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Bibliothèque de compte rendus : décembre 2011 > Littérature scientifique

compte rendu

Chroniques d’un incroyant tome 2, Paris, Les éditions libertaires, 2009, 136 pages, 10 euros.

Par Jean-Guillaume Lanuque


Bruno Alexandre

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Bruno Alexandre avait déjà livré un premier tome de ses Chroniques d’un incroyant (critiqué sur notre site), s’inscrivant dans cette tradition anticléricale et antireligieuse de l’anarchisme. Alors que ce premier volet était consacré aux religions du Livre, celui-ci se concentre exclusivement sur le catholicisme, plus précisément sur la notion pivot de péché originel.

Le premier texte s’intéresse à la progressive construction de la virginité de Marie(1), contre les textes des évangiles canoniques évoquant la fratrie de Jésus, sa pureté culminant dans le dogme de l’immaculée conception (à ne pas confondre avec celle de Jésus lui-même), décrété en 1854, puis de l’assomption en 1950. A travers cette quasi-divinisation de Marie, faisant presque d’elle une co-rédemptrice du genre humain, et dont la ferveur s’inscrit sans doute dans la lignée des cultes de déesses antiques telle Isis ou Cybèle, on est confronté directement à tout ce qu’une religion possède de construit et de matériel.

Le second texte de l’ouvrage rappelle et discute la conception augustinienne sur la nature du mal et l’invention du péché originel, s’attaquant à leur logique même et relevant ses contradictions intrinsèques (2). Bruno Alexandre développe tout particulièrement la question du sort des enfants non baptisés et celle du judéocide (pourtant qualifiée ici de Shoah, terme bien peu laïc), ouvrant sur les réactions des théologiens juifs à son égard (allant jusqu’à l’idée du retrait d’un Dieu qui se serait alors comme voilé la face).

Néanmoins, en dehors du fait que ces deux tomes des Chroniques d’un incroyant auraient certainement pu être réunis en un seul (éventuellement en se passant d’annexes comme la reproduction des bulles papales), toutes ces démonstrations, qui insistent sur les aspects anti-humanistes de la religion chrétienne catholique et sur l’opposition rédhibitoire entre foi et raison privilégie une lecture trop naïvement rationnelle des choses (la reconnaissance de la théorie de l’évolution par Jean-Paul II qui annulerait implicitement le péché originel), trop scientifique voire littérale, les croyants n’hésitant pas à se réfugier dans une lecture plus symbolique, et ne parlant surtout pas la même langue. Bruno Alexandre finit d’ailleurs par le reconnaître en conclusion : « L’irrationalisme hissé à la hauteur d’une valeur de foi : ne touche pas-t-on là à la schizophrénie ? Pas de doute que dans ces conditions, Dieu, malgré ses morts successives annoncées, ait encore un grand avenir ! (…) Hommes de raison, bon courage, notre combat est le combat de Sisyphe » (p.107).

 (1) Prosper Alfaric s’était déjà penché dans la question, ainsi qu’on a pu le redécouvrir dans Jésus a-t-il existé ?, Paris, Coda, 2005, chroniqué sur notre site.

 (2) Ainsi de l’opposition entre l’idée de pêcheurs damnés pour l’éternité en enfer et du message du Jésus des évangiles sur l’importance d’aimer et de pardonner à ses ennemis.


Pour citer cet article


Alexandre Bruno. Chroniques d’un incroyant tome 2, Paris, Les éditions libertaires, 2009, 136 pages, 10 euros. : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de compte rendus : décembre 2011, 4 décembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1772




 
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