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Bibliothèque de comptes rendus : novembre 2011 > Littérature scientifique

compte rendu

Tous dans la rue. Le mouvement social de l’automne 2010, Paris, Seuil, 2011, 177 p., 12 €

Par Georges Ubbiali


Aguiton Christophe

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Publié en janvier 2011, soit quelques semaines après la fin du mouvement de protestation et de grève contre la réforme des retraites de l’automne 2010, ce livre pourrait apparaître comme figurant dans la catégorie des fast-books, ces livres qui cherchent à coller à l’évènement. En fait, ce n’est pas exactement le cas. Après une salutaire et vigoureuse préface de Gérard Mordillat (« Dès lors se pose la question : combien faudra-t-il de temps pour renverser ce gouvernement de riches, par les riches, pour les riches, et rendre à la démocratie sa définition première, le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ? », p. 10) se déploient huit contributions, avec, c’est la rançon du genre, des textes plus ou moins profonds. Le premier article prend la forme d’un dialogue entre le sociologue Robert Castel et le juriste Alain Supiot. Ces deux universitaires de renommée en appelle au respect de la démocratie, déplorant précisément que n’existe pas une vraie social-démocratie dans l’hexagone (« Cette soumission de tous les partis de gouvernement à la dictature des marches financiers nourrit le sentiment d’une absence d’alternative politique », p. 23), oubliant au passage que dans les pays où existe cette véritable social-démocratie qu’ils appellent de leurs vœux, la situation n’est guère différente. L’article qui suit, de Frédéric Lordon, est la reprise d’un texte paru dans le Monde diplomatique. L’auteur y insiste fortement sur l’adossement de la « réforme » des retraites sur la financiarisation/capitalisation. La contribution d’Arnaud Chevalier (L’Europe et nos retraites) vise à déconstruire l’argument selon lequel « les autres pays européens ont déjà conduit leur réforme. Alors pourquoi pas nous ? ». Chevalier y montre l’ampleur de la régression que constitue la « réforme », y compris au regard des politiques conduites dans d’autres pays de l’UE. C’est à nouveau sous la forme d’un dialogue que se présente la question de la combativité. Dialogue entre C. Aguiton et L. Mathieu, qui dépasse largement la question du mouvement en faveur de la retraite pour inscrire ces mobilisations dans une séquence longue de luttes sociales. L’entretien qui suit avec Camille Peugny permet de dresser un état des lieux des travaux sur la jeunesse, polémiquant au passage avec Louis  Chauvel sur la question des générations. Dans la lignée des grandes réflexions social-démocrates (cf. les travaux de Esping-Andersen), C. Peugny en appelle à renverser les priorités en matière d’éducation et à mettre l’accent sur l’enseignement de base, plutôt que sur celui réservé aux élites. Yves Sintomer et Emmanuel Renault  abordent ensuite la dimension proprement politique du mouvement en devisant sur l’état du néolibéralisme, avec quelques constats de grande pertinence. Bastien François, politologue, en appelle pour sa part à réformer la Ve République, puisqu’en finir avec les institutions de la république, c’est permettre le renouveau démocratique. Enfin, « Le retour de la guerre sociale » par Pierre Dardot et Christian Laval, tranche assez fortement par la radicalité du ton. Pour eux, derrière la question des retraites, ce que le mouvement a critiqué, c’est l’assujettissement à la discipline du travail et la volonté de rompre avec l’extorsion de la plus value absolue. Pour faire front à cette dégradation des conditions de vie, il faut, argumentent-ils aller vers le blocage total du pays, car la politique néolibérale est tout simplement in-négociable. « Avec la pratique du blocage s’inventent donc des formes de lutte et des façons communes de résister en adéquation avec la perception du caractère total de la rationalité néolibérale (…) », p. 162, concluant cet ensemble de contributions par une tonalité particulièrement roborative, souhaitant que le « mouvement de l’automne 2010 n’est pas défait, mais seulement suspendu ».


Pour citer cet article


Christophe Aguiton. Tous dans la rue. Le mouvement social de l’automne 2010, Paris, Seuil, 2011, 177 p., 12 € : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : novembre 2011, 2 novembre 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1473




 
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