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Numéro 1- Printemps 2011 > Revue des revues

Article

REVUE des REVUES : Second semestre 2010

Coordination : Christian Beuvain


Christian Beuvain
Ludivine Bantigny
Fanny Gallot
Jean-Guillaume Lanuque
Jean-Paul Salles
Frédéric Thomas
Georges Ubbiali

Date de publication : 23 mars 2011

Résumé

Avant-propos : Voici donc notre Revue des revues du second semestre de l'année 2010, mise en ligne en ce début d’année 2011. Vous y retrouverez la majorité des revues dont vous avez l'habitude de lire les recensions mais aussi des nouvelles, en particulier de revues de langue anglaise. Nous inaugurons également une rubrique concernant les revues exclusivement électroniques. En effet, celles-ci prennent de plus en plus d'ampleur dans les sciences sociales, les collectifs décidant de se passer purement et simplement des versions papier, choix communicatif et défi, que certains peuvent trouver déraisonnable, mais qui a toute notre attention à Dissidences, comme vous pourrez vous en rendre compte prochainement. Mais chut ! Nous sommes aussi heureux et fiers d’accueillir, pour la première fois, des recensions de Ludivine Bantigny, maître de conférences à l'université de Rouen et chercheuse à Sciences Po, ainsi que de Fanny Gallot, doctorante et ATER à Lyon I. Tout en espérant que cette RDR remplira de nouveau son rôle, c'est-à-dire être un outil de travail utile, nous vous souhaitons une bonne lecture et vous donnons bientôt rendez-vous.


Table des matières

Texte intégral

Les C@hiers de psychologie politique, 2 n° par an.

Il s'agit d'une revue généraliste dont l'objectif est d'être un « carrefour inter-disciplinaire des sciences humaines [...] afin de mieux comprendre les controverses anciennes qui sont de retour dans la problématique sociétale actuelle ». Le directeur de l'équipe depuis la création de la revue en 2002 est Alexandre Dorna, les rédacteurs en chef sont Patrice Georget et Jean-Marie Seca. Notons que parmi le Comité de rédaction se trouve un ancien membre de Dissidences, Sylvain Delouvée. D'origine chilienne, A. Dorna fut impliqué dans les cercles dirigeants de Salvador Allende. En 1973, il est arrêté par les militaires et incarcéré, avant de pouvoir quitter le Chili et de s'exiler en France. Professeur de psychologie sociale à l'université de Caen, il en anime le groupe d'études sur la propagande. Il est l'auteur d'un ouvrage sur Le populisme (PUF, 1999). Le premier numéro date de janvier 2002. La parution est semestrielle (un numéro en janvier, le plus souvent, le second en été). Le n° 18 vient donc d'être mis en ligne (janvier 2011). Dans les thèmes qui relèvent de nos champs de recherches, citons, dans l'avant-dernier numéro (n° 17), le dossier « Littérature et politique » qui fournit des pistes autour d'une présence, ouverte ou captive, celle de la politique dans l'oeuvre littéraire, ainsi que dans le n° 12 (dossier « Discours et propagande ») la contribution de Jacques Le Bourgeois, « Le culte du chef à travers l'image de Staline. Ou un exemple de construction d'un mythe » dans laquelle l'auteur décrypte les différents éléments qui permirent la consécration de  Staline. Dans le n° 16 (dossier « la propagande de l'ennemi »), le même chercheur présente une brève synthèse d'un des thèmes de l'iconographie soviétique, intitulée « De la représentation manichéenne à la coquille vide : l'image de l'ennemi dans les affiches de la propagande soviétique ». Dans le n° 3 (avril 2003) on lira avec beaucoup d'intérêt l'article dense et ardu de Sophie Wahnich, « La terreur comme fondation, de l'économie émotive de la terreur », approche renouvelée de l'étude historique de cette période fondatrice de notre modernité. Cet article fait partie de ses recherches les plus actuelles sur le rôle des émotions dans la construction des sociabilités révolutionnaires. On lira donc son dernier ouvrage qui en propose une synthèse, Les émotions, la Révolution française et le présent. Exercices pratiques de conscience historique, CNRS Editions, 2009, dont vous trouverez une recension par D. Morfouace dans le n° 17 (juillet 2010).

[Les C@hiers de psychologie politique, 1 rue Soufflot, 95220 Herblay, ou Université de Caen, Laboratoire CERREV, Esplanade de la Paix, 14207 Caen Cedex, sur http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/]

  Deux articles consacrés au roman noir par des universitaires spécialistes des études américaines. Benoît Tadié, dans « Vous semez de la ciguë et prétendez voir mûrir des épis ! » (Machiavel) : polar et anthropologie urbaine à Chicago à l'heure de la prohibition », met en lumière, à partir de quelques romans, dont le fameux Little Caesar de W. R. Burnett (1929), les affinités épistémologiques de l'Ecole de Chicago et du polar américain des années 1920. Dans « Regard noir sur la Cité des Anges : James Ellroy », Frédéric Sounac soumet cette ville-monde à la quête des personnages d'Ellroy. Au moment ou des auteurs comme Dennis Lehane (Un pays à l'aube, Rivages noir) renouvellent le roman noir américain, il n'est pas inutile, voire il serait même salutaire, de lire ces analyses.

[E-rea. Revue électronique d'études sur le monde anglophone, sur http://erea.revues.org ]

Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 9, septembre-décembre 2009, n° 12, septembre-décembre 2010.

              Cette revue électronique du Centre d'histoire de Sciences Po, créée au printemps 2007, continue sur sa lancée, au rythme de trois numéros l'an, avec des mises en ligne plus rapides, pour les rubriques « Comptes-rendus » et « Champ libre », qui sont d'une excellente facture. Dans le n° 9, retenons pour notre part un article d'Eric Nadaud sur « Eliane Brault, un parcours au féminin », sur une militante antifasciste et progressiste. Dans le n° 12, une analyse de Paola Bertilotti, « Le fascisme au cinéma. Vincere de Marco Bellochio », et dans la partie « Pistes et débats », une contribution d'un rédacteur de Dissidences, Vincent Chambarlhac, « Fragments d'un jeu académique postcolonial (à propos d'un collectif, l'Association pour la connaissance de l'histoire de l'Afrique contemporaine, l'ACHAC) », dans laquelle il analyse la trajectoire de l'ACHAC entre science et militantisme, et pointe le postcolonialisme comme enjeu conceptuel à la fois universitaire et militant. Le n° 13, qui vient d'être mis en ligne, co-dirigé par Mathieu Fulla et Emmanuel Jousse, « Les socialistes français face au réformisme », sera présenté dans notre prochaine RDR.

[Histoire@Politique.Politique, culture, société ]

Cette revue en ligne de langue anglaise, plutôt proche des cultural studies, est fondée en 2001 : son premier numéro sort à l'automne. Il y a quatre parutions annuelles. La rédaction est composée d'universitaires et de chercheurs plus ou moins engagés, ce qu'on nomme dans le monde anglo-saxon des « radicals », et dont le regretté Howard Zinn pourrait être un exemple probant, ce qui explique l'hommage qui lui est rendu en introduction de l'avant dernier numéro de l'année 2010, dédié à l'activisme. On y trouve une contribution sur la revue d'extrême gauche Struggle. Celle-ci, dirigée par le militant marxiste-léniniste Tim Hall, est fondée en 1985 comme organe de la branche de Detroit du Parti marxiste-léniniste des Etats-Unis (Marxist-Leninist Party – MLP). Lors de la scission de ce groupe en  novembre 1993, la minorité crée l'Organisation voix communiste (Communist Voice Organization - CVO). La revue Struggle devient alors la revue littéraire « de lutte de classe prolétarienne » associée à la CVO. Toujours dans ce n° 3, une recension détaillée d'un ouvrage (de Mathew J. Bartkowiak) consacré au groupe de rock culte de Detroit MC5. Pour les plus jeunes, rappelons que ce groupe se fit connaître par son titre Kick Out the Jams au début des années 70', et qu'il fut lié a la frange la plus radicale des contestataires de l'époque, au point de fonder, sur proposition du leader des Panthères noires Huey P. Newton, le White Panther Party et d'avoir de nombreux démêlés avec les autorités judiciaires. Parmi les anciens numéros, celui du 1er trimestre 2008 (vol. 8, n° 1) comporte des articles extrêmements intéressants sur l'histoire ouvrière et communiste des Etats-Unis. Remarquons incidemment que cette histoire est presque totalement inconnue en France puisqu' il n'existe à ce jour aucun ouvrage scientifique traduit sur le communisme américain. Nous en sommes réduits à  glaner, ici ou là, des bribes de connaissances dans des mémoires (Howard Fast, Mémoires d'un rouge chez Rivages), des romans (Chester Himes, John Steinbeck, Paula Fox) ou quelques pages chez D. Guérin et plus récemment H. Zinn. L'article de Rich Hancuff explore par exemple les rapports entre l'écrivain John Dos Passos et le militant communiste Mike Gold, à travers la création de la revue New Masses en mai 1926, revue culturelle liée au Parti, au centre de débats animés (quel art « de gauche » pour les masses ?) avant que le « réalisme prolétarien » de Mike Gold, dans la droite ligne de la stratégie « L'art est une arme » ( Art is a Weapon) ne prédomine dans la revue dès 1928-1930. Et celui de Marvin E. Gettleman, (membre du collectif des Historiens contre la guerre en Irak : http://www.historiansagainstwar.org/resources/) concerne la répression exercée dans les années 1950 par les autorités fédérales, au travers du Subversive Activities Control Board (SACB) contre les écoles pour adultes mises en place par le Parti communiste des Etats-Unis, à New York (Thomas Jefferson School of Social Science), San Francisco (California Labor School), Chicago, Boston, Philadelphie etc. Ouvertes aux communistes mais également aux non-communistes, certaines de ces écoles comportaient des sections d'études du marxisme, dont les enseignants étaient des professeurs licenciés précédemment des établissements scolaires. Les enquêtes du SACB bénéficièrent largement des témoignages, fidèles ou inventés, d'anciens communistes devenus dénonciateurs, comme L. Budenz ou B. Dodd. Ainsi, pour les lecteurs qui lisent peu ou prou l'anglais, cette revue est à suivre attentivement.

