. Il insiste sur le retour de l'action politique de l'État, le renforcement de la fonction présidentielle, tout en notant la persistance des inégalités sociales, question toujours non résolue par le Parti des travailleurs. Pourtant l'auteur, comme la plupart des « brasilianistes », considère ces deux gouvernements comme « une expérience de la démocratie largement réussie ». Un tel jugement, largement repris par ailleurs, est selon nous lapidaire et faussement consensuel, alors que les attentes de nombreux acteurs sociaux ayant permis l'élection de Lula ont été frustrées par une politique essentiellement sociale-libérale. L'article le plus percutant de ce dossier est sans aucun doute celui de l'économiste Pierre Salama, qui montre de manière détaillée les succès mais aussi les immenses limites du bilan économique du Parti des travailleurs (PT). On peut dire globalement, en suivant Salama, que le second gouvernement Lula aura été en partie développementiste tout en conservant de nombreux traits empruntés au libéralisme, dont une insertion internationale basée sur les exportations et la persistance d'un comportement rentier. Le texte de Marie-Hélène Sa Vilas Boas est également intéressant sur les identités partisanes du PT, ainsi que celui de Paul Cary sur la nouvelle société de consommation brésilienne.

[Problèmes d'Amérique latine, ce numéro 20 €, Paris, Choiseul, http://choiseul-editions.com]

Le Centre tricontinental (Belgique) a centré ses dernières analyses sur l'Afrique et c'est une relation sud-sud qui est décortiquée ici. La thématique visée est passionnante puisqu'elle nous conte un basculement du monde à l’œuvre sous nos yeux, avec la montée en puissance chinoise et le déclin inexorable de l'Empire étasunien. Selon l'un des auteurs, nous sommes ainsi face à une transition historique entre puissance émergente et déclinante : « celle qui voit la Chine s'installer en Afrique au détriment des anciennes dominations occidentales ». L'introduction de Laurent Delcourt offre une approche qui prend en compte la diversité des dimensions de cette relation sino-africaine. Le « consensus de Pékin » affirme sa différence face aux impérialismes historiques : multipliant l'aide au développement et les accords bilatéraux, les Chinois refusent toute ingérence directe dans les affaires africaines, tout en développant à tout va leurs intérêts économiques. Peu regardants sur les droits de l'homme, leur présence est guidée par la soif du pétrole et des ressources naturelles, mais aussi par une conquête vorace des terres arables. Finalement, comme le souligne ce numéro, bien plus que le choix entre, d'une part, le vieux colonialisme européen ou l'impérialisme états-unien et, d'autre part, une présence chinoise envahissante, l'avenir de l'Afrique est encore et toujours de lutter pour choisir sa propre voie de développement et conquérir une souveraineté postcoloniale réelle face au capitalisme néolibéral en crise.

Cet épais volume balaye grâce à de nombreux éclairages nationaux l'ensemble du continent africain. Il se conclut par quelques analyses transversales stimulantes. À noter, par exemple, le texte sur le mouvement altermondialiste qui souligne comment l'Afrique est devenue au cours des dernières années un des lieux importants de ce mouvement social transnational (malgré l'échec partiel du forum social mondial de Dakar). Les nombreuses fragilités des résistances collectives et de la société civile africaine ne sont cependant pas éludées. L'ampleur des répressions, des cooptations, de la corruption qui gangrènent plusieurs pays africains montre les difficultés pour construire des contre-pouvoirs efficaces dans le continent de Thomas Sankara. Quoi qu'il en soit, ce numéro montre aussi comment de nombreuses minorités actives luttent contre vents et marées, à commencer par les populations paysannes, afin de briser la spirale de la dépendance, de la spoliation des ressources et de l'appauvrissement.

Une fois n’est pas coutume, Les Cahiers du CERMTRI sont tout entier consacrés à la publication d’un long texte de Daniel Renard (1925-1988), membre du PCI-SFQI et de sa direction, puis du PCI majoritaire, qui allait devenir plus tard l’OCI. Il s’agit d’un document retrouvé dans ses archives, et dont ne figure ici qu’une partie, puisqu’il se poursuivait initialement jusqu’en 1956. On ignore par contre à quel moment précis il l’a rédigé, et avec quelle finalité sous-jacente. Il retrace ainsi, dans une vision trotskyste classique, la trahison des potentialités révolutionnaires de la libération de la France par les partis ouvriers, plus particulièrement le PCF, avec de copieux développements sur les luttes prolétaires, parmi lesquelles la grève Renault d’avril-mai 1947 dont Daniel Renard fut une des chevilles ouvrières. L’exposé se termine par la grève des mineurs de l’automne 1948. Quelques photographies, une chronologie et un vaste ensemble de notes ajoutées par l’équipe du CERMTRI facilitent la lecture de ce document brut.

Ce copieux numéro – environ 240 pages – inaugure une série de deux volumes spécifiquement consacrés à la Révolution de 1789-1799. La partie la plus consistante de cet ensemble consiste en une galerie de quatorze personnages. La plupart sont des figures majeures, ainsi de Robespierre, qui ouvre ces portraits biographiques relativement étoffés. L’incorruptible a d’ailleurs droit à un éloge appuyé, qui insiste sur ses rôles en tant que défenseur du peuple et de la démocratie, ses discours faisant même de lui un des premiers abolitionnistes de l’esclavage et de la peine de mort… Curieusement, le portrait de Robespierre porte sur la période précédant la déclaration de guerre d’avril 1792 et sur sa fin, avec un hiatus entre les deux moments. On voit bien là, en tout cas, que l’équipe des Cahiers du mouvement ouvrier se situe à l’opposé des analyses de Daniel Guérin, la pointe avancée de la Révolution étant à leurs yeux Robespierre et les Montagnards puis Babeuf, mais pas les Enragés, dont aucune figure n’a d’ailleurs droit à un article. A l’inverse, Marat (défendu face au livre de Jean-Denis Bredin), Couthon, Chalier (occasion de critiquer l’historien lyonnais Bruno Benoît et son « syncrétisme de classe » dans une approche qui relève sensiblement du discours du POI), Hébert, Chaumette, Saint-Just (ces trois derniers ayant des portraits plus nuancés, les méthodes employées par Saint-Just dans les procès de 1794 étant jugées comme anticipant celles des procès de Moscou) sont présents. A l’opposé, on trouve le couple Roland, spécialement Madame, et leur mépris du peuple. Plus méconnus, l’homme de l’ombre Robert Lindet, le conventionnel et montagnard Noël Pointe, à la pensée sociale encore balbutiante (il oppose le peuple aux riches), et Soubrany, un des derniers Montagnards morts au moment de la révolte des sans-culottes de mai 1795, apportent davantage de données inédites. Complétant cet ensemble, on trouve la reproduction d’une partie de l’article de James Guillaume démontant la fameuse réplique lancée à Lavoisier lors de sa condamnation à mort (« La République n’a pas besoin de savants »), quelques extraits des Nuits révolutionnaires de Restif de la Bretonne, des interviews fort intéressantes de plusieurs historiens de la Révolution dont la plupart sont membres de la Société des études robespierristes (Marc Bélissa, Serge Bianchi, Françoise Brunel, Jean-Numa Ducange et Florence Gauthier), sans oublier une bibliographie un peu succincte.

Suite du précédent volume, ce numéro propose trois portraits supplémentaires de figures révolutionnaires : Billaud-Varenne, Claude Javogues (représentant en mission dans la Loire) et le conventionnel René Levasseur, un des initiateurs du Tribunal révolutionnaire et des concepteurs de la fameuse constitution de 1793. Une autre série de contributions se penche sur l’impact de la Révolution française dans quelques pays d’Europe. Pour l’Allemagne, les extraits de l’œuvre de l’académicien Albert Sorel, du début du XXeme siècle, sont à la fois trop précis et trop courts. L’Angleterre est mieux représentée, avec des écrits de Mary Wollstonecraft, mère de Mary Shelley (auteur du roman Frankenstein) défendant la Révolution (en particulier à travers un récit de la prise de la Bastille), et un article synthétique signé François de Massot, signalant l’importance de la Révolution dans l’émergence des premières organisations ouvrières britanniques. Frank La Brasca pour l’Italie et Ryszard Rauba pour la Pologne apportent des éclairages intéressants, bien que trop brefs pour le dernier. Enfin, l’Espagne bénéficie d’un entretien avec l’historien Luis Roura i Aulinas. Lucien Perron, pour sa part, nous propose une approche originale en se penchant sur l’attitude d’un village bourguignon, Vitteaux en Côte d'Or, pendant la Révolution, mais son exposé concerne quasi exclusivement le début des événements révolutionnaires. Un autre ensemble de textes est dédié à ce qu’ont pu écrire les révolutionnaires russes du début du XXeme siècle au sujet de la Révolution française : on en retiendra en particulier l’article de Jean-Jacques Marie sur Lénine, qui démontre bien que le dirigeant bolchevique ne s’est jamais penché aussi en détails que Marx sur cette page d’histoire, ainsi qu’un extrait du fameux article de Rakovsky sur « Les dangers professionnels du pouvoir », occasion d’un parallèle entre la bureaucratisation du Parti communiste russe et celle du « parti » jacobin. Enfin, Odile Dauphin éclaire partiellement l’enseignement actuel de la Révolution, à travers l’exemple de la classe de seconde : si le constat de l’abandon d’une approche chronologique et événementielle de la Révolution est patent autant qu’inquiétant, on remarque que les contenus des manuels demeurent dans l’ensemble tout à fait convenables. Les notes de lecture concernent pour quelques-unes la Révolution française (ainsi du Socialisme et Révolution française de Jaurès et Kautsky ou de La réaction thermidorienne d’Albert Mathiez), mais en lieu et place de comptes rendus qui auraient davantage convenu au numéro suivant (le Staline de Domenico Losurdo), on aurait aimé avoir des critiques d’ouvrages indispensables sur la question, voire même, pourquoi pas, quelques conseils de lecture en romans historiques…

[Cahiers du mouvement ouvrier, 28 rue des petites écuries, 75010 Paris. 8 ou 10 € le numéro, 30 € l’abonnement annuel pour quatre numéros (35 € pour l’Europe, 40 € pour les autres continents)]

Les C@hiers de psychologie politique, n° 20, janvier 2012.

Le numéro paru en janvier 2012 propose un très riche dossier sur les « nouvelles idéologies », dont l'article de Irène Pereira sur « L'actualité d'une idéologie de la Belle époque : le syndicalisme révolutionnaire » et celui de Andrea D'Urso sur « Rossi-Landi et l'idéologie comme projet social : actualité d'un pense(u)r révolutionnaire » retiennent notre attention. I. Pereira, qui se situe dans la continuité des analyses de psychologie collective sorelienne, revient brièvement sur les origines de ce courant syndicaliste, avant d'en repérer la résurgence en France depuis une vingtaine d'années. Une des raisons de ce retour réside selon elle dans un imaginaire agissant comme un instrument d'action. Elle s'appuie sur deux enquêtes ethnographiques, l'une au sein de SUD Culture Solidaires et l'autre parmi les militants de la CNT bâtiment de la région parisienne. Ces deux syndicats mobilisent à la fois des références historiques comme la Charte d'Amiens et des pratiques d'action inspirées par les Bourses du travail (pour la CNT) ou par l'action directe mouvementiste (pour SUD). A. D'Urso nous donne une analyse de l'oeuvre du sémioticien Ferruccio Rossi-Landi, peu pratiqué en France, mais réputé dans son pays dans les cercles matérialistes pour son ouvrage Ideologia (1978). Rossi-Landi, dont les points de départ se nomment Hegel, Marx, Lénine et Gramsci, d'où son utilisation de concepts marxistes, procède à une classification des différentes conceptions de l'idéologie perçue comme fausse conscience.

