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Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011 > Nos archives du mois : mémoires ouvrières, témoignages

compte rendu

Le déserteur, Paris, Edition L’Echappée, 2005, 128 p.

Par Georges Ubbiali


MAURIENNE

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Il faut absolument saluer l’initiative prise par cette petite maison d’édition libertaire de republier ce « roman » autobiographique. Pour en comprendre l’importance, il faut rappeler les circonstances de sa première publication, en une période où les oppositions multiples, y compris les plus radicales, à la guerre d’Algérie, battent leur plein. L’ouvrage, qui parait en 1960, aux éditions de Minuit, est immédiatement interdit (avec un procès à la clé pour l’éditeur Jérôme Lindon en 1961), ce qui n’empêche pas qu’il circule largement sous le manteau. Cet ouvrage sort simultanément avec ceux de Maurice Maschino, Le refus, chez François Maspero, et de Noël Favrelière, Le désert à l’aube aux éditions de Minuit également. L’auteur, un instituteur communiste qui signe sous le pseudonyme de Maurienne (l’explication de ce pseudonyme est fournie dans l’introduction du livre), y raconte son expérience de jeune engagé qui doit partir pour l’Algérie. Jean-Louis Hurst, de son vrai nom, désertera et fera partie de ceux qui vont créer le mouvement des déserteurs anticolonialistes, Jeune résistance. L’histoire, c’est son histoire. Elle raconte l’évolution de trois jeunes appelés, un communiste, lui-même, un catholique progressiste et un dernier, personnage de fiction, qui évoque Monsieur tout le monde. Ces trois individus vont évoluer rapidement du point de vue politique à partir de leur incorporation. Durant l’année de leur service en France, avant de partir pour l’Algérie, ils vont évoquer ensemble le moyen de rester en accord avec leur conscience. Par ce biais, Maurienne, raconte les différentes facettes possibles d’une résistance à cette « sale guerre ». A savoir y aller pour contribuer à « humaniser » le contingent, refuser de partir et aller pour plusieurs années en prison ou, finalement, déserter et poursuivre le combat contre la guerre dans l’illégalité. Il entraîne avec lui dans cette décision son camarade chrétien. Ce livre décrit avec minutie le climat politique et social de cette époque. On y suit avec attention la radicalisation politique d’une fraction du monde politique de gauche qui rompt avec les partis établis pour mettre en actes ses idées. L’éditeur a fait précéder ce court mais indispensable récit des préfaces des éditions précédentes. Ces préfaces offrent de riches indications sur les conditions de publication, ainsi que sur certains autres ouvrages qui traitent de ce thème. Le lecteur intéressé par ces questions pourra se reporter à l’enquête, de facture journalistique mais de bonne tenue, de Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les porteurs de valises. La résistance française à la guerre d’Algérie (Le Seuil/Points-Histoire, 2001). Ajoutons un dernier élément, à savoir que ce livre est très accessible financièrement (10 €).


Pour citer cet article


MAURIENNE . Le déserteur, Paris, Edition L’Echappée, 2005, 128 p. : Par Georges Ubbiali.

Revue électronique dissidences
[en ligne], Bibliothèque de comptes rendus : juillet 2011, 14 juin 2011. Disponible sur Internet : http://revuesshs.u-bourgogne.fr/dissidences/document.php?id=1000




 
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