[Reconstruction : Studies in contemporary culture, http://reconstruction.eserver.org ]            

Fondée en octobre 2003 par Renée Dickason, cette revue transdisciplinaire bilingue électronique est hébergée jusqu'en 2009 par la Maison de la Recherche en sciences humaines de l'université de Caen. Maintenant, elle est accessible intégralement, depuis son premier numéro, sur www.revues.org. Elle réunit des chercheurs français et étrangers, surtout intéressés par les études culturelles, les médias, la littérature etc… Dans ce numéro de 2008 consacré aux propagandes, nous lirons avec intérêt deux analyses. D'abord celle très documentée de Jacques Le Bourgeois (p. 94-123) sur « La propagande soviétique de 1917 à 1991 : paix et désarmement au service de l'idéologie ? », d'autant plus qu'elle se fonde sur un échantillon représentatif d'affiches de propagande. L'auteur retrace ainsi ce que fut « la thématique pacifiste et son corollaire, le désarmement », en distinguant trois périodes, de 1917 à la Seconde Guerre mondiale, puis la période de la guerre froide et enfin les années jusqu'à la fin de l'URSS. Dans ce même numéro, un article de Gilbert Millat, « Témoigner, dénoncer, révulser : dessins de haine, XXe-XXIe siècles », où l'auteur analyse la construction de figures de l'ennemi dans les dessins de presse. Le dernier numéro est le volume VIII, n° 1, de 2010, consacré à un dossier sur « Les années Bush : l'héritage socio-économique ».

[Revue Lisa/Lisa e-journal, Littératures, histoires des idées, images, sociétés du monde anglophone, sur http://lisa.revues.org ]

         Dédié aux féminismes, ce numéro contient nombre d’articles intéressants, à commencer par celui de Françoise Picq, qui revient sur l’histoire des études et des approches féministes depuis Simone de Beauvoir, qui est en même temps une critique du genre et surtout du « queer » (tous ceux qui ne sont pas « classiquement » hétérosexuels), réflexion théorique à la mode et en lien avec le postmodernisme, qu’elle voit comme déconnectée des mouvements féministes militants et actifs. Un entretien avec Geneviève Fraisse et l’article de Monique Boireau-Rouillé (« A propos du féminisme pseudo-libertaire de Marcela Iacub ») reviennent également sur ces problématiques. Plus traditionnellement historique, « De l’émancipation des femmes dans les milieux individualistes à la Belle Epoque », d’Anne Steiner, se penche sur les apports progressistes du mouvement anarchiste au sujet de la question des femmes, mais aussi sur ses limites. Marianne Enckell, pour sa part, offre quelques portraits parmi d’autres de femmes anarchistes, pour la plupart peu connues, en citant un florilège de leurs écrits. La seconde partie du dossier se veut plus théorique, plus directement politique : la Commission femmes de la Fédération anarchiste livrant sa définition de « l’anarcha-féminisme », tout comme Irene Pereira dans « Être anarchiste et féministe aujourd’hui ». Enfin, la dernière partie se penche sur les pratiques féministes dans les milieux syndicaux, autonomes ou au sein des organisations anarchistes proprement dites. La Fédération anarchiste et Alternative libertaire sont pris comme exemples, ayant d’ailleurs toutes deux moins d’un quart de militantes, ce qui serait lié, selon Irène Pereira et Simon Luck, à « l’image violente et virile qui tend à être attachée aux anarchistes (…) » (p. 99), au poids d’une culture interne par trop « machiste » et au manque d’appréhension spécifique de ces militantes par les organisations en question. Francis Dupuis-Déri revient spécifiquement sur ces questions dans « Hommes anarchistes face au féminisme. Pistes de réflexion au sujet de la politique, de l’amour et de la sexualité ». Enfin, hors dossier, un article de Diego Paredes consacré à « L’anarchisme entre libéralisme et moment machiavélien » suscite une discussion avec René Fugler, Jean-Christophe Angaut et Edouard Jourdain.

[Les amis de Réfractions, c/o Publico, 145 rue Amelot, 75011 Paris, 12 € le numéro, abonnement de 23 € pour deux numéros et de 45 € pour quatre numéros]

      Ce numéro d’Actuel Marx confirme, en y prenant part et en contribuant à son approfondissement, la réflexion sur le retour à Karl Marx. Mais ici, la référence à Marx ne sert pas à expliquer l’état du système capitaliste et sa crise. C’est bien de l’alternative au capitalisme qu’il s’agit et dès lors d’une interrogation, dense et contradictoire, sur les communismes – parmi lesquels figure le communisme marxien.

Contradictoire, le numéro l’est assurément, pétri qu’il se montre de divergences profondes sur le sens à donner au socialisme, au communisme et à leurs articulations. Et même si le débat vif et direct n’a pas vraiment lieu dans ces pages, c’est à une confrontation d’un article à l’autre que l’on assiste. Sur la question des classes sociales, Jacques Bidet défend ce qu’il juge être le clivage primordial, par-delà la « multitude » d’un Toni Negri, replacée par Bidet dans une problématique de la « classe fondamentale ». Negri conclut quant à lui sa contribution en assurant qu’il faut relire Marx à la lumière de Spinoza, de Nietzsche, de Deleuze et Guattari qui furent communistes sans être marxistes, mais qu’il faut aussi et peut-être avant tout « travailler à l’expression de la puissance de rébellion des travailleurs ». Zlavoj Zizek réinterroge les racines hégéliennes du marxisme, mais en avançant l’idée d’un Hegel matérialiste, en opérant donc une sorte de retournement du retournement marxien. Enfin, l’un des textes les plus denses est sans doute celui de Franck Fischbach, très critique à l’égard de Badiou et Zizek quand ils opposent socialisme et communisme ; dans une analyse serrée du texte marxien, Franck Fischbach propose au contraire de montrer la continuité entre socialisme et communisme chez Marx, tout en revendiquant la nécessité de l’agir pour que le communisme comme puissance devienne davantage qu’une tendance. Dans cette contribution comme dans celle d’Etienne Balibar, la présence du prolétariat est affirmée, contre les thèses proclamant sa disparition et son inexistence désormais.

Il est question également de restituer son historicité au communisme, de le resituer dans la modernité (celle qui s’ouvre, selon Jacques Bidet, avec la commune italienne du XIIIe siècle). Il s’agit aussi de rechercher non la description, ni même la définition, de ce qu’est le communisme chez Marx ; on sait qu’il a somme toute peu écrit sur le sujet. Mais c’est plutôt à une série de critères que l’on peut avoir recours pour cerner ce qu’il faut entendre par communisme marxiste : abolition de la marchandise, c’est-à-dire du marché par une « réunion d’hommes libres travaillant avec des moyens de production communs d’après un plan concerté » (Le Capital, Livre I, tome I), l’économie s’inscrivant elle-même dans un ordre politique où prévaut la république démocratique.

On lira aussi avec intérêt le bel article de Michael Löwy sur Rosa Luxemburg ; il y rappelle la manière dont Luxemburg a forgé l’opposition entre « socialisme « et « barbarie », sa conception ouverte et non finaliste de l’histoire, son intérêt passionné pour le communisme primitif qu’il s’agit néanmoins pour elle, évidemment, de dépasser.

Enfin, le dossier oscille entre histoire (l’article de Stephano Petrucciani sur l’Ecole de Francfort et 68) et analyse économique comme l’illustre l’entretien mené par Gérard Duménil avec Immanuel Wallerstein. Celui-ci confirme qu’à ses yeux le capitalisme n’a décidément plus d’avenir ; il soulève cette interrogation pour l’instant sans réponse sous sa plume : « La question  n’est plus de savoir comment le système capitaliste va s’amender et redynamiser sa marche en avant. La question est : quel système remplacera le capitalisme ? Quel ordre remplacera le chaos ? ». Pour lui, quelque chose se noue dans l’opposition entre « l’esprit de Davos » et « l’esprit de Porto Alegre », selon une perspective assez peu marxiste quant à elle.

[Actuel Marx, revue semestrielle, 24 € le n°, abonnement 44 €, PUF, Département des revues, 6, avenue Reille, 75014 Paris, http://www.u-paris10.fr/ActuelMarx ]

          Le quatre-vingt dixième anniversaire du Congrès de Tours suscite la parution de plusieurs ouvrages sur les débuts du mouvement communiste en France, et le C.E.R.M.T.R.I. consacre lui aussi à l’événement un numéro particulièrement précieux. Outre quelques instruments de travail (chronologie, notices biographiques, textes explicatifs allant jusqu’à évoquer la remise en cause par le courant trotskyste de l’inféodation des syndicats au parti, propos que l’on jugera plutôt hors sujet), on y trouve des extraits du Bulletin communiste et de La Vague, les fameuses 21 conditions d’adhésion au sein de la Komintern, la résolution présentée au Congrès par le Comité de la IIIe Internationale et la fraction Cachin-Frossard, ainsi que le discours de Léon Blum s’opposant à cette adhésion (ici dans une version non intégrale). Mais la sélection de documents couvre également les premières années de la jeune SFIC, avant la bolchevisation des partis communistes, avec des analyses signées Zinoviev et Trotsky (textes souvent déjà publiés dans Le mouvement communiste en France), des textes officiels de la Komintern ou des critiques par des militants français eux-mêmes du Congrès de Marseille ou de la tactique du front unique (par Louis-Oscar Frossard). Seule une bibliographie manque à cet ensemble fort utile.

             Les Cahiers du C.E.R.M.T.R.I. ont déjà par le passé plusieurs fois publié des numéros autour du problème israélo-palestinien. Cette fois, l’ensemble proposé, revendiqué comme « composite », est même franchement disparate, mais offre néanmoins quelques documents d’importance. La plupart des textes sont des articles tirés de la revue Quatrième Internationale. Certains sont très intéressants : un du début 1938 mettant en garde contre la création d’un Etat juif en Palestine ; un de Jean van Heijenoort, plus marquant car traduit pour la première fois de l’anglais, daté de 1944 et consacré au « Combat du Liban pour l’indépendance » ; un autre de Tony Cliff (dont les mémoires sont chroniquées sur notre site) sur « Le Proche et le Moyen-Orient à la croisée des chemins » fin 1945 ; enfin, un article en deux parties de Gabriel Baer, militant trotskyste juif palestinien moins connu, écrit en 1949. Cette sélection de la presse révolutionnaire privilégie largement la période de l’après-guerre, mais deux autres textes reviennent heureusement sur l’avant-guerre, jalon essentiel : une contribution fouillée du communiste égyptien (juif converti à l’islam ?!) Ahmad Sadeq Saad sur « Le mouvement ouvrier égyptien, 1936-1937 » et une présentation par Sam Ayache d’un ouvrage inédit en français de l’historien anglo-saxon Zachary Lockman, Camarades et ennemis. Travailleurs arabes et juifs en Palestine, 1906-1948, qui montre l’opposition entre le mouvement sioniste et l’internationalisme ouvrier. Quelques repères chronologiques et une carte de qualité moyenne facilitent la compréhension de la période.