[Les C@hiers de psychologie politique, 1 rue Soufflot, 95220 Herblay, ou Université de Caen, Laboratoire CERREV, Esplanade de la Paix, 14207 Caen Cedex, sur http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/]

Comme l'annonce le politiste Laurent Bonelli (co-directeur de cette revue) en introduction de ce numéro, le thème de la violence politique est bien « à la mode », de par le volume accessible des savoirs et des problématiques (un ouvrage, qui sera chroniqué prochainement dans notre revue électronique, vient renforcer cette impression : Se battre pour ses idées, Riveneuve éditions, 2011). Aprés un rapide tour d'horizon des tendances actuelles sur le sujet, largement dominées par le « terrorisme islamique », dont l'immense majorité des titres ne sont basés que sur des sources « de seconde main », L. Bonelli plaide pour appliquer à ce thème les outils ordinaires des sciences sociales. En effet, il en refuse la criminalisation ou une soi-disant « pulsion de mort » dont les partisans de la violence, armée principalement, seraient porteurs. Avant de « laisser la plume » aux différents contributeurs, la revue publie un texte inédit en français de Norbert Elias, à propos de la violence politique de la Fraction armée rouge en Allemagne dans les années 1970. Ce texte, présenté par B. Lacroix, mérite plus qu'une présentation rapide dans une recension de revues. Néanmoins, son analyse de la lutte extra-parlementaire puis armée (d'une fraction radicalisée des militants) comme une lutte des rejetons de la bourgeoisie pour « abattre un régime dominé par [les « têtes chenues »] d'anciens groupes de la bourgeoisie » (p. 31), ainsi que la comparaisons entre ces militants marxistes-léninistes et les jeunes nationalistes des années trente semble aussi hasardeuse que peu pertinente et oublieuse de nombreux facteurs, idéologico-politiques entre autres. Quand aux autres six contributions, elles se répartissent géographiquement entre la France, l'Italie, la Turque, Israël et le Chili. Cet éclectisme se retrouve dans les types de violence, puisque les corporatismes des intérêts vinicoles languedociens ou des petits commerçants (A. Roger et M. Milet, successivement) voisinent avec la violence politique néo-fasciste italienne (S. Dechezelles) et crypto-fasciste dans la Turquie de 1975 à 1980 (B. Gourisse). Dans ce dernier cas, on trouve d'édifiants exemples de collusions entre fonctionnaires des services de sécurité et tueurs fascistes, comme ce Abdullah Cath, impliqué dans le meurtre de 7 militants d'extrême gauche à Ankara. Une seule contribution ressort de notre champ historique, celle de Enérico Garcia Concha, « Tous les jours de la vie. Souvenirs d'un militant du MIR chilien » (p. 173-180). Il s'agit d'un court extrait traduit d'un ouvrage inédit en français, qui aborde des épisodes de la vie de militants importants du MIR, organisation d'extrême gauche chilienne, après le coup d'Etat du 11 septembre 1973 de la junte militaire contre le gouvernement de Salvador Allende. Au final, un ensemble plutôt hétéroclite, qui aborde une violence politique indifférenciée quand aux auteurs, aux motivations, aux objectifs. Il semble ici que l'usage de la violence politique, ses répertoires d'action et ses « ressources militantes » priment sur le fond. Ne risque-t-on pas une regrettable confusion, voire du confusionnisme ? Ce volume se clot sur un forum autour des « Roms comme prétexte ». Un retour sur actualité qui mobilise huit intervenants. On notera que la revue Vacarme, dans son n° 55 et la revue Lignes n° 35 abordent aussi ce sujet (voir les recensions infra).

[Cultures & Conflits, le n° 24 €, abonnement pour 4 n°, 54,90 €, L'Harmattan, 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique, 75007 Paris, www.conflits.org ]

Dans son article « Le monde selon Facebook » (n° 163), Jérôme Batout s’interroge avec pertinence sur Facebook, site à l’extraordinaire succès. Lancé à Harvard en 2004, il rassemble aujourd’hui 500 millions de personnes dans 200 pays ! Fondé sur la notion « d’ami », c’est « une utopie sociale » qui s’efforce de gommer une donnée majeure de la vie en société, le conflit. Quand il y a désaccord, on peut unilatéralement « supprimer » l’ami. Mais cette stratégie d’évitement du conflit est-elle judicieuse ? Pour que la démocratie vive, ne faut-il pas des citoyens qui assument la dimension du conflit ?  Dans la rubrique « Incertitudes américaines », plusieurs articles reviennent sur les Etats-Unis, s’interrogeant notamment sur ce que révèle le succès du Tea Party. Dans un fort dossier sur l’Afrique, sans doute exagérément optimiste, plusieurs auteurs mettent en avant un certain nombre de signes encourageants pour tourner, disent-ils, la page de « l’Afro-pessimisme ». Dans ce n° 164, notons tout d’abord un excellent article de Paolo Flores d’Arcais, directeur de la revue italienne MicroMega, sur « Fascisme et berlusconisme » : il dénonce notamment l’indigence de l’opposition de gauche et même sa complicité avec Berlusconi. Le sociologue Thierry Blin se livre à une intéressante réflexion sur le mouvement de solidarité avec les sans-papiers – dont il fait également l’historique – qui risque, écrit-il, d’entretenir des mobilisations hautement estimées dans les classes cultivées, tout en restant muet vis-à-vis de la précarité des classes populaires. Quant à Laurent Bouvet, directeur de l’Observatoire de la social-démocratie, il s’interroge sur la façon dont la gauche pourrait retrouver « le sens du peuple ».  Notons la tentative originale d’Elie Barnavi et de Didier Parizot pour décrypter la vision de l’histoire de France qui se dégage des films de Bertrand Tavernier, qualifié « d’immense cinéaste et d’excellent historien ».

[Le Débat, abonnement, 68 €, Sodis Revues BP 149, 128, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny 77403 Lagny Cedex, www.le-debat.gallimard.fr]

Dans les contributions de ce n° 8.1, un article de Simone Rinzler, « Orbite et échec programmé du manifeste-pétition Not in Our Name (NION) », étudie avec beaucoup de finesse la chanson-manifeste, NION The Pledge of Resistance, chantée aux Etats-Unis lors des rassemblements contre les débuts de la guerre en Irak. Elle en analyse les aspects macro et micro linguistiques. En conclusion, elle évoque une parole de réaction et non d'avant-garde et semble se demander, en filigrane, si l'indignation n'est pas ce qui rend ce monde plus supportable. Ce qui renvoie à des débats actuels sur le mouvement des Indignés. Dans le n° 8.3, nous avons lu avec intérêt la contribution de Valérie Magdelaine Andrianjafitrino, « Madagascar, 29 mars 1947, Tabata ou parole des temps troubles », avec une solide bibliographie, qui est une réflexion sur les « mémoires multidirectionnelles » de l'histoire postcoloniale. Pour ce faire, elle s'appuie sur les oeuvres de l'écrivain malgache Jean-Luc Raharimanana (dont le roman Nour, 1947 de 2001), qui fait resurgir de l'ombre ces révoltés de 1947, qui après avoir été massacrés par milliers par l'Etat français, ont largement sombré dans l'oubli, y compris au sein de la société malgache.

[E-rea. Revue électronique d'études sur le monde anglophone, sur http://erea.revues.org  ]

Grâce à ce dossier sur « Que faire de la mémoire des guerres du XXe siècle ? », on comprend mieux les difficultés de toute politique de mémoire et aussi « la nécessité d’un juste pluralisme dans notre rapport au passé » (Marc Crépon). Relisant le livre de Paul Ricoeur La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli (Seuil, 2010), qui s’inquiétait des possibles « abus de mémoire », Jean-Claude Monod note l’actualité de cette problématique. D'autres approches sur ce sujet dans le numéro suivant. Ainsi, François Hartog revient sur le livre de Ricoeur et s’interroge de nouveau sur la confrontation qu’il propose entre la fidélité à la mémoire et la recherche de la vérité en histoire. Ce numéro est l’occasion aussi de présenter le Fonds Ricoeur, constitué de la bibliothèque et des archives du philosophe, ouvertes en décembre 2010 dans les locaux de la faculté de Théologie protestante de Paris, 83 Boulevard Arago. Cependant, ce numéro est surtout constitué d’une série d’articles sur « Religions et politique », la laïcité étant au centre du débat politique.

Ces deux numéros abordent le sujet des « avancées et reculs démocratiques », en particulier dans les pays arabes. Et si « l’affaire tunisienne » montrait que l’idée démocratique pouvait être revendiquée dans un pays arabe sans être exportée de force ? Telle est l’idée approfondie grâce à un entretien avec Pierre Hassner. Les « chantiers de la démocratie française » sont également passés en revue dans l’attente de l’élection présidentielle de 2012. Entretiens et articles, dans le n° 5, reviennent sur la « vague des révoltes arabes »… « alors qu’on croyait ces sociétés immobiles » ! Les pays occidentaux n’ont pas vu venir « le malaise social », les jeunes diplômés sans travail ayant été à l’origine de l’explosion. « Vague arabe et tsunami japonais » : comment le Japon fait-il face à une catastrophe technologique (Fukushima) qu’il n’avait pas prévue ? Notons un article stimulant de Paul Thibaud sur « christianisme et nazisme ». Il utilise notamment un livre de Friedrich Heer (traduit en français chez Stock, en 1971, Autopsie d’Adolf Hitler) qui invite à s’intéresser à l’origine du nazisme, « un cyclone qui s’est formé entre Vienne et Munich, en pays de Contre-Réforme ».

 « La corruption, la peur et la révolte ». Dialogue éclairant entre trois historiens hongrois, dont François Fejtö, qui tentent de comprendre la Hongrie actuelle en proie à la montée de l’extrémisme de droite, un pays qui dans le passé n’a jamais su concilier affirmation de l’identité nationale et choix démocratique. La revue poursuit son tour de France des quartiers, avec ce mois-ci « les cités sociales » de l’agglomération de Grenoble, sous la plume de Jacques Donzelot : « l’écoquartier et l’imam ». Mais ce numéro est surtout consacré, de nouveau, aux révoltes arabes. « De toutes les manières possibles les populations s’en prennent à la peur qui les a éduquées », écrit Olivier Mongin dans son introduction au dossier, mais dans chaque pays selon des modalités et avec des buts différents. Ainsi la Tunisie se contentera-t-elle de renverser le dictateur ou fera-t-elle la révolution, se demande Antoine Garapon ?

La mise en accusation de Dominique Strauss Kahn donne l’occasion à Georges Vigarello de tenter de comprendre l’onde de choc créée en France par cette affaire, en replaçant celle-ci dans une perspective historique. Riche dossier sur « Etat et Internet : des voisinages instables », avec entre autres un article de Dominique Piotet intitulé « Comment les réseaux sociaux changent notre vie ». Dans le n° 8, un dossier « Claude Lévi-Strauss classique et contemporain », puisque l’essentiel de ce numéro est consacré à l’anthropologue, non pas un Lévi-Strauss inconnu, mais « autrement lu ». Dans le passé, on a sacralisé un Lévi-Strauss « formaliste », voire « mathématicien », « logicien ». Ce dossier valorise la place donnée au sensible, à l’esthétique, au cosmos, à l’écologie. Il amène à redécouvrir dans ses livres le voyageur, l’amoureux des villes aussi. « L’écart différentiel » s’impose comme le concept central de son œuvre, avec la conviction que la relation l’emporte sur la différence.

[Esprit, abonnement, 112  €,  212, rue Saint-Martin, 75003  Paris, www.esprit.presse.fr]

Dans un numéro articulé autour d’un dossier consacré à l'économie, l'article hors dossier de Thomas Adrien, « Universitaires engagés et nouveaux cadres syndicaux aux Etats-Unis : une alliance pour faire face au déclin des syndicats ? » (p. 127-142) est à noter. Il propose une revue de littérature sur la thématique de la revitalisation du syndicalisme aux Etats-Unis. L’Union revitalizing est un courant de la sociologie critique américaine qui porte sur l’étude des conditions de revitalisation du syndicalisme dans ce pays. Depuis de nombreuses années, des universitaires progressistes se sont mis au service de certaines organisations syndicales afin de permettre de dépasser, par un ensemble de connaissances et de techniques, la profonde crise dans laquelle le syndicalisme est plongé depuis plusieurs décennies. Tout en soulignant la porosité du monde académique et militant, l’auteur propose une analyse critique de ce courant, autour de trois grands thèmes. In fine, il pointe ce qui apparaît comme un angle mort de ce riche ensemble de travaux, à savoir les usages faits par les élites syndicales desdites recherches. Usages qui visent plus à conforter leur place d’interlocuteurs sociaux auprès des autres acteurs du système de relations industrielles que réellement à renforcer le militantisme par en bas.

