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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Nos archives du mois : mémoires ouvrières, témoignages

compte rendu

L'arrivée de mon père en France , Paris, Michel de Maule, 2008, 220 p., 24 €.

par Georges Ubbiali


Martine STORTI

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Ancienne militante politique d'extrême gauche, revenue du Parti socialiste, Martine Storti livre avec cet ouvrage un roman autobiographique de forte densité. Arrivée à l'âge mûr, elle s'aperçoit qu'elle ne sait que très peu de choses de son père, jeune immigré italien, arrivé en France dans les années trente. Dans ce formidable récit, elle entremêle la quête de ses origines à l'aune du sort fait aujourd'hui aux immigrés et sans papiers. Ce bouleversant récit, hélas peu relayé par la grande presse, peut se lire à la fois comme un témoignage de ce que, dans un autre registre purement sociologique, Alexis Spire décrit dans Accueillir ou reconduire. Enquêtes sur les guichets de l'immigration (1), en même temps qu'une recherche, plus singulière de son parcours et celui de sa famille.

Singulière famille en vérité, clivée. Alors que son oncle parvient à force de travail (dont celui de son père) à créer sa propre entreprise et son ascension sociale, son père, lui, reste l'éternel ouvrier exploité. Par touches successives, la petite fille commence à comprendre comment une fracture de classe s'installe au sein même de sa famille. Fracture de classe qui s'exprime par la phrase liminaire du livre, «  Ton père est un con. Il n'a pas su se débrouiller  » et qui va servir de guide pour l'anamnèse. Tout le récit se lit comme la prise de conscience d'une aliénation, à partir de la naissance du sentiment d'humiliation de la narratrice, prise au piège du statut d'ouvrier de son père, lui-même enserré dans les rets de sa famille. Il y a, et c'est évidemment un très grand hommage, du Annie Ernaux, celle des débuts, celle de l'évocation du milieu familial, sous la plume de Martine Storti. Rupture avec le milieu, prise de conscience qui explique pourquoi un jour de 1965 la jeune fille qu'était Martine Storti s'engage dans une organisation trotskyste, qui, décès de la grand-mère aidant, l'amènera à rompre définitivement avec Gino et Lucia, l'oncle et la tante. Souhaitons que l'évocation de ces « années italiennes » de l'enfance de l'auteure, « dernier été de l'innocence » comme l'expriment les mots de conclusion, trouvent un large lectorat, pour un livre à la fois, intime, riche et ouvert sur le monde.

 (1) Paris, La Découverte , 2008.


Pour citer cet article


STORTI Martine. L'arrivée de mon père en France , Paris, Michel de Maule, 2008, 220 p., 24 €. : par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 14 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1025




 
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