          Ce numéro fait directement suite au Cahier 134 de septembre 2009, qui portait sur la période 1921-1943, et aborde donc une période cruciale, celle de la mise en place du régime d’apartheid et de la survie du mouvement ouvrier dans ce contexte nouveau. Outre l’indispensable appareil critique - chronologie, liste des sigles, carte de l’Afrique du sud -, on y trouve des documents extrêmement utiles pour éclairer un pan largement méconnu de l’histoire des luttes de classes dans cette zone du monde. La première partie est centrée sur les luttes des trotskystes, avec quelques articles de la presse révolutionnaire et surtout des extraits d’une « Brève histoire du NEUM » (Non European United Movement) par un de ses militants, Baruch Hirson, datée de 1995. La seconde partie, consacrée à la « Mise en place du régime de l’apartheid et résistance », s’ouvre par un exposé synthétique sur ce qu’est l’apartheid. S’y côtoient récits de la grève des mineurs de 1946, revendications du PTU (Progressive Trade Unions, dans lequel des militants trotskystes interviennent) ou présentation du SACTU (South African Council of Trade Unions, lié à l’ANC). Quant à la troisième partie, elle est surtout l’occasion d’offrir une autre vision que celle d’une ANC unanimiste, à l’aide d’un article de Baruch Hirson sur « Dix ans de lutte [la décennie 1950] : critique de la stratégie du « stay at home » », et une présentation du PAC (Congrès du peuple africain), créé en 1959 sur une ligne panafricaine et anti-stalinienne. Une sélection riche, donc, mais qui ne remplace cependant pas une étude plus globale sur une histoire à la base de l’Afrique du sud. A cet égard, il manque également une bibliographie détaillée.

[Cahiers du C.E.R.M.T.R.I., 28 rue des petites écuries, 75010 Paris, 5 € le numéro, 20 € pour 4 numéros, 25 € avec droit de consultation des archives et de la bibliothèque]

                Dans ce numéro consacré aux rapports multiples entre la justice et les médias, retenons la contribution du soviétologue Nicholas Werth sur « La mise en scène pédagogique des grands procès staliniens » (p. 142-155). Grâce entre autres à l'ouverture de nouvelles archives sur les années 1937-1938, il est possible aux historiens de mieux analyser les mécanismes de la mise en scène et la pédagogie à l'ouvre dans ces procès. Ainsi, la recherche progresse par rapport à l'oeuvre pionnière de Annie Kriegel, Les grands procès dans les systèmes communistes, en 1972 (Gallimard).

[Le Temps des Médias, 25 € le n°, revue bi-annuelle, abonnements, Nouveau Monde éditions, 24, rue des Grands Augustins, 75006 Paris, http://www.nouveau-monde.net , consultez la revue sur http://www.cairn.info ]

Cette nouvelle revue de langue anglaise sur l'histoire du communisme international au XXe siècle fait suite à la Communist History Network Newsletter, que l'on a pu lire de 1996 à 2008 et dont l'ensemble est consultable sur http://www.socialsciences.manchester.ac.uk/chnn.

Sa périodicité est annuelle, chaque numéro paraissant en mai. Parmi la rédaction, les chercheurs les plus confirmés sur l'histoire du communisme, soit B. Bayerlein, J. Gotovitch, B. Studer, S. Wolikow etc. Pour le dossier du premier numéro, l'équipe propose de nouveaux éclairages à propos de la construction de ce qu'on a appelé le « culte de la personnalité », mais en élargissant la notion à d'autres leaders communistes que Joseph Staline. Ainsi, après l'éditorial de Kevin Morgan, sept historiens étudient les cas, par exemple, de Luiz Carlos Prestes au Brésil (M. A. Santana) ou de Tom Mann en Angleterre (A. Howe). Nous trouvons ensuite une section avec des entretiens ou des tables-rondes, et des comptes-rendus d'ouvrages. Pour le second numéro, le dossier concerne l'attitude des PC par rapport à la violence, dont l'éditorial de M. Worley demande un « linguistic turn » pour l'historiographie du communisme.  A partir du constat que le contexte historique et le fait d'être au pouvoir ou non conditionnent les positionnements par rapport à la violence, dix contributeurs explorent les cas de plusieurs partis/pays (ainsi S. Boulouque présente une synthèse à propos du PCF de la 1ere guerre à la guerre froide, et M. Albeltaro une autre sur l'Italie durant la même période) ou des représentations fictionnelles de la violence, comme l'étude de R. Stott sur les films à propos de la Fraction armée rouge en RFA. Parmi les comptes-rendus, les ouvrages de Maurice Carrez sur Otto Kuusinen et de Serge Wolikow sur P. Sémard font l'objet de recensions. Une excellente revue qui prouve, d'abord, que les recherches sur le communisme ont toujours de la vigueur, et ensuite qu'il existe beaucoup d'autres approches scientifiques de ce phénomène que la vulgate sur son caractère prétendument « criminogène ».

[Twentieth Century Communism. A Journal of International History, 20 £ le n°, abonnement en ligne sur http://www.lwbooks.co.uk/journals/twentiethcenturycommunism/archive.html ]

        D’après les auteurs de l’introduction à ce dossier, Alain Blum et Nicolas Werth, l’ouverture des archives soviétiques au début des années 1990 a permis « un profond renouveau historiographique ». Les divers articles de ce dossier en sont l’illustration, ils permettent de rappeler le caractère criminel de Staline, au moment où, en Russie, il est partiellement réhabilité dans les manuels d’histoire.

Ainsi, l’ordre opérationnel n°00447 permettait « d’éliminer une fois pour toutes » non seulement les ennemis traditionnels (élites d’Ancien Régime, membres des partis non bolcheviks) mais aussi les citoyens soviétiques d’origine étrangère considérés comme des espions potentiels et « les éléments socialement nuisibles », marginaux, déracinés (souvent d’anciens koulaks ayant fui leur lieu d’assignation). Des quotas étant affectés à chaque région, les tchékistes arrêtaient n’importe qui, « pour honorer les commandes » (article de Iouri Sapoval, « La Iejovshina en Ukraine »). Certains dirigeants locaux zélés demandaient même d’augmenter les quotas, ce qui était accepté habituellement. Staline lui-même et son bras droit Iejov réglaient tout dans le détail, signant les listes des condamnés (A. Blum et N. Werth). Comme l’écrit Gabor T. Rittersporn, alors qu’entre 1935 et 1937, c’étaient les militants du parti et les cadres de l’appareil d’Etat qui étaient arrêtés, sous l’accusation de trotskysme, à partir de 1937-38 ce furent…les masses.  Entre 1921 et 1953, 70% des condamnations à mort furent prononcées dans la très courte période de 1937-38. Dans son étude centrée sur Perm (Oural), Oleg Leibovitch, qui travaille à partir des dépositions des responsables déchus du NKVD (1939-41), note que les agents de la répression venaient de Moscou, la totalité des « gros bonnets » de Perm ayant été arrêtés précédemment. Pour leurs bons et loyaux services, ils recevaient des primes, des décorations et des cadeaux (souvent des montres !). F.-X. Nérard, MDC à l’Université de Bourgogne, auteur d’un livre sur La dénonciation en URSS sous Staline (Tallandier, 2004), se demande si la société soviétique n’a pas été autant complice que victime. Ainsi, au cours des assemblées générales du parti, les participants se faisaient souvent procureurs. La terreur « aspire la population, exige son implication ». Dans une lettre de dénonciation, un tel attaque une personne qui l’avait humilié, l’accusant de trotskysme.

Pour Malte Griesse, enseignant-chercheur  allemand qui a travaillé sur les journaux intimes et les correspondances privées, cette terreur de masse est à distinguer de la Terreur rouge de la guerre civile, « qui n’était pourtant pas moins violente, mais qui a été mise en œuvre ouvertement et contre des catégories bien définies ». Enfin, Marc Elie, auteur d’une thèse sur Les anciens détenus du Goulag : libérations massives, réinsertion et réhabilitation dans l’URSS poststalinienne, montre l’incapacité des successeurs de Staline à proposer de véritables réparations, de toute façon limitées aux victimes de la répression politique.

[Vingtième Siècle. Revue d'Histoire, abonnement, 4 numéros, 51 € Presses de Sciences Politiques, 117, Boulevard Saint-Germain, 75006  Paris ou  www.abonnementssciencespo.fr ]

               De la « fellation au cunnilingus en Grèce ancienne » (Edoarda Barra) aux « usages de psychoactifs, rôles sexuels et genre en contexte festif gay » (Sandrine Fournier), la gamme des pratiques sexuelles et érotiques envisagées, très variables selon les époques, est large. Ainsi, comme le montre Sylvie Steinberg, pour le XVIIe siècle il faut se contenter de « Bribes de paroles de femmes sur la sexualité ». Ce ne fut pas le cas du XVIIIe, « le siècle du sexe ? », sur lequel revient Karen Harvey (traduction d’un article de 2002). Anne-Claire Rebreyend parle aussi de ce siècle et des débuts du suivant dans son compte rendu du livre d’Alain Corbin, L’harmonie des plaisirs. Les manières de jouir du Siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie (Perrin, 2008). Un très riche numéro donc, avec bibliographie en fin d’articles. Notons aussi la contribution de Robert Nye sur le premier périodique entièrement consacré à l’histoire de la sexualité, Le Journal of the History of Sexuality fondé en 1990. Il rappelle tout ce que les spécialistes de ces questions doivent à Michel Foucault.

[Clio, abonnement annuel, 41 €, Université de Toulouse-Le Mirail, 5, Allées Antonio Machado, 31058 Toulouse Cedex 9, http://clio.revues.org]

             Chroniqués dans la RDR de janvier 2007 pour ses quatre premiers numéros, nous avions ensuite omis de rendre compte des bulletins de cette association présidée par l'historien Robert Mencherini, hébergée à l'UMR TELEMME de la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme (MMSH) à Aix-en-Provence. Que les collaborateurs, universitaires et militants, de cette association (créée en 1999) dédiée à la recherche scientifique de l'histoire du monde et du mouvement ouvrier en Provence, en liaison avec le Maitron, veuillent bien nous pardonner. Et ce d'autant plus que dans le n° 8, P. Hautière, dans sa rubrique « Un petit tour sur le Web ouvrier » (p. 47), consacrait une page entière à notre site ! Parmi de multiples sujets, ce bulletin présente les travaux sur les grèves de 1947-1948 à Marseille ou Mai-Juin 1968 à Marseille et dans sa région (n° 6 et n° 8, par R. Mencherini), un dossier sur « Mouvement ouvrier et guerres coloniales » (n° 10), les actes d'une journée d'études sur « Mouvement social, territoires et militantisme, 1940-1968. Quels changements ? », avec des interventions d'Annie Fourcaut ou Michel Dreyfus (n° 9) ou ceux de la récente rencontre sur « Monde ouvrier et culture » (1er-3 octobre 2009), avec Jacques Girault, Marie-Cécile Bouju, Claude Pennetier etc. (n° 11). Dans le dernier numéro paru, le 12, vous lirez un dossier sur « Aix ville ouvrière », une rubrique « Lieu de mémoire » consacrée aux chantiers navals de La Seyne-sur-Mer, un entretien avec l'auteure de polars sociaux Dominique Manotti ainsi qu'une page sur le site du romancier de la Série noire Patrick Pécherot et une contribution de François Férette « Retour sur la naissance du PC à Marseille », très utile en ces temps de 90e anniversaire de Congrès de Tours. Numéro varié, donc, mais dont l'axe, lui, ne varie pas : rendre compte scientifiquement de toutes les facettes du mouvement d'émancipation ouvrière. Les numéros sont accessibles en format PDF sur le site de Syllepse.