[Genèses, éditions Belin, 8 rue Férou, 75278 Paris Cedex 06, 20 € le n°, abonnement pour 4 n°s par an, 77 €, abonnements@editions-belin.fr ]

Comme le double titre l’indique, il s’agit, à partir de l’exemple récent (été 2010) de la politique française face aux roms, d’interroger les contours de cette politique, la situation faite aux roms et, plus largement, la mise au rebut de l’humain. Et de le faire, comme y invite ambitieusement la présentation, en substituant la réflexion et l’action politique à la compassion. Ainsi, ce numéro est, dans sa première partie, d’une grande amplitude, tant historique – depuis les lépreux au Moyen-Âge jusqu’à l’Europe d’aujourd’hui, en passant par les Lumières, le « nouveau cycle de colonisation intensive » des années 1870-1880 (p. 192) – que philosophique – sont convoqués Deleuze, Foucault, les Cyniques, Bataille, etc. Cependant, à part quelques pages sur Becket, l’usage, le détournement du rebut en art et en poésie – on pense notamment à Dada – n’est malheureusement pas abordé ici. La seconde partie poursuit l’analyse commencée dans le numéro précédent. Tout en ancrant les événements de l’été 2010 dans une longue généalogie de racisme et de politique discriminatoire, elle tente d’en dégager la nouveauté ; nouveauté de l’action gouvernementale, qui résiderait dans le passage « d’une pratique discrète » à une revendication que « l’on affiche de façon spectaculaire » (p. 116). L’intérêt des différents articles est de développer un débat contradictoire autour de la « logique ethnicisante » ou les « discours culturalistes généralisant » (p. 163 et 176), le niveau d’hétérogénéité des roms à une identité et à un territoire national, le degré de pesanteur de la « circulation rhétorique », du « signifié flottant » (p. 117 et 188) du bouc émissaire pour le Pouvoir. Tentant de démonter les « représentations fantasmées » (p. 164) des roms, il semble pourtant que l’ensemble des auteurs n’aille pas jusqu’au bout, en poursuivant le même exercice par rapport aux représentations fantasmées de la République française. Les articles de Diogo Sardinha et de Guillaume Sibertin-Blanc sont particulièrement intéressants dans la mesure où ils réfléchissent plus en profondeur à la spécificité d’une minorisation, tout en cherchant à dessiner la dialectique à l’œuvre entre « racisme d’État, racisme de classe et racisme populaire » (p. 188). Sardinha le fait, à partir de Foucault, en liant la « canaille du peuple » et les Cyniques, autour d'une « canaille de la pensée » (p. 88), dénonçant « la vérité crue de la culture plus ou moins savante, plus ou moins vulgaire, comme étant remplie de préjugés – bien plus, assise sur eux » (p. 94). De son côté, Sibertin-Blanc étudie la catégorie d’« ennemi intérieur » comme matrice centrale de la minorisation (p. 189). L’auteur reprend l’analyse d’Arendt du racisme « comme opérateur de synthèse du nationalisme et de l’impérialisme », mais en affirmant qu’il s’agit d’un « racisme transformé », supposant « l’intégration relative des luttes des classes ouvrières dans le système de l’État capitaliste, (…) une relative « décolonisation » du prolétariat » (p. 192-193). Hypothèse pertinente, mais qui passe à côté du fait massif que cette « intégration relative » est très largement le fruit d’une terrible défaite ; l’écrasement de la Commune (1871) et le massacre par dizaines de milliers d’ouvriers en lutte.

[Lignes, 19 € le numéro, abonnement, Nouvelles Éditions Lignes, 90, quai Maupassant, 76400 Fécamp – http://editions-lignes.com]

Plus peut-être que les frontières, l’espace de voisinage est au centre de toutes les attentions en histoire des relations internationales. Catherine Lanneau étudie les rapports particuliers et ambigus entre la Belgique francophone et la France. L’Espagne franquiste est au centre des réflexions de Maud Joly et de Mathieu Trouvé : ils  étudient l’un et l’autre, dans deux articles différents, comment ce régime frappé d’une « illégitimité originelle » normalise ses rapports avec ses voisins dans le cadre de la guerre froide. Le cas de la Suisse pendant la guerre d’Algérie (Linda Amiri), les relations russo-turques, américano-mexicaines, Portugal-Brésil sont passées en revue. Luc Capdevila et Nicolas Richard donnent un article sur « le Chaco boréal », espace de voisinage intérieur entre Bolivie, Paraguay et Argentine.

De l’université Saint-Joseph de Beyrouth (Rafael Herzstein) au rôle des Orientalistes lors du mandat français en Syrie/Liban (Leyla Dakhli), sont évoqués un certain nombre d’outils ayant permis à la France d’enraciner son influence dans cette région du monde. L’Algérie est traitée aussi de manière originale avec un article de Florence Deprest sur « Fernand Braudel et la géographie algérienne ».

Ce centième numéro de la revue de la BDIC (le n°1 est paru en janvier-mars 1985) est l’occasion de présenter les collections de la Bibliothèque/Centre de recherches de Nanterre, en insistant sur le fonds Russie-URSS (Sophie Coeuré) ou étudiant (J.-Ph. Legois, Robi Morder). R. Morder nous rappelle avec humour (« il arrive parfois que certaines nuits l’on entende dans les magasins l’écho de vives discussions entre David, Marcel, Pierre… ») que les papiers des frères ennemis du trotskysme, David Rousset, Marcel Bleibtreu, Pierre Frank… se retrouvent à la BDIC.

Un numéro thématique consacré à « François Mitterrand et le monde. La diplomatie mitterrandienne (1981-95) », qui permet de rappeler qu’en quatorze ans de mandat présidentiel, François Mitterrand a engagé en permanence des forces militaires françaises un peu partout dans le monde.

[Matériaux pour l’histoire de notre temps, abonnement, BDIC, 6, allée de l’université, 92001 Nanterre Cedex, 50 € pour 4 numéros, www.bdic.fr/materiaux/index.htm]

Les articles ont pour objet d’étudier ce « monde du contact », peu analysé jusqu’ici par des historiens marqués par une tentation téléologique. Ces études empiriques centrées sur l’entre-deux-guerres tentent de répondre à la question : ces échanges, ces contacts auraient-ils pu déboucher sur une compréhension mutuelle ? Pour Philippe Zessin, les journalistes « indigènes » auraient pu devenir des représentants du « monde du contact », encore eut-il fallu qu’ils n’aient pas été discriminés sur une base ethnique. Pour Claire Marynower, le moment Front populaire a permis une « mobilisation et une reconfiguration du milieu des militants de gauche ». Cependant, l’étude des « lieux de sociabilité islahistes [mouvement de réforme musulman] à Alger de 1931 à 1940 » tempère l’enthousiasme !

Ce numéro thématique propose une analyse de la mort comme « affaire publique ». Les divers articles (8) étudient les cimetières comme constructions socio-politiques. Danielle Tartakowski étudie la 97e division du Père Lachaise, en quasi totalité acquise par le PCF, face au Mur des Fédérés. Elise Julien et Elsa Vonau s’interrogent sur le cimetière de Friedrichsfelde à Berlin, « construction d’un espace socialiste ». Ariane Jossin évoque la commémoration de Libknecht et de Rosa Luxemburg à Berlin.

[Le Mouvement Social, abonnement annuel, 56 €,  Service Abonnements, Elsevier Masson SAS, 62, rue Camille Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux Cedex]

Exit la RILI (Revue internationale des livres et des idées), welcome la RDL. Toujours éditée par les éditions Amsterdam, la nouvelle RDL se veut un équivalent français de la London Review of Books, c'est-à-dire une revue qui s’appuie sur les livres récents pour traiter des questions d’actualité. Le premier numéro illustre bien le concept. A partir d’une sélection de livres français, mais aussi anglais, la recension permet d’aborder l’actualité politique, sociale et intellectuelle. L’approche est aride, mais ô combien salutaire, à plusieurs titres. D’abord en raison du décloisonnement hexagonal ainsi proposé. Même si c’est essentiellement à partir d’ouvrages anglo-saxons, l’actualité prend une autre dimension. Salutaire également parce que l’espace n’est pas compté. Le lecteur a droit à de longs, très longs comptes rendus, qui vont bien au-delà d’une lecture superficielle des ouvrages et thématiques traités. La dimension débat enfin, permet la confrontation des opinions sur un auteur, un thème, un angle d’approche. A titre d’exemple, dans le premier numéro l’ouvrage de Jacques Sapir, La démondialisation permet à l’auteur et à Michel Husson de confronter, sans concessions, leurs points de vue. Ce ton se prolonge dans le second numéro. Les travaux de Michael Löwy font l’objet d’une lecture attentive et critique de Anselm Jappe. Un ouvrage de Corouge et Pialoux est chroniqué par Xavier Vigna. On retiendra également la très stimulante présentation de François Jarrige sur l’histoire de la pollution, toute nouvelle branche des recherches historiques (tout au moins en français). On ne peut qu’inciter le lecteur à se confronter avec cette revue qui, même dans ses limites – en particulier sous la forme d’une tendance à jargonner – demeure plus que jamais d’un grand intérêt.

[Revue des livres, 6,5 € le n°, info@revuedeslivres.fr ]

Dans ce numéro, l’entretien avec Régine Robin, historienne atypique, lui permet notamment de revenir sur son essai sur le « réalisme socialiste », affirmant qu’il y avait une grande force « au départ dans cette idée » et un grand ratage en fin de compte (p. 10). Le chantier est consacré aux opérations de fictions, interrogées dans ses rapports au merveilleux, à la langue, à l’activisme politique, aux sciences, au roman (notamment tzigane), etc. Plusieurs articles s’arrêtent à l’« orchestration », au montage entre documents et fictions, et aux relais que permet le passage par la fiction. On notera dans la partie Lignes un article intéressant sur le débat sur l’identité nationale en Allemagne (p. 81-83) et la « déclaration de Vienne » appelant à une « réorientation complète des politiques » en matière des drogues (p. 92-94). Regrettons cependant le manque d’esprit critique ou de réflexion plus fouillée parfois, qui se manifestent surtout ici dans l’article sur les luttes syndicales de la seconde moitié de 2010 et l’entretien sur le travail photographique de Vincent Leroux où n’est pas questionné le choix d’une prise de parole individuelle plutôt que collective dans le foyer de la Commanderie.

L’édito de ce numéro s’ouvre par une salutation aux révolutions arabes, ayant bousculé « les cadres idéologiques et les imaginaires rances qui ont fait le lit d’un racisme protéiforme à l’encontre des Arabes » et ont remis en avant la « puissance des peuples » (p. 1). Dans l’entretien avec Nancy Fraser, celle-ci revient sur le débat avec Axel Honneth et souligne le croisement et la combinaison « des axes d’injustices » : le genre, la race, le sexe (p. 9). Et l’intellectuelle américaine de mettre en garde : « l’accent mis actuellement sur la notion de démocratie joue bien souvent comme une diversion à l’égard du problème des inégalités sociales » (p. 10). Notons également dans ces pages, l’efficace affiche féministe de Marie Planques (p. 9). Le chantier « se loge dans le choc provoqué par la violence mise en œuvre l’été dernier – en actes et mots – à l’encontre des populations roms » (p. 14), tout en cherchant à élargir l’analyse à d’autres faits inquiétants, en France comme en Europe. Sont ainsi abordés les situations hongroise, française, hollandaise et italienne. L’article de Lise Wajerman et Pierre Zaoui, qui ouvre ce débat, même sans adhérer complètement à leur définition d’un « néo-national-libéralisme » (p. 19), est riche en réflexions et cerne judicieusement les enjeux des luttes autour de ce « bouc émissaire flottant ». « Les luttes ne s’additionnent pas, on n’ajoute pas les femmes aux homosexuels, aux noirs ; à chaque fois qu’on remporte une victoire pour une minorité particulière, c’est tout le terrain des luttes qui est changé. (…) il ne s’agit pas d’opérer une négociation entre des minorités hétérogènes, mais une alliance autour de la minorité plus soumise à la vindicte des pouvoirs en place » (p. 17). Suivent des articles intéressants s’interrogeant sur l’attitude à adopter – l’efficacité de la colère froide plutôt que de l’indignation morale selon Joseph Confavreux (p. 20-24) –, la nouveauté par rapport aux années 30 – aujourd’hui, « il n’est plus besoin d’une montée des « extrêmes » pour qu’une radicalisation aux extrêmes se produise » selon Annie Collovald (p. 27) – ou des situations nationales spécifiques. Malgré quelques réflexions pertinentes, notamment sur un « art du « coup médiatique » (p. 52), les pages sur l’Italie auraient cependant méritées d’être plus fouillées. Dans le reste du numéro, à signaler, le très bel extrait du poème d’Anne Waldman (p. 60-61), les annonces par trop culturalistes d’Éric Labbé – « Fermer les squats est donc toujours un acte anti-culturel fort » (p. 67) ; c’est avant tout et d’abord un acte politique –, des articles sur l’usage des drogues en Thaïlande et en Afghanistan, et les pages éclairantes d’Éric Baudelaire sur les puissances du faux (journal) (p. 74-79), qui prolongent en quelque sorte le chantier du numéro précédent.

