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Bibliothèque de comptes rendus : août 2011 > Nos archives du mois : le mouvement anarchiste

compte rendu

Dans les prisons russes et françaises, Paris, Le temps des cerises, 2009, 287 p., 15 €.

Par Georges Ubbiali


Pierre KROPOTKINE

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C'est avec un grand intérêt que l'on découvre la publication d'un livre inédit en français depuis sa publication en 1886. Il s'agit d'un recueil de huit articles parus à Londres entre 1882 et 1884, dans un périodique britannique Nineteenth Century , auquel s'adjoignent deux textes sur l'utilité sociale et la morale de l'emprisonnement. Traduit de l'anglais et préfacé par Philippe Paraire (auteur par ailleurs, avec son frère, d'une anthologie, fort recommandable, La révolution libertaire de textes de Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Le temps des cerises, 2009), le prince anarchiste raconte ses souvenirs des différentes prisons par lesquelles il est passé (russe, anglaise, française). Sans grande surprise le lecteur découvrira que les prisons, quelque soit le pays, ne sont pas des lieux de villégiatures particulièrement agréables : saleté, nourriture exécrable, cafards et autres insectes y pullulent, tandis que les rapports avec les gardiens ne sont pas particulièrement caractérisés par leur aménité. Mais au-delà de l'évocation de son cas, Kropotkine s'essaie à une compréhension plus large de la fonction sociale de la prison. Bien loin de s'arrêter à une demande d'humanisation de la prison, Kropotkine avance une remise en cause radicale du système pénitentiaire. Constatant que près de la moitié des détenus sont des récidivistes, il en conclut que l'enfermement ne saurait constituer une solution aux problèmes posés. Il faut en finir avec toutes les formes d'enfermement, y compris pour les aliénés, avance-t-il. Bien avant Foucault, Kropotkine se présente ainsi comme un adversaire acharné de l'enfermement, en tant que pratique de répression. Il faut non pas enfermer les délinquants (ou les malades mentaux) mais leur permettre de se refaire une place au sein du tissu social, par l'éducation, la formation professionnelle, un soutien conféré à leur entourage familial. Bref, Kropotkine, même s'il demeure assez évasif sur les mesures concrètes à prendre, se positionne comme un adepte de la liberté totale et définitive.

Evidemment, il faut faire la part entre ce qui relève du vœu pieux, du manifeste politique et ce qui relève d'une véritable alternative à l'enfermement. En tous les cas, ces quelques passages montrent que ce livre se lit aussi comme une contribution politique et pas seulement comme l'évocation de souvenirs personnels, même si ces derniers peuvent être assez passionnants (que l'on songe à la description de la forteresse Pierre -et-Paul où tant de révolutionnaires russes du XIX e furent enfermés).


Pour citer cet article


KROPOTKINE Pierre. Dans les prisons russes et françaises, Paris, Le temps des cerises, 2009, 287 p., 15 €. : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : août 2011, 21 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1074




 
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