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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Nos archives du mois : mémoires ouvrières, témoignages

compte rendu

Ouvrière d'usine ! Petits bruits d'un quotidien prolétaire, Saint-Georges-d'Olérons, Editions libertaires, 2010, 173 p., 10 €.

Par Georges Ubbiali


Sylviane ROSIERE

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Ecrit par une ouvrière de 57 ans, ce court récit nous plonge au cœur du monde du travail, au sein d'une usine. Le lecteur constatera assez rapidement qu'il ne s'agit pas d'une usine franchement moderne : les pannes se multiplient, les outils ne fonctionnent pas correctement, la saleté est générale, les odeurs y sont prégnantes. D'ailleurs, le texte commence par une remarque sur les odeurs des usines : « La mienne sent la chaussette sale », p. 7. Le ton est donné : il ne s'agit surtout pas d'une épopée prolétarienne, mais de courtes notations sur la vie quotidienne d'une entreprise de province. Sous la forme d'un éphéméride, l'auteure narre, jour après jour pendant une année complète les faits, les discussions, les rencontres, les engueulades, les contacts qui sont les siens dans cet espace usinier. Du syndicat, il en est à peine question (d'ailleurs S. Rosière déchire assez rapidement sa carte de la CFDT), de la lutte, pas vraiment. C'est plutôt le racisme banal et généralisé, la perspective de gagner au loto ou encore l'attente du week-end qui dominent ces pages. En permanence, c'est la valse des intérimaires, qui restent à peine suffisamment pour qu'on repère leur tête. L'exaspération d'un travail, d'une vie gâchée domine. Sans être une œuvre littéraire impérissable, l'auteure parvient, par petites touches successives, à rendre compte du sentiment d'étouffement qui la submerge jour après jour. C'est un univers sans âme, déshumanisé qui nous est décrit, celui d'une certaine décomposition sociale en cours. Une anecdote rend bien compte de cette ambiance. Rapportant les paroles d'une de ses collègues d'atelier lors du décès de son frère, elle écrit « Je sais, quand j'ai perdu mon frère, une fille est venue vers moi et m'a sorti : il n'y a pas que toi qui galères… moi, ma parabole, est tombée de mon toit !... et les filles de l'atelier n'ont pas osé me parler pendant au moins deux semaines » (p. 161). Sa manière, ces quelques mots rendent bien compte de la chosification qu'éprouve l'auteure en se rendant à son atelier. L'ouvrage s'achève, au début de l'hiver, par son départ de l'usine. Départ pour congé maladie car elle est atteinte du cancer. Si ce texte porte au final très peu sur le travail en lui-même, il offre un aperçu sur la déréliction dans lequel le monde du travail est plongé.


Pour citer cet article


ROSIERE Sylviane. Ouvrière d'usine ! Petits bruits d'un quotidien prolétaire, Saint-Georges-d'Olérons, Editions libertaires, 2010, 173 p., 10 €. : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 14 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1022




 
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