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Bibliothèque de comptes rendus : janvier 2012 > Nos archives du mois : lutte armée et terrorisme

compte rendu

Histoire désordonnée du MIL, Montreuil, L’Echappée, collection « Dans le feu de l’action », 2005, 122 p. (réédition de 1 000, histoire désordonnée du MIL, Editions Dérive 17, 1985.)

Par Christian Beuvain


André CORTADE

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Publié sous le pseudonyme collectif de « André Cortade » cette réédition offre un ensemble de textes du Mouvement ibérique de libération (MIL), organisation espagnole des années 70 plutôt inclassable. En effet, suivant l’auteur, son existence gêna aussi bien l’ultra gauche théorique européenne (à cause des attaques de banques assimilées à de la délinquance) que ceux qui devinrent trop vite des « professionnels de l’activisme », et ici le MIL visait la Fraction armée rouge ou les Brigades rouges, à cause de la critique de l’activité armée comme activité séparée, comme activité devenant autonome du mouvement révolutionnaire. Ces documents permettent d’en apprendre plus sur le MIL même si il est indéniable que les militants libertaires qui signent sous ce pseudonyme ont opéré un choix parmi toute la production écrite du groupe, choix assumé et revendiqué dans la préface [les lecteurs intéressés ne manqueront pas, bien sûr, de se reporter à l’article de Sergi Rosès Cordovilla, « Une ébauche de l’histoire du MIL » dans le n° 1, « Révolution, lutte armée et terrorisme », de notre nouvelle collection chez L’Harmattan, février 2006]. Ce recueil permet également de prouver que cette organisation ne se réduit pas à la figure devenue emblématique de Salvador Puig Antich, mis à mort par l’Etat franquiste au moyen du garrot le 2 mars 1974. Avant toute chose, il faut souligner que ce nom de « MIL » ne recoupa jamais avec précision une organisation centralisée : ce fut plus un sigle, voire une signature à la limite de la dérision pour certains, MIL pouvant dans ce cas signifier « mille », c’est-à-dire un nombre de militants absolument hors de propos avec la réalité ! Ensuite, d’après André Cortade, les militants qui ont appartenu ou qui se sont reconnus dans ce MIL l’ont fait « au point de contact de deux idées-forces : renouer intelligemment avec la tradition activiste anarchiste en appui et en incitation aux luttes les plus radicales [et] dépasser l’antifascisme, le syndicalisme et les positions désarmées du gauchisme pour aborder un projet révolutionnaire moderne » (p. 16). Le point de départ se situe au mitan des années 60-70, lorsque trois groupes, profondément liés depuis longtemps au mouvement ouvrier espagnol (passés par exemple par des organisations comme « Accion communista » ou «  Qué hacer ? (Que faire ?) ») et nommés respectivement ET pour Equipe théorique, EE pour Equipe extérieure et EO pour Equipe ouvrière se retrouvent à la fois autour d’un Dictionnaire du mouvement ouvrier et dans un conflit très radical à Barcelone, celui des usines Harry-Walker (Solex). Ensuite, entre conflits de tendances – activisme anarchiste style « bras armé » pour les uns, renouvellement des perspectives révolutionnaires par emprunts au conseillisme et à l’Internationale situationniste pour certains, positions proches du syndicalisme révolutionnaire pour d’autres – expropriations de banques et création d’une maison d’édition, ces militants vont se retrouver en première ligne de la répression franquiste, jusqu’aux arrestations massives de septembre 1974, aux procès et aux exécutions (Puig Antich, Heinz Ches, Oriol Solé). Les documents de cet ouvrages sont regroupés chronologiquement mais aussi thématiquement, chaque période, il est vrai très brève, de l’existence du MIL (1969 à 1974), apportant une clarification et un approfondissement des positions théoriques de ce groupe. Parmi ces textes, des communiqués publiés à la suite d’expropriations de banques, des articles écrits dans la revue fondée en avril 1973, CIA (Conspiration internationale anarchiste), des lettres de prison, des tracts publiés en France par des groupes révolutionnaires en soutien au MIL, des critiques théoriques de l’idéologie du groupe etc. Une chronologie générale, une bibliographie plutôt bien fournie en sources primaires et un schéma, par contre trop approximatif, des groupes révolutionnaires espagnols complètent très utilement ce recueil qui constitue un point de départ pour des recherches futures sur cette organisation atypique. Notons enfin que cet ouvrage est publié par une toute jeune maison d’édition libertaire soucieuse de retrouver une aspiration à révolutionner l’époque « à travers des écrits pour abolir l’objet éphémère de la pure consommation ».


Pour citer cet article


CORTADE André. Histoire désordonnée du MIL, Montreuil, L’Echappée, collection « Dans le feu de l’action », 2005, 122 p. (réédition de 1 000, histoire désordonnée du MIL, Editions Dérive 17, 1985.) : Par Christian Beuvain.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : janvier 2012, 3 novembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1505




 
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