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Bibliothèque de comptes rendus : février 2012 > Nos archives : le mouvement syndical

compte rendu

Vers une Europe syndicale. Une enquête sur la Confédération européenne des syndicats, Bellecombe-en-Bauges, Editions du Croquant, 2005.

Par Georges Ubbiali


Anne-Catherine WAGNER

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La récente campagne référendaire sur le traité constitutionnel de l’Union Européenne a mis en avant la notion d’Europe sociale et de ses acteurs. En ce qui concerne le mouvement syndical, le lecteur disposait de quelques sources pour aborder cette question. Mais il s’agissait soit de livres d’autocélébration (Gabaglio, Dølvik ), soit d’analyses centrées sur les institutions (Dufour & Hege ) ou basées sur la documentation écrite (Gobin). L’ouvrage de A.C. Wagner, précédé par un article remarqué dans les Actes de la recherche en sciences sociales, offre un angle nouveau et inédit pour comprendre la Confédération européenne des syndicats (CES). Non contente de faire usage de toute la documentation disponible, A.C. Wagner s’est immergée au sein de ce milieu du syndicalisme international, pour rencontrer les acteurs, analyser leurs trajectoires, participer à des stages de formation, bref pour essayer de comprendre la face cachée de l’internationalisation/européanisation du mouvement syndical afin d’en révéler les conditions, les formes et les difficultés. Divisé en quatre chapitres, son ouvrage constitue un éclairage de première importance sur la question de l’Europe. Le portrait qu’elle dresse de la CES n’est pas franchement flatteur. Création, y compris dans ses financements, de la Commission (Chap. 1, « Un syndicalisme des institutions européennes »), la CES est l’illustration même d’un syndicalisme par en haut. Il faut reconnaître que les conditions de l’internationalisation du syndicalisme sont loin d’être évidentes, ne serait ce que par les maîtrises linguistiques nécessaires (Chap. 2, « La construction « militante » de savoir-faire européens »). Malgré ses limites, son institutionnalisation, la CES n’en constitue pas moins, selon elle, le vecteur incontournable d’un saut internationaliste du syndicalisme. Selon la sociologue, c’est essentiellement par la subversion du rôle des comités d’entreprise européens (dont elle livre une passionnante analyse, mettant au centre les marginaux du syndicalisme, comme les immigrés, détenteurs de ressources linguistiques rares), que cette européanisation peut se réaliser. A l’encontre d’un certain nombre de critiques contre un syndicalisme inféodé aux institutions européennes, elle propose au contraire une appropriation critique de la CES pour en faire un outil militant en mesure de répondre à l’internationalisation du capital. Un livre d’un grand intérêt, sous une forme ramassée, pour celles et ceux qui, tournant le dos à la régression nationaliste, en appellent à une Europe sociale.

-Dølvik Jon Eric, L’émergence d’une île ? La CES, le dialogue social et l’européanisation du mouvement syndical dans les années 1990, Bruxelles, ISE, 1998.
-Dufour Christian & Hege Adelheid, L’Europe syndicale au quotidien. La représentation des salariés en France, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie, Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2002.
-Gabaglio Emilio, Qu’est ce que la CES ?, Paris, Archipel, 2003.
-Gobin Corinne, L’Europe syndicale entre désirs et réalité, Bruxelles, Labor, 1997.
-Wagner Anne-Catherine, « Syndicalistes européens. Les conditions sociales et institutionnelles de l’internationalisation des militants syndicaux », ARSS, 2004, n° 155.


Pour citer cet article


WAGNER Anne-Catherine. Vers une Europe syndicale. Une enquête sur la Confédération européenne des syndicats, Bellecombe-en-Bauges, Editions du Croquant, 2005. : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : février 2012, 4 novembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1736




 
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