[Bulletin de Promemo (Provence, mémoire et monde ouvrier), adhésion à l'association, 20 € par an, à Rémy Nace, 2, avenue des Mûriers, 13790 Peynier, contact à PROMEMO, UMR TELEMME, Maison méditerranéenne des sciences de l'homme (MMSH), 5, rue du Château de l'Horloge, 13100 Aix-en-Provence, http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_83-Promemo.html ]

           Le Midi rouge est le bulletin semestriel de l'Association Maitron Languedoc-Roussillon (AMLR), qui est chargée de coordonner les recherches régionales pour le Maitron, ex-DBMOF devenu le Dictionnaire biographique mouvement ouvrier, mouvement social (DBMOMS) 1946-1968. Le premier numéro sort en novembre 2002, sur une dizaine de pages. Actuellement, il en comporte une quarantaine. Chaque bulletin présente des biographies de militants de la région, des fiches de lecture, des notes de recherches (comme celle de Hélène Chaubin sur les « grèves rouges » de 1947-1948 dans l'Hérault, dans ce n° 15), des informations, par exemple sur des journées d'études organisées par l'Association. Celle-ci,  ainsi que d'autres réparties sur le territoire (comme Promemo, ou l'Association Alsace mémoire du mouvement social qui publie Alménos, ou encore l'Association bourguignonne des Amis du Maitron qui publie Le Maitron en Bourgogne depuis mai 2009) fait partie du maillage indispensable à la connaissance fine du mouvement ouvrier français. Sans ces historiens, ces archivistes, ces érudits locaux, le Maitron ne pourrait être l'outil incontournable qu'il est pour nous tous. Les 1ers numéros sont accessibles en ligne, sur le site de l'Association.

[Le Midi rouge, abonnement et adhésion à l'AMLR, 15 € par an, http://www.histoire-contemporaine-languedoc-roussillon.fr ]

         On est frappé par l’originalité et la variété des articles qui constituent ce numéro. Les femmes palestiniennes sont bien mises en évidence mais les femmes juives ne sont pas oubliées avec l’article de Valérie Pouzol sur les luttes féministes dans les communautés juives orthodoxes d’Israël. Notons l’article de Leyla Dakhli sur la question du voile en Syrie et au Liban dans les années 1920, ou « comment la rhétorique de l’indépendance et de l’autonomie peut en arriver à soutenir l’imposition du port du voile – réinventé en tradition – contre ceux qui, partisans de l’émancipation féminine et de la modernité, se voient soupçonnés de trahison à la patrie ». Comme l'on voit, les positions sur ce sujet, dans Esprit (n° 368, octobre 2010) et Le Mouvement social, sont totalement opposées.

[Le Mouvement Social, abonnement annuel, 56 €,  Service Abonnements Elsevier Masson SAS 62, rue Camille Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux Cedex]

               Ce numéro des Nouvelles Questions Féministes revient sur les recherches récentes autour du plaisir sexuel féminin. Pour l’occasion, la revue republie l’article d’Anne Koedt paru dans la revue française Partisans « Libération des femmes. Année zéro » en 1970, dans lequel l’auteure revient sur « le mythe de l’orgasme vaginal ». De leurs côtés, Michela Villani et Armelle Andro ont mené une enquête sur les implications de la chirurgie réparatrice à laquelle peuvent avoir recours les femmes excisées. L’article montre comment ces femmes situées à l’intersection des dominations de sexe, de race, de classe recherchent la « normalité » et le plaisir. Elles reviennent enfin, de même que Christelle Hamel dans son compte rendu de La revanche du clitoris de Maïa Mazaurette et Damien Mascret paru en 2007, sur l’ « excision culturelle » occidentale que ces femmes mettent en question.

Enfin, Annie Ferrand compare les textes officiels sur l’éducation à la sexualité à la convention interministérielle de 2000 intitulée A l’école, au collège, au lycée : de la mixité à l’égalité. Elle montre comment les textes sur la sexualité, vue a travers ses « risques », et placés dans le cadre « des actions d’éducation à la santé » adoptent un point de vue différentialiste tandis que le texte de 2000 met en avant l’égalité, de façon féministe.

[Nouvelles Questions Féministes (NQF), 2 n° par an, abonnement 45 € (65 € abonnement de soutien), secrétariat de rédaction NQF, Centre en Etudes Genre LIEGE, bâtiment Anthropole, 1015 Lausanne (Suisse), www.unil.ch/liege/nqf ]

               Dans une présentation toujours aussi soignée, illustrée par les dessins de Jean-René Kerézéon au fil des pages, ce volume est le second sur ces intellectuels venus combattre aux côtés des républicains espagnols, au nom d'une certaine éthique de l'engagement. Dans son avant-propos, Anne Mathieu revient sur la place centrale et emblématique qu'occupe la Guerre d'Espagne pour les antifascistes passés et présents. Elle insiste également sur l'horizon international de ces écrivains, poètes, reporters, en partie oubliés car dans l'ombre portée des Hemingway, Malraux etc. Donc, parmi les quinze articles de ce volume, la romancière allemande pour la jeunesse Ruth Rewald, le poète britannique W. H. Auden ou le reporter français de L'Humanité, Jean Alloucherie, reprennent vie grâce aux contributions respectives de Mathilde Lévêque, Antony Shuttleworth et Michel Lefebvre. Egalement, Marleen Rensen signe un article très précieux sur l'écrivain Jef Last, communiste et homosexuel, ami de Gide et Sara Miglietti se penche sur les militants italiens de Giustizia e Liberta, venus dès 1936 combattre aux côtés des anarchistes de la CNT. A partir de la perspective de l'histoire vécue par les protagonistes, S. Miglietti tente de répondre à des critiques récentes sur l'activité et l'impact réel de ces combattants. La contribution de A. B. Yabara sur le poète noir américain Langston Hughes possède le grand mérite, pour les lecteurs français, d'attirer l'attention sur un « compagnon de route » du Parti communiste, venu en Espagne apporter son soutien, celui des noirs des Etats-Unis, à travers des reportages pour The Baltimore Afro-American. L'auteur cite de nombreux extraits (traduits) des articles de L. Hughes, à partir d'une anthologie de ses textes sur le monde hispanique, parue en 1977 aux Etats-Unis sous la direction de E. J. Mullen. Néanmoins, les connaissances de l'auteur sur les militants communistes américains semblent parfois superficielles. Ainsi, au détour d'une note (n. 118, p. 44) apparaît le nom du poète noir Claude McKay, ami de L. Hughes, sans qu'il soit fait mention de sa forte implication au sein du Parti communiste étatsunien. Il est  un des délégués au IVe Congrès de la Comintern en novembre 1922, où il prononce le discours sur la question noire; il assiste aux cérémonies du Ve anniversaire de la Révolution d'Octobre au milieu des dirigeants bolcheviques, correspond avec ceux de la Comintern et signe des articles dans Inprecor, par exemple « The Racial Question » (n° du 21 novembre 1922). Quand à L. Hughes, il est lui aussi impliqué plus fortement dans les activités militantes communistes que les quelques lignes que A. B. Yabara consacre à ce sujet. Ainsi, par exemple, ses poèmes apparaissent dès 1932 dans la revue de la Comintern consacrée aux combats des noirs, The Negro Worker (1928-1937), dont son scandaleux texte anti-religieux (en partie traduit dans l'article), « Good-bye Christ » (The Negro Worker, vol. II, n° 11-12, novembre-décembre 1932, p. 32). Dans les années vingt et trente, Claude McKay, Langston Hughes et Richard Wright font partie des intellectuels noirs mis en avant par le Parti communiste aux Etats-Unis.

Dans la partie « Textes et témoignages retrouvés », des textes des organes de presses communistes (Regards, Ce Soir, Commune), socialistes (Le Populaire) ou syndicalistes révolutionnaires (La Révolution prolétarienne) reflètent les sensibilités de l'époque. Trois contributions sur Nizan, et un fort ensemble de comptes rendus de lectures complètent ce volume. Ajoutons pour terminer que ce numéro, comme les huit précédents, possède d'impressionnantes notes de bas de pages, outils complémentaires pour renseigner encore plus le foisonnement de ces années trente. Le prochain volume porte sur l'engagement des artistes (sortie en octobre 2011).

[Aden. Paul Nizan et les années trente c/o Anne Mathieu, 11, rue des Trois Rois, 44000 Nantes, 25 € ce n°, abonnement pour 4 n°, 84 € (+ 6 € de port), les anciens n° sont toujours disponibles, sauf les 1, 2 et 5, épuisés, http://www.paul-nizan.fr ]

          Ce dossier sur l'illustrateur Jacques Tardi, coordonné par Bertrand Tillier (spécialiste de la caricature et professeur à l'Université de Bourgogne) comporte six contributions, autour des problématiques suivantes : Quelle est la fonction et la teneur de l'Histoire « entre dessin et narration, dans l'objet « bande dessinée » ? Quels usages de l'Histoire dans ses « histoires » ? La première contribution est celle de B. Tillier lui-même, pour qui la récente exposition sur les rapports du dessinateur avec la Première guerre, à l'Historial de Péronne (été 2009) signe véritablement l'entrée de l'oeuvre de Tardi « dans le champ du savoir historien », et donc la reconnaissance de son travail (enfin ! pourrait-on ajouter). Tardi décline l'Histoire soit comme trame d'arrière-plan, ainsi dans les aventures d'Adèle Blanc-Sec ou celles adaptées des Nouveaux Mystères de Paris (Nestor Burma) de Léo Malet, soit comme sujet principal, bien évidemment ses albums sur la Grande guerre ou le quatuor sur la Commune de Paris (« Tardi et la Commune de 1871 à travers Le Cri du peuple : roman graphique ou histoire graphique ? », par E. Fournier). Qui n'a jamais mieux ressenti l'horreur des tranchées grâce aux « poilus » de Tardi, embourbés, encroûtés, éclopés, éborgnés, revenus hanter nos mémoires par ce trait noir appuyé, si caractéristique de son style graphique réaliste-tragique. N'oublions pas non plus que de leurs hurlements, de leurs cauchemars sont nées les mutineries et les signes annonciateurs, dans les tranchées russes, des soubresauts révolutionnaires qui emporteront le tsarisme d'abord, la société bourgeoise ensuite. Comme l'a écrit Emilio Gentile, « la Grande Guerre avait déposé quelques oeufs sur le continent européen » dont un « oeuf rouge » (L'Apocalypse de la modernité, Aubier, 2011). Archiviste méticuleux, amoureux d'un Paris qui n'existe plus guère, « espace atemporel empreint de nostalgie » (« Le Paris de Tardi : un XIXe siècle éternel ? » entretien avec Jean-Pierre A. Bernard), adepte de la tradition des codes populaires du récit-feuilleton, là encore nostalgie des illustrés ou romans de sa jeunesse (Paul Féval, Eugène Sue), Jacques Tardi est néanmoins totalement de son époque, du moins aux côtés de ceux qui souhaitent la chambouler : Nous contre Eux. On le sait très proche des milieux libertaires, ainsi que celle qui partage sa vie, la chanteuse Dominique Grange, ex-maoïste tendance Gauche prolétarienne. Un dossier qui offre donc enfin, au risque de se répéter, toute sa place à Tardi, « passeur d'histoire [...] rendant  intelligible [celle-ci] à un large public, tout en offrant aux historiens une interprétation graphique de leurs axes de recherches les plus récents » (E. Fournier, p. 64).

