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Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011 > Littérature scientifique

compte rendu

La joie armée, Genève, Entremonde, 2010, 72 p., 5 €

Par Georges Ubbiali


Alfredo M. BONANNO

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Ce court texte a été édité en 1977 en Italie. Son auteur a été emprisonné 18 mois après son écriture. Il a de nouveau été arrêté en 1997 en Italie dans le cadre d’une opération de police contre les anarchistes insurrectionnalistes. Il est actuellement emprisonné en Grèce, accusé de braquage à main armée. L’ouvrage capte le lecteur dès la première phrase : « Mais pourquoi ces foutus jeunes ont-ils tiré dans les jambes de Montanelli ? N’aurait-il pas été mieux de lui tirer dans la bouche ? », ajoutant quelques lignes plus loin : « L’estropier signifie l’obliger à boiter, l’obliger à se souvenir. Par contre, ça aurait été un divertissement plus agréable de lui tirer dans la gueule, avec la cervelle qui lui sort des yeux ». En fait, ainsi qu’on peut le deviner à travers cette courte citation, le propos hésite entre l’analyse politique et le pamphlet situationniste. On pourrait sans problème rattacher le propos de Bonanno au registre nietzschéen qu’évoque Irène Pereira (Les grammaires de la contestation, compte-rendu sur ce site). Manifestant un vitalisme profond, l’auteur en appelle à rompre définitivement avec le travail : « A l’éthique du travail, il faut opposer l’esthétique du non-travail », p. 23. C’est par un effort volontariste que les prolétaires peuvent espérer rompre avec le spectacle enchanté de l’économie politique : « Avec les schémas et les gadgets quantitatifs, on reste dans le fictif, c’est-à-dire dans le projet illusoire de la révolution, amplification du spectacle du capital ; avec l’abolition de l’éthique productive, on entre de plain-pied dans la réalité révolutionnaire », p. 28. A l’éthique du travail, il faut opposer l’esthétique de la joie et du jeu. Dans des formulations pas toujours aisées à suivre, l’auteur en vient à considérer que le jeu n’est pas un passe-temps, mais une arme de lutte. Il suffit d’un glissement supplémentaire pour passer à la lutte des armes. Lutte armée, dont Bonnano annonce par ailleurs qu’elle ne se résume pas au simple usage des armes. Dans un langage qui ne respire pas franchement la clarté, l’auteur se réfère à l’exaltation des forces de la vie : « on préfère faire l’amour, fumer, écouter de la musique, marcher, dormir, rire, jouer, tuer des policiers, tirer dans les jambes des journalistes, juger les magistrats, faire sauter en l’air les casernes de carabiniers », p. 49. La veine spontanéiste domine le raisonnement, qui part dans toutes les directions à la fois. Bonnano en vient à dénoncer la menace de l’hôpital psychiatrique et le cimetière qui guette en permanence le compagnon, s’il ne passe pas à l’acte (entendu, l’usage de la mitraillette). Finalement, il en vient à revendiquer la plus totale extériorité à ce monde de la marchandise et du spectacle généralisé. Pour sa part, tel le baron de Münchhausen se tirant par les cheveux de la mare dans laquelle il était tombé, il propose le grand voyage dans la joie : « Le plus grand spectacle d’illusionnisme au monde ne tient plus sous son charme. Nous somme sûrs que, de notre lutte, ici et maintenant, émergeront les communautés de la joie. Et pour la première fois, la vie triomphera de la mort », conclut-il ces quelques pages de rupture totale avec l’hallucination marchande.


Pour citer cet article


BONANNO Alfredo M.. La joie armée, Genève, Entremonde, 2010, 72 p., 5 € : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011, 31 août 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1386




 
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