Ce numéro, le dernier d’une série, est un « pot-pourri », un carnet de bord rétrospectif. En invitant à revenir sur les 55 numéros, Vacarme revisite les luttes de ces trente dernières années et les points d’ancrage de la revue : usage des drogues, antipsychiatrie, luttes autour du VIH/sida, féminismes, homosexualités, sans-papiers, etc.  Est repris ici un entretien réalisé en 1992, avec Edward Palmer Thompson, l’auteur du fameux La formation de la classe ouvrière française. Viennent ensuite des textes, parfois anciens, de sources variées : depuis un extrait de la « Protestation devant les libertaires du présent et du futur sur les capitulations de 1937 » à « Nous sommes la gauche », en passant par une analyse de Serge Daney. On notera l’humour réjouissant qui jaillit ici ou là : à propos du colonialisme – « Alger, 19h10. Arrivée du train de B., avec quelques heures de retard, évidemment. Beaucoup de monde, peu de lumière, une lune, quatre flics. Le monde et la lumière sont sordides, la lune et les flics sont impériaux, le sordide et l’impérial ensemble sont coloniaux » (Chris Marker, p. 26) –, du glossaire féministe, qui date des années 70 (p. 71-72) – « LUTTE DE CLASSES. LA -. Décor poussiéreux pour d’aucuns, lutte à vifs pour d’autres, mais dont la CGT tient à préciser qu’elle n’a rien à voir avec « les homosexuels, les lesbiennes, anarchistes… ». L’expression participe d’une tentative de réduction des luttes de classes à une seule, comme on réduit d’ordinaire les femmes à La femme, et les Mouvements de femme à la Haine de l’Homme » – ou de la psychiatrie – « certains travailleurs qui ne sont pas là sont à Paris. Ils travaillent au lit : c’est l’analyse. Il est très difficile d’analyser et seuls ceux qui ont couché peuvent entreprendre ceux qui vont coucher : c’est la loi morale » (p. 82).

Ce numéro est également l’occasion de mettre en évidence l’intérêt du travail graphique de la revue, son ouverture à la poésie, la photographie et les expérimentations diverses. Cela se traduit ici par un extrait d’un poème américain, les photos d’Adama Kouyaté, les amusants oulipismes de Miller Levy, une sélection « des ploccs du ccpo » et la tentative de Pol Bury de représenter géométriquement la devise « Liberté, égalité, fraternité » ; tentative qui rappelle quelque peu tout à la fois les réflexions du Journal de Paul Nougé, principal théoricien surréaliste belge, durant la Seconde guerre mondiale, et le travail du groupe des Progressistes de Cologne dans les années 305.  L’édito annonce pour l’automne 2011 un nouveau format, une nouvelle maquette, de nouvelles rubriques. C’est donc avec curiosité que nous attendrons cette formule nouvelle de Vacarme.

Voici donc le Vacarme nouvelle formule : livre de poche, facile à emporter et à lire, mais la qualité des reproductions photographiques et dessins en pâtit quelque peu.  Le numéro s’ouvre sur un appel à légaliser les drogues, en resituant le débat : « le « problème des drogues », c’est loin d’être le seul problème des drogués » (p. 3) ; « la question n’est pas de savoir si les drogues sont dangereuses en soi, mais de savoir si elles sont moins dangereuses en régime de prohibition qu’elles ne le sont en régime de légalisation » (p. 5). Reste que l’argument économique de formaliser l’industrie de la drogue comme marché, d’en consacrer le caractère marchand est profondément ambigu (p. 33). Parmi les divers articles, on retiendra la sobre et belle déclaration d’amour « Ferdinand des possibles » (p. 112-120). Le Chantier quant à lui s’intéresse à l’occupation des places, aux manifestations de ces dernières années de la France au printemps arabe, en passant par l’usage détourné de Paris par les sans-papiers et l’occupation de la Puerta del Sol à Madrid. La lettre consacré à ce dernier exemple est intéressante, mais prisonnière d’une confusion qui ne distingue pas la prétention ou le sentiment des acteurs – l’idée d’une ouverture à tous, d’être sans identité affichée, d’un recul ensuite avec le retour aux mêmes manières de faire la politique – des aspects plus complexes ou contradictoires de l’expérience. Il aurait été nécessaire de questionner ce qui, ici, est supposé évident.

Vacarme prend position, non sans humour, pour aller voter aux prochaines élections, avançant des raisons autant pragmatiques que politiques, qui se synthétisent dans la nécessité d’en finir avec Sarkozy. L’entretien avec le réalisateur de Still life évoque notamment les liens entre documentaire et fiction au sein du cinéma indépendant chinois. De cinéma, il en est encore question avec une analyse prétexte du dernier film de Moretti – Habemus papam – où « c’est, en définitive, de la question du pouvoir et de la légitimité dont il s’agit » (p. 66). Le retour sur une enquête réalisée à Elbeuf, ville ouvrière, dans les années 1980, se poursuit dans ce numéro. Elle fait également retour sur la méthodologie de l’enquête, à travers la visite au cimetière et la prise de conscience que : « qui dit vie morceaux dit enquête en morceaux » (p. 192). Les articles autour de Paul Celan, sur les manifestions étudiantes au Chili (avec d’intéressantes photos) et surtout le récit de Zackie Achmat, fondateur du TAC en Afrique du Sud, sont de grande qualité. Ce Vacarme se clôt sur un entretien avec l’auteur de Comment parler des livres que l’on n’a pas lu ?

[Vacarme, 10 € le numéro, abonnement, Paris, éditions Amsterdam – www.vacarme.org ]

Introduit par Paul Dietschy, maître de Conférences à l’Université de Franche-Comté et animateur d’un séminaire sur l’histoire du sport au Centre d’Histoire de Sciences-po, le dossier de ce n° 111 permet d’avancer dans l’histoire d’une activité humaine qui reste à faire.

[Vingtième Siècle. Revue d'Histoire, abonnement, 4 numéros, 51 €, Presses de Sciences Politiques, 117, Boulevard Saint-Germain, 75006  Paris ou  www.abonnementssciencespo.fr ]

 A babord ! ,

n° 38, février-mars 2011, « L’utopie a-t-elle un avenir ? », 52 pages ; n° 39, avril-mai 2011, « Les classes dominantes au Québec », 52 pages ; n° 40, juin-septembre 2011, « Hull, ville assiégée », 52 pages.

De cette toujours excellente et stimulante revue alternative québécoise, on retiendra surtout le numéro de printemps (n° 39), articulé autour d’un très instructif dossier sur les « riches » au Québec. Ce dossier permet de connaître l’évolution actuelle des élites politiques, mais surtout économiques dans la Belle province. Il s’agit d’un ensemble présentant une analyse classiste du plus grand intérêt. Dans le même numéro un mini-dossier est consacré à la personnalité de Michel Chartrand, dirigeant syndical de premier plan, disparu en 2010. Un personnage haut en couleur, inconnu de ce côté de l’Atlantique. Les contributions rassemblées en son hommage permettent d’en savoir un peu plus sur un pan du mouvement ouvrier mondial peu connu parmi les francophones. « Le capitalisme, c’est amoral, asocial, apatride et anational, sans aucune considération humaine », peut il ainsi avancer.  Comme à son habitude, chaque numéro réserve une large place à l’actualité politique du pays (lire le très instructif n° 40 sur la ville de Hull, soumises à de turbulentes transformations). L’actualité éditoriale, culturelle (cinématographique, théâtrale ou discographique) donne lieu à d’intéressants compte rendus.

n° 42, décembre 2011-janvier 2012, « Ethique animale », n° 43, février-mars 2012, « Santé. Etat d’urgence »,  5 dollars canadiens. On conseillera d’ouvrir le numéro d’hiver (n° 42) par la lecture de l’interview de Tommy McKearney, « De l’insurrection au parlementarisme ». T. McKearney est un ancien membre de l’IRA provisoire, emprisonné pendant de nombreuses années, compagnon de cellule de Bobby Sands. Il est l’auteur d’un ouvrage d’analyse critique du parcours politique de l’IRA provisoire (en anglais) et actuellement organisateur syndical. Il fournit un point de vue de première main sur l’évolution de l’aile politique du républicanisme irlandais, le Sinn Fein depuis les « accords du Vendredi Saint » de 1998. Les lecteurs sensibles au sort des animaux s'intéresseront au dossier consacré à l’éthique animale, tandis que tous retrouveront naturellement les rubriques littéraires et culturelles leur permettant de suivre l’actualité dans la belle province. Le premier numéro de l’année montre clairement que les problèmes connus en matière de restriction d’accès aux soins n’épargnent pas les Québécois. La question du caractère public du système de santé se pose de manière similaire des deux côtés de l’Atlantique.

[A babord !, info@ababord.org , www.ababord.org, 5 $ canadiens]

Ce nouveau numéro de la revue des éditions Agone est tout entier consacré à une thématique d’actualité, tout particulièrement depuis les attentats du 11 septembre 2001, celle des conspirations réelles ou fantasmées. Beaucoup d’articles sont d’ailleurs traduits de l’anglais, après une introduction signée Miguel Chueca, qui, au-delà d’un rappel sur la naissance à l’extrême droite des conspirations contre-révolutionnaires, refuse à la fois l’adhésion totale aux thèses actuelles et la stigmatisation souvent intéressée. Charles Pidgen, avec « Une superstition moderne : la fausseté en soi des théories de la conspiration », nous semble à l’inverse tordre le bâton dans l'autre sens jusqu’à le briser, puisqu’en élargissant le thème de la conspiration à l’ensemble de l’histoire, il néglige les spécificités des théories de la conspiration contemporaines, loin d’être acceptées par la majorité (ce qui n’est pas le cas des conspirations passées relevées dans l’histoire de l’Angleterre par Hume, citées par Pidgen). Michael Albert et Stephen Shalom se placent sur une position opposée. Dans « Conspirations ou institutions ? Le 11-septembre et au-delà », ils cherchent en effet à détourner la gauche des impasses conspirationnistes, soulignant les risques d’accointance avec l’extrême droite, dans une démarche qui n’est pas sans entretenir des liens avec celle de Ni patrie ni frontières. Selon eux, en effet, les explications d’ordre institutionnel, mettant en cause la responsabilité d’un système, d’une classe sociale, sont aux antipodes des explications conspirationnistes, qui privilégient à l’excès certains individus. Ils démontent ainsi en détail les thèses conspirationnistes sur le 11 septembre, pointant nombre d’incohérences et l’impossibilité d’un système explicatif complet, tout en stigmatisant le caractère fermé de ces thèses, refusant les contre-preuves. « A l’école de l’irrationalité. Les conspirationnistes du 11-septembre et le déclin de la gauche américaine », d’Alexander Cockburn, se situe sur la même ligne, celle d’une critique d’une gauche étatsunienne ayant tendance à se perdre dans les théories de la conspiration. Comme Michael Albert et Stephen Shalom, Alexander Cockburn insiste sur le fait qu’un tel nombre de personnes serait susceptible d’être impliqué dans les thèses conspirationnistes que des fuites seraient alors inévitables. Il estime de surcroît que derrière ces hypothèses improbables, une réelle tendance à surestimer les dirigeants est sensible, voire un racisme pro blancs et pro occidental. A ses yeux, « Le conspirationnisme est fils du désespoir et de l’infantilisme politique » (p.74), ce qui est sans doute un peu caricatural. Enfin, cet ensemble tournant autour des Etats-Unis se clôt avec l’article de Michael Parenti, « L’assassinat de JFK : la phobie de la conspiration à gauche », qui est plutôt à rapprocher du texte de Charles Pidgen. L’auteur y défend en effet la thèse de la conspiration des services de l’Etat et des élites dans la mort du président Kennedy, vu par ceux-ci comme trop à gauche. Combinant explications institutionnelles et individuelles, il y voit un moyen utile de dévoiler le fonctionnement de l’Etat bourgeois et de déconsidérer les dominants, tout comme l’affaire Dreyfus en son temps. On mettra à part l’étude de Pierre Guerlain sur « Le Tea Party : un mouvement protestataire financé par des milliardaires », son utile décryptage du Tea Party, qui récupère la colère populaire pour la dévier vers de fausses cibles épargnant les vrais possédants, n’abordant les théories de la conspiration que marginalement, voire même de manière tout à fait hors sujet (accuser Obama d’être nazi ou socialiste relève-t-il vraiment de ces théories, ou plutôt de la simple injure politique ?). Miguel Chueca, de son côté, dissèque avec beaucoup de précisions les théories de la conspiration liées aux attentats du 11 mars 2004 à Madrid, pour conclure à leur inanité ; il se dégage d’ailleurs de ces théories un certain ancrage à droite et une défense subséquente du Parti populaire face au Parti socialiste. Plus centré sur la France, l’article de Henri Maler et Patrick Champagne, « Usages médiatiques d’une critique « savante » de la « théorie du complot » », dénonce l’amalgame pratiqué par certains journalistes entre théorie du complot et critique des médias et du système médiatique, développant l’exemple de Pierre-André Taguieff comme caution « scientifique » à cette idée ; on aurait toutefois souhaité disposer de davantage d’exemples à l’appui de cette thèse. Ce passionnant numéro se termine avec un article de Charles Jacquier sur « Le chemin de la vérité. André Prudhommeaux, l’incendie du Reichstag et la défense de Marinus Van der Lubbe », qui oppose les défenseurs de Van der Lubbe (dont le journal a d’ailleurs été chroniqué sur notre ancien site) dès 1933, critiques également du KPD et du SPD incapables de faire face aux progrès du nazisme, et les partisans des théories de complot antagonistes, communiste ou nazie (mais où l’auteur placerait-il les trotskystes, dont il ne parle pas ?).

