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Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011 > Nos archives du mois : le mouvement féministe

compte rendu

Le siècle des féminismes, Paris, Editions de l'Atelier, 2004, 463 p, 27 euros.

Par Hervé Chalton.


Eliane GUBIN (dir.)
Catherine JACQUES(dir.)
Florence ROCHEFORT(dir.)
Brigitte STUDER(dir.)
Françoise THEBAUD(dir.)
Michelle ZANCARINI-FOURNEL (dir.)

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Presque trente auteures, de diverses nationalités, réunies pour le bilan d'un siècle. Aux communismes jalonnant et construisant ce 20e siècle, les féminismes l'érigent comme celui de ses combats, de ses libérations, de ses émancipations identitaires. L'histoire du féminisme est fluctuante, les mouvements avancent puis reculent selon les contextes favorables ou tragiques ; la disparité des organisations et des engagements justifient alors le pluriel du terme, adopté par les auteures. Ces variations, en terme de revendications, de formes de mobilisation, de conceptions militantes, ces divers lieux et temporalités servent de support à cette synthèse, optant pour un découpage thématique et structuré en six grandes parties. Loin de se résumer en quelques lignes, à une seule finalité recherchée et aboutie, ou à une chronologie progressive et linéaire de progrès, ce livre est conçu pour aborder un thème indépendamment des autres, une multitude d'entrées sont disponibles aux lecteurs, où l'histoire rend alors compte des approches ou actions partagées, quelque fois embrouillées, de militant(e)s, femmes et hommes, aspirant à l'égalité et à la libération des femmes. Ouvrons nous d'abord aux débats historiographiques ; l'acquis d'une perspective historique en deux grandes vagues - de la IIIe République (recherche de l'égalité des sexes) à l'après- guerre (recherche de l'épanouissement personnel) - amène à désigner deux courants, universaliste et différentialiste, à construire des notions clés et indispensables (sexe et genre, patriarcat) pour parler de rapports sociaux de sexe. Entrons ensuite dans l'histoire de ce siècle. Impulsion mondiale au terme du 19e siècle, les réseaux internationaux se développent jusqu'à la veille de la première guerre mondiale. L'Union sacrée éclate le mouvement qui, dans les années 1930, se positionne alors soit dans le camp pacifiste et antifasciste, soit dans une posture de responsabilité citoyenne en valorisant une politique maternaliste qui n'a pas de peine à trouver ses partisans, en phase avec le modèle patriarcal de l'Etat providence de l'époque. Entre les années 1920 et les années 1960, le féminisme est confronté à des oppositions redoutables, l'âpreté des luttes, les ruptures au cours du siècle puis la guerre de 1939 sonnent le glas des mouvements féministes ; il est remis à l'honneur dans les années 1960-70 par des femmes pensant d'ailleurs vivre l'année zéro du féminisme.

En s'ouvrant dès lors au chapitre des pratiques militantes, les distinctions et évolutions entre les deux vagues prennent encore toute leur importance. La première, réformiste, conserve un seuil de transgression. Parole limitée, le modèle du militantisme est la parole écrite, symbolisée par un certain nombre de personnalités. C'est d'une autre manière que la deuxième vague combat les règles et les hiérarchies ; ces pratiques militantes s'expriment par la confrontation des subjectivités dans un cadre de non mixité, elle est construite et portée par un réseau d'anonymes. Enfin, nouvelles pages à ouvrir parmi d'autres, une lecture plurielle par les lieux pour appréhender l'espace des féminismes hors Occident ou encore parcourir, entre deux chapitres, le passage de ses heures sombres, à l'épreuve du nazisme. Sans doute un petit regret à avoir parmi cette somme de lecture, certains choix nécessairement arbitraires des auteures : rien sur l'Europe de l'est et rien sur l'antiféminisme participant pourtant clairement à la construction même du mouvement.

Saluons donc cette démarche de mise en perspective des féminismes qui comble alors le vide d'une histoire souvent mal connue (1), dite sans mémoire. Cette écriture a d'abord une fonction identitaire et mémorielle, notamment pour les nouvelles générations qui ignorent souvent les durs combats des femmes pour leur émancipation. Elle permet ensuite d'installer le féminisme - si ce n'était déjà fait - dans l'histoire généraliste du 20e siècle, acteur réel de son siècle, de son cheminement politique, social et culturel.

(1) Cf. les 5 tomes de L'histoire des femmes, dirigés par Georges Duby et Michelle Perrot, qui signe d'ailleurs la préface de ce livre.



Pour citer cet article


(dir.) Eliane GUBIN, JACQUES(dir.) Catherine, ROCHEFORT(dir.) Florence, STUDER(dir.) Brigitte, THEBAUD(dir.) Françoise et (dir.) Michelle ZANCARINI-FOURNEL. Le siècle des féminismes, Paris, Editions de l'Atelier, 2004, 463 p, 27 euros. : Par Hervé Chalton..

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011, 22 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1197




 
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