Egalement dans ce numéro très riche en nouveautés, deux articles à propos du cinéma italien des mal nommées « années de plomb ». Celui de Dora d'Errico, « Forclore la violence à l'écran », analyse la production des multiples films sur la période comme « interrogation renouvelée sur une page obscure de l'histoire italienne » mais aussi comme « désir de relecture collective » (p. 111). En utilisant l'analyse des représentations, il décrypte les constructions idéologiques à la base de ces films, c'est-à-dire les divers moyens employés pour « anesthésier la charge politique de la période », en reléguant à l'arrière-plan toute thématique politique ou en construisant la figure du « terroriste » comme personnage violent, déviant voire névrotique ou alors totalement manipulé, agent double ou triple. La seconde contribution, celle de Marie Fabre (« Buongiorno Notte : « Approfondir l'histoire par infidélité » ») revient aussi sur ce traitement de la lutte armée par le cinéma, afin de faire de ce phénomène ultra-politisé un mystère insoluble et irrésolu. Le film de Marco Bellochio sur l'enlèvement de Aldo Moro lui sert de matériau. Si l'auteure reconnaît un mérite à ce film, celui d'être « le premier à relier [les Brigades rouges] à une histoire plus large de l'Italie et du communisme » ainsi que de la Résistance (p. 128, 132), il est également pour elle signe d'un éloignement du cinéaste avec son passé communiste. C'est un film générationnel, « conclusion d'un vieux cinéaste sur ses propres années de lutte » (p. 135) qui aurait besoin de « se libérer du poids d'une certaine culpabilité » (p. 136). Deux analyses extrêmement solides, qui à mon avis feront référence, et avec lesquelles on doit pouvoir lire le récent La Prima Linea de Renato de Maria ainsi que les films produits ailleurs en Europe, outre-Rhin par exemple, sur les groupes de lutte armée d'extrême gauche.

[Sociétés & Représentations, 22 € le n°, revue semestrielle, abonnements sur www.cairn.info/]

L’appétit de lecture des contributeurs de cette revue pourrait sembler démesuré si l’on en juge par le nombre de comptes rendus publiés dans ce numéro, totalement consacré à des recensions. Autour de huit thèmes, « Jean Jaurès et les autres penseurs du socialisme », « Les socialistes en France et à l’étranger », « Les mondes du travail », « La très grande guerre », « Histoire intellectuelle et culturelle », « Histoire politique des XIXe-XXe siècles », « Relire le XIXe siècle politique », « Aperçus politiques sur le XXe siècle » et enfin « Figures politiques », le lecteur ne saurait échapper à tout ce qui s’est publié sur le socialisme, dans les plus importantes langues européennes. Un outil de travail indéniable.

[Cahiers Jean Jaurès, Société d’études jaurésiennes, 4 rue Toussaint-Féron, 75013 Paris, 12 €,  www.jaures.info ]

      Cette nouvelle livraison de la revue fondée par les historiens Jean-Jacques Marie et Vadim Rogovine débute étonnamment par un texte de Goethe, récit de la bataille de Valmy extrait de ses Mémoires. Suit un portrait fort intéressant du montagnard Georges Auguste Couthon par Nicole Perron. Autre sous-ensemble thématique, la critique de la biographie d’Engels signée Tristram Hunt par Michel Gandilhon et un article de Trotsky au sujet des Notes sur la guerre franco-allemande de 1870-1871 du même Engels, daté de 1924 (et republiée récemment par les éditions Science marxiste). Privilégiant toujours l’histoire de l’URSS, ce numéro comprend l’avant-dernière partie du texte de l’opposant Rioutine appelant à la lutte contre Staline. On notera enfin un long article de Christophe Benoit qui s’intéresse à « L’histoire-géographie face aux « réformes » du lycée » dans la continuité de l’ouvrage L’enseignement de l’histoire-géographie de l’école élémentaire au lycée. Vecteur de propagande ou fondement de l’esprit critique ?

       Parmi les articles de cette livraison sortant quelque peu de l’ordinaire, celui de Pierre Roy permet de revenir sur le Congrès de Rome tenu par la Libre Pensée en 1904, en plein débat sur la laïcité en France. Plus classique, la fameuse réflexion de Christian Rakovsky sur la bureaucratie (« Les dangers professionnels du pouvoir », appelé le plus souvent Lettre à Valentinov), datant de 1928, est ici republiée dans son intégralité, telle qu’elle fut proposée par les Cahiers Léon Trotsky en 1984. Autre texte plus méconnu, celui de Rioutine en 1932, dont la sixième partie proposée ici (non intégralement toutefois) permet désormais de découvrir une contribution importante à la lutte contre le cours stalinien au sein même de l’appareil d'Etat soviétique. Christian Coudène revient pour sa part sur une biographie récente de Willy Münzenberg, relativisant l’engagement tardif de ce dernier dans l’opposition antistalinienne et critiquant de manière plus générale la qualité de ce travail. Assurément plus polémique, l’article de Jean-Marc Schiappa conteste la recherche par Vincent Peillon des ancêtres d’un « socialisme français », allant jusqu’à rapprocher cette démarche « corporatiste » de celle d’un certain Marcel Déat… Quelques notes de lecture et la traditionnelle Chronique des falsifications complètent l’ensemble.

        Parmi les thèmes de prédilection de la revue, l’histoire de l’URSS, du communisme et les luttes ouvrières des différents pays, plusieurs articles sont à distinguer. Sergi Rosés Cordovilla nous expose une affaire largement méconnue, le refus du droit d’asile à Trotsky par la IIème République espagnole et la Généralité de Catalogne en 1931, malgré deux demandes successives. Micheline Charpentier-Morize s’intéresse au « cercle officieux des chimistes communistes » français dans les années 1950, tandis que Jean-Jacques Marie tente de démontrer, avec une certaine pertinence mais également quelques exagérations, qu’Isaac Deutscher fut « un compagnon de route du stalinisme ». Quant à l’article de C. Allain sur l’œuvre de Moshe Lewin, malheureusement trop court, il inaugure une discussion bienvenue sur les apports de cet historien majeur de l’URSS. Les Cahiers du mouvement ouvrier continuent par ailleurs à lutter contre les nouveaux programmes du secondaire, en insistant ici sur le rôle combatif que peut jouer l’APHG, et en relevant certaines déclarations pour le moins ahurissantes (ainsi de cet IPR qui, lors d’une réunion d’harmonisation pour le Baccalauréat, recommande « ne sanctionnez pas une erreur de date de trois ou quatre ans, cela n’a aucune importance ! » - on aimerait connaître davantage de détails sur cette affaire). Le numéro 49, dont le sommaire est d’ores et déjà annoncé, sera entièrement dédié à la Révolution française.

[Cahiers du mouvement ouvrier, 28 rue des petites écuries, 75010 Paris, 8 euros le numéro, 30 euros l’abonnement annuel pour quatre numéros (35 euros pour l’Europe, 40 euros pour les autres continents)]

Dans un bref éditorial, Pierre Nora donne les raisons de poursuivre la revue, « pour éclairer les politiques » et « rendre les citoyens mieux maîtres des choix qui s’offrent à eux ». Un éditorial où se lit une certaine détestation d’un présent marqué par « un rétrécissement des horizons, une atomisation de la vie de l’esprit, un provincialisme national et l’effondrement du système et du message éducatifs ». Dans l’échange qui suit avec Régis Debray, P. Nora précise la feuille de route de sa revue : « contre la spécialisation universitaire à outrance et pour une relève décisive des conditions de l’enseignement ; contre la précipitation journalistique, pour le salut d’une presse de qualité ; contre la tentation de se retirer sur l’Aventin, pour le maintien d’une fonction publique, civique et critique ». Les articles qui suivent contribuent imparfaitement à cette ambition. Pour ne prendre que deux exemples, l’étude de Paul Yonnet intitulée « La sortie de la révolution » (p. 37-46) et celle de Michel Winock, « Méandres de la gauche » (p. 47-63) sont-elles vraiment objectives, approfondies, ou plutôt ne puisent-elles pas dans l’actualité pour conforter les idées préconçues de leurs auteurs ? En tout cas, ils ne font pas avancer véritablement…le débat !

Ce numéro est introduit par un échange entre Marcel Gauchet et Jacques Julliard sur « Sarkozy et les forces politiques françaises confrontées à la crise ». Est notamment pointé « le grand malaise », à droite, généré par « le remue-ménage désordonné »…ainsi M. Gauchet qualifie-t-il l’art de gouverner du président ! Il pense aussi, et Julliard avec lui, que « le mélange de modération et de radicalité » propre à Mélenchon aura des chances de séduire davantage que « les candidatures de rupture et de protestation pure du type Arlette Laguiller ou Besancenot ».

Pierre-Henri d’Argenson examine les raisons et le sens d’un nouveau problème, celui de la souffrance au travail (p. 105-115). Claude Le Pen, professeur à Paris-Dauphine, scrute la transformation du « modèle de 45 » en matière de Sécurité sociale. Après le tournant des années 1990, qu’en reste-t-il ? (p. 116-128). Crise, capitalisme, Israël-Palestine, sont également l’objet d’analyses.