[Agone, BP 70072, F-13192 Marseille Cedex 20, 20 € le n°, abonnement, 1 an, 3 n°, 50 € (40 € pour les chômeurs), au 20, rue des héros, 13001 Marseille]

Avec un tel titre, nul doute que la curiosité soit excitée. Editée par les éditions Dittmar, spécialisées dans les ouvrages sur la Commune de Paris, cette revue grand public publie un très stimulant manifeste à l’occasion de son premier numéro. Il est plutôt rare de voir une revue proclamer que « L’être humain est sur terre pour jouir », en guise de première phrase. Ce manifester à la tonalité surréaliste et fourriériste augure bien du contenu de la revue. Des contributions de nature très diverses sont en effet offertes au lecteur, toutes plutôt stimulantes. La question d’un Etat pour les Palestiniens et le témoignage de membres d’une délégation en Israël peuvent ainsi être lus dans le premier numéro, précédant une présentation biographique d’André Léo, militante de la Commune ou une excursion sur les tombes du Père Lachaise. Evidemment, un article un peu plus développé sur la barricade, avec le cas des barricades de la Commune devait figurer également au sommaire. La liste des domaines, politique, littérature, art, histoire, philosophie, savoirs, satire ou encore érotisme que propose de couvrir chacun des numéros indique bien l’orientation. On n’oubliera pas de signaler la place très importante qu’occupent les dessins, dont certains sont du meilleur et plus hilarant effet. Une revue à suivre, en kiosque

[Barricade, 3,5 € le n°,  www.barricade-mag.fr , contact@barricade-mag.fr]

Cahiers de l’éducation populaire, n°10, juillet 2011, « La crise globale du capitalisme, des Etats-Unis à la Grèce. Entre colère et résignation ? », 70 pages; n° 11, sept. 2011, « Le combat antinucléaire. Une histoire mouvementée. Un combat d’avenir »,  55 pages. L’association des AES (Amis de l'émancipation sociale) co-édite le bulletin A Contre courant, devenu A contre-courant pour l’émancipation sociale(ACCpes).  Cette structure militante édite également de temps en temps cette publication. Le numéro 10 se présente comme une anthologie de textes publiés préalablement dans ACCpes. On trouvera notamment, sous la plume de Alain Bihr, une très claire présentation de l’émergence de la question de la dette publique. D’autres contributions portent plus spécifiquement sur les Etats-Unis, la Russie post-soviétique ou sur la Grèce, donnant d’ailleurs la parole à des militants politiques de ce dernier pays. Une bibliographie commentée des principaux ouvrages sur le thème de la crise, du rôle de la finance ou de la dette permet au lecteur de se repérer dans une production éditoriale importante. Dans le numéro 11, on retrouve un ensemble de textes, disponibles par ailleurs, sur l’histoire du mouvement antinucléaire, dont l’intérêt évident réside dans leur compilation. Le texte le plus volumineux est celui de Henry Chevallier, animateurs du Réseau sortir du nucléaire, qui présente un historique des luttes antinucléaires de 1958 à 2008. Les autres textes portent sur la place des déchets ou sur des aspects plus récents, comme Tchernobyl ou Fukushima.

[Cahiers de l’éducation populaire, édités par les Amis de l’émancipation sociale c/o Odile Mangeot, 43 J. rue Jean Jaurès, 70200 Lure, 5 €, odile-mangeot@wanadoo.fr, www.acontrecourant.org]

Pas de thème central pour ce numéro, mais un ensemble de contributions qui portent sur la lutte du peuple lybien, sur l’Egypte, la Russie. F. Chesnais, éditeur de la revue, publie le texte de présentation de son livre (Les dettes illégitimes, édition Raisons d’agir, 2011). Un article de Annie Coll s’essaie à justifier la lecture de Hannah Arendt par les révolutionnaires (Arendt, une philosophe méconnue des révolutionnaires). Enfin, Louis Gill présente de manière critique le livre de Alain Bihr, La logique méconnue du Capital, avec une réponse de Bihr.

[Carré rouge, BP 125, 75463 Paris Cedex 10, 5  €, www.carre-rouge.org ]

Revue clairement libertaire, ce numéro rassemble un ensemble de textes d’auteurs classiques (Camillo Berneri) ou non, présentant les différentes facettes de la théorie anarcho-syndicaliste du syndicalisme, dans divers pays. On retiendra particulièrement la dernière partie, « Les syndicats et la République en France, intégration mutuelle », issu d’un travail universitaire (sans plus de précision) de Athanase Codilincsy. Si la présentation est assez austère, de nombreuses illustrations et reproductions égaient les pages au fil de la lecture.

[Classe prolo,  c/o UR-CNT-AIT, vieille Bourse du travail, 13 rue de l’Académie, 13001 Marseille, 5,5 €. A noter qu’il s’agit d’une parution annuelle]

Dirigée par Francis Sitel, Isabelle Garo et Stathis Kouvélakis,  la revue créée en 2001 par Daniel Bensaïd poursuit sa route, en dépit des turbulences qui agitent le NPA. Outre de forts dossiers qu’on peut attendre d’une telle revue, sur le travail ou sur Frantz Fanon dans le numéro 10, sur les révolutions arabes ou les bouleversements actuels en Amérique latine (interview de Janette Habel) dans le numéro 11, chacun de ces deux numéros nous offre d’excellentes surprises. Ainsi, dans le numéro 10, Gilles Bounoure mène de main de maître une interview exclusive de Xavier-Gilles Néret, un des plus fins connaisseurs de Matisse, à la suite de la publication chez Taschen (en 2009) de son livre Les Papiers découpés d’Henri Matisse, dans lequel il renouvelle la connaissance des 25 dernières années de création du peintre. Dans le numéro 11, c’est Leonardo Padura, l’écrivain cubain, qui fait l’objet d’un dossier introduit par Gilles Perrault, à propos de son remarquable livre L’homme qui aimait les chiens (Métaillé, 2011) sur la traque et l’assassinat de Trotsky. Là aussi, dans un entretien, très bien mené par Philippe Binet et Patrick Bèle, l’auteur se demande s’il était vraiment nécessaire d’assassiner un vieil homme pour assurer un avenir meilleur à l’humanité…d’autant que « cette expérience (la construction du socialisme, NDA) nous a permis de comprendre, dans notre propre chair, à quoi nous étions arrivés dans le développement socialiste du pays : à une catastrophe dont le gouvernement tente aujourd’hui de sortir. La désillusion que nous avons vécue, la découverte de certaines réalités et les kilos que nous avons perdus en pédalant dans La Havane nous ont fait différents, nous ont donné un autre aperçu des choses, qui m’a été essentiel pour entrer dans mon roman ».

Le dossier, qui occupe la moitié du numéro, s’ouvre par un article de Michael Löwy et Vincent Gay, « Alternatives écologistes au capital », dont on retiendra en particulier la mise en garde à l’égard de la technoscience, nouveau moyen de pérenniser le capitalisme, et l’idée d’une dette verte des pays développés vis-à-vis des pays en développement, opposée aux dettes illégitimes, qui nous semble toutefois porter en germe le risque de négliger l’opposition transcendante capital / travail au profit de l’opposition Nord / Sud. Parmi les contributions les plus intéressantes, il faut citer celle de Laurent Garrouste (« La Grande Ruée sur la nature »), qui démontre bien que la logique même du capitalisme, basée sur la consommation de ressources épuisables, fossiles, le rend incapable de résoudre la crise écologique ; au passage, l’auteur montre que la délocalisation des productions génératrices de gaz à effet de serre des pays riches vers la Chine, entre autre, permet de faire croire à une réduction de la pollution dans les pays occidentaux… Plusieurs articles sont par contre plus contestables. Si le réquisitoire de Roxanne Mitralias contre l’agriculture productiviste est solidement argumenté, il n’en passe pas moins certaines questions sous silence (ainsi de l’utilité à un moment donné de ce type d’agriculture, ou du temps de travail possiblement aliénant imposé par une agriculture non productive). Hervé Kempf, pour sa part, dans « Les inégalités, moteur de la crise écologique », privilégie un prisme réducteur, celui de la consommation bourgeoise mue par le souci de rivalité ostentatoire, génératrice de gaspillage, qui laisse dans les mains de la bourgeoisie l’initiative d’un changement positif devant inciter les classes moyennes à diminuer à leur tour leur consommation ! Enfin, à côté du texte de Paul Ariès sur la décroissance, avant-goût de son livre à paraître sur Le socialisme gourmand, l’article de Emilie Hache, « Qu’est-ce qu’une écologie politique de gauche ? », contient des réflexions stimulantes sur le concept de nature (à reconsidérer, tout comme la séparation entre sciences naturelles et sciences humaines), sur l’idée d’écologie comme meilleure cohabitation possible entre les humains et les autres formes de vie, ou sur la nécessaire démocratisation des discussions sur les problèmes scientifiques (contre le monopole des « experts ») ; néanmoins, sa proposition consistant à remplacer le terme de nature par celui de « cosmopolitiques » nous paraît peu concluante et surtout peu explicite, contrairement à celui d’écosocialisme, par exemple (quand bien même ce dernier s’apparente fort à un pléonasme). Le reste du numéro est plus varié. Quelques articles s’intéressent qui à la situation en Grèce (Stathis Kouvélakis, qui utilise la notion gramscienne de bonapartisme « sans personnalité héroïque » pour décrire la situation de grande coalition face au soulèvement populaire croissant), qui à la justification intellectuelle de l’islamophobie en Italie (Bruno Cousin et Tommaso Vitale, dont l’approche sociologique est un peu trop jargonneuse). De cet ensemble, qui comprend également un article sur la situation actuelle des associations en France, de plus en plus soumises à la loi du marché, un entretien autour de la figure du poète engagé Pierre Peuchmaurd (1948-2009), et un rapide portrait de la figure d’Antonio Labriola par Michel Lequenne, qui en fait le vrai « passeur » du matérialisme historique en opposition à la figure d’un Kautsky, on retiendra surtout une très utile étude de Ugo Palheta, « Rentrée des classes dans la nouvelle école capitaliste ». Partant du récent livre sur La nouvelle école capitaliste, il décrit bien l’offensive néo-libérale à l’œuvre dans le système éducatif français, par la transformation de l’éducation nationale en marché éducatif ; cela passe par le pseudo libre choix des familles avec l’assouplissement de la carte scolaire, l’autonomie des établissements, les progrès du management, sans oublier une évaluation des résultats qui va de pair avec un processus de recentralisation, totalement antidémocratique. Toutefois, si sa critique de la croyance en une sanctuarisation de l’école fait mouche, tant cette dernière participe de plein pied à la question sociale, il manque clairement des propositions d’objectifs de lutte à court terme.

