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Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011 > Nos archives du mois : le mouvement féministe

compte rendu

L'éducation des filles en France au XIXe siècle , Paris, Perrin, Collection Tempus, 2008, (1 ère édition, Hachette, 1979), 373 p., 9,50 €. Bibliographie mise à jour.

Par Jean-Paul Salles


Françoise MAYEUR

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Saluons la réédition de la thèse de Françoise Mayeur en livre de poche. Malgré sa relative ancienneté, l'ouvrage est utile en ce qu'il narre la longue marche, qui a duré tout un siècle, pour qu'enfin les jeunes filles soient traitées à égalité avec les garçons en matière d'éducation.

En effet pendant une bonne partie du XIXe siècle, l'Etat a confié à l'Eglise l'éducation (et non l'Instruction) des filles. Pour reprendre l'expression de Mgr Dupanloup, elles étaient élevées « sur les genoux de l'Eglise », une Eglise – en cela en accord avec la société – désireuse d'en faire non des « raisonneuses » mais des épouses soumises et des mères de famille consciencieuses. Le programme est donc différent de celui des établissements masculins. Ni la philosophie, ni les langues anciennes n'y trouvent place, par contre on y enseigne « l'économie familiale ou sociale ». De toute façon, il n'est pas question de conduire les jeunes filles au Bac et à l'Université, un Diplôme de fin d'études suffit. Ce n'est véritablement qu'en 1867, avec l'ouverture des « Cours Duruy », que l'Etat se soucie de l'instruction secondaire des filles. A Paris et dans quelques dizaines de villes, on organise à la rentrée 1867 – les municipalités fournissant les locaux – des cours pour jeunes filles, en externat. On fera appel aux professeurs, mâles, des lycées de garçons…à condition qu'ils ne soient pas trop jeunes et trop beaux ! Les mères ou les gouvernantes accompagnaient les jeunes filles à ces conférences, plutôt que cours, les professeurs ne donnant pas d'exercices ni ne contrôlant le travail à la maison.

Pour sa première tentative l'Etat intervient donc modestement dans l'enseignement des jeunes filles, alors que les lycées de garçons ont été créés par Napoléon Ier. Ce n'est finalement que le 21 décembre 1880, avec le vote de la loi Camille Sée, que seront créés les lycées de jeunes filles et mise en place l'ENS de Sèvres pour former les professeurs femmes nécessaires. Mais pour éviter de heurter les mentalités dominantes, le programme des lycées de jeunes filles se rapproche plutôt de celui des écoles religieuses que de celui des lycées de garçons. Et ce n'est qu'à partir du 25 mars 1924, avec le décret Bérard, que les jeunes filles pourront passer le Bac et accéder sans barrage à l'université. Les quelques pionnières qui avaient réussi à passer le bac auparavant et à entrer à l'université n'avaient pu le faire qu'au terme d'une course d'obstacles ou grâce à des appuis haut placés. Ainsi Julie Daubié, la première bachelière en 1862, doit quitter Paris pour Lyon et est soutenue par l'Impératrice. A la veille de la Guerre de 14, le nombre de femmes titulaires du doctorat en médecine est d'une trentaine, les avocates au nombre de 12. Mais les barrières commencent à céder, puisqu'en France les jeunes filles étaient 4.000 à l'université sur un total de 40.000 étudiants.

Un ouvrage utile qui permet de mieux comprendre les disparités toujours existantes à l'université, comme par exemple la sous représentation des filles en sciences exactes, ces sciences qu'on accusait au XIXe siècle « d'aigrir » ou de « brutaliser » la jeune fille.


Pour citer cet article


MAYEUR Françoise. L'éducation des filles en France au XIXe siècle , Paris, Perrin, Collection Tempus, 2008, (1 ère édition, Hachette, 1979), 373 p., 9,50 €. Bibliographie mise à jour. : Par Jean-Paul Salles.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011, 22 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1187




 
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