             En tête de ce numéro, un article passionnant du très regretté Tony Judt – très malade depuis plusieurs années, il est mort le 6 août 2010 – sur l’évolution de King’s College à Cambridge, son alma mater, des années 1960 à aujourd’hui. Plusieurs articles s’interrogent sur les politiques de la recherche, en insistant sur la victoire – momentanée ?- des « sciences dures » sur les « sciences sociales », dont Krysztof Pomian analyse le marasme. N’est-ce pas des premières surtout qu’on attend des retombées économiques ? Plusieurs articles (Nicolas Werth) ou entretiens (Jacques Semelin) permettent de revenir sur la terreur au XXe siècle. D’autres auteurs se demandent si la crise 2007-08 va « amener le monde au bord du gouffre ? ». A priori il semble qu’on y soit déjà !

[Le Débat, abonnement, 68 €, Sodis Revues BP 149, 128, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny 77403 Lagny Cedex, www.le-debat.gallimard.fr]

           Plusieurs articles sont consacrés à la responsabilité de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda. Que disent en particulier les archives de l’Elysée, documents conservés à l’Institut François Mitterrand, s’interroge la juriste Rafaëlle Maison ? Rien ne permet, bien sûr, d’affirmer que ce corpus, qui s’étend de juin 1982 à avril 1995, est complet ni qu’il est parfaitement fiable. Il en ressort malgré tout que la France a soutenu le gouvernement alors qu’avaient déjà commencé massacres et persécutions visant la population tutsi. Rien n’est dit d’explicite sur la livraison d’armes pendant le génocide, ni de l’aide apportée à l’exfiltration des anciens responsables après celui-ci. Cependant, ces archives disent beaucoup sur une certaine atmosphère intellectuelle régnant à l’Elysée. « Il n’y a pas d’intérêt à ce qu’une petite minorité tutsi qui se révolte l’emporte sur la majorité de la population hutu », pense-t-on dans le cercle présidentiel peu avant le début du génocide. Par ailleurs, estime-t-on à l’Elysée, la victoire des tutsis serait celle de l’Ouganda et de l’Afrique anglophone, « pas mécontente d’enfoncer un coin dans la Francophonie » ! Ils chercheraient à constituer un tutsiland « avec la complicité objective des Anglosaxons », affirme le général Quesnot, qui traite par ailleurs les tutsis de « Khmers noirs » (sic).

Toujours attentive à l’institution Eglise catholique, la revue publie deux articles amorçant la réflexion sur l’Eglise et la pédophilie (J.-L. Sclegel) et sur la gouvernance de l’Eglise à travers la propension de celle-ci à considérer – au XIXe et au XXe siècle – tous les Papes comme canonisables (Claude Langlois).

        A côté des grands articles ici consacrés à « ce que nous apprennent les animaux », des observations nouvelles nous amenant à réévaluer les capacités réelles de ceux-ci, ce numéro 365 rassemble dans la rubrique Journal une série d’articles brefs liés à l’actualité. Relevons l’analyse des dernières élections en Bolivie par Jean-Pierre Lavaud, dans un bilan sévère pour Evo Morales.

 Esprit, n°366, juillet 2010.

           Un fort dossier consacré à la vieillesse, d’où il ressort notamment que le vieillissement de la population n’entraîne pas automatiquement un accroissement des dépenses de santé, celui-ci découlant plutôt des changements techniques dans le traitement de maladies lourdes. Dans la rubrique Journal, quelques pages sur les Centres de rétention, extraites d’un recueil de témoignages réunis par des militants de la Cimade.

         Un numéro surtout consacré à Ivan Illitch (1926-2002), avec la publication de deux articles inédits de celui qui connut son heure de gloire en France au milieu des années 1970, et plusieurs contributions insistant sur la fécondité d’une pensée qui, avec celle d’André Gorz, permet d’avancer dans le débat sur croissance et décroissance. Dans son article, Eve Charrin, journaliste, auteure de L’Inde à l’avant du monde (Grasset, 2007, rééd. Poche Pluriel, 2009) évoque l’extraordinaire fécondité de la littérature indienne contemporaine (p. 99-115).

        Dans ce numéro aux articles un peu disparates,  notons celui de Jean-Pierre Peyroulou sur les films de Rachid Bouchareb (Hors-la-loi) et de Xavier Beauvois (Des dieux et des hommes). Au premier il reproche de ne pas tenir compte des divisions intérieures du mouvement nationaliste algérien, au second de laisser hors champ le contexte politique, comme s’il était trop brûlant. Des erreurs sont pointées. Même s’il a tué quelques policiers ou harkis – 57 précise l’auteur de l’article – jamais le FLN n’a attaqué en France de commissariat de police ni de camions transportant des harkis. Quant aux moines de Tibéhirine, par qui ont-ils vraiment été tués, par les islamistes du GIA ou par des agents de la Sécurité militaire de l’Etat algérien ? Le film, en mobilisant l’opinion publique contre la raison d’Etat permettra-t-il de faire jaillir la vérité ?

Paul Dumouchel, un Canadien vivant au Japon, s’interroge sur la loi interdisant la « burqa » (en fait le voile intégral, de couleur noire) récemment adoptée à l’unanimité, en France comme en Belgique. Quel danger provient de la liberté de se vêtir comme bon vous semble, questionne-t-il ? N’y aurait-il pas de meilleures raisons d’interdire le port des talons hauts ? Par ailleurs, cette loi, loin de permettre la libération de ces femmes, risque de les contraindre encore plus en leur interdisant l’espace public. Quant à l’argument de la dissonance de la « burqa » dans le paysage social et vestimentaire français, de même que les minarets jurent dans la paysage suisse traditionnel, il ressemble plutôt à une réaction viscérale. Et l’auteur de l’article, un brin provocateur, de se demander s’il ne faudrait pas plutôt s’intéresser à ceux qui sont opprimés par la vue de la « burqa » ? Plus sérieusement, cette loi, qui pénalise des individus fragiles au sein d’une minorité, est considérée par l’auteur comme socialement inefficace.

(Esprit, abonnement, 11 €,  212, rue Saint-Martin  75003  Paris, www.esprit.presse.fr]

         Ce dictionnaire critique du « sarkozysme », écrit en juillet 2010, avant donc l’embardée sécuritaire, part d’une supposition comme s’en explique l’introduction : « il existe bien un « sarkozysme », autrement dit une « politique » de Sarkozy ». Si chaque auteur a été invité à choisir un mot1, certaines tendances se dessinent, malgré la diversité des interventions, tant dans leur forme – Francis Marmande a écrit un poème – que dans le fond, et même si régulièrement apparaît une référence implicite (critique ou non) à l’ouvrage d’Alain Badiou De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Nouvelles éditions Lignes, Paris, 2007 – CR sur notre site). Jean-Loup Amselme et Alain Hobé, revenant sur le discours de Dakar de Sarkozy, insistent avec raison sur « l’effet attendu » (page 34) d’une parole avant tout adressée « à la clientèle électorale de Sarkozy dont une bonne partie provient des rangs du Front national » (page 9). D’ailleurs, la base sociologique du « sarkozysme » - « une petite France rance, minoritaire, peureuse et vieillissante » (page 98) – et la mise en œuvre d’un populisme très à droite – ayant pour but « d’attirer à soi les suffrages de la fraction « établie » des classes populaires en renforçant, par une surenchère sécuritaire incessante, les divisions qui les traversent » (page 72) – sont analysés par Gérard Mauger et Olivier Le Cour Grandmaison. Le « sarkozysme », plus spécifiquement en tant que politique, est étudié sous divers angles : que ce soit l’instrumentalisation dépolitisante de l’histoire (par Sophie Wahnich), son « esthétisation » (par Plinio Prado), la laïcité comme « fer de lance pour « l’identité française » » défendue dans ses racines chrétiennes (par Alain Naze), ou le renouveau d’un néolibéralisme « décomplexé » : « l’alliance d’un programme réactif et d’un mot d’ordre de « rupture », de renouveau » (page 64). De même, est interrogé son lien, sa fonction par rapport à la phase capitaliste actuelle. Ainsi, selon Isabelle Garo, Sarkozy est « l’incarnation pure et simple d’un système établi mais l’agent politique d’une dynamique de crise » (page 18). De leur côté, Philippe Hauser et Gérard Briche insistent sur la mise en scène de la « valeur travail » afin d’occulter « la réalité de la lutte à mort du capitalisme et du travail » (page 87), et de conforter « le consensus de l’ordre établi » (page 90).

Mais analyser le « sarkozysme », par contre coup, revient à poser aussi la question de la faiblesse de la gauche ; son « moralisme » (page 45) et son incapacité jusqu’à présent à renverser le système mis en place. Jacques-Henri Michot, à propos de la polémique sur la Princesse de Clèves, offre quant à lui une réflexion très riche sur l’usage de la culture dans l’opposition politique à Sarkozy (pages 66-69). En-dehors du dictionnaire, outre deux textes de Surya, ce numéro contient un article intéressant autour du collectif italien Action30 et de son livre L’uniforme et l’âme, Enquête sur l’ancien et le nouveau fascisme (Bari, éditions Action30, 2009), même si l’orientation très foucaldienne aurait méritée d’être plus interrogée. Enfin, Serge Zenkine, à partir d’une confrontation au livre de Robert Antelme, L’espèce humaine, développe une étude fouillée de l’homo sacer et de sa limitation d’application dans le sens où il est théorisé par Giorgio Agambem. Par ce numéro, Lignes confirme son originalité et son intérêt.

[Lignes, 90 quai Maupassant, F-76400 Fécamp - http://www.editions-lignes.com]

1 Et chaque texte se termine par un renvoi à d’autres mots de ce dictionnaire.

    Deux articles permettent d’approfondir l’histoire de l’enseignement technique et professionnel ainsi que celle de la formation continue des adultes. En prenant l’exemple de Lyon, Marianne Thivend montre combien les employeurs ne forment pas un bloc homogène notamment quant à l’utilisation de la taxe d’apprentissage (instituée par une loi de 1925) et à la certification des diplômes par l’Etat. Françoise Laot attire notre attention sur la formation sexuée des adultes. Ce n’est qu’au milieu des années 1960 qu’on commence à se soucier de la formation des femmes au travail, jusqu’ici la promotion sociale qu’une telle formation permet était réservée aux hommes. Outre une étude originale de la MGEN comme « patron » (Charlotte Siney-Lange), notons l’article de Cyrille Sardais, « Le règlement de la grève d’avril-mai 1947 à la Régie Renault », dans lequel il réalise le tour de force de ne rien dire des trotskystes à l’origine d’une grève qui amena la sortie des communistes du gouvernement. L’auteur, il est vrai, professeur adjoint de management à HEC Montréal, n’est pas spécialiste de l’histoire du mouvement ouvrier.

