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Bibliothèque de comptes rendus : janvier 2012 > Nos archives du mois : lutte armée et terrorisme

compte rendu

Le MIL. Une histoire politique , La Bussière, Acratie, 2007, 200 p., 17 euros

Par Jean-Guillaume Lanuque


Sergi Rosés CORDOVILLA

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Nous avions publié, dans le premier volume de la collection Dissidences consacré à « Révolution, lutte armée et terrorisme », un article de Sergi Rosés Cordovilla intitulé « Une ébauche de l'histoire du MIL ». Ce livre n'est autre que l'étude complète sur la question ; une étude d'ailleurs extrêmement pointue, minutieuse et référencée, qui souhaite en finir avec les mythes sur le sujet (1) et les travaux partiels ou partiaux des auteurs antérieurs.

Les origines du Mouvement ibérique de libération – groupes autonomes de combat (MIL-GAC) à la charnière des années 60 et 70, et leurs discussions politiques sont tout particulièrement détaillées. D'un côté, un groupe de militants à Barcelone, en recherche de clarification théorique (plutôt conseillistes, ils ont des contacts fraternels avec La Vieille Taupe) et désireux d'aider aux luttes ouvrières et à leur autonomie vis-à-vis des bureaucraties syndicales et réformistes. De l'autre côté de la frontière, à Toulouse, un militant, Oriol Solé qui, s'associant au groupe Vive la Commune (celui de Jean-Marc Rouillan, qui sera plus tard membre d'Action Directe (2)), décide la création du 1000 en janvier 1971. Ils s'engagent dans la lutte armée, au départ dans le cadre du soutien aux accusés du procès de Burgos (3), toujours dans l'optique d'un soutien à la lutte de classe du prolétariat. Perdant en grande partie le contact étroit avec le militantisme ouvrier, le MIL-GAC s'assigne un objectif double : l'édition de textes permettant la redécouverte d'un patrimoine communiste de gauche, encore largement méconnu en Espagne (par le biais des éditions Mayo 37) et « l'agitation armée » ; essentiellement des expropriations finançant le travail éditorial et permettant de soutenir des grèves.

Si Rosés Cordovilla ne s'appesantit pas sur l'analyse sociologique du groupe, ce qui n'est pas sa problématique, il fait preuve d'un réel effort de remise en perspective, expliquant l'essor d'une violence révolutionnaire dans la première moitié des années 70 par la répression accrue de l'Etat espagnol à l'égard des luttes. Il ne tait pas non plus les contradictions internes du MIL-GAC, sur l'importance ou non de la question nationale, et surtout sur la constitution ou non d'un groupe organisé qui s'assume en tant que tel. C'est ce qui explique les divergences croissantes en 1973 entre les « activistes » et les « propagandistes », ces derniers attachés au progrès de la « bibliothèque socialiste », conduisant à l'autodissolution du MIL-GAC au mois d'août de la même année, afin de séparer distinctement les deux axes. L'étude s'arrête toutefois en septembre 1973 et à la vague d'arrestations concomitante. Un ouvrage de référence, à la bibliographie solide, dont on regrettera simplement qu'il ne contienne pas d'organigramme récapitulatif ou de tableaux synthétiques sur les membres du MIL.

 (1) Ainsi de la réunion des trois « équipes », une confusion visible par exemple sur l'article de Wikipédia.

(2) Voir Jean-Marc ROUILLAN, De mémoire. Les jours du début : un automne 1970 à Toulouse .

(3) Procès de seize "etarras" (membres de l'organisation terroriste basque ETA) qui émut et mobilisa l'opinion internationale.


Pour citer cet article


CORDOVILLA Sergi Rosés. Le MIL. Une histoire politique , La Bussière, Acratie, 2007, 200 p., 17 euros : Par Jean-Guillaume Lanuque.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : janvier 2012, 3 novembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1503




 
Revue électronique Dissidences...-