[Contre Temps, revue trimestrielle co-éditée par Syllepse / La Discordance des temps, 12 € le n°, abonnement 1 an, 40 €, à l’ordre de La Discordance des temps, 88, rue de Bagnolet, 75020 Paris]

Revue publiée par la Fraction L’Etincelle de LO, en voie d’intégration au NPA. D'abord un dossier sur l’Europe de la crise : une série d’articles, pays par pays, décrivant les attaques dont les travailleurs sont victimes, et leurs réactions. Mais le numéro est introduit par un article sur la Tunisie (« Ils ont volé nos richesses, ils ne voleront pas notre révolution ») et un autre sur l’Algérie (« Pour que la révolte porte enfin ses fruits »). En page 29-30 est publiée une lettre du bureau de la Fraction l’Etincelle demandant son intégration au NPA, après deux ans d’observation, malgré la coexistence dans ce parti de « révolutionnaires et de réformistes radicaux », « de marxistes et de non marxistes », « de trotskystes et de non trotskystes ». Jacques Morand, figure historique de ce courant, insiste parallèlement sur l’importance qu’il y a pour le NPA à intervenir dans les secteurs décisifs de la classe ouvrière, relativisant les « préoccupations électorales ». A noter une appréciation positive du roman de Padura, L’homme qui aimait les chiens, même si l’auteur du compte rendu note quelques simplifications des positions de Trotsky et quelques libertés prises dans le récit de la vie – très mal connue – de son assassin Ramón Mercader.

Ce numéro 74 est presque tout entier consacré aux révoltes arabes, espérant que la chute des dictateurs aboutira à la révolution prolétarienne. Et ici, en France, le meilleur moyen de les aider serait de suivre leur exemple, de se révolter contre la dictature du capital. Dans le n° 75, un dossier sur « Le nucléaire en question », après Fukushima. La question de savoir s’il faut « continuer à couvrir la planète de centrales nucléaires » est posée. Dans l’immédiat, il faut exiger la transparence et l’arrêt de la sous-traitance. Dans ce dossier passionnant, un article traite spécifiquement des « soutiers du nucléaire » (« viande à rems ») et l’un de ces travailleurs, militant CGT, est interrogé. Huguette Chevireau conseille la lecture d’un court roman, chez POL, La Centrale. Le n° 76 propose un dossier sur « Spéculation immobilière et crise du logement ». Puis le point est fait sur la révolution tunisienne, avec reproduction de témoignages et d’interviews, ainsi que sur sur le Maroc.

Ce numéro 77 comporte un « Dossier sur l’Education en France », en grand danger du fait des coupes budgétaires mais aussi de l’introduction des règles du management dans les établissements (autonomie des recrutements, pouvoirs nouveaux donnés aux chefs d’établissement). Plusieurs articles montrent, pays par pays, comment les classes populaires tentent de résister à la crise et aux attaques subies. Une contribution intéressante décrit la mobilisation des Indignés en Israël, signe d’un changement d’état d’esprit dans une partie notable de la population, redonnant de l’espoir à ceux qui tentent de construire une véritable alternative socialiste au régime sioniste. La revue continue (n° 78) à étudier la réaction des populations confrontées à la crise, scrutant cette fois le mouvement de protestation aux Etats-Unis, connu sous le nom d’ « Occupy Wall Street ». Dix ans après la catastrophe d’AZF à Toulouse, un dossier important est consacré à la sécurité dans l’industrie chimique, avec un rappel des accidents graves en France depuis 10 ans, la situation étant toujours très délicate dans « le couloir de la chimie lyonnaise ». Fin 2009, on comptait toujours en France 1163 sites classés Seveso. Enfin, dans le n° 79, plusieurs articles intéressants sur la Tunisie et l’Egypte un an après le renversement des dictateurs et sur la razzia des terres agricoles en Afrique. Le Dossier est consacré à la Russie de Poutine. L’éditorial est un appel à soutenir Philippe Poutou et le programme du NPA, programme de défense des intérêts des travailleurs confrontés au chômage et à la hausse des prix, un programme qui ne pourra être imposé que par les luttes.

[Convergences révolutionnaires, abonnement : Les Amis de Convergences, BP 128 75921 Paris Cedex 19, 6 numéros, 9 €]

Avant qu’elle ne se rallie au vainqueur des primaires socialistes, François Hollande, cette revue avait mené  campagne en faveur de Martine Aubry. Parallèlement, ces militants avouaient qu’ils voyaient s’éloigner sans regret la candidature DSK. Manuel Valls, accusé de vouloir remettre en question les 35 heures, a été régulièrement fustigé.  L’intervention militaire occidentale en Libye est critiquée : « au départ, il s’agissait d’un printemps des peuples, pas d’un printemps pour les avions de Dassault » (n°183), de même que celle en Afghanistan. Dans le n°182, Philippe Marlière dénonce la banalisation de l’islamophobie en Grande-Bretagne sous prétexte de lutter contre le multiculturalisme. Dans le n°186, Gérard Filoche revient sur le procès qui lui est fait, en tant qu’Inspecteur du travail, pour une soi disant « entrave à Comité d’entreprise ». Il remercie ceux qui l’ont soutenu, dans l’attente du verdict, le 12 octobre. Il sera relaxé. Sur la photo du Comité de rédaction de D & S (n°185), on reconnaît nombre d’anciens de la LCR qui l’ont quittée avec Gérard Filoche en 1994, toujours actifs donc au PS, pour la plupart élus locaux. Dans le n° 183, Michel Lequenne rend hommage à Jean-René Chauvin, « le plus vieux trotskyste français qui vient de disparaître ». Il avait adhéré au POI en 1935 et militait encore dans les années 1990 à la LCR. Et dans le numéro 188/189, G. Filoche fait un vibrant éloge de son ancien camarade de la LCR, Aguirre, récemment décédé. D’origine suisse, Daniel Noverraz – Léonce Aguirre était son pseudonyme – membre de la direction du NPA,  fut aussi dirigeant de la LCR dès les années 1980. Dans le n°190 (décembre 2011), c’est Danielle Mitterrand qui est l’objet d’un éloge, sous le titre « Madame Mitterrand, vous avez fait quelque chose de bien dans votre vie, de la vie ».

[Démocratie et Socialisme (D & S), abonnement, D & S, 85 rue Rambuteau, 75001 Paris, 30 € les 10 numéros]

Le dernier numéro (n° 5) remontait à novembre 2010. Plusieurs contributions pour pointer, du point de vue des « gens ordinaires », la situation de crise et les inquiétudes soulevées. A retenir une lecture assez critique du livre de S. Hessel, Indignez-vous. ! La tonalité générales est toujours empreinte d’une nostalgie du bon vieux temps du « socialisme dans un seul pays » où « la force fondamentale de la révolution était le pouvoir prolétarien en Union soviétique ».

[Germinal. Cahiers de formation politique pour l’Union des classes populaires, Société d’éducation populaire, Espace associatif, 1 place de la Commune de Paris, 69700 Givors, asso.spe@laposte.net]

Après une série d’articles parus dans le quotidien, environ une cinquantaine de portraits d’acteurs de premier plan de la Commune, pour une large part peu connus, sont publiés sous la forme d’un hors-série. Il faut souligner le très grand intérêt de cette publication car il n’existe pas, à notre connaissance, de document aussi complet sur principales figures du mouvement communaliste.  A côté de Marx, Lafargue, Vallès et quelques autres, qui, sauf les spécialistes du sujet, a entendu parlé de Eugène Protot, de Madame Agard, de Victorine Rouchy-Brocher etc. ? Un numéro spécial à conserver précieusement avec celui consacré à la Commune de Paris.

[L’Humanité hors série, www.humanite.fr ]

Un compte rendu de la 3e Conférence anticapitaliste européenne, tenue à Paris les 16-17 octobre 2010, est réalisé sous le titre « Un encourageant pas en avant ». Une des 22 organisations participantes (venues de 16 pays), le Bloco de Esquerda, fait l’objet d’une attention particulière, avec l’interview de son leader Francisco Louçã, député au Parlement portugais et par ailleurs membre de la section portugaise de la Quatrième Internationale. Le succès de cette coalition contraste avec l’échec de la plate-forme Respect en Grande-Bretagne. Palestine et Birmanie font l’objet d’articles approfondis, mais l’apport le plus précieux concerne Cuba, avec la publication d’un article critique de La Jornada, grand quotidien mexicain de gauche, sur le texte de 32 pages publié dans la Gazette officielle de Cuba le 26 octobre 2010 après le VIe Congrès du PCC. Il annonce une réforme économique de grande ampleur devant se traduire par le licenciement d’un demi-million de salariés de l’Etat. De même est traduit un entretien sur l’évolution de Cuba entre 2 militants révolutionnaires américains publié par Socialist Worker, hebdomadaire de l’International Socialist Organization (ISO).

Ce numéro revient sur Cuba avec la publication de textes de Pedro Campos, ancien diplomate cubain, publiés initialement sur le site web kaosenlared. Il y condamne le « socialisme étatique » autoritaire de son pays. Bien sûr, la Tunisie et l'Algérie sont au centre de l’attention des militants, avec notamment la reproduction d’un message du Bureau de la Quatrième Internationale en solidarité avec les luttes populaires dans le monde arabe (30 janvier 2010). Mais la Côte d’Ivoire (« Deux fractions oligarchiques déchirent le pays », à propos des partisans de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara) et les Etats-Unis (sur les révoltes des ouvriers de l’industrie automobile) ne sont pas oubliés, de même que la crise du capitalisme, objet des réflexions de Cédric Durand, Eric Toussaint et Robert Pelletier. Enfin sont reproduits des extraits d’une longue interview de Daniel Bensaïd sur l’engagement, réalisée le 17 avril 2009 par Marcel Trillat et Maurice Failevic (l’intégralité est publiée en DVD).

Les révolutions dans le monde arabe sont suivies avec une grande attention, les déclarations de soutien de la Quatrième Internationale, de même que celles d’organisations amies, comme la Ligue de la gauche ouvrière (LGO) de Tunisie sont publiées. Sont également interviewés les leaders de cette dernière organisation, une militante féministe et un avocat. La position du Bureau de la Quatrième Internationale sur la Libye (résumée par le titre : « A bas le régime de Kadhafi, soutien à la révolution libyenne, arrêt immédiat de l’intervention impérialiste ») n’est pas sans susciter des débats parmi les militants ou sympathisants. Ainsi Gilbert Achcar, originaire du Liban et spécialiste de ces questions, demande que l’on tienne compte du « cas concret », « même quand on adhère sans réserve à des principes anti-impérialistes ». « Une personne se réclamant de la gauche, poursuit-il, peut-elle ignorer une demande de protection émanant d’un mouvement populaire ? ». La seule chose qu’on puisse exiger : « que des armes soient fournies ouvertement et massivement aux insurgés afin de les affranchir aussi rapidement que possible du besoin de soutien militaire direct de l’étranger ».

Une place importante est faite également à la catastrophe de Fukushima, Daniel Tanuro, dirigeant de la LCR belge y voyant la preuve qu’il n’y a « pas de nucléaire sans catastrophe ». Un appel à la solidarité émanant de la LCR du Japon et d’une autre organisation liée à la Quatrième Internationale (le Conseil national des travailleurs internationalistes) est reproduit.

C’est au tour des Indignés-e-s espagnols d’occuper les pages d’Inprecor avec la publication du Manifeste de « Democracia real YA », reportages, interviews. A noter aussi le compte rendu d’une Conférence européenne pour la défense du service public de la Santé avec le soutien de l’Institut International de recherche et de formation d’Amsterdam lié à la Quatrième Internationale. Elle réunissait des professionnels/militant(e)s venus de Pologne, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Suède et Irlande.

Parmi d’autres articles, notons le précieux « Retour sur l’histoire d’une oppression : les Tamouls de Sri Lanka », rédigé par Danielle Sabai, ou la contribution de Pierre Rousset sur le Pakistan.

La révolution arabe est toujours au centre des préoccupations : Tunisie, Libye, avec interviews et un article de G. Achcar, mais aussi désormais Syrie. Quant à Israël, le mouvement social en cours est scruté grâce aux militants du Centre d’information alternative de Jérusalem, Sergio Yahni ou Michel Warschawski. Pour étudier la crise du capitalisme en cours, il est fait appel aux économistes proches du NPA : Henri Wilno, Isaac Johsua, Michel Husson. Après ceux des travailleurs de la santé, ce sont les travaux des militants du secteur de l’automobile, réunis à Amsterdam les 28-29 mai 2011, qui sont publiés. Une rencontre à laquelle participait Philippe Poutou de Ford-Blanquefort.

