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Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011 > Nos archives du mois : le mouvement féministe

compte rendu

Histoire de l'avortement, XIX-XXe siècles, Paris, Seuil, 2003, 390 pages.

Par Jean-Paul Salles.


Jean-Yves LE NAOUR
Catherine VALENTI

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En Occident, l'Eglise catholique assimile depuis le Haut Moyen Age l'avortement à un homicide. Mais, une tradition plus ancienne, celle d'Aristote, affirme que l'embryon n'a pas de vie propre avant 40 jours pour un mâle, 80 jours pour un embryon féminin… Malgré le caractère machiste de cette affirmation, elle permettra à certain(e)s de faire la différence entre " être vivant " et " être animé " (c'est-à-dire, celui qui a une âme, " anima " en latin). Ainsi, au XVIIe siècle, Louise Bourgeois, sage-femme de la reine, se prononce pour l'avortement si la mère est en danger de mort. Les médecins du XIXe siècle sont allés dans cette direction, l'Académie de médecine reconnaissant, en 1852, l'avortement thérapeutique. Quant aux néo-malthusiens, militants libertaires, très actifs au début du XXe siècle, ils justifient l'interruption de grossesse par l'idée, très moderne, que toute femme a le droit de disposer de son corps.
Cette remontée dans le temps, à laquelle se livrent les deux auteurs, est précieuse pour comprendre les débats et les combats menés au XXe siècle. Les " repopulateurs ", adversaires acharnés de l'avortement, qu'ils accusaient de menacer la " race française ", profiteront de l'intermède de Vichy pour faire passer une loi (15 février 1942), qui permet de condamner les " avorteuses " à des peines criminelles. L'une d'entre elles sera effectivement guillotinée le 30 juillet 1943, Pétain ayant refusé la grâce (Claude Chabrol a remarquablement raconté cette histoire dans " Une affaire de femmes ", film de 1988). Après la guerre, avorteuses et avorteurs restent les ennemis de la nation. Le Parti communiste par exemple, ne modifie sa position hostile à l'avortement, et même à la contraception, qu'au milieu des années 1960. L'histoire du combat des années 1970, le vote de la loi Veil (1974), sont plus connus, mais le rappel des actions menées par les adversaires de l'avortement, comme l'association Laissez-les-Vivre, est utile. Les auteurs démontrent bien les liens existant entre ce lobby anti-IVG et certains secteurs de la droite classique. Une utile bibliographie complète cet ouvrage qui fera désormais référence sur cette question.


Pour citer cet article


LE NAOUR Jean-Yves et VALENTI Catherine. Histoire de l'avortement, XIX-XXe siècles, Paris, Seuil, 2003, 390 pages. : Par Jean-Paul Salles..

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011, 22 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1182




 
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