[Le Mouvement Social, abonnement annuel, 56 €,  Service Abonnements Elsevier Masson SAS 62, rue Camille Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux Cedex]

           Ce numéro de Vacarme s’intéresse aux trois termes clefs d’une pensée du futur – projets, programme et utopie – que « l’affirmation politique d’un présent éternel » (page 14) semble avoir disqualifiés ou déplacés. L’entretien avec l’historien François Hertog, qui ouvre cette thématique, interroge les « régimes d’historicité » (page 16) autour du « présentisme » actuel et d’un « état de crise sans fin » (page 19), tandis que le second texte analyse le « court-termisme », au cœur des marchés financiers et en appelle, autour de l’écologie politique, à une « ré-utopisation investie dans le long terme » (page 24). Dans les pages qui suivent, sont questionnées les dimensions des projets – surdéterminés par les notions de succès, évacuant le politique - ; utopies – à partir d’un intéressant entretien avec Miguel Abensour, rappelant que c’est « dans le climat violent et meurtrier de 1848 que naît la haine de l’utopie » (page 34) - ;  progrès – Sophie Wahnich croisant les critiques pessimistes de Walter Benjamin et d’Edgar Quinet - ; et doléances – sur base de la réactualisation opérée par le collectif Le tambour des doléances (pages 46-52).

Dans le Cahier, l’extrait des écrits d’Ambroise Paré (page 69) est particulièrement réjouissant. Quant à la partie Lignes de ce numéro, entre autres textes, le lecteur retiendra un entretien autour du double rapport changer de vie – changer sa vie et toxicodépendance – gestion de la consommation, une rencontre - malheureusement très peu contextualisée - avec Jovan Divjak autour de la Bosnie-Herzégovine, et surtout une réflexion originale sur la situation des Roms. Ce texte, faisant écho à l’édito, offre un examen lexicologique de l’expression « étrangers indésirables », et, à partir d’une lettre de Flaubert à Sand, promeut l’impératif de l’engagement, lié à un parti pris de la minorité et à la faculté d’indignation (page 74). Cependant, il est dommage que l’auteur ne s’interroge pas sur les contradictions de Flaubert et, par-là même sur les limites d’un tel positionnement. En effet, confronté à une expérience révolutionnaire concrète - la Commune de Paris - Flaubert a très vite et largement abandonné une posture du déclassement. Il serait nécessaire de se demander si il ne s’agissait là que d’un accident de parcours. Ce défaut critique se retrouve d’ailleurs dans plusieurs articles. Ainsi, l’invitation de Michel Feher à envisager les marchés financiers « comme un champ de bataille » à investir pour la gauche et à miser sur la « responsabilité sociale de l’entreprise » (page 86), comme la conclusion de l’article de Pierre Zaoui selon laquelle « peut-être que toute féerie émancipatrice est vouée au capitalisme ou à sa caricature totalitaire » (page 32) constituent comme des corsets étroits à l’imagination. Ils proposent en tous les cas des pistes, en décalage et bien en deçà de la gravité et de la prégnance des problèmes analysés. Ils tendent de plus à mésestimer une partie des luttes sociales passées, comme cela est évident pour l’article de Feher, qui évacue la revendication de l’abolition du salariat.

De manière générale, la force originale de Vacarme tient également aux photographies – ici, celles de François Méchain –, aux interventions graphiques – celles, entre autres, de Formes vives dans ce numéro – et aux poèmes – on retiendra ici Conte d’été et le poème en prose, Vibrations de la mémoire.

[Vacarme, Paris, éditions Amsterdam, 10 € le numéro, www.vacarme.org]

            Dans ce numéro de fin d'année 2010, nous retiendrons principalement trois articles. Le plus conséquent est celui d'un historien polonais, Jerzy Borejsza, à propos d'un recueil de documents de la section de propagande du Comité central du PCUS (1945-1954) intitulé Staline et le cosmopolitisme [c'est également le titre de l'article], paru à Moscou en 2005. J. Borejsza confronte ces documents à sa jeunesse estudiantine passée à Kazan dans les années 1950, ainsi qu'à sa vision du monde. Celle-ci est totalement vouée (omnubilée ?) aux systèmes totalitaires, ainsi qu'à une caractérisation de l'Etat soviétique comme « kafkaïen » et « génocidaire » (p. 126), ce qui me semble emprunter les travers bien connus des analyses/polémiques idéologiques. On appréciera par contre le compte-rendu de Sylvie Lindeperg à propos du film La Rafle de Roselyne Bosch (mars 2010) sur la rafle du Vel' d'hiv' de juillet 1942. Se réclamant de Serge Daney pour qui les questions de forme sont également des questions de fond [Jean-Patrick Manchette, romancier de polar et dialecticien conséquent aurait affirmé que la forme n'est que la forme du contenu] l'auteure rappelle tout d'abord que nos sociétés, ne supportant pas l'absence d'images d'événements historiques devenus emblématiques – comme cette rafle justement – pallient ce manque par un trop plein, un surplus. Ainsi en serait-il de ce film, qui veut littéralement « plonger » le spectateur de 2010 au coeur des arrestations, comme s'il s'agissait d'un reportage. Comme on voit, la vogue du docu-fiction est passée par là, avec la domination des mémoires, air du temps qui vide « l'histoire de sa substance politique et de son intelligibilité » (p. 169) au profit du compassionnel et de « l'écume émotionnelle » (p. 170). Ce déferlement de bonne conscience, dont le principal public visé, les enseignants du secondaire, se retrouve « conseillé », via un livret d'accompagnement, par une entreprise privée « de conseil en stratégie opportune », invite les historiens, selon l'auteure, à repenser sérieusement les usages « des notions de mémoire et de témoignage » (p. 171). Enfin, à propos de la sortie en DVD unique (Editions Montparnasse, 2009) de deux films de André Halimi, Délation sous l'Occupation et Chantons sous l'Occupation, P. Goetschel salue cette réédition de deux documentaires de qualité qui appréhendent « la complexité des comportements français » (p. 171) pendant ces années noires.

[Vingtième Siècle. Revue d’histoire, abonnement, 4 n°, 51 € , Presses de Sciences Politiques

117, Boulevard Saint-Germain, 75006  Paris, 5% de réduction si abonnement en ligne   www.abonnementssciencespo.fr ]

        Cette revue originale est basée sur le principe de l’enquête : pour chaque numéro, l’équipe quitte Montreuil plusieurs semaines à bord de Gigi - camion-tiroir -, rencontrer et interroger in situ.

Ce numéro s’ouvre sur un très intéressant article sur les barrages au Kurdistan, développant une analyse fouillée des enjeux politiques, mais aussi écologique et agricoles, démontrant ainsi le rôle de contrôle social et politique, non seulement des Kurdes mais aussi des petits paysans, que jouent la construction et le développement de barrages dans cette région du monde. Le thème central de ce numéro tourne autour des usines et luttes ouvrières à Amiens. La revue propose un panorama des usines en lutte et une série de témoignages éloquents d’accidentés du travail. Particulièrement intéressante également, la discussion autour de la production et de ses finalités entre l’équipe et des leaders syndicaux (pages 70-77), qui montre les divergences et contradictions de ces luttes. Enfin, l’analyse de la brève expérience de contrôle ouvrier à Philips-Dreux est d’un grand intérêt.

Cependant, la revue ne se borne pas à l’étude des usines en lutte actuellement autour d’Amiens. Elle propose la traduction d’extraits d’un livre anglais revenant sur une lutte emblématique dans les années 70, qui constitue une riche réflexion sur les liens dans le travail en entreprise entre technologie, méthodologie, politique et démocratie. De même, l’enquête sur les micro résistances au travail est éclairante et constitue une critique de l’esthétique glauque. L’analyse de l’équipe de Z, centrée entre autres sur les écrits de Rancière et de  Castoriadis, se base sur un parti pris efficace, qui entend réaliser « un retour – non pas nostalgique mais historique – sur les valeurs portées par les luttes qui nous précèdent » et dont l’enjeu est de « nous permettre de reprendre certains débats là où ils ont été abandonnés, de nous instruire des expériences d’échec ou de victoire, de nourrir nos imaginations » (page 136). Regrettons cependant que le décalage entre les enquêtes et l’analyse, (par exemple autour de l’expérience des Conseils ouvriers) ne soit pas plus et mieux explicités.

À noter également, pour la qualité tant des photos que de sa réflexion, le photo-reportage, Les sysiphes de l’exil, qui entend renverser la double vision stigmatisante des migrants : criminalisation et victimisation (page 173). De manière générale d’ailleurs, les dessins et photographies qui rythment les articles confirment l’importance et l’intérêt de cette jeune revue.

[Z, Montreuil, éditions court-circuit, 10 € le numéro, www.zite.fr ]

         La première chose qui surprend le lecteur quand il saisit un numéro de cette revue québécoise, c’est la qualité de l’objet. Très bien mis en page, illustré par des photographies ou des dessins originaux, c’est une revue que l’on a envie de lire. Et quand il se plonge dedans, le lecteur n’est pas déçu. Certes, il y a un côté exotique, plutôt plaisant au demeurant, car les références et la culture ne sont pas celles de l’Hexagone (heureusement d’ailleurs, même si les débats et la culture française sont très présents). Mais ce qui ressort, c’est la qualité des contributeurs à chacun des numéros. Prenons l’exemple (n° 37) de l’abandon d’un projet d’hébergement inuit. Très bien documenté, cette contribution permet de comprendre in utero pourrait-on dire, la question des nations indigènes dans cette partie du continent. Autre exemple, on y lira un long article d’analyse du film Incendies (sorti en France au début de l’année 2011) qui mériterait d’être reproduit tant ce film constitue un évènement cinématographique. Le dossier du n° 36, « Violence et politique » retiendra également l’attention tant il permet à un lecteur de ce côté-ci de l’Atlantique de se démarquer des références habituellement mobilisées pour traiter de cette thématique, en particulier avec plusieurs contributions autour du Front de libération du Québec (FLQ) et de la crise d’octobre 1970. Rappelons que les enlèvements commis par le FLQ avaient conduit l’armée à intervenir au Québec. Tous les détails et les informations sont fournis dans cet important dossier pour comprendre comment cet épisode constitue encore, 40 ans plus tard, un objet de réflexion au Québec. Enfin, on retiendra une partie culturelle tout à fait conséquente dans chacun des numéros, permettant de constater l’importance de la production culturelle et théorique des mouvements de la gauche radicale dans cette partie du monde.

[A babord !, 5 dollars canadiens le n°, www.ababord.org]

        Après plusieurs mois d’interruption, un numéro double est enfin paru. Il faut redire tout le bien que l’on peut penser de cette publication, qui propose des articles de fond sur les questions abordées. Le numéro s’ouvre par deux contributions sur la crise en Espagne, avec une présentation très argumentée. C’est toujours sur la crise que poursuit D. Albarracin, à partir d’une analyse de la théorie des ondes longues en développant les diverses approches de cette théorie. Puis vient un très complet dossier sur la question de l’eau, bien commun de l’humanité, avec une approche centrée sur l’Espagne. Puis suivent des recensions critiques d’ouvrages, en particulier anglais, que l’on ne trouve nulle part ailleurs. La publication dans le numéro précédent d’une critique du livre de Rabinowtch (The Bolsheviks in Power) donne même lieu à un débat sur quelques questions soulevées par cet important ouvrage, dont la traduction en français serait la bienvenue. On attend avec impatience la publication du prochain numéro.

