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Bibliothèque de comptes rendus : janvier 2012 > Nos archives du mois : lutte armée et terrorisme

compte rendu

Les fanatiques. Histoire de l’armée rouge japonaise, Paris, Seuil, collection « l’épreuve des faits », 2002, 304 pages

Par Jean-Guillaume Lanuque


Michaël PRAZAN

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Journaliste et documentariste (Japon : les années rouges, Arte, février 2002) maîtrisant le japonais, Michaël Prazan a choisi de s’intéresser à l’armée rouge japonaise, groupe terroriste d’extrême gauche dont le fait d’arme le plus connu reste sans doute la fusillade de l’aéroport de Lod en Israël, au mois de mai 1972. Si l’on peut contester son style, parfois trop léger ou romancé, lorsqu’il essaie de reconstituer certains événements de manière réaliste, et les diverses répétitions qui émaillent son récit, il n’en reste pas moins que son livre constitue une utile présentation de ce groupe à la fois unique et semblable à ses contemporains d’Europe. Né dans un contexte de radicalisation étudiante – occupation des facultés, barricades, manifestations de rues spectaculaires contre la guerre du VietNam – et de violents affrontements internes et externes, le Sekigun-Ha (faction armée rouge) se forme à l’été 1969 à partir d’éléments exclus du Bundo, organisation trotskyste apparue en 1958. Une première vague d’arrestations à l’automne n’entame pas la détermination de ses militants, qui prennent comme objectifs, outre les banques pour financer leurs activités, la police japonaise. A compter de 1970 et de la fusion avec le Keikin ampo Kyoto (comité de lutte Tokyo-Yokohama contre le Traité de sécurité nippo-américain), qui crée le Rengo Sekigun (armée rouge unifiée), trois branches distinctes peuvent être distinguées : un groupe de militants installés en Corée du Nord suite à un détournement d’avion en mars 1971, et qui finissent par dépendre de ce régime ; un second groupe, resté au Japon, qui s’autodétruira à partir de 1972 dans une atmosphère qui semble plus relever de la secte que de l’organisation politique ; quand au troisième, il s’agit de ce que l’on pourrait appeler la branche internationaliste, dirigée par Fusako Shigenobu. C’est cette organisation qui, installée au Liban et devenue partenaire du FPLP de Georges Habbache, marqua les années 70par ses actions : fusillade de Lod, détournements d’avions, attaques d’ambassades et prises d’otages, atteintes aux intérêts des multinationales. Reste que, dépourvu de véritable base de masse, le Nihon Sekigun (armée rouge japonaise) changera plusieurs fois de QG, de soutien (la Lybie dans les années 80, la Syrie après 1989) et même de nom, se faisant ainsi appeler Brigade internationale anti-impérialiste à partir de 1983. Par ailleurs, au fil des années 90, Fusako Shigenobu semble avoir évolué vers un ralentissement de la lutte armée, pour finalement vouloir l’abandonner en 2000, au moment de son arrestation au Japon. Elle dissoudra d’ailleurs officiellement l’armée rouge japonaise l’année suivante. Elle avait de surcroît créé en 1990 le Kakumeito (parti révolutionnaire du peuple), couverture du Sekigun qui aurait pu devenir l’équivalent de Batasuna pour ETA. Mais le discours politique de l’armée rouge japonaise, qui semble bien relever de l’extrême gauche, demeure relativement survolé par l’auteur, qui ne le cite qu’à quelques reprises (solidarité avec la lutte des peuples palestinien ou vietnamien). De même, l’analyse de cette trajectoire, du pourquoi de cette « dérive » reste inachevée, et l’invocation de la défaite et du traumatisme de 1945 ne peut certainement pas suffire à tout élucider…


Pour citer cet article


PRAZAN Michaël. Les fanatiques. Histoire de l’armée rouge japonaise, Paris, Seuil, collection « l’épreuve des faits », 2002, 304 pages : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : janvier 2012, 3 novembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1523




 
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