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Bibliothèque de comptes rendus : août 2011 > Littérature scientifique

compte rendu

Armand Simon, un surréaliste singulier, Bruxelles, éditions Le Bord de l’eau, Collection La muette, 2010, 127 pages, 22 €.

Par Frédéric Thomas


Jacques DEMOULIN
Guidino GOSSELIN

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Ce livre se propose d’éclairer la vie et l’œuvre du dessinateur surréaliste belge Armand Simon grâce à la psychanalyse. Il est vrai que ses dessins, où abondent les corps recomposés de femmes et les références implicites ou explicites à la sexualité, se prêtent assez bien à une telle lecture. À ce propos d’ailleurs, les auteurs ont raison de souligner la singularité de Simon par rapport à la vision surréaliste idéalisée de la femme : « son œuvre crie l’omniprésence d’une autre femme, celle de l’énigme et du rapport sexuel impossible » (page 38). Encore convient-il de noter que cette idéalisation de la femme n’était pas propre à tous les surréalistes. De plus, s’appuyant sur les propres expressions de Simon, le livre souligne l’importance de la découverte des Chants de Maldoror pour lesquels il livra parmi ses plus beaux dessins (dommage que le projet d’illustrer Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud n’ait pas abouti).

Malheureusement, cette lecture psychanalytique est trop unilatérale et fausse la réception et la compréhension des dessins d’Armand Simon. Ainsi, il aurait été nécessaire de confronter la psychanalyse à l’usage qui en est fait au sein du surréalisme, et à son détournement de « l’inquiétante étrangeté » freudienne. Surtout, l’analyse reproduit la double tendance dominante de neutralisation du surréalisme, par le biais d’une individualisation et d’une dépolitisation de son action. Contrairement à l’image donnée ici, Armand Simon, aussi solitaire qu’il ait été, a bien participé pendant une dizaine d’années aux activités surréalistes, et signé une série de tracts collectifs du surréalisme révolutionnaire. Il est même à l’origine du nom du groupe « Haute nuit » après la Seconde Guerre mondiale. Cette absence de contextualisation est d’autant plus regrettable que la période la plus riche et foisonnante de ses dessins correspond à la fois à sa participation aux groupes surréalistes et à une époque particulièrement troublée (les années 30 et 40). Par ailleurs, un rapprochement avec les autres œuvres graphiques (collages, photos, etc.) de surréalistes contemporains ou proches (notamment Artür Harfaux), et avec l’écho soulevé par l’œuvre d’Isidore Ducasse, aurait permis de mieux cerner l’originalité de Simon.

Mais la première qualité de cet essai est indéniablement, à travers la reproduction de qualité d’une série importante de dessins (dont les auteurs ici ou là proposent des pistes d’interprétation), de nous inviter à (re)découvrir l’œuvre d’Armand Simon. La plupart des dessins des années 30 et 40 ont gardé toute leur puissance originelle, cette « hygiène noire » dont parlait Yves Bonnefoy.


Pour citer cet article


DEMOULIN Jacques et GOSSELIN Guidino. Armand Simon, un surréaliste singulier, Bruxelles, éditions Le Bord de l’eau, Collection La muette, 2010, 127 pages, 22 €. : Par Frédéric Thomas.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : août 2011, 26 juillet 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1345




 
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