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Bibliothèque de compte rendus : décembre 2011 > Littérature scientifique

compte rendu

La race des purs. Comment les Nord-Coréens se voient (The cleanest race. How North Korean see themselves – and why it matters), Paris, éditions Saint-Simon, 2011 (2010 pour l’édition originale), 184 pages, 19,50 €.

Par Jean-Guillaume Lanuque


B. R. Myers

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B.R. Myers est un des spécialistes étatsuniens de la Corée du nord, docteur d’une université allemande et vivant en Corée du sud. Avec ce petit livre, il choisit une approche délibérément axée sur l’idéologie, non celle du « juché », qu’il considère surtout comme un produit d’exportation d’une grande vacuité, mais ce qu’il présente comme l’idéologie réelle des Nord-Coréens, celle que partageraient aussi bien les masses que les dirigeants. L’historique qu’il fait du pays depuis le début du XXème siècle lui permet ainsi d’insister sur le rôle matriciel de la colonisation japonaise. Cette occupation, d’après lui, fut en effet soutenue par les élites coréennes, qui intégrèrent par la même occasion l’idéologie du fascisme nippon. C’est ce même type d’idéologie que l’on retrouve dans la Corée de Kim Il-Sung. Ses principales caractéristiques sont un sentiment de supériorité raciale, non pas physique, mais moral ; l’idée d’une vulnérabilité du peuple coréen du fait de cette pureté qui le rend innocent ; la nécessité subséquente d’un pouvoir fort pour protéger ce peuple fragile, pouvoir qualifié de « maternel » ; la volonté enfin d’isolationnisme mais non d’autosuffisance, l’aide étrangère étant acceptée et considérée comme un dû en raison de cette supériorité supposée. Pour valider ce cadre conceptuel, B.R. Myers analyse la propagande à usage interne de la Corée du Nord, aussi bien écrite qu’iconographique ou télévisuelle.

Le hic, c’est que les quelques preuves qu’il cite (l’expression « Mère Patrie », l’utilisation du blanc dans l’iconographie comme symbole de pureté) ne constituent pas de véritables faisceaux de preuves, probants, suffisants et incontestables. Ainsi, le fait qu’en 1945, Kim Il-Sung et ses collaborateurs ne maîtrisaient pas le marxisme-léninisme et aient intégré les anciens propagandistes pro-japonais, y compris aux plus hautes fonctions, ne suffit pas à justifier qu'ils aient conservé le cadre idéologique de la période japonaise sur la longue durée du régime. De même, la pseudo exaltation des instincts du peuple coréen, au détriment de la raison privilégiée par le marxisme, se heurte au puritanisme de la Corée du Nord. Enfin, l’idée d’une figure maternelle qu’incarneraient les dirigeants du pays conduit B.R. Myers à des développements psychanalytiques que l’on peut trouver fumeux1. Beaucoup d’affirmations dans ce livre, donc, dont plusieurs sont assurément pertinentes2.. Néanmoins, contrairement à l’auteur qui écarte comme non valides les analyses qui privilégient l’influence du stalinisme ou du confucianisme, il est sans doute préférable de privilégier l’idée de strates idéologiques, dont font partie ces éléments xénophobes et racistes qu’il présente (il ne remonte d’ailleurs pas suffisamment en amont dans le passé du pays, et ne compare pas suffisamment les deux Corées) sans en être exclusifs pour autant.


Pour citer cet article


Myers B. R.. La race des purs. Comment les Nord-Coréens se voient (The cleanest race. How North Korean see themselves – and why it matters), Paris, éditions Saint-Simon, 2011 (2010 pour l’édition originale), 184 pages, 19,50 €. : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de compte rendus : décembre 2011, 3 décembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1762




 
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