[La Brèche, CP 120, Sévelin 28, 1000 Lausanne 20, Suisse, 6 € www.labreche.ch ]

                 Ce bulletin de 4 pages est publié par Initiative communiste-ouvrière, animé par Nicolas Dessaux, Stéphane Julien ou Camille Boudjak. Il est proche du Parti communiste-ouvrier d'Iran (PCOI), une organisation marxiste-bolchevik, très impliquée dans la dénonciation de l'islamisme politique analysé comme vecteur réactionnaire dans les masses populaires. Il est partie prenante d'un Comité international contre la lapidation (n° 1, p. 4). Par ailleurs, N. Dessaux a animé un cercle de lecture sur Le Capital de Karl Marx, et traduit les écrits du révolutionnaire communiste iranien Mansoor Hekmat, du PCOI.

[Communisme ouvrier, 0,20 € le n°, sur www.communisme-ouvrier.info ]

        La parution de quelques ouvrages (réédition de L’introduction à la critique de l’économie politique de Rosa Luxembourg, le livre de Mulhman, insuffisamment critiqué, dans ce même numéro) fournit l’occasion d’un très intéressant dossier sur la révolutionnaire marxiste polonaise. Un très passionnant article signé d'Agone-Collectif Smolny (improprement attribué, d'abord, à Jean-Numa Ducange) revient sur l’édition des œuvres complètes en français de Rosa Luxembourg. C. Weill, une des meilleures spécialistes française de l’œuvre luxemburgiste présente quelques thématiques et apports de R. Luxemburg, autour des idées d’auto-administration, autonomie et autogestion. M. Löwy se penche pour sa part sur la philosophie de la praxis dans sa pensée. Article tout à fait éclairant qui place R. Luxembourg au premier plan des théoriciennes du marxisme contemporain. I. Loureiro plonge dans la réception brésilienne de son œuvre, très tardivement traduite dans ce pays. A ce roboratif dossier s’ajoutent un entretien avec Alberto Acosta, ex-président de l’Assemblée constituante équatorienne, interviewé par Franck Gaudichaud, spécialiste des luttes en Amérique latine et rédacteur de Dissidences, tandis que P. Pignarre revient sur la phiosophie de Daniel Bensaïd qu’il interprète comme une philosophie de la temporalité. Ajoutons, pour conclure, une critique du livre de Antoine Artous, Démocratie. Citoyenneté. Emancipation, par T. Labica, auquel M. Lequenne ajoute sa contribution.

[Contre temps,  La discordance des temps, 88 rue de Bagnolet, 75020 Paris, 12 €, revue.contretemps@gmail.com]

Après quelques pages sur la crise grecque, un premier numéro essentiellement consacré à la France (lutte des sans papiers, cheminots, facteurs, hospitaliers) avec un fort dossier sur le chômage. Notons les réserves formulées sur la stratégie du NPA sur les retraites : la mise en place de collectifs unitaires locaux avec l’ensemble de la gauche ne risque-t-elle pas de constituer pour cette dernière un tremplin électoral plutôt qu’un cadre de mobilisation efficace ? Le numéro 70 est constitué presqu’entièrement d’un fort dossier sur la Chine intitulé « Chine : un capitalisme du XXIe siècle ». Il passe en revue l’expansionnisme chinois (« La Chine en Afrique : une nouvelle colonisation ? »), les inégalités sociales (« Les riches à l’ombre du parti ») et le réveil de la classe ouvrière (« La colère gronde dans l’atelier du monde »). Enfin, pour le n° 71, à l’orée du mouvement sur les retraites, les rédacteurs de cette revue oscillent entre espoir (« Enfin la revanche du monde ouvrier et de sa jeunesse ? ») et inquiétude (« Les directions syndicales iront-elles jusqu’au bout ? »). Quelques brèves sur les luttes ouvrières et la situation internationale complètent ce numéro.

[Convergences révolutionnaires, abonnement : Les Amis de Convergences, BP 128 75921 Paris Cedex 19, 6 numéros, 9 €.]

           On ne sait par quel biais ce numéro nous est parvenu. Les suivants sont disponibles en ligne sur le site. Cette brochure, en dehors d’un court texte sur la pose d’une plaque en hommage à Rosa Luxemburg à Paris à l’occasion du 8 mars, est consacrée aux luttes sociales sur l’île de Pâques. Il y apparaît que l’île a été colonisée par une population appelée rapanuis. Lesquels sont à l’origine des fameuses statues qui ornent l’île. Si la culture rapanuie a été détruite, il reste qu’il semble bien que de très nombreux conflits ont déchiré cette civilisation. La bibliographie qui accompagne l’article doit permettre au lecteur d’approfondir le sujet.

[Critique sociale, prix non indiqué, www.critiquesociale.info]

« Tous en campagne pour nos retraites à 60 ans à taux plein », telle fut la position de Démocratie et Socialisme reprise de numéro en numéro tout au long du deuxième semestre 2010, et ceci en unissant toute la gauche jusqu’au NPA. Le mensuel ne cache pas sa satisfaction devant la venue de Besancenot à l’université d’été de la gauche du PS (« Un monde d’avance ») au Vieux-Boucau, Gérard Filoche avait lui-même participé à l’université d’été du NPA à Port-Leucate. A noter un article très critique sur le FMI que Dominique Strauss-Kahn n’a pas réussi à amender ! (n°176, p. 24-25).

[Démocratie et Socialisme, abonnement, D & S, 85 rue Rambuteau, 75001 Paris, 30 € les 10 numéros]

         Comme dans les numéros précédents, un point de vue qui se proclame celui des classes populaires sur l’actualité politique et sociale. L’angle est très critique envers tous les courants qui ne sont pas communistes, même si personne n’est nommément cité. Le NPA est présenté comme un complice objectif de la bourgeoisie, voire pire : « Faute de quoi, le « désir de révolution » risque fort de se retourner en son contraire, le fascisme » (note p. 12). La conception qui prédomine dans les différents articles est celle du « bon vieux temps du socialisme existant », où « la force fondamentale de la révolution était le pouvoir prolétarien en Union Soviétique » (p. 13). On lira également, actualité oblige, un article de présentation des différents régimes de retraite.

[Germinal, Société populaire d’éducation, Espace associatif, 1 avenue de la Commune de Paris, 69700 Givors, www.uniondelutte.org ]

         Après une présentation générale de l’extrême gauche, deux ensembles d’articles constituent le dossier. La première partie, « S’impliquer dans le jeu politique », porte sur les pays où l’extrême gauche est suffisamment puissante pour jouer un rôle dans la politique institutionnelle. Trois monographies décrivent les cas du Portugal et de l’acteur incontournable que constitue le Bloc de gauche, la Suède (Parti de gauche, Parti communiste de Suède, Parti de la solidarité et Parti communiste) et enfin le Synaspismos en Grèce. Le second ensemble, « Mobiliser la société », développe également trois situations nationales bien différenciées, l’Italie et l’altermondialisme; la Belgique et enfin, le cas exotique de la Russie qui a vu émerger des mouvements alternatifs dans la dernière période. Au final, la lecture de cet ensemble de contributions toutes plus informées les unes que les autres, montre les limites importantes de cette composante politique, dont rien n’est dit sur la structuration au niveau de l’UE.

[Grande Europe, Documentation française, achat en ligne sur le site de la documentation française]

Grèce (« Ravalée à la situation de semi-colonie ? »), Irlande (avec la reproduction d’un article de Workers’ Figth, des camarades britanniques de LO), pays de la zone européenne les premiers touchés par la crise, et Italie (« La Mafia, l’Etat et l’économie capitaliste ») sont au centre des préoccupations du n° 128. Un article prépare à la mobilisation sur les retraites en France. C’est par la traduction d’un article de la revue Class Struggle, éditée par les amis de LO aux Etats-Unis, qu’est fait le point, dans ce n° 129, sur la situation de ce pays plus d’un an après l’élection d’Obama. Malgré une politique largement dans la continuité du gouvernement républicain précédent, est pointé du doigt l’inquiétant développement de l’extrême droite outre-atlantique. La situation en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud (après le Mondial) est analysée, de même que la réforme des retraites en France, droite et gauche étant renvoyées dos à dos. Outre les articles habituels sur les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, la Russie, la mise en garde contre la stratégie des directions syndicales en France, le n° 130 mène une attaque en règle contre les illusions répandues par Inprecor (revue du Bureau exécutif de la IVe Internationale) sur la prétendue « révolution bolivarienne » menée par Hugo Chavez au Venezuela. Plus étonnant, le numéro se termine par un article en forme de mise au point solennelle à propos du livre de Michel Dreyfus, L’Antisémitisme à gauche (Paris, La Découverte : voir le compte rendu sur notre site), qui accuserait LO de complaisance à l’égard du négationnisme. Pour mieux discréditer les affirmations de l’auteur, Lutte de Classe n’hésite pas à écrire que les sympathies de Dreyfus vont à la social-démocratie et au sionisme (p. 35).

[Lutte de Classe, abonnement : LO  BP 233, 75865 Paris Cedex 18, 15 € pour 10 numéros de 40 pages environ]

Intérêt très inégal des différents articles de cette publication d’une sensibilité interne au NPA. Dans le numéro d’été, on retiendra (au-delà du dossier qui ne brille guère par son originalité) une contribution sur l’opéraïsme italien (J. McKay), ainsi qu’une présentation du livre classique de Maxime Rodinson sur Mahomet, fondamentale contribution à la présentation matérialiste de l’Islam. Le numéro 5 publie une suite à l’article de McKay sur « Le Mai rampant italien », un dossier sur la place du racisme, qui se positionne clairement en donnant la parole au sociologue Saïd Bouamama, par ailleurs militant des Indigènes de la République. A noter également une fiche technique, claire mais un peu sommaire, « Qu’est-ce que la dialectique ? ».

[Que faire ? Kiosque à journaux, place de la Chapelle, 15018 Paris, 5 €, www.quefaire.lautre.net ]



Pour citer cet article


Beuvain Christian, Bantigny Ludivine, Gallot Fanny, Lanuque Jean-Guillaume, Salles Jean-Paul, Thomas Frédéric et Ubbiali Georges. REVUE des REVUES : Second semestre 2010 : Coordination : Christian Beuvain.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Numéro 1- Printemps 2011, 23 mars 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=103




 
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