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Bibliothèque de comptes rendus : janvier 2012 > Nos archives du mois : lutte armée et terrorisme

compte rendu

Les stores rouges. Au cœur de l'infiltration et de l'arrestation d'Action directe , Paris, éditions des équateurs, 2008, 286 pages, 19 euros

Par Jean-Guillaume Lanuque


Jean-Pierre POCHON

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Avec ce livre, nous bénéficions du témoignage d'un responsable policier des Renseignements Généraux sur la première période d'Action directe (AD), courant de 1979 à 1982. Jean-Pierre Pochon fut en effet nommé en septembre 1979 à la tête de la Brigade opérationnelle centrale sise à Paris. Sous ce titre qui fait allusion au témoignage d'André Olivier sur l'attentat contre le siège du CNPF le 1 er mai 79 (reconnaissable par ses stores rouges), l'histoire que nous découvrons est un éclairage de l'autre côté de la barrière (ou du « miroir », pour reprendre le mot de l'auteur). Il ne s'agit pas d'une étude exhaustive et sereine, non plus que d'une reconstitution minutieuse : Jean-Pierre Pochon ne masque pas ses opinions, et il raconte les événements à l'aide de sa mémoire et de quelques documents dont il ne cite pas les sources précises, en recomposant les dialogues (non sans un usage immodéré du point d'exclamation !). Son récit est aussi l'occasion de rendre hommage à son ami Gabriel Chahine, exécuté par AD en raison de son rôle d'indicateur pour la police en mars 1982 ; Pochon voit d'ailleurs dans cet assassinat le début d'une radicalisation meurtrière du groupe.

Le gros du livre est donc consacré à la traque des principaux dirigeants d'AD à la charnière des années 70 et 80, avec filatures, tentatives de retournements de certains militants, écoutes téléphoniques, jusqu'au piège tendu à travers la possibilité d'une collaboration avec Carlos pour faire sauter le barrage d'Assouan, qui permit l'arrestation de Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon en septembre 1980. Peu d'informations capitales, mais les coulisses de la lutte de l'Etat contre certains de ses opposants d'extrême gauche, une lutte aux motivations flirtant parfois avec la vénalité (les « dix briques » de prime donnés à Chahine). Avec l'arrivée au pouvoir de la gauche, Pochon se sent de plus en plus isolé, d'autant qu'il est en désaccord avec la politique d'amnistie, ayant la volonté de traiter les deux extrêmes de la même manière. Le livre se termine avec l'arrestation de Joëlle Aubron après la découverte d'une cache d'armes dans un garage en avril 1982, et la nomination du commissaire aux Antilles. De quoi abonder dans le sens de l'idéologie officielle et sans doute faire contrepoint aux sympathisants proches ou lointains de la lutte armée façon AD.


Pour citer cet article


POCHON Jean-Pierre. Les stores rouges. Au cœur de l'infiltration et de l'arrestation d'Action directe , Paris, éditions des équateurs, 2008, 286 pages, 19 euros : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : janvier 2012, 3 novembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1520




 
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