Enfin, les lecteurs intéressés par l’Amérique latine trouveront une interview très intéressante réalisée par la revue espagnole Viento Sur auprès d’un militant de Marea socialista, un courant marxiste révolutionnaire intervenant dans le PSUV (Parti socialiste uni du Venezuela), le parti d’Hugo Chavez.

Important dossier sur le Danemark après les élections législatives du 15 septembre 2011, dans ce numéro d'octobre-novembre. Les révolutionnaires, regroupés dans une Alliance Rouge et Verte y ont remporté un succès important, passant de 4 à 12 députés. Ce succès a été obtenu grâce à l’alliance entre le SAP (Parti socialiste ouvrier), section danoise de la IVe Internationale, le DKP (PC danois) et le VS (Parti socialiste de gauche), que d’autres groupes ont rejoint ultérieurement, comme le parti maoïste KAP. L’article d’un des acteurs de cette histoire, Michael Voss, est très informé, excellent. Au Mexique, c’est autour du Syndicat mexicain des électriciens (SEM) que semble s’opérer le regroupement de la gauche radicale en une Organisation politique du peuple et des travailleurs (OPT), dont la gestation est précisément étudiée sous le titre : « Une alternative prolétarienne face à la crise des partis politiques ». Notre ami Franck Gaudichaud, Maître de Conférences à l’université de Grenoble, étudie le réveil des mouvements sociaux au Chili, ce qu’on appelle parfois le « mai chilien ». Un des acteurs de ce mouvement est interviewé. Enfin, toute la première partie du numéro comporte des articles d’économistes sur la crise du capitalisme. Dans le n° 579-580, la crise du capitalisme est à l’ordre du jour, avec des articles de François Chesnais, Claudio Katz ou Jean Sanuk. Notons la longue interview, très complète et informée, de Gilbert Achcar sur le devenir des révolutions arabes et un article d’un militant américain de Solidarity sur les « Occupy Wall Street », qui, écrit-il, « ont modifié le climat idéologique ». Plusieurs autres pays sont à l’ordre du jour : Russie, Kazakhstan, Pologne, Brésil et Grèce, avec la question tout à fait d’actualité pour ce dernier pays : « l’explosion sociale, une question de mois ? ».

[Inprecor, abonnement, 1 an, 55 €  à  Inprecor-PECI, 27 rue Taine, 75012  Paris]

Trois textes (Crise économique, Situation internationale, Situation intérieure) votés à l’unanimité et reproduits intégralement. Face à la situation de crise qui frappe les salariés, un seul espoir : « une explosion sociale », « venue d’en bas ». Il n’empêche que le congrès décide de présenter Nathalie Arthaud à l’élection présidentielle de 2012. Ni Mélenchon, « toujours prêt à participer à un « gouvernement de gauche », comme il l’a fait dans le passé », ni le NPA « déchiré par des querelles internes » et ramené à la marginalité n’offrent des perspectives enthousiasmantes pour LO.

Côte d’Ivoire et Haïti sont à l’honneur de ce numéro 133, avec la reproduction d’un tract (« Parole de travailleurs ») distribué sur la Zone industrielle de Yopougon (Abidjan) et d’un article de l’Organisation révolutionnaire des Travailleurs envoyé depuis Port-au-Prince. Economie chinoise et Etats-Unis (« La privatisation de l’école : une attaque contre la classe ouvrière »), de même que l’industrie automobile qui délocalise dans ce nouvel eldorado qu’est l’Europe de l’Est, font l’objet d’articles. Une bonne partie de ce numéro 134 est consacrée à « la vague de contestation dans les pays arabes ». Le rédacteur s’en réjouit, mais « pour que tous les espoirs soient permis », il faut que la jeunesse de ces pays « renoue avec les traditions du communisme révolutionnaire », « fût-ce dans les livres, pour se cultiver et pour transmettre ses idées à la classe prolétarienne ».

Pas plus en Côte d’Ivoire (pour départager les deux camps en lutte et imposer Ouatarra) qu’en Libye, l’intervention de l’impérialisme français ou occidental n’est légitime : « quelque soit le prétexte humanitaire ou démocratique derrière lequel elle se cache, cette intervention ne peut, à court ou à long terme, que renforcer les couches privilégiées, les divers clans militaires et les forces réactionnaires ». Un article important est consacré à la catastrophe de Fukushima (p.11-18), insistant sur la dangerosité du capitalisme surtout. Donc « réclamer bruyamment la sortie du nucléaire tout en étant des défenseurs inconditionnels du capitalisme », comme le font les dirigeants de l’écologie politique, est pure « hypocrisie » : « ils se servent de l’écologie comme d’un fonds de commerce pour arriver au pouvoir », comme en leur temps Blum et Mitterrand s’étaient servi du mouvement ouvrier. « Appliquer, dans une société de classes, le slogan des écologistes se traduit inévitablement par la sobriété pour les pauvres, que l’on oblige à réduire leur consommation en augmentant sans cesse les taxes et les prix, et l’abondance pour ceux qui peuvent payer », est-il affirmé. Sur la France, après les élections cantonales, la dangerosité du Front National pour les classes populaires est rappelée, de même que l’impasse que constitue la candidature Mélenchon. Enfin, le point est fait sur les réformes économiques en cours à Cuba, décevantes, mais « on ne saurait reprocher à ces dirigeants nationalistes (i.e. Raúl Castro) de ne pas avoir mené la politique du prolétariat révolutionnaire ». Une seule solution : « la construction d’un parti révolutionnaire prolétarien »… et non le soutien aux dirigeants castristes comme l’avait préconisé le secrétariat Unifié de la IVe Intenationale, une organisation qui n’a cessé de parer « les dirigeants nationalistes radicaux de vertus socialistes » : « de Mao à Ho Chi Minh, de Castro à Ben Bella, de Morales à Chavez ».

Dans ce numéro 136, la candidate LO est promue (photo en page 3). Un intéressant article sur la Côte d’Ivoire après l’installation du « clan Ouatarra » : parole est donnée à un ouvrier d’Abidjan. Après l’élection à la présidence d’Haïti de Michel Martelly, un chanteur populaire, Lutte de Classe reproduit l’édito de La Voix des Travailleurs, journal de l’organisation sœur de LO dans ce pays. Enfin, retour sur la Commune de Paris à l’occasion de son 140e anniversaire. Le n°137 reprend des exposés faits à la fête de LO sur le nucléaire, avec l’idée de nouveau martelée : « Avant tout, sortir du Capitalisme ! », plutôt que de demander la sortie du nucléaire. Coup de projecteur sur la Russie, où les droits des femmes sont remis en question (notamment le droit à l’IVG), avec un intéressant retour sur la situation depuis 1917. Le mouvement des Indignés (Espagne) fait l’objet d’une première analyse qui, tout en soulignant le caractère positif du mouvement (l’occasion de dire « ça suffit ! »), traite longuement de ses insuffisances, de son « apolitisme ». Or, face à « une classe bourgeoise qui a son état-major », la classe ouvrière « doit se préparer à faire de la politique » (p.19).

Dans ce n°138, un article qui dénonce l’intervention française aux côtés des opposants à Kadhafi, et qui n'épargne pas la gauche française, y compris Mélenchon, accusé d’avoir « chanté sur tous les tons que l’intervention en Libye n’avait rien à voir avec la guerre en Irak ou en Afghanistan » (p. 22). De même « les dirigeants syndicaux français, en quête de reconnaissance par le pouvoir et le patronat » sont accusés de ne pas donner aux travailleurs des objectifs capables de leur permettre de défendre leurs revendications vitales. Un numéro introduit par un article sur « la crise de 2011 » et qui se conclut par un retour sur « la dislocation tragique de la Yougoslavie », particulièrement clair et bien informé. Dans le numéro suivant (n° 139), un article de La Voix des Travailleurs, journal de l’organisation sœur de LO en Haïti, est reproduit, manifestant la déception du peuple, seulement quatre mois après l’élection à la Présidence du chanteur Michel Martelly, entouré d’anciens notables duvaliéristes et de conseillers américains. De la catastrophe de la silicose au drame de l’amiante, ce sont « toujours les travailleurs » qui sont « en première ligne », premières victimes, rappelle un article aux « défenseurs de l’environnement » (p. 22-29 : « Maladies professionnelles : la lutte des travailleurs pour défendre leur peau »). Un article fait le point sur « les émeutes de l’été 2011 en Grande-Bretagne » et un autre dénonce « la démagogie anti-immigrés » des partis de droite, « qui vise à séduire les électeurs d’extrême droite », tout en regrettant la timidité de la gauche en la matière. Comme à son habitude, le numéro de fin d’année (n° 140) reproduit les textes du Congrès annuel de LO (le 41e Congrès), avec en couverture la photo de Nathalie Arthaud, la candidate du parti aux Présidentielles de mai 2012.

[Lutte de Classe, abonnement, LO  BP 233, 75865 Paris Cedex 18, 15 € pour 10 numéros de 40 pages environ]

Sur ce thème d’actualité, la revue documentaire généralement stimulante Ni patrie ni frontières propose une série de plusieurs ensembles distincts. Pour la profondeur historique, sont republiés quelques articles de l’Encyclopédie anarchiste, des textes communistes de gauche, surréalistes, et même un singulier manifeste espérantiste dit des « anationalistes ». Dans cette sélection de textes, auxquels il convient d’ajouter ceux signés de Yves Coleman lui-même, on trouve d’utiles réflexions sur le sens des mots relevant du nationalisme, privilégiant un regard très critique, au risque d’ailleurs de négliger l’identité nationale ressentie à la base, qui ne se réduit pas à celle que l’on cherche à imposer d’en haut. Autres analyses radicales, celles qui touchent au racisme, plus particulièrement aux convergences entre l’extrême droite et la gauche à travers le cas emblématique du groupe Riposte laïque. Parmi les éléments proposés, les pièces d’un débat organisé sur ce thème à Lyon en décembre 2010, au cours duquel Yves Coleman situe Riposte laïque dans la filiation du « socialisme national » du XIXème siècle (en lien avec les travaux de Zeev Sternhell et de Marc Crapez), et de manière plus générale conteste l’accent mis sur la critique de l’islam plus que sur celle des autres religions. Il reproche également aux anarchistes le caractère jugé intangible de leur critique des religions, et relativise l’attachement au christianisme de la droite (Sarkozy en particulier) et de l’extrême droite actuelles, cette dernière ayant détourné des thèmes de gauche ou d’extrême gauche (« le droit à la différence », le multiculturalisme, le soutien aux mouvements régionalistes, la critique de l’impérialisme américain, la dénonciation du sionisme et de la politique d’Israël, le soutien aux Palestiniens et bien sûr l’écologie (…), p.187). On dispose également de divers articles éclairants sur l’extrême droite en Belgique et aux Pays-Bas. Une autre partie de la revue s’intéresse à certains discours racistes entendus sur les ondes de Radio libertaire, partiellement en lien avec des interventions de membres de Riposte laïque, justement. Si un collectif comme celui des Luftmenschen refuse de défendre la liberté d’expression pour les ennemis du prolétariat et considère que la FA est désormais passée dans le camp fasciste (sic) – les mêmes analysaient par ailleurs avec plus de pertinence le « racisme anti-blancs » comme un « concept clef de la stratégie fasciste » – Yves Coleman se fait moins excessif, demandant tout de même des éclaircissements sur ces eaux troubles. On peut bien sûr se demander si ces convergences, implicites, accidentelles ou délibérées, ne sont pas en partie surévaluées. Sur toutes ces questions sensibles, le débat mérite assurément d’être élargi et poursuivi…

Cette livraison s’inscrit dans le prolongement de certaines des thématiques abordées dans le triple numéro précédent, en cherchant à explorer toutes les porosités pouvant exister actuellement entre l’extrême gauche et l’extrême droite. Une démarche cruciale et précieuse, concrétisée ici par un travail collectif, Yves Coleman ayant collaboré avec plusieurs organisations militantes : Mouvement communiste, le GARAP (Groupe d’action pour la recomposition de l’autonomie prolétarienne), les Luftmenschen, en plus d’intégrer certaines contributions du forum des lecteurs de Ni patrie ni frontières. Toutefois, dans l’introduction, en attribuant les progrès des accointances entre extrême droite et extrême gauche à la baisse de la formation politique au sein de cette dernière et à la relativité plus grande des points clefs de l’orthodoxie révolutionnaire (rôle central du prolétariat, nécessaire lutte violente contre l’Etat bourgeois, finalité communiste), le risque est d’invoquer une impossible pureté révolutionnaire… Si l’on excepte quelques redondances partielles dans le sommaire (entre thèmes et concepts, par exemple), le contenu est assurément d’un grand intérêt. On y trouve énumérés une série de concepts tangents, certains fort judicieux – déracinement, régionalisme, nation prolétaire, réseau, ou les relations discutables entre Chavez et Kadhafi (même si l’analyse de l’action du premier ne peut se réduire à cela) – d'autres plus discutables. Il en est ainsi pour l’antiaméricanisme (l’extrême gauche porte-t-elle véritablement ses coups principalement, sinon exclusivement, sur l’impérialisme étatsunien ?), la dénonciation de la société de consommation ou la revendication de libération nationale. Des sites et des personnages confusionnistes sont également recensés, qu’ils le soient implicitement (Michel Collon, Jean Bricmont, Tariq Ramadan ou, plus étonnant, Annie Lacroix-Riz) ou explicitement (Paul-Eric Blanrue, Jean-Paul Cruse, Jacques Cheminade, Pierre-Marie Gallois, L’idiot international ou les nationaux révolutionnaires, occasion d’un utile rappel de l’historique du national-bolchevisme). Même Le monde diplomatique, qualifié de « tiers-mondain », est critiqué pour avoir publié certains auteurs discutables comme James Petras. Parmi les annexes, on retiendra en particulier plusieurs textes des Redskinhead, exposant la tactique des militants d’extrême droite pour occuper l’espace médiatique de l’internet. Un ensemble inévitablement polémique, mais également salutaire.

En plus de ses numéros réguliers, la revue Ni patrie ni frontières propose de temps à autre des anthologies de textes publiés antérieurement, soit sur papier, soit sur son site, toujours dans son esprit premier, celui de rappeler les fondamentaux de la lutte révolutionnaire et de discuter des derniers concepts à la mode. Ainsi que Yves Coleman l’écrit en introduction, « Disséquer certains lieux communs ou idées reçues qui font consensus dans l’extrême gauche, dans le mouvement libertaire, voire plus généralement à gauche, telle est l’une des fonctions que tente de remplir Ni patrie ni frontières depuis 2002 » (p. 2). De cet épais volume, on retiendra en particulier, outre des analyses sur la nature et la singularité de Lutte ouvrière précédemment publiées dans Dissidences (Dissidences-BLEMR n°11), des articles autour de l’absence d’un réel danger fasciste à la présidentielle de 2002, sur la nécessité de s’opposer à la guerre en Irak de 2003 tout en n’oubliant pas de s’opposer également à Saddam Hussein, sur le manque d’un véritable internationalisme de la part de l’extrême gauche ou sur le refus de toute violence physique contre des ennemis de gauche, comme le Parti socialiste. Beaucoup de textes sont signés d’Yves Coleman, parmi lesquels une analyse fouillée autour du (pseudo ?) antisémitisme d’Hugo Chavez. De ces divers écrits, se dégage une pensée révolutionnaire marquée par le refus de l’électoralisme (critiquant le triomphalisme suite à la victoire du non pour le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen) et du multiculturalisme ; à cet égard, on signalera en particulier un texte de Janine Booth, de l’Alliance for workers liberty, sur « Les « différences culturelles » peuvent-elles excuser le sexisme ? » ou une analyse d’Yves Coleman renvoyant dos à dos Dieudonné et Finkielkraut. L’échange entre Yves Coleman et Vincent Présumey sur la laïcité française, que le premier voyait d’abord comme base d’un nationalisme de gauche, permet également d’entrer davantage dans la complexité des problèmes. On devine également un certain pessimisme sur le mouvement ouvrier actuel, qui n’aurait plus de réelle indépendance, sur le mouvement altermondialiste, accusé d’être ni révolutionnaire ni réformiste et « en grande partie sous la coupe idéologique du stalinisme » (p.375), ce dernier toujours vivace, le PCF étant censé être toujours stalinien… Une lecture qui reste en tout cas souvent fort stimulante.

[Ni patrie ni frontières, Yves Coleman, 10 rue Jean-Dolent, 75014 Paris, 10 ou 12 € le numéro, 28 € l’abonnement pour trois numéros, 54 € pour six numéros]

Il s'agit de la « Revue théorique du Parti communiste international », organisation dite de la gauche communiste italienne « bordiguiste ». Ce PCI est plus précisément issu de la scission conduite (entre autres) par l'ex-dirigeant communiste Amadeo Bordiga (exclu du Parti communiste italien en 1930) en 1952, au sein d'un Parti communiste internationaliste fondé à Turin en janvier 1946. Fidèle à ses objectifs de restauration théorique comme tâche fondamentale des révolutionnaires, Programme communiste propose dans ce numéro les derniers chapitres d'une étude de Bordiga, « Propriété et capital », la suite d'une histoire de la Gauche communiste allemande ainsi que les Thèses sur les soviets adoptées lors du 2eme Congrès de la Comintern. Retenons également un court article sur Roger Dangeville (décédé fin 2006). Militant du Parti communiste international de 1956 à 1966, celui-ci est surtout connu (bien que totalement oublié des militants de la gauche dite radicale actuelle) pour ses traductions et ses « gloses » de nombreux textes de Marx et Engels restès inconnus jusqu'alors, dans les années 1970, chez F. Maspero, 10-18, L'Herne ou Anthropos. On lui doit par exemple la traduction des Grundrisse de Marx, les textes sur la Chine, les écrits militaires, le parti de classe etc. En 1970, il traduit également le livre du philosophe marxiste tchèque Karel Kosik, La dialectique du concret, pour la Bibliothèque socialiste chez Maspero. Tout en reconnaissant la contribution de Dangeville à rendre « disponible pour les lecteurs francophones un certain nombre de textes introuvables, voires inédits » (p. 36), l'auteur (anonyme) de l'article critique à la fois ses positions programmatiques et théoriques, en particulier le fait d'avoir oublié la nécessité de créer un noyau, si restreint soit-il, de militants décidés à s'engager dans la création d'un parti de classe.

[Programme communiste, 4 € le n°, abonnement pour 4 n°, 16 €, www.pcint.org ]

Dans le prolongement des précédents numéros, la revue internationale de l’Union syndicale Solidaires propose un excellent dossier sur le syndicalisme égyptien. C’est un document réellement précieux, car le moins que l’on puisse dire est que le monde arabe, et a fortiori l’Egypte, apparaît bien loin des préoccupations hexagonales. Quand est évoqué le « printemps arabe », c’est le plus souvent à la Tunisie qu’il est fait allusion, pour d’évidentes raisons historiques. C’est précisément parce qu’il permet de surmonter cette méconnaissance que ces pages sont précieuses. Entretiens avec des acteurs du mouvement social, présentation de l’état de construction du syndicalisme indépendant, place des femmes dans les mobilisations, lien entre les luttes en Tunisie et en Egypte, le tout agrémenté de nombreux entretiens avec des acteurs de premier plan et des éléments de contextualisation. Ceci permet aux lecteurs francophones de se faire une idée un peu plus précise de l’ampleur des mobilisations en cours, dont le film Tahrir. Place de la Libération, donne une approche particulièrement vivante.

[Solidaires International, Union syndicale Solidaires, 2 € le n°, 144 boulevard de la Villette, 75019 Paris, contact@solidaires.org ]

Avec constance, les animateurs des CSR poursuivent la publication de leur revue, très axée sur l’engagement syndical au sein de la CGT. Le numéro 39 développe un important bilan de la lutte contre la réforme des retraites. Il revient également sur un épisode largement occulté, celui du Front unique antifasciste des années 1924-1926. le numéro d’hiver (n°40) propose un dossier sur les tendances syndicalistes révolutionnaires, ainsi qu’un aperçu du syndicalisme révolutionnaire en Espagne et en Grande Bretagne.

[Syndicaliste ! Revue des Comités syndicalistes-révolutionnaires, 2 € le n°, www.syndicaliste.fr ]

Les Temps nouveaux, n°2, hiver 2010-2011, « Travail, école, Europe. Les transformations nécessaires », 134 pages; n° 3, printemps-été 2011, « Social, politique, écologie. Inventer de nouvelles articulations », 140 pages.

Le numéro d’hiver de cette revue qui ambitionne de rassembler les militants unitaires du mouvement social s’ouvre par un éditorial d’Annick Coupé, la porte parole de Solidaires. Le volume est structuré par un dossier autour du thème « Changer le travail ». Le lecteur pourra y trouver des contributins de Jacques Rigaudiat, Rachel Silvera, Maryse Dumas (CGT) ou encore Thomas Coutrot (Attac). Un hommage vibrant est rendu à la militante d'AC (Agir ensemble contre le chômage) Claire Villiers, décédée d'un cancer en décembre 2010. Un autre ensemble permet de confronter les analyses de plusieurs responsables politiques et syndicaux à la gauche du PS, sur la question de l’Europe. Se succèdent ainsi plusieurs points de vue syndicaux (CGT, FIOM-CGIL, DGB) et politiques (O. Besancenot pour le NPA, C. Duflot pour les EE-LV, P. Laurent pour le PCF). Un autre mini-dossier porte sur le thème de l’école, face à l’involution de ce service public. Un important entretien avec Susan Georges sur les réponses à apporter à la crise conclut ce numéro.  Le numéro suivant s’ouvre par un éditorial de G. Aschiéri, ex-secrétaire général de la FSU. L’accent est mis, à travers le dossier, sur la recherche des alternatives politiques par les acteurs du mouvement social. Le grand entretien conclusif permet à Maryse Dumas, ex-secrétaire confédérale CGT, de revenir sur l’articulation nécessaire entre syndicalisme et transformation sociale.

[Les temps nouveaux, 14 € le numéro, 43 rue Jean Jaurès, 93200 Saint-Denis, www.lestempsnouveaux.fr ]

Encore un roboratif numéro de l’édition française éditée par diverses structures liées à la Gauche unitaire européenne (GUE) au Parlement européen. Le numéro comporte un dossier central sur la droite populiste et l’extrême droite en Europe. L’intérêt premier, bien que les contributions soient assez cursives, est de permettre de balayer l’essentiel du panorama dans l’Union européenne. Des études de cas sont proposées sur les Pays-bas, l’Autriche, la Belgique, l’Ukraine, la Finlande, avec une mise en perspective globale du phénomène par J. Y. Camus. Un ensemble d’autres contributions porte à la fois sur les révolutions arabes, le Brésil, Fukushima, l’austérité en Europe ou encore sur l’Allemagne. En même temps que ce numéro est publié un hors série, « Une crise de civilisation ? », offrant les communications présentées à l’occasion du colloque organisé en janvier 2011 par Espaces Marx à Paris. Autour de cinq grands axes (Crise planétaire, Crise du capitalisme, Nouvelle conception du développement humain, Une autre démocratie du local au mondial et, enfin, Les nouvelles conditions de la lutte des classes), on trouve rassemblés une quarantaine d’interventions, très diverses. Parmi les textes qui ont retenu notre attention, notons les articles de Isabelle Garo (« Lutte de classes et luttes d’idées »), de Michel Vakaloulis (« Crise économique, action collective et projet politique »), de Michaël Löwy (« Pour une société écosocialiste »)  ou encore de Jean Ziegler (« Crise planétaire et crise alimentaire »). De cet abondant matériau, le lecteur devrait trouver de quoi parfaire sa culture politique.

[Transform !, 10 € le n°, Espaces Marx, 6 avenue Mathurin Moreau, 75167 Paris Cedex 19, www.espaces-marx.org ]



Notes de bas de page


1 « « Produire des enfants » aujourd’hui : un défi pour l’analyse féministe », Anne-Françoise Praz, Marianne Modak, Françoise Messant, p. 4.
2 «  N’est pas mère qui veut. Le paradoxe de l’adoption internationale », Fenneke Reysoo et Pien Bos, p. 41
3 Introduction au dossier, coordonnée par Thérèse Locoh et Isabelle Puech, p. 20.
4 « Penser la mondialisation dans une perspective féministe », Jules Falquet, p. 85.
5 Voir à ce sujet, Anastasia Simonellio, « « Tout peut changer ». Les Progressistes de Cologne à l’aube des années 1930 », dans Dissidences, 9, « L’art comme résistance. Éveil politique et engagement des artistes dans les années 1930 », p. 14-28

Pour citer cet article


REVUE des REVUES : Premier semestre 2012 : Coordination : Christian Beuvain.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 3 - Printemps 2012, 5 mars 2012. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1865




 
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