Précédent   Bas de page   Suivant   Signaler cette page   Version imprimable

Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011 > Nos archives du mois : le mouvement féministe

compte rendu

Persécutions des femmes (savoirs, mobilisations et protections), Bellecombe-en-Bauges, Editions du Croquant, Collection Terra, Novembre 2007, 30 €.

Par Juliette Audouard et Florent Schoumacher


Jane FREEDMAN
Jérôme VALLUY

Image1

Persécutions des femmes est un titre accrocheur, renvoyant à la médiatisation/dénonciation des violences envers les femmes. Vu la masse de l'ouvrage (plus de 600 pages), on pense avoir affaire à une somme si ce n'est définitive en tout cas résumant à un moment précis l'ensemble des vexations, violences, pressions faites à l'encontre de ce que Mao définissait comme « la moitié du ciel ». L'introduction laisse présager de bonnes réflexions concernant les mécanismes de violence et le statut des femmes, dans différentes sociétés tant européennes qu'africaines ou sud-américaines . Les auteurs avancent même le terme de persécution « genrée », une vision croisée finalement d'un statut et d'un genre sexuel. On s'attend donc à beaucoup, on se dit enfin que la question de la femme va être réévaluée et hélas la chute n'en est que plus terrible. L'ouvrage est composé de différents articles dont la plupart hélas sont maladroits dans l'approche de la question à notre sens.

Les premières pages ne sont que chiffres, pourcentages, en fait une visée quasi scientiste de la question, le tout plaqué sur des argumentaires sociologiques pauvres. Il y a une volonté de faire universitaire en noyant sous les chiffres le lecteur pour masquer une certaine indigence dans l'argumentaire. On enfonce des portes ouvertes : on souligne que la condition de la femme est d'autant plus précaire qu'il y a misère sociale, immigration, fuite d'un régime politique (la question de l'immigration est d'ailleurs plus particulièrement l'objet de la collection Terra). Mise à part une justification sociologique, nous pouvons nous demander à quoi sert cet étalement des données chiffrées, puisque peu de conséquences et d'interprétations en sont tirées.

Si le but de ce livre est de dénoncer les violences faites aux femmes; les exemples sont mal choisis pour sensibiliser le lecteur. Ce ne sont que des violences « ultimes » dont il est fait montre ici : viol, excision, lapidation, esclavagisme, prostitution forcée. Il s'agit certes d'une triste réalité, mais cela ne correspond pas à toute la sphère des persécutions du quotidien qui sont faites aux femmes. Ces persécutions ultimes perpétrées notamment en Afrique ne doivent pas faire oublier des violences « plus quotidiennes » tant symboliques que physiques dans nos propres sociétés, y compris pour la population en phase d'immigration. Persécution des femmes est un livre-dénonciation de faits sociaux qui montre les causes de mobilisations sociales, nationales et internationales autour de thématiques fortes. Mais à force de trop vouloir montrer la femme violentée de par le monde, on se perd dans la lecture et la conceptualisation n'en devient que trop difficile. Ce livre tend à nier des violences plus quotidiennes dans nos sociétés sexistes. Il se donne pour objectif finalement de nous rassurer sur nos sociétés en dénonçant les sociétés du Tiers monde. On sent ici poindre une approche presque paternaliste de la question sur la ritournelle : aidons ces pays à atteindre notre niveau de d'exigence en terme d'émancipation féminine. Funeste projet lorsque l'on sait l'état de la question en Europe occidentale.

Alors se pose à nous la question du public visé par ce livre : le public lambda peu familier de ces questions n'en a que faire des femmes discriminées dans les champs espagnols par exemple ; quant aux femmes violentées de manière ou d'une autre elles ne se tourneront pas vers un livre pour se sortir de cet état ; quant aux lecteurs sont avertis de la violence et sensibilisés à elle, ils n'ont pas besoin de chiffres pour s'en convaincre, une fois de plus, hélas.

Cet ouvrage nous semble plus être une référence pour des universitaires ou des associations de défense des femmes et non à destination du grand public à sensibiliser.

L'un des grands intérêts de ce livre reste tout de même le chapitre de Jules Falquet: « Guerre de basse intensité contre les femmes? La violence domestique comme torture, réflexions sur la violence comme système à partir du cas salvadorien » . Cette étude témoigne d'une vision perspicace qui mériterait d'être davantage détaillée. On remarquera aussi : « De la nécessite de faire bon accueil aux Lesbiennes et aux femmes étrangères Lesbiennes en mouvement en France aujourd'hui » de Sabreen Al'Rassace et Jules Falquet et « Droit d'asile pour les femmes persécutées ? La convention de Genève revisitée » de Jane Freedman.

Si le projet est des plus louables, au final il ne s'agit que d'un recueil, d'une accumulation d'études très parcellaires sur le sujet des violences faites aux femmes. Ce livre hélas sera loin d'être indépassable sur la problématique de la question féminine et de la violence attenante. Nous en avons l'habitude, à grand regret.


Pour citer cet article


FREEDMAN Jane et VALLUY Jérôme. Persécutions des femmes (savoirs, mobilisations et protections), Bellecombe-en-Bauges, Editions du Croquant, Collection Terra, Novembre 2007, 30 €. : Par Juliette Audouard et Florent Schoumacher.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : septembre 2011, 22 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1174




 
Revue